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.p.iux comptiftiieuri de cj Cia» tle Jérusalem.
312 L'KMPIRE BYZANTIN
daii de .moins en moins à Tàme sociale byzantine.
Dans leur lulte contre le monachisme les empereurs iconoclastes cherchèrent à dégager la littérature comme Tart (l) du joug de TÉglise.
En 730 Léon III brûla le collège de Constantin nople (2) dirige par des religieux. L'instruction publique fut retirée aux moines pour être donnée aux laïques et au clergé séculier, dont les hauts dignitaires étaient favorables aux empereurs iconoclastes.
Les moines lettrés chassés de Gonstantinople se réfugièrent chez des particuliers.
Les luttes qui ensanglantèrent Tempire pendant plus d'un siècle ne pouvaient amener le relèvement immédiat de la littérature (3), qui a toujours besoin de paix pour prospérer; jusqu'au milieu du neuvième siècle il ne fut rien produit de saillant en histoire, en rhétorique et en sciences; seules la chronique et Tépigramme (4) se réveillèrent, le premier genre à la fin du huitième* siècle et au commencement du neuvième srècle, le second au commencement du neuvième.; le premier eut pour
(1) Voira l'Ëvoiulion artistique, l. II, chap. II.
^2) Il contenait alors trente-six mille volumes.
(3) On a rendu les inoclastes responsables du déclin littéraire et artistique qui se produisit sous leur règne, mais on doit remarquer que cette décadence était complète déjà au milieu du septième siècle, c'est-ili-dire soixante-dix ans au moins avant les premières mesures des iconoclastes. De plus, sous Théophile (829- 842), il y eut un réveil littéraire et artistique.
(4') L'empereur Théophile fut parmi les plus brillants poètes d'cpigrnmmcs d'alors.
centre lei«monastères, le 8econdlepalai8impérial(l). La théologie ne souffrit pas trop de la lutte des Iconoclastes ; celle-ci suscita des œuvres de dogmatique et de polémique ; mais les auteurs de ces travaux n^apportèrent pas d'idées nouvelles, ils ne firent que rassembler les passages de la Bible et les écrits des Pères de rÉglise contre le culte des images. L'exégèse, au déclin au septième siècle, fut à peu près abandonnée.
Les monastères n'ayant été que peu atteints par la querelle des Iconoclastes, l'ascétique continua à se développer et l'hagiographie fut particulièrement prospère aux huitième et neuvième siècles. Quant à la poésie religieuse, cette lui te lui fut plutôt favorable en enrayant le développement des canons et en amenant le retour aux mélodes.
La philosophie continua à se glisser dans la théologie, au commencement du huitième siècle ; Jean de Damas, en fondant la philosophie d'Eglise, s'appuya sur Âristote. Mais, après lui, il y eut une inter* ruption dans ce mouvement de pénétration de la philosophie dans la théologie.
La renaissance de la littérature byzantine du milieu du neuvième siècle à la fin de l'empire. — Si la lutte des Iconoclastes n'eut pas des effets heureux immédiatement sur la littérature, elle prépara la renaissance littéraire qui commença au milieu du neuvième siècle, comme elle avait amené la renaissance artistique de la même époque. La vic-
(I) Le principal clironiquear fut Théophane le Confesseur.
toire du monachisme ayant été plus apparente que réelle Tinstruction publique ne fut pas retirée aux laïques pour être donnée aux moines et Tesprit byzantin se dégagea du formalisme monastique.
A côté des cloîtres, il se forme à Constantinople un centre littéraire important non soumis à la domination de TEglise.
Déjà sous Théophile l'activité intellectuelle s'était réveillée; cet empereur avait dû laisser Léon le Byzantin enseigner publiquement à Constantinople ; la littérature, comme Tart, n'attendait que la paix pour redevenir florissante.
La querelle des Iconoclastes était close lorsque Michel III monta sur le trône; l'étude des lettres reprit plus intense que jamais sous son règne (84:2- 867). Des lettrés réunissaient dans leurs maisoiiS particulières des élèves qui venaient de toutes les parties de l'empire pour les écouter. Il était nécessaire d'organiser une école d'enseignement publique ; l'oncle de Michel III, Bardas, ouvrit dans le palais de Magnaure une école qui devint la célèbre université de Constantinople. On étudia dans celleci la littérature grecque, la grammaire, la rhétorique, la philosophie, le droit, les mathématiques, l'astronomie et la théologie. Les professeurs reçurent des appointements des empereurs, qui jusqu'à la chute de l'empire protégèrent activement les lettres comme les arts.
Par suite de la pénétration de la société religieuse et de la société civile, les cours furent faits soit par des laïques, soit par des membres du haut
clergé, et celle université prépara aussi bien pour les hautes fonctions de l'Église que pour celles de FEtat.
En 1045 Constantin Monomaque fouda dans la capitale une école spéciale de droit pour développer les études de cette science.
La vie intellectuelle fut ainsi concentrée à Byzance ; c'était là que devaient demeurer ceux qui désiraient acquérir une instruction supérieure. L'indifférence des nobles pour les étudiants pauvres ne permit pas généralement à ceux-ci de se rendre dans la capitale ; aussi les lettrés furent-ils la plupart d'une origine assez élevée et la noblesse devint la classe intellecluelle.
Lorsque l'élève de l'université avait acquis quelque instruction, il cherchait à s'introduire dans la cour, favorable aux lettrés ; s'il y réussissait, il pouvait obtenir la protection impériale ; il était alors nommé professeur, ou il était appelé à des fonctions soit civiles, soit ecclésiastiques, d'une façon permanente ou temporaire ; pendant toute son existence il continuait à se consacrer aux études littéraires ou scientifiques. La vie des lettrés était la plupart du temps des plus mouvementée ; parfois ils étaient tour à tour chargés de cours à l'université, de fonctions d'État, de fonctions ecclésiastiques ; souvent ils se retiraient pendant quelques années dans un monastère, puis rentraient dans la vie publique ; le plus généralement ils passaient leurs vieux jours dans le calme des cloîtres. Leur fortune étant liée à la cour, ils étaient à la merci
de rhumeur du monarque et subissaient le contrecoup des révolutions de palais ; ils pouvaient être disgraciés et même bannis» pour rentrer quelquefois ensuite en faveur auprès de la cour impériale.
Dans les monastères, l'activité intellectuelle continua à subsister, quoique d'une façon beaucoup moins intense qu'à l'université dé Gonstantinoplc ; aussi les œuvres des lettrés qui restèrent moines toute leur vie furent-elles bien inférieures à celles des lettrés laïques et à celles des lettrés qui ne passèrent qu'une partie de leur existence dans les couvents ; les moines de Gonstantinoplc firent légèrement exception, car ils pouvaient profiter des cours de l'université de Gonstantinoplc pour perfectionner leur instruction.
Par suite de la pénétration de la société religieuse et de la société civile, les sujets profanes furent aussi bien traités par des laïques que par des ecclésiastiques.
La vie intellectuelle profane étant concentrée dans l'univei^sité de Gonstantinoplc et en quelque sorte monopolisée par la noblesse, les lettrés continuèrent à être à peu près séparés de la nation ; aussi le caractère général de la renaissance fut-il l'amour de l'érudition et (de la tradition.
Les lettrés désireux de faire preuve de savoit devinrent polymathes de plus en plus, faisant des ouvrages dans toutes les branches de la littérature et de la science (I).
(i) Photius, lettré du neuvième siècle, fit des œuvres sur la théologie, la philosophie, les sciences naturelles, la médecine, la
Avec Photius, au milieu du neuvième siècle, on commença à se tourner versTétude des anciens littérateurs grecs. Mais jusqu'à la fin de ce siècle on ne connut à peu près que des extraits d'auteurs.
Au dixième siècle, les études classiques prirent une grande extension, ce qui fit que ce siècle fut en quelque sorte le siècle de Tencyclopédie.
Dans leurs œuvres, les lettres byzantins des neuvième et dixième siècles imitèrent les auteurs antiques ainsi revenus à leurs connaissances ; mais à côté
grammaire, l'histoire; mais, chose rare chez les Byzantins, il eut de l'aversion pour la poésie.
Psellos, au onzième siècle, fit des œuvres de philosophie, de théologie, de sciences naturelles, de médecine, de physique, de mathématiques; d'astronomie, de jurisprudence, de grammaire, d'histoire ; il Ht des ouvrages sur les auteurs antiques, des écrits de rhétorique et des poésies.
Prodromes, au commencement du douzième siècle, écrivit des poèmes de circonstance, des romans, des satires, des discours, des épigrammes; des œuvres d'astrologie, de grammaire, de philosophie, de théologie, de rhétorique.
Blemmydc, du treizième siècle, fit des ouvrages de philosophie, de théologie, d'astronomie, de mathématiques, de géographie, de rhétorique, de poésie.
Théodore II Làscaris, du treizième siècle, écrivit sur la philosophie, la théologie, les sciences naturelles, la géométrie, les mathématiques.
Pachymère, au treizième siècle, Bt des ouvrages d'histoire, de rhétorique, de philosophie, des poésies. Ce fut le plus grand polyhistorien du treizième siècle.
Théodore Metochita, de la fin du treizième siècle, écrivit sur la philosophie, l'histoire, la rhétorique, et fit des poésies.
Grégoras, du quatorzième siècle, fut le plus grand polyhistorien des deux derniers siècles de Tempire ; il fit des œuvres d'astronomie, de théologie, d'histoire, de philosophie, de rhétorique, de grammaire.
de ceux-ci ils s^inspirèrent des auteurs byzantins renommés tels que Procope, Agathias et Pisidès.
Ils ne copièrent cependant pas servilement leurs modèles ; remplissant souvent des fonctions ou civiles ou religieuses, ils n'avaient pas perdu tout contact avec la nation; certains, Photius et Psellos en particulier, firent preuve d'une grande indépendance de jugement et d'une puissante pénétration.
L'âme sociale byzantine ne parvint pas à percer ; la langue populaire, méprisée des lettrés, ne put se fixer en littérature comme cela eut lieu en Occident après le moyen âge. L'effort que fit au dixième siècle Constantin Porphyrogénète pour créer une langue littéraire rapprochée de l'idiome populaire échoua comme avaient échoué ceux de Malalas au commencement du sixième siècle et de Théophane le Confesseur à la fin du huitième siècle.
Les lettrés continuèrent donc à employer exclusivement l'ancien grec ; mais, jusqu'à la fin du dixième siècle, leur langue fut encore compréhensible du peuple.
A partir du milieu du onzième siècle, la désagrégation de l'être social byzantin commençant à s'accentuer, et avec elle celle de l'âme sociale, la scission entre la nation et les lettrés devint complète. Les lettrés ne s'appuyèrent plus sur des modèles byzantins, mais seulement sur les principaux auteurs grecs (1) ; ils se rapprochèrent de plus en
(1) Théophylactos, du onzième siècle, eut pour sources Xénophon, Platon, Polybe.
Bryennios (fin du onzième siècle) prit pour modèle Xénophon ;
plus de rantiquité ; au douzième siècle la renaissance de la littérature était en plein épanouissement. Les Byzantins ne firent donc pas comme les peuples de l'Occident lors de la renaissance littéraire, ils ne se servirent pas comme eux de la littérature antique seulement pour vivifier leur propre littérature; ils devinrent prisonniers de leur base.
La langue des lettrés devint aussi à partir du onzième siècle entièrement étrangère pour le peuple ; il en fut par suite de même de l'ancienne métrique qui fut conservée par les poètes.
Lorsque Constantinople tomba aux mains des Latins, les lettrés se rendirent avec les empereurs à Nicée ; protégés par ceux-ci, certains d'entre eux ouvrirent des cours où vinrent s'instruire des jeunes étudiants originaires de tous les points du monde grec.
Lorsque les empereurs byzantins rentrèrent dans la capitale, les lettrés les y suivirent et l'activité intellectuelle reprit à Constantinople avec plus d'intensité que jamais ; et bien que les Latins eussent détruit beaucoup de livres lors de leurs conquêtes, la renaissance des études classiques, très favorisée par les Paléologues, prit une exten-
Anne Comnène (fin du onzième siècle) imita Thucydide et Polybe.
Kimnan08, du douzième siècle, prit pour modèles Hérodote et Xénophon ; Michel Akominatos, du treizième siècle, connaissait Pindare^ Homère, Démosthène ; Nicéphore Ghumnos (fin du treizième siècle) imita Isocrate et Aristide.
Chalcocondylas et Christohulos, du quinzième siècle, prirent pour modèles Hérodote et Thucydide.
sîon encore plus grande que sous les Comnènes; elle produisit de brillants humanistes dans les différentes parties de Tempire.
Pendant cette seconde période de la renaissance littéraire, Tâme sociale byzantine chercha encore à percer; mais elle était trop affaiblie pour réussir dans ses tentatives.
Certains, comme Italikos, professeur de rhétorique et de philosophie au douzième siècle, combattirent Timilation; d'autres, généralement moins instruits que les humanistes, se servirent de la langue populaire après le onzième siècle. L'emploi du grec vulgaire dans la littérature byzantine prit surtout de Textension aux treizième, quatorzième et quinzième siècles; mais dans ce dernier siècle, l'empire étant à peu près détruit, cet emploi du grec fut limité à quelques endroits, notamment à Constantinople, à la Crète et à Chypre.
La poésie populaire continua à se développer; après le dixième siècle, la forme métrique adoptée par les lettrés fut remplacée par une nouvelle répondant à son esprit, une forme reposant sur l'accent : le vers politique. Aux anciens thèmes vinrent s'ajouter des thèmes du moyen âge ; on composa des poésies romantiques où l'influence latine de la quatrième croisade se fit sentir.
Quant à la prose populaire, elle n'apparut que peu avant la conquête turque.
Au quinzième siècle même, des historiens renommés n'employèrent pas exclusivement l'ancienne langue'grecque. Jean Kananos, Georges Phrantzès
firent de nombreuses concessions à la langue populaire, et Doucas chercha même à fonder une langue littéraire basée sur Tidionie populaire.
Par suite du caractère de cette renaissance, ce furent les études philologiques qui prirent le plus d'extension. Ayant reçu de Pholius, au milieu du neuvième siècle, la première impulsion, elles devinrent de plus en plus brillantes ; et ce fut sous les Paléologucsqueles philologues surent le mieux traiter les textes classiques.
L'emploi de l'ancien grec rendit nécessaires les études de grammaire ; mais les grammairiens ne firent que remanier d'anciens ouvrages. On fit aussi des livres pour expliquer les passages difficiles des anciens auteurs grecs; mais ces travaux ne pouvaient que nuire au développement des études classiques, en détournant les lettrés de l'étude directe des textes.
La connaissance des auteurs de l'antiquité favorisa puissamment le développement de la rhétorique, art pour lequel les Byzantins avaient toujours eu une inclination particulière. De Photius à la fin de r£mpire, la rhétorique prit une extension toujours grandissante.
Dans celle d'école, aux thèmes de l'antiquité vinrent s'ajouter des thèmes chrétiens et du moyen âge. Dans la rhétorique appliquée, les écrivains montrèrent les mêmes défauts qu'auparavant :
manque de sens observateur, absence de goût, pauvreté de pensée, recherche des expressions et de la forme.
9%û L'EMPIRE BYZANTIN
La mulliplicitc et la variété des événements politiques dans l'empire byzantin de la fin du neuvième siècle à la chute de Constantinople firent surgir de nombreux historiens. La plupart de ceux-ci, fonctionnaires civils ou ecclésiastiques, furent témoins oculaires des faits qu'ils rapportent.
Au dixième siècle, les études classiques n'étant que peu développées, ils ne s'appuyèrent pas encore sur les auteurs anciens; mais leurs œuvres furent remplies de fleurs de rhétorique.
A partir du milieu du onzième siècle jusqu'à la fin de l'empire, sauf ceux qui se servirent de la langue populaire tempérée, les historiens subirent de plus en plus l'influence de la renaissance humaniste et de la rhétorique. L'imitation des modèles antiques ; l'application d'une langue morte, l'ancienne langue grecque, à des idées des onzième, douzième, treizième et quatorzième siècles et l'emploi excessif des fleurs de rhétorique ôtèrent aux oeuvres des historiens de cette époque tout caractère personnel, toute originalité, toute vie, et leurs écrits se font remarquer par l'absence d'harmonie entre le fond et la forme et par leur éclat vide et monotone.
La chronique continua à être florissante jusqu'au treizième siècle; même elle prospéra particulièrement au neuvième siècle. Mais la concentration de la vie intellectuelle à Constantinople eut pour résultat la disparition des chroniques locales. A partir du treizième siècle, le développement de l'histoire et le mépris croissant des lettrés pour toute langue
littéraire s'éloignant du grec pur amenèrent le déclin des chroniques. Imbus de Tesprit d'imitation comme tous les écrivains byzantins, les chro« niqueurs prirent comme modèles les chroniqueurs Malalas et Théophane le Ctonfesseur.
Le bien-être qui naissait au neuvième siècle et la concentration de la vie intellectuelle à la cour amenèrent le réveil de Tépigramme. Celle-ci fut prospère jusqu'à la fin du douzième siècle, mais elle fut surtout brillante au onzième siècle. Elle déclina du commencement du treizième siècle à la fin de Tempire, par suite de la diminution du bien-être général. L^amour de la compilation fit cclore des recueils d'épigrammes dont les principaux furent ceux de Képhalas au dixième siècle et de Planudès au commencement du quatorzième siècle.
En dehors de Tépigramme, des genres diÉPérents et variés de poésie se développèrent sous les Gommènes et les Paléologues ; mais ils dérivèrent tous du poème de circonstance. Les poètes étant des poètes de cour, par suite n'ayant aucun contact avec la nation, il ne se forma pas d'autres genres de poésie ; la poésie de la renaissance manqua de vie ; les poètes imitèrent leurs prédécesseurs, subirent l'influence néfaste de la rhétorique; ils cherchèrent même à faire des jeux de mots ; leurs œuvres furent sans goût, prétentieuses et n^ayant aucun caractère individuel.
Le roman, qui avait disparu au sixième siècle, reparut à partir du onzième siècle; mais les roman-
clers ne firent qu'imiter leurs prédécesseurs des troisième, quatrième et cinquième siècles et leurs œuvres présentèrent les mêmes défauts que celles de leurs modèles.
La renaissance des études classiques et la défaite de la société religieuse amenèrent le réveil de Fétude des philosophes de l'antiquité. La philosophie ne se glissa plus seulement dans la théologie : elle redevint une science distincte. Les Byzantins se consacrèrent non seulement à Aristote, mais aussi à Platon.
Ce fut Pholius qui au neuvième siècle commença à expliquer celui-ci, mais il ne le comprit que peu et lui préféra encore Aristote. Un des élèves de Photius, Arethas, écrivitdes petits travaux sur Platon.
Au onzième siècle Psellus fit complètement connaître Platon, qu'il considéra comme supérieur à Aristote. Son contemporain Jean Italus, bien qu'il s'occupât d'Aristote, se consacra aussi à Platon et au néoplatonisme.
11 s'engagea alors une lutte entre les partisans de Platon et d'Aristote. Celui-ci étant devenu en Orient le philosophe d'Église, comme cela eut lieu en Occident, il fut soutenu par les défenseurs de la religion. Au onzième siècle un orateur ecclésiastique, Jean Xiphilanos, combattit le platonisme. Vainement son ami Psellus essaya de prouver que les doctrines de Platon n^étaient pas en contradiction avec celles de l'Église et vainement il chercha à les faire pénétrer dans l'enseignement chrétien.
La société religieuse remportant définitivement sur la société civile à la fin du onzième siècle, peu de temps après le réveil de Tétude de Platon, les partisans d'Aristote triomphèrent de ceux de Platon. Alexis !•' Comnène déclara la spéculation philosophique comme attentatoire à TÉglise et à l'État, et s'eÉPorça de Tempêcher. Au douzième siècle les théologiens Nikolaos et Euthymios Zigabcnos luttèrent contre le mouvement philosophique.
Au treizième siècle Pachymère composa des ouvrages sur la philosophie d'Aristote ; Nicéphore Ghumnos combattit Platon et se montra un fervent admirateur d'Aristote. Au quatorzième siècle Sophanias et Léon Magentinos publièrent des écrits sur Aristote.
Mais si l'enseignement philosophique fut vivement combattu par TÉglise, il pénétra de plus en plus dans la théologie; à la fin du douzième siècle la scolastiquc prit une grande extension. Au quatorzième siècle à cette scolastique d'Orient vint s'adjoindre la scolastique d'Occident. Saint Thomas d'Aquin fut traduit en grec; la scolastique d'Occident entra en conflit avec celle d'Orient lors de la dispute de la lumière du mont Thabor, et son influence se fit sentir dans des ouvrages d'auteurs grecs du quatorzième siècle (1).
Des tendances panthéistes se firent jour dans la philosophie au onzième siècle avec Syméon, mais
(i) Sophantas et LroQ Magentinos.
elles furent bientôt vaincues par son contemporain Nicétas Slcthatès.
La fondation de Técole de droit de Constanti* nople par Constantin Monomaque, en 1045, donna une importante extension aux éludes de droit ; du milieu du onzième siècle à la fin de Tempire parurent de nombreux ouvrages relatifs à celle science.
Les sciences abstraites, mathématiques et astronomie, furent étudiées de nouveau au dixième siècle, lors du réveil litléraire ; mais ce ne fut qu'au onzième siècle qu'elles reçurent une vive impulsion, et ce ne fut qu'aux treizième et quatorzième siècles (1) qu'elles prirent un réel essor. Les Byzantins étudièrent alors les anciens ouvrages grecs, soit directement, soit par l'intermédiaire des traductions que les Arabes avaient faites de ceuxci. Ils étudièrent tout d'abord au treizième siècle l'astronomie persane et ensuite revinrent à Euclide et à Ptolémée. Quant aux sciences d'observation, sauf la médecine, elles furent négligées. L'étude de la médecine, délaissée dès le sixième siècle, reprit à la fin du dixième siècle sous l'influence des ouvrages arabes, qui n'étaient autres que la traduction d'anciens livres grecs. Les Byzantins firent aux treizième et quatorzième siècles d'assez nombreux écrits de médecine.
Dans la dernière période de l'histoire byzantine»
(1) Les pi-încipaux auteurs d'ouvrages scientifiques furent Blemnydès, Pachymère, Métochites et Grégoras.
la littérature religieuse fut moins brillante que la littérature profane.
Comme les écrivains profanes, les écrivains religieux n'employèrent que l'ancien grec lors de la renaissance des études classiques. La langue officielle de TÉglise fut Tancien grec, et à partir de la fin du dixième siècle la théologie, la poésie d'Église et même les homélies et les prédications ne furent plus comprises du peuple.
La littérature religieuse, comme la littérature profane, perdit donc tout contact avec le peuple; elle n'eut par suite aucune vie ; l'amour de l'imita^ tion prit dans la littérature religieuse encore plus d'e)Ltension que dans la littérature profane.
Les Pères de l'Eglise des quatrième et cinquième siècles restèrent comme avant la lutte des Iconoclastes les modèles de la littérature religieuse; au dixième siècle Aréthas, de Césarée, essaya vainement de s'affranchir de cette dépendance ; il fut com* battu et vaincu. Aux Pères de l'Église vinrent s'adjoindre d'autres modèles : Jean de Damas pour la dogmatique, Maxime le Confesseur pour la mystique, Jean de Damas et Kosmas de Jérusalem pour la poésie religieuse, Syméon Métaphraste pour l'hagiographie.
Les luttes contre les Latins suscitèrent de nombreux ouvrages; mais comme les discussions ne reposèrent pas sur des questions de dogme fondamentales, les auteurs de ces travaux se bornèrent à s^appuyer sur les écrits des Pères de l'Église, et la dogmatique et la polémique furent peu bril-
lantc8. Elles ne prirent quelque essor qu'au quatorzième siècle, lors de la dispute sur la lumière du montThabor(l).
L'éloquence religieuse, qui resta sous le joug des Pères de TEglise et sous Tinfluence de la rhétorique, ne produisit rien de saillant; après avoir été assez florissante au neuvième siècle, elle déclina jusqu'à la fin de Tempire.
L'homélie reparut au onzième siècle, mais déclina au douzième siècle ; elle prospéra de nouveau au quatorzième siècle.
L'exégèse reçut une vigoureuse impulsion de Photius au neuvième siècle ; assez brillante au dixième siècle, elle passa par son apogée au douzième siècle ; elle déclina au treizième siècle, pour reprendre un nouvel essor au qualorzième.
L'ascétique et la mystique atteignirent une certaine splendeur aux dixième et onzième siècles, déclinèrent au douzième siècle, pour prospérer de nouveau au qualorzième siècle.
L'hagiographie atteignit un certain éclat aux neuvième et dixième siècles; mais les recueils de Syméon Métaphrastc ne tardèrent pas à faire sentir leur funeste influence : elle commença à décliner au onzième siècle, pour reprendre un léger essor au quatorzième siècle.
Quanta la poésie religieuse, le réveil de l'hymne se continua jusqu'au onzième siècle ; mais après ce
(1) On a vu que la scolastique d'Orient se trouva alors en préëence de celle d'Occident:
siècle, la renaissance littéraire amena la iGn de ce genre que Ton considérait comme peu digne de figurer dans les livres liturgiques, et l'Église n'employa plus exclusivement que les canons. La victoire du monachisme ayant eu pour résultat d'achever l'œuvre de coordination liturgique, il n'y eut que quelques poètes d'Eglise, d'ailleurs médiocres, du onzième siècle à la fin de l'Empire.
Lorsque l'empire byzantin tomba entre les mains des Turcs, la littérature profane ne vivait donc qu'artificiellement, ne reflétant nullement l'àme sociale byzantine et la littérature religieuse végétait, manquant complètement de vie.
La littérature profane pendant tout le cours de l'empire avait montré les mêmes caractères :
amour de l'érudition, de la compilation, delà tradition, de l'antiquité, de la forme et du bel esprit; manque de vie, d'esprit d'observation, de sens critique, d'esprit philosophique; absence de l'amour de la vérité et du beau. Cependant les lettrés firent preuve d'imagination et de quelque force créatrice.
La littérature profane de l'empire n'avait été autre que le prolongement de la littérature grecque existant avant le quatrième siècle. Jusqu'au milieu du septième siècle, elle était passée par une période de prospérité relative ; mais à partir du milieu du septième siècle, la société religieuse victorieuse avait asservi les esprits et la littérature profane était tombée dans une profonde obscurité. La lutte des iconoclastes en dégageant les esprits du joug
de rÉglise avait amené la renaissance de la littérature profane au milieu du neuvième siècle; celte renaissance avait duré jusqu'à la chute de Constantinople. Bien que les lettrés se fussent consacrés particulièrement à Tétude de l'antiquité, Tâme sociale byzantine s'était reflétée encore un peu dans la littérature jusqu'au onzième siècle ; mais du onzième siècle à la tin de l'empire, l'être social byzantin s'étant de plus en plus désagrégé, la scission avait été complète entre le peuple et la litté rature ; l'âme sociale byzantine, malgré certains efforts, n'était pas parvenue à se faire jour.
La science, souvent bien obscurcie, n'avait fait aucun progrès du commencement à la fin de l'empire.
La philosophie, après avoir disparu comme science distincte, s'était introduite dans la théologie et avait produit la scolastique. Lors de la renaissance littéraire, la philosophie s'était dégagée de la théologie ; Aristote et Platon avaient été étudiés et expliqués, mais cette renaissance philosophique était à peine née que la société religieuse avait été définitivement victorieuse. Platon avait été vaincu par Aristote et il avait été impossible de fonder une métaphysique sérieuse. Les esprits n'étant pas encore parvenus à ce stade de l'évolution des idées philosophiques, et les études scientifiques étant peu brillantes, il n'avait pu être encore question chez les Byzantins de créer une philosophie positive.
Quant à la littérature religieuse, très brillante
ÉVOLUTION LITTÉHAIAE 831
au début de Tempire, elle n'avait fait que décliner d'une manière générale jusqu'à la fin de Tcmpirc. L'Église, après avoir été en contact intime avec le peuple au quatrième siècle, n'avait pas lardé à se séparer des basses classes; elle avait entrepris une œuvre de coordination dogmatique, et à la fin du septième siècle elle avait complètement mis la main sur la littérature religieuse ; la luUe des Iconoclastes n'avait pu dégager celle-ci du joug de l'Église ; la théologie avait continué à manquer de vie et elle s'était entièrement séparée du peuple comme la littérature profane lors de la renaissance.
Propagation de la littérature byzantine en dehors de tétre. social byzantin. — Comme l'art, la littérature byzantine eut une assez grande force d'expansion, quoique inférieure à celle de l'art. Elle se propagea en Orient, chez les peuples qui s'étaient convertis au Christianisme grec et chez ceux qui étaient en fréquentes relations de commerce avec l'çmpire.
Le grec devint en Orient, comme le latin en Occident, la langue des lettrés, et, lors de la renaissance littéraire, des jeunes gens des différentes nations de l'Orient vinrent écouter à Uyzance les professeurs de l'université.
Les chants d'Église se répandirent chez tous les peuples convertis au Christianisme grec.
Chez les Russes, avec la littérature religieuse pénétrèrent des poésies profanes (I), des poèmes
(1) Parmi les poésiei profanes U'aduitet en tiare furent deux poèmes de Philippoi, pocie du oniicme siècle.
populaires (1) et des chroniques byzantines (2). Après avoir d'abord traduit simplement celles-ci, les Russes en firent ensuite des travaux de compilation. Les Roumains connurent la littérature grecque par l'intermédiaire des Russes.
Chez les Bulgares, Tinfluence littéraire de Byzance se (it sentir surtout à partir de la fin du neuvième siècle; les tsars de Bulgarie, voulant fonder la monarchie absolue, attirèrent à leur cour des lettrés byzantins (3) et lorsque Basile II détruisit le royaume bulgare au onzième siècle, rÉglise grecque répandit chez les Bulgares la langue et la littérature grecques, principalement les chroniques (4).
Les Serbes, n'ayant pas de littérature originale et n'employant pas leur langue nationale en littérature, subirent l'influence de la littérature byzantine ; mais celle-ci se fit sentir surtout dans la partie est de la Serbie, la partie ouest restant sous la dépendance intellectuelle des Latins. Ce fut à partir du douzième siècle que la littérature byzantine pénétra surtout chez les Serbes et son influence alla ensuite en grandissant. De nombreuses chroniques byzantines furent traduites en serbe au dou-
(1) Parmi les poèmee populaires traduits en slavç fut/e Miroir des princes, traduit plus tard au treizième eiècle.
(2) Parmi les chroniques traduites en slave furent celles de G«"6rj»es Monachos, chroniqueur du neuvième siècle, et celles de Jean Zonaras, chroniqueur du douzième siècle.
(3) Voir t. II, chap. iv.
(4) Parmi les chroniqueurs traduits en bulgare fut Malalas, du sixième siècle.
ziènae siècle (l) et le code Douchan, composé au milieu du quatorzième siècle, fut inspiré par le droit byzantin.
En Géorgie, les différents genres de littérature byzantine pénétrèrent d'assez bonile heure. Les Géorgiens perfectionnèrent même certains travaux byzantins.
Après leurs conquêtes, les Arabes durent leurs connaissances littéraires et scientiBqucs aux Byzantins ; les ouvrages byzantins d'histoire, de philosophie, de médecine, d'agriculture etc., leur furent transmis par les Syriens.
L'établissement de la domination byzantine en Italie propagea dans cette région la littérature byzantine. L'influence de celle-ci ne se fit sentira Rome que pendant le sixième siècle, et bien faiblement. Il n'y a que dans la poésie de l'Église latine que l'on trouve alors des traces de la littérature grecque. Après le sixième siècle toute influence de celle-ci disparaît à Rome.
Mais dans l'Italie du Sud, l'hellénisation de cette région du huitième au commencement du onzième siècle poussa de puissants germes de civilisation byzantine.
Parmi les moines qui s'établirent dans l'Italie du Sud et en Sicile lors de la lutte des Iconoclastes, il y eut de brillants roélodes.
La période de prospérité de la poésie religieuse dura plus longtemps dans l'Italie du Sud que dans
(1) Parmi le« chroDÎqaeun traduit! en serbe fut Jean Zonaras.
Tempirc ; elle subsista jusqu*à la 6a du douzième siècle.
A la 6n du dixième siècle, les couvents de Tltalie et de Sicile élaient des foyers de culture intellectuelle : ils possédaient des bibliothèques ; les moiaes recopiaient des manuscrits grecs, mais ils se consacraient beaucoup plus aux études théologiques et de liturgie qu'aux études profanes.
Au onzième siècle Thagiographle continuait à être brillante en Calabre (1).
Les rois normands de Sicile attirèrent dans leurs palais non seulement des artistes, mais aussi des littérateurs grecs ; la littérature grecque, la poésie profane en particulier, y eut un certain éclat au douzième siècle.
La poésie profane fut également florissante dans ritalie du Sud à la même époque.
La littérature byzantine proprement dite pénétra très peu en Occident; mais Tancienne littérature grecque conservée par les Byzantins s\ répandit beaucoup.
Jusqu'aux croisades, le monde byzantin et le monde latin étaient complètement étrangers Tun à Tautre. En Occident, le grec n'était pas connu au moyen âge. En Orient, Tétude du latin avait peu à peu disparu après Justinien ; sous les Macédoniens cette langue était inconnue à Byzance.
Les peuples de l'Occident connurent néanmoins
au moyen âge quelques ouvrages byzantins et sur-
(1) On a vu qu'elle déclinait dans le reste de Tempire.
tout des œuvres d'anciens auteurs grecs. Ceux-ci leur furent transmis par les Arabes (1). Les croi« sades, et surtout la lutte religieuse entre Rome et Byzance, amenèrent la pénétration réciproque des littératures d'Occident et d'Orient. Mais Tinfluence latine se fit moins sentir en Orient que Tinfluence grecque en Occident.
Dans les poèmes populaires composés après la quatrième croisade s'infiltrèrent des éléments latins. Au quatorzième siècle (2), ^aint Augustin fut traduit en grec. Quelques Byzantii^s, comme Maxime Planudès et Kydonès (3), étudièrent le latin et firent connaître à leurs compatriotes certains auteurs latins; mais ce fut l'exception : les lettres byzantins n'apprirent généralement pas le latin, non seulement à cause de leur aversion pour l'étude des langues étrangères, mais surtout parce que cette langue était celle d'hérétiques.
Les voyages de Jean I" à Rome, de Manuel en Occident, de Jean II à Ferrare firent répandre la littérature grecque en Occident à la fin du quator-
(1) Les œuvres de Paul, médecia d'Alexandrie, du septième •iccle, furent traduiti*8 en arabe, puis de l'arabe en latin.
L*alcbimie fut communiquée au sixième siècle par les Grecs aux Syriens, puis des Syriens aux Arabes, enHn des Arabes aux Occidentaux. Ce fut aux Arabes que les Occidentaux durent la connaissance d'Aristote
(2) On a vu, p. 325, que saint Thomas d'Aquiu fut aujsi traduit en grec au quatorzième siècle, et que la scolastique d'Occident pénétra ainsi en Orient.
(3) Maxime Planudès fit connaître aux Grecs : Caton, Ovide, Cicéron, Gctar, Boèce. Kydonès étudia à Milan le latin vert
zicme siècle et au commencement du quinzième siècle.
Déjà dans la première moitié du quatorzième siècle Barlaam, moine latin de Calabre, avait fait connaître quelques auteurs grecs à Pétrarque, avec lequel il s'était lié lors de son ambassade auprès de la cour d'Avignon.. Son disciple Léonce Pilate avait aussi dévoilé les trésors de la littérature grecque à Boccace.
Florence devint un centre de littérature grecque dans la seconde moitié du quatorzième siècle. Léonce Pilate y fut le premier professeur de langue grecque (1360-63) ; Chrysoloras enseigna aussi celle ci de 1390 à 1415; et Bessarion, qui ouvrit des cours à Florence, fit admettre en Occident Platon, pour lequel Pétrarque n'avait osé se prononcer de peur de s'attirer les foudres de l'Église qui ne connaissait qu'Aristote.
L'invasion des Turcs chassa peu à peu en Italie les lettrés byzantins; les œuvres des littérateurs grecs pénétrèrent avec eux dans la péninsule et lorsque Constantinople succomba, elles étaient déjà hors d'atteinte. Le génie grec put ainsi se répandre en Occident et, en fusionnant avec le génie latin, y préparer la Renaissance.