CHAPITRE III
Introduction. — La littérature byzantine du commencement du quatrième siècle au milieu du septième siècle. — La littérature byzantine du milieu du septième siècle au milieu du neuvième siècle. — Renaissance de la littérature byzantine du milieu du neuvième siècle à la fin de l'empire. — Propagation de la littérature byzantine en dehors de Tétre social byzantin.
Introduction. — Lorsque Alexandre conquit TOrient, l^ancienne cité sociale grecque s'écroulait; les peuples des anciennes cités ne trouvaient plus une élite pour exprimer d'une façon élevée leurs pensées et leurs idées ; Tancienne littérature grecque perdait toute force créatrice et vivifiante.
Dans les royaumes nés des débris de Tempire d'Alexandre, les monarques s'efforcèrent d'entretenir la vie intellectuelle grecque Les Lagides, les Séleucides, les Attales rivalisèrent entre eux pour donner aux lettres un nouvel éclat. Ils fondèrent d'importantes bibliothèques dans leurs capitales respectives, à Alexandrie, à Antioche, à Pergame, et entourèrent d'égards et de faveurs les lettrés et les savants.
Le monde grec ne formant pas encore un être social homogène, la littérature qui naquit des
encouragements de ces rois grecs ne fut qu^une littérature artificielle ; elle ne tira pas son inspiration du peuple, mais des bibliothèques. Les lettrés n'apportèrent aucune grande idée nouvelle ; ils ne furent pas des créateurs, mais des compilateurs et des théoriciens ; le caractère de leurs œuvres fut Térudition ; n'écrivant que pour la cour et pour un cercle très limité de personnes, ils ne furent que des lettrés de profession.
En dehors des trois grands centres intellectuels, des écoles furent créées dans certaines villes pour enseigner les lettres (1).
La conquête de l'Orient par les Romains n'eut tout d'abord que peu d'influence sur le mouvement intellectuel des Grecs en lui-même, mais elle eut bientôt des conséquences importantes sur le développement ultérieur de la vie intellectuelle dans le monde grec. La chute des royaumes grecs et l'appel des Grecs instruits à Rome amenèrent la suppression des lettrés des cours grecques et la disparition de la concentration de la vie intellectuelle dans les capitales des royaumes grecs.
Sous l'empire romain, les Grecs, qui avaient été d'abord attirés à Rome, retournèrent dans leur pays; l'être social gréco-oriental continua de se former; la paix dont jouissait l'empire fit sentir ses bienfaisants effets surtout dans les provinces orientales; le monde grec reprit son activité intel-
(1) L'école de Rbodes fut la plus célèbre; elle était renommée pour set rhéteurs.
m L EMPIRE BYZANTIN
lectuelle, et celle-ci, au lieu de se concentrer dans quelques villes importantes, se répandit sur toutes les provinces orientales.
Vers la fin du premier siècle, les écoles de Smyrne, d'Éphèse et de Pergame deviennent célèbres ; aux deuxième et troisième siècles, le réveil intellectuel gagne la Syrie; les écoles de cette province sont alors renommées. L'école d'Alexandrie continue à être brillante; quant à celle d'Athènes, elle décline de plus en plus.
Mais ces écoles étaient encore séparées du peuple : la vie intellectuelle y était entretenue artificiellement.
La littérature byzantine du commencement du quatrième siècle au milieu du septième siècle. — Il n'en fut plus de même à partir du quatrième siècle ; des grands événements eurent lieu au commencement de ce siècle ; Têtre social gréco-oriental était enfin formé ; Constantin en faisait un être politique par le transfert du siège de l'empire à Byzance, et reconnaissait le Christianisme.
Désormais il y a plus de contact entre le peuple et les lettrés. La prépondérance intellectuelle dans l'empire passe définitivement aux Grecs et, Constantinople devenant bientôt un centre littéraire grâce aux empereurs, le centre intellectuel du monde méditerranéen n'est plus romain, mais grec. Les fonctions publiques sont entièrement ouvertes aux rhéteurs et les questions relatives à la nouvelle religion agitent tous les esprits pensants; aussi les écoles sont-elles plus prospères que jamais, et l'ac-
EVOLUTION LITTKRAHIK t>05
livité intellecluelle ne se confine plus à celles-ci.
Au quatrième siècle, les écoles les plus célèbres étaient celles d'Alexandrie, d'Athènes, de Constantinople, de Nicomédie, de Pergame, d'Antiochç,. Les écoles de rhétorique les plus renommées étaient celle d'Alexandrie et celle d'Antioche ; la première était connue pour son style allégorique, tandis que la seconde se faisait remarquer par son bon goût et sa dialectique. Bientôt, à côté de ces deux écoles de rhétorique, se formèrent deux grandes écoles théologiques qui présentèrent les mêmes qualités et les mêmes défauts que celles-ci : Antioche, qui avait la supériorité littéraire sur Alexandrie, devint la première pour l'éloquence et l'exégèse religieuses.
Au cinquième siècle, les écoles qui brillaient le plus étaient celles d'Alexandrie, de Béryte (Beyrouth), de Gaza, de Tyr, de Bytlis, de Césarée de Palestine, d'Antioche, de Constantinopleet d'Athènes. C'était à Gaza qu'était l'école de rhétorique la plus célèbre. L'école de philosophie la plus Horissanie était Alexandrie, au début du cinquième, et Athènes au milieu du cinquième siècle. Les écoles,, de droit les plus renommées étaient celles de Béryte et de Gonstantinople.
Au sixième siècle, sous Justinien, Alexandrie était célèbre pour son école d'astronomie et de médecine, Césarée et Antioche pour leurs écoles de rhétorique, Gaza pour ses écoles de rhétorique et de philosophie, Béryte etConstantinople pour leurs écoles de droit, Edesse pour son université syria-
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que ou perse, et Athèaes pour son école de philosophie jusqu'à la fermeture de celle-ci par Justinien (529).
Les villes renommées par leurs écoles ne comprenaient pas seulement une unique espèce d'école, mais souvent des groupes d'écoles; elles possédaient ainsi de nombreux étudiants. Les professeurs étaient nommés soit par leurs disciples, soit par les magistrats; ils étaient choisis généralement parmi les plus brillants élèves; ils étaient payés par le public, mais souvent les empereurs leur donnaient des gratifications et faisaient des libéralités aux écoles les plus importantes.
Au-dessous des écoles célèbres, il existait dans les provinces de nombreuses écoles où Ton enseignait les premiers éléments de grammaire, de rhétorique et de philosophie. Au fur et à mesure que le Christianisme se développait, l'Église créa des édoles où elle donna elle-même l'instruction.
Les empereurs favorisèrent le développement de l'activité littéraire, surtout à Constantinople dont ils voulurent faire le centre intellectuel de Tempire.
Constance fonda au milieu du quatrième siècle une bibliothèque à Constantinople; ses successeurs agrandirent celle-ci peu à peu. En 425 Théodose 11 créa Tacadémie de Constantinople où quinze professeurs enseignèrent la grammaire et la littérature grecques, et où quinze autres se consacrèrent à l'étude en latin de la littérature latine, du droit et de la philosophie.
La blbliothrèque de Constantlnople ayant été brûlée par Basiliscus en 476, Zenon en fit réédifier une nouvelle.
Lorsqu'au sixième siècle la domination des empereurs rentra à Rome, Justinien voulut réveiller dans Tancicnne capitale la vie intellectuelle; il y envoya des grammairiens, des rhéteurs, des jurisconsultes, des médecins et leur donna des traitements.
Les lettrés provenaient des différentes régions de Tempire ; ils commençaient généralement leur instruction dans les écoles locales, puis se rendaient aux écoles célèbres, surtout à celles d'Antioche, d'Athènes, d'Alexandrie et de Constantinople ; ensuite ou ils y restaient professeurs, ou ouvraient des cours dans les villes importantes, ou retournaient enseigner dans leur ville natale.
Au sixième siècle le déclin des écoles provinciales, la fermeture de l'école d'Athènes, la concentration de la vie intellectuelle à Constantinople attirèrent de plus en plus vers la capitale de l'empire l'élite pensante. Mais la plupart des lettrés qui n'appartenaient pas à l'Église y perdirent une grande partie de leur indépendance intellectuelle, Tempereur les investissant généralement de hautes fonctions publiques et leur conférant des dignités.
Malgré le développement pris par le Christianisme à partir du quatrième siècle, la littérature profane continua à subsister.
Les écoles n'ayant aucun contact avec la vie publique, leurs professeurs ne travaillaient que pour
un cercle restreint, et leur enseignement^ qui n'était pas en harmonie avec le milieu social, était mécanique et artificiel; il tournait sur lui-même. Les élèves de ces écoles ne pouvaient être des créateurs ; aussi la littérature profane conserva-t-elle le même caractère d'érudition qu'avant le transfert du siège de l'empire à Constantinople ; les lettrés s'appliquèrent surtout à montrer leur science et leur savoir-faire ; généralement, ils ne se spécialisèrent pas, ils s'essayèrent dans les diCFérents genres littéraires ; ils cherchèrent à faire du bel esprit ; ils eurent, comme les artistes byzantins, l'amour delà tradition et de la forme ; ils n'imprimèrent à leurs œuvres aucune marque personnelle et ils s'exprimèrent dans l'ancienne langue grecque, méprisant l'emploi de la langue populaire. Mais, contrairement à leurs devanciers, les lettrés de l'empire d'Orient ne furent pas complètement séparés du peuple; beaucoup exercèrent des fonctions publiques, soit civiles, soit religieuses ; aussi, bien qu'ils se servissent des anciennes formes, ils firent généralement preuve de quelque force créatrice et d'imagination; l'âme sociale byzantine parvint même à percer complètement dans la poésie populaire et en partie dans l'histoire.
Malgré le puissant développement que prit l'Église chrétienne dans l'empire byzantin, les personnages célèbres de la Grèce païenne, surtout Homère, ne furent jamais oubliés (I).
(i) C'est ainsi que Pisidcs déclara qu*Héracliu8 était à la fois Achille, Ulysse, Nestor et les autres héros grecs.
Le souvenir de la guerre de Troie et des conquêtes d^AIexandre resta toujours vivace dans la mémoire de la nation et donna lieu à la composition des poèmes populaires.
Les genres littéraires qui prospérèrent furenteeux qui correspondaient à Tétat d'esprit du monde intellectuel; le culte de la forme amena le développement de la rhétorique et de la sophistique ; l'érudition trouva une source inépuisable dans l'étude du passé et du présent : l'histoire prit un grand essor; Tamour de l'antiquité donna une impulsion assez vive à la philologie; la recherche du bel esprit fit donner une importante extension &UX épigrammes, aux poèmes de circonstance et de société, aux poésies anacréon tiques.
La rhétorique et la sophistique avaient remplace depuis longtemps l'éloquence; celle-ci était en décadence depuis le deuxième siècle après Jésus-Christ. Dans l'empire d'Orient, l'éloquence profane ne trouva aucun aliment; le peuple n'avait ni l'idée de patrie, ni le goût de la liberté politique; il ne cherchait pas à participer au gouvernement de l'empire.
La rhétorique avait été à peu près fixée par Hermogcne au deuxième siècle après Jésus-Christ, et à la fin du quatrième siècle Aphthonius simplifia l'ouvrage d'Hermogène; les livres de ces deux rhétoriciens formèrent la base de l'enseignement de la rhétorique. On étudia surtout les anciens, mais aux thèmes de l'antiquité vinrent s'en ajouter d'autres : des discours à l'empereur et au patriarche,
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dc8 descriptions de lieux, de sites et de travaux artistiques.
La sophistique, éloquence artificielle, non apprise au contact des hommes et non acquise par ellemême, s'inspira de la rhétorique, science d'école par excellence ; aussi fut-elle une éloquence d'école, manquant de vie et traitant toujours les mêmes sujets. Les sophistes recherchèrent l'élégance et la beauté de la forme au détriment de la solidité du fond; leur style fut affecté, prétentieux et même lourd ; les idées et surtout l'esprit de synthèse leur firent complètement défaut. Après s'être relevée au quatrième siècle, la sophistique déclina ensuite (1).
L'histoire profane, peu brillante aux quatrième et cinquième siècles, trouva dans les guerres de Justinien et d'Héraclius une source presque inépuisable; aussi prit-elle un nouvel essor au sixième siècle et dans la première moitié du septième siècle. La plupart des historiens de cette époque, après avoir fait des études juridiques, remplirent des fonctions publiques; certains prirent part aux événements qu'ils racontèrent. Quelques-uns sont sincères, exacts, bien informés; mais la majorité n'a pas l'amour de la vérité. Généralement ils ne font preuve d'aucun sens critique, d'aucun esprit philosophique et de synthèse ; leurs œuvres sont domi-
(1) Les principaux sophistes qui contribuèrent au relèveroent de ce genre littéraire au quatrième siècle, furent Hîmerios, Tbéinistios et Libanios; au commencement du cinquième siècle on peut citer encore Aphthoiiios ; au sixième siècle, Procope, Chorikios et Agapetos.
nées par la préoccupation de montrer leur savoirfaire, ce sont des travaux de compilation ; ils s'inspirent des modèles antiques et ne laissent pas percer leurs impressions personnelles. Ils sacrifient le fond à la forme; ils subissent l'influence de la sophistique alors toute puissante.
Pendant la période de prospérité historique du sixième siècle au milieu du septième siècle, la rhétorique envahit de plus en plus les œuvres des historiens (1), et dans la première moitié du septième siècle ceux-ci tombent dans le maniérisme.
Quant au ton panégyrique, il ne fut donné parles historiens à leurs œuvres que lorsque leur situation les y obligea.
A côté de l'histoire commença à se former aux quatrième et cinquième siècles un genre littéraire analogue : les chroniques. Celles-ci se développèrent tout particulièrement dans les monastères. Ecrivant pour le peuple, les chroniqueurs employèrent généralement une forme simple et une langue compréhensible pour tout le monde. La chronique continua à prendre de Textension au sixième siècle (2).
Les philologues portèrent leur activité vers la grammaire, surtout au sixième siècle ; Tamour de a compilation donna naissance à des lexiques, à les dictionnaires, à des recueils d'extraits de littérateurs anciens, et à des recueils de sentences;
(1) Procope, A((athia8, Théophylactos.
(2) Le priocipai chroniqueur fut Hésy chiot de Mil et.
mais les auteurs n'apportèrent dans la composition de leurs ouvrages aucune critique personnelle, et les recueils d'extraits de littérateurs anciens éloignèrent les lettrés byzantins de Tctude directe et complète des textes anciens.
L'épigramme en poésie fut florissante surtout au sixième siècle (l) et dans la première moitié du septième siècle (2). Mais, bien que dans ce genre les poètes ne manquèrent pas alors d'élégance et de finesse, leurs œuvres furent pleines de recherche, d'affectation et de pédanterie.
L'épopée brilla au cinquième siècle d'un éclat subit, mais seulement sur un point particulier, dans la Thébaïde, en Egypte (3). Les poèmes épiques d'alors se firent remarquer non seulement par la beauté de la forme, mais aussi par le mouvement de la composition. Au commencement du septième siècle, l'épopée eut encore un réveil heureux (4), quoique inférieur à celui du cinquième siècle; ce réveil se produisit cette fois au centre de l'empire et marqua la transition entre l'antiquité grecque et les temps vraiment byzantins.
Quant au drame, à la tragédie et la comédie, ils avaient disparu depuis longtemps; ils n'étaient pas près de reparaître; les jeux du cirque et la liturgie religieuse remplaçaient le théâtre.
Les poètes byzantins, comme les artistes byzan-
(1) Le principal poète de ce genre fut Agathias.
(2) Pisidès fut le plus célèbre poète de ce genre.
(3) Ce réveil de l'épopée fut dû à Nonnos et à ses disciples.
(4) Pisidès se distingua aussi dans l'épopée. j
tins, n'ayant pas Tamour du beau, mais celui de la tradition, maintinrent dans leurs œuvres profanes Tancienne métrique de quantité, bien que ce principe fût alors perdu dans la langue byzantine. Toute la poésie byzantine s'en ressentit; il était impossible de mettre en harmonie la forme et le fond ; cette poésie ne pouvait être qu'une poésie d'imitation, d'école, sans vie, artificielle et mécanique.
Dans la poésie populaire, le genre qui domina le plus fut le poème épique.
Le roman, qui avait commencé à paraître au deuxième siècle avant Jésus-Christ et qui était parvenu à peine à percer au troisième siècle après Jésus-Christ, se maintint aux quatrième et cinquième siècles, mais il disparut ensuite. Les auteurs qui n'avaient aucun contact avec la vie réelle imitèrent les anciens romanciers et se préoccupèrent principalement de la forme ; n'ayant aucunement l'esprit d'observation ils n'étudièrent ni les caractères, ni les mœurs ; ils se consacrèrent surtout aux descriptions et aux déclamations.
La philosophie subit aussi l'influence de l'esprit du temps; détachée de la réalité, elle n'eut plus de force créatrice, elle devint une philosophie d'école. Les philosophes néoplatoniciens des quatrième, cinquième et sixième siècles cherchèrent à faire preuve d'érudition et s'efforcèrent d'opposer leurs doctrines à la nouvelle religion. Ils coordonnèrent les anciennes philosophies sans apporter aucune idée originale; au sixième siècle leur travail de
cristallisation (1) était accompli; faisant pénétrer de plus en plus la foi dans leur science, ils basèrent celle-ci de moins en moins sur la raison et lui donnèrent une forme mystique et religieuse; aussi lorsqu'en 529 Justinien ferma Técole d'Athènes, la philosophie n'avait plus de principe vital, elle était morte d'elle-même.
Mais l'ancienne philosophie, disparue comme science distincte, pénétra indirectement dans la théologie. Au commencement du sixième siècle, lors des luttes des Monophysites, Tintroduction des définitions d'Aristote dans la théologie amena le commencement de la scolastique (2). Le néoplatonisme passa aussi, au sixième siècle, dans la théologie (3) .
Le droit qui, au sixième siècle, n'était plus enseigné qu'à Gonstantinople et à Béryte, devint inerte par suite de la disparition des idées philosophiques et de la résidence des jurisconsultes éminents à la cour.
Quant aux sciences, qui étaient en décadence depuis le deuxième siècle avant Jésus-Christ (4), elles continuèrent à décliner aux quatrième, cinquième et sixième siècles.
Les sciences abstraites furent encore cultivées
(1) C<'tte œuvre de cristal llsation fut faite par Proclos.
(2) Léontins de Byzance fut le premier schoinstique ; après lui vinrent Anastios. Tous deux sont du sixième siècle.
(3) Dans les œuvres du faux Denys l'Aéropagite.
(4) 11 y eut une petite renaissance au deuxième siècle aprè» Jésus-Christ, surtout en mathématiques et en médecine.
par les néoplatoniciens et à Constantinople (l), mais les œuvres publiées ne furent que des travaux de compilation, des commentaires des anciens savants, d'Âristole et de Platon principalement. Les connaissances astronomiques furent fortement atteintes par le développement du Christianisme ; on chercha à concilier le système du monde avec la Bible; Ptoiémée fut combattu, et au sixième siècle on se représentait la terre comme un rectangle plat, sur les côtés duquel s'élevaient des murs soutenant le cristal solide du firmament (2).
Sauf en médecine, où furent faits quelques travaux de compilation, les sciences d'observation tombèrent dans l'obscurité la plus complète. Gela fut dû à l'absence de sens critique et d'amour du vrai chez les Byzantins et à leur détermination de mettre en harmonie la science et les idées religieuses; on en arriva à regarder Tétude de la nature comme une preuve d'incrédulité et les connaissances scientifiques furent remplacées par des conceptions fantastiques.
La géographie elle-même, qui avait été si étudiée des anciens Grecs fut délaissée des Byzantins comme elle l'avait été des Romains.
A côté de la littérature profane, suite de l'an-
(1) Au cinquième siècle, un professeur de rAcadémie de CodstAntinople, Stéphanos, publia des ouvrages de géométrie, d'arithméti(|ue et d'astronomie. Les constructeurs de Sophie au sixième siècle firent preuve de connaissances de mathématiques, surtout <le mécanique.
(2) C'était la conception de Rosmos Indikopleustès.
cienne littérature grecque, se forma une littérature beaucoup plus riche. Celle-ci sortit comme Tart byzantin de la nouvelle religion. La littérature chrétienne était née avec le commencement de la propagation du Christianisme; mais, jusqu'au quatrième siècle, cette religion ne s'étant répandue que dans les classes pauvres les littérateurs chrétiens comme les artistes chrétiens ne s'étaient préoccupés que de leur idée et non de la forme de leurs œuvres. Lorsque le Christianisme fut reconnu par Constantin, les classes aisées, par conséquent les classes intellectuelles, purent en Orient traiter les questions religieuses. Il en résulta que dans la littérature chrétienne s'allièrent alors heureusement la forme et le fond.
Les idées païennes vinrent ainsi s'associer aux conceptions religieuses. Les théologiens du quatrième siècle qui avaient fait leur instruction pre- | mière dans les écoles païennes admirent pour les i études chrétiennes l'enseignement antique, mais ' en lui attribuant simplement un rôle préparatoire et en quelque sorte mécanique. L'élément hellénique s'en alla peu à peu des œuvres de littérature chrétienne des cinquième et sixième siècles; au septième siècle il disparut; mais avec lui se retira l'amour du beau et du vrai.
Au quatrième siècle, lorsque put se développer en toute sécurité la littérature chrétienne, le paganisme était encore puissant, toujours prêt à relever la tète, et l'Arianisme, très répandu en Orient, risquait de faire sombrer à jamais le Christianisme
qui venait de sortir victorieux d'une longue lutte (l).
La vigueur du combat qu'eut alors à soutenir le Christianisme, contre les païens et contre les hérétiques amena Téclosion d'une littérature chrétienne très brillante. Les genres qui se formèrent furent la dogmatique, la polémique, l'exégèse et l'éloquence. Ne s'adressant pas au cercle étroit d'une école, mais au peuple, cette littérature et principalement Téloquence eut de la vie et du mouvement; pleine d'enthousiasme et d'imagination, elle produisit de puissants effets; sa forme fut élé^ gante, exempte de la lourdeur de la rhétorique d'alors (2).
 partir du cinquième siècle, les luttes qu'eut à soutenir le Christianisme furent moins .violentes; rhérésic des Monophysites était moins grave au point de vue dogmatique que celle des Ariens et le paganisme était vaincu; le haut clergé étant recruté de plus en plus dans les classes supérieures, l'Église se séparait de la nation; la vie s'en alla peu à peu et l'amour de la tradition et de la compilation reprit le dessus; à la fin du cinquième siècle, les thèmes moraux etlesquestionsreligieuses fondamentales furent à peu près fixés; le travail de coordination dogmatique commença : on s'appuya sur les Pères de l'Église des quatrième et cinquième siècles. A la fin du cinquième siècle, Içs théologiens ne se préoccupent plus de questions morales; ne
(1) Voir livre II, cliap. i.
(8) Les p.rands théologiens du quatrième siècle furent : Euscbe^ Arius, Athauase, Basile, Grégoire de Nazianze et Chry«ostome.
s'adressant plus de vive voix au peuple, mais écrivant, Téloquence disparut ; la dogmatique et la polémique déclinèrent (1). Quant à Texégèse, qui ne pouvait prospérer par suite de l'ignorance de la langue hébraïque à Gonstantinople, elle tomba aussi en pleine décadence.
A côté de ces différents genres, la littérature chrétienne en comprit d'autres.
La nécessité de faire connaître les actes des apôtres, la vie des saints et la biographie des moines, alors très considérés, amena la création de rhagiographie. Les œuvres de ce genre furent médiocres; les auteurs, n'ayant en vue que d'exaller leurs sujets, manquèrent de sens critique; dans celles qui n'étaient pas destinées au peuple se montre la funeste influence de la rhétorique.
Le travail de coordination dogmatique suscita à la fin du cinquième siècle l'éclosion de recueils de sentences des Pères de l'Église, d'extraits d'écrits saints, d'extraits d'ouvrages exégétiques et sur les pratiques de la vie religieuse.
Le développement du monachisme fit naître des travaux de mystique et d'ascétique.
L'histoire de l'Église fui traitée par des écrivains; ce fut au cinquième siècle qu'elle fut la plus florissante; au sixième siècle, elle déclina fortement. Les historiographes religieux furent généralement des auteurs médiocres, n'ayant aucun esprit
(1) Les grands théologiens du cinquième siècle furent Cyrille d'Alexandrie et Théodoret. Au cinquième siècle les principaux théologiens furent Léon tins de Byzànce^ Ëphrem, Anastasios.
de synthèse; tous n'appartinrent pas au clergé.
Dans la poésie religieuse, certains poètes voulurent employer l'ancien principe de quantité^ bien que la différence, entre les courtes et les longues syllabes eût disparu . Bien que cette forme morte se maintînt encore aux quatrième et cinquième siècles, elle fut vite supplantée par une autre, vivante, conforme à Tàme sociale byzantine à laquelle elle s'adressait.
Cette poésie nouvelle, basée sur le principe de Taccent, fut la poésie rythmique. Elle naquit dès le quatrième siècle, avec les chants d'Église, auxquels le peuple participait. Au cinquième siècle commencèrent à être composées des hymnes de vingt à trente strophes; ce fut sous Anastase I*' que ce genre atteignit son plus haut point de prospérité (l); il fut encore florissant pendant tout le cours du sixième siècle et pendant le septième siècle (2). Cette poésie, appelée poésie des mélodes, est pleine de charme, de sincérité et de beauté naïve; elle contraste avec la littérature recherchée de la même époque.
La littérature byzantine^ du milieu du septième siècle au milieu du neuvième siècle. — Justinien ayant favorisé le développement de l'Église, Id société religieuse devint après lui de plus en plus prépondérante au détriment de la société civile;
(i) Romanos fut le plus brillant repreBentant de cette poésie reli{;ieu8e.
(8) Sergios et Sophronios furent les principaux mélodes du conamencement du septième siècle.
l'instruction publique passa aux moines dans les provinces, où ils fondèrent de nombreuses écoles.
Au sixième siècle, les idées de centralisation de Justinien avaient presque amené la concentration de la vie intellectuelle à Constantinople ; Técole d'Athènes avait été fermée en 529.
Au milieu du septième siècle, avec Tinvasion arabe disparurent les écoles de Beyrouth, d'Antioche, de Gaza, de Tyr, de Byblos, d'Alexandrie, encore florissantes. Constantinople n'eut plus de rivale intellectuelle. La société religieuse l'emportant sur la société civile, l'université de Constantinople elle-même passa sous la domination de l'Église; les professeurs ne furent plus recrutés que parmi les ecclésiastiques.
La mainmise de TÉglise sur la vie intellectuelle eut des conséquences aussi funestes en littérature qu'en art (1). Dans la littérature profane, tous les genres tombent dans la décadence la plus complète à partir du milieu du septième siècle. L'histoire, la poésie, même l'épigramme, tombent dans l'obscurité absolue après le milieu du septième siècle. Les sciences, même la médecine, disparaissent après le septième siècle.
Dans la littérature religieuse, le calme dont jouit l'Église tout d'abord après Justinien et ensuite l'importance toute secondaire du Monothélisnie au point de vue dogmatique ne pouvaient faire naître de brillants écrivains religieux. L'Église s'efforça
(1) Voir à l'Évolution artistique, 1. Il, chap. ii.
comme dans l'art religieux d'empêcher les écarts de rimagination.
Le concile de 692 déclara que les Pères de l'Église des quatrième et cinquième siècles étaient des modèles que Ton devait imiter et qu'en exégèse et dogmatique on devait s'en référer à leurs ouvrages plutôt qu'à d'autres.
L'éloquence et l'exégèse, déjà en pleine décadence, disparurent à peu près ; l'amour des Byzantins pour les discussions dogmatiques maintint la dogmatique et la polémique; mais celles-ci furent plus médiocres que jamais. L'ascétique et l'hagiographie, qui n'avaient pas été atteintes par le concile de 692, continuèrent à se développer à la fin du ^ septième et au commencement du huitième siècles ; mais les aul^^Kclc ces genres s'appuycreut sur les
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