I. LES INVASIONS. — ROLE ET ORGANISATION
MILITAIRE DE l'eMPIRE BYZANTIN.
Invasion du monde méditerranéen après lafondation de Pempire romain, — Lorsque Rome eut réuni le monde méditerranéen sous sa domination, la partie de l'ancien continent située au nord du Sahara et de Tocéan Indien comprenait trois grands États : Tempire romain, la Perse (1) et la Chine. Au nord et au sud de ces trois États existaient des peuples qui n'étaient pas parvenus à fonder d'État •durable. Au nord vivaient des peuples aryens, les
(1) La Perse était alors sous la domination des Parthes, qui formèrent un royaume séparé de 255 avant Jésus-Christ à 226 après Jésus-Christ; la fondation de leur grand empire eut lieu •en 160 avant Jésus-Christ.
Germains et les Slaves, puis les peuples Gnniques, les peuples touraniens et les peuples mongols. Au sud se trouvaient des peuples sémitiques, en Arable, puis les peuples de Tlnde et les peuples de rindo-Chine. Parmi les populations qui se trouvaient au nord et au sud des trois grands États, seules celles des Indes et de Tlndo-Chine occupaient des régions essentiellement fertiles et séparées par de hautes chaînes de montagnes des deux États voi* slns : la Perse et la Chine. Au contraire, les peuples du nord et parmi ceux du sud ceux de TArabie, occupaient des régions où Fagriculture se développait difficilement, où le climat était pénible : glacial dans les régions du nord, brûlant en Arabie et aucun obstacle naturel ne séparait ces pays des trois grands États. Les peuples établis au nord des trois grands empires et ceux d'Arabie devaient donc chercher à envahir ces trois grands États facilement accessibles, riches et situés dans les régions tempérées et fertiles. Ces peuples habitués à mener une vie rude dans leur pays d'origine acquirent une forte énergie et des instincts guerriers qui leur servirent dans leur lutte contre les États qu'ils assaillirent.
Les peuples germaniques s'attaquèrent à l'empire romain; pesant sur les frontières du Rhin et du Danube de cet empire, s'infiltrant dans cet État, y faisant des incursions, ils l'envahirent une première fois au cinquième siècle sous la poussée des peuples finniques. Leur deuxième invasion, avec les Northmans, commença au neuvième siècle. Gomme
ceux-ci ne pouvaient pas pénétrer dans l'Europe centrale, occidentale et méridionale, occupée par d'autres peuples germaniques, ils la contournèrent en se divisant en deux groupes, prenant chacun un chemin différent. Le premier groupe glissa le long des côtes de l'océan Atlantique, cherchant à s'étabhr sur le littoral et y réussissant en plusieurs endroits. Le second groupe contourna l'Europe germanique par Test, pénétra dans le nord-ouest de la Russie, descendit par le Dnieper sur la mer Noire, se mêla à des éléments slaves, prit le nom de Russes et rejoignit presque le premier groupe dans l'est de la Méditerranée.
Les invasions slaves furent provoquées et déterminées par les invasions fînniques.
Les peuples de race finnique semblent originaires de l'Altaï; avant la fondation de l'empire des Perses, une partie des peuples finniques s'infiltra entre le Pamir et la Caspienne sur le plateau de l'Iran et vint aboutir à l'Assyrie.
Au septième siècle avant Jésus-Christ les Massagètes ayant chassé les peuples finniques, ceux-ci, passant entre l'Oural et la Caspienne, se rendirent dans la Scythie d'Europe, y provoquèrent l'invasion des Cimmériens dans l'Asie occidentale par le Caucase, tandis qu'une partie de ces peuples finniques franchissant aussi le Caucase, vint se briser contre ' les Mèdes.
Lorsque l'empire des Perses fut formé et se développa, les peuples finniques ne purent plus emprunter le seuil situé entre le Pamir et la mer Cas-
pienne; ils cherchèrent constamment à pénétrer •dans cette trouée; une lutte continuelle s'engagea entre eux et les Perses qui virent en eux Ahriman, le principe du mal, qui avait pris un visage humain ([).
Les rois perses voulurent en finir avec la puissance des peuples finniques. Cyrus s'attaqua en Asie aux Massagètes et Darius aux Scythes d'Europe, mais les expéditions de ces rois échouèrent.
Au commencement du troisième siècle les Goths vinrent s'établir dans la Scythie d'Europe, conquérant le pays entre les Carpathes et le Tanaïs, tandis que les Alains occupaient le pays compris entre le Caucase, la mer Caspienne, le bas Volga et le bas Tanaïs. Les peuples finniques perdirent donc une grande partie du territoire où ils dominaient.
Recevant des renforts des peuples de même race qui étaient poussés vers l'ouest par les conquêtes chinoises, profitant de l'affaiblissement des Goths qui avait été produit par Témigration d'une partie de ceux-ci vers la Méditerranée, s'appuyant sur les peuples vassaux des Goths, les Roxolans entre autres, les peuples finniques appelés Huns (2) dé-
(1) Les Perses les appelèrent Touraniens, parce qu'ils habitaient la Touranie et non parce qu'ils étaient de race touranienne.
(2) Les Huns semblent être les Scythes d'Hérodote; Tépéc trouvée qui présagea à Attila la conquête du monde n'étailelle pas le cimeterre, simulacre du dieu de la guerre des Scythes et devant lequel ceux-ci, chaque année, faisaient de nombreux sacrifices ? Le bûcher construit par Attila en Champagne n'était-il pas cette pile de bois, temple du dieu de la guerre des Scythes ? Cette solution est fortifiée par le fait qu'il
truisireût Tempire goth (375). Les Huns avaient déjà précédemment vaincu les Alains, provoquant sans doute Tinvasion de TAsie Mineure par ceux-ci sous l'empereur Tacite (275).
Les peuples finniques s^attaquèrent alors à Tempire romain, dont la domination s-étendait sur le monde méditerranéen. Deux voies s'ouvraient pour se rendre de Scythie d'Europe sur les bords de la Méditerranée : l'une vers le sud par le Caucase, l'autre vers l'ouest par la Germanie et par la plaine du Danube.
La première route n'était pas favorable aux grandes invasions; il fallait traverser une haute chaîne de montagnes, le Caucase, ne possédant que deux passages étroits : les portes Caspiennes à l'est et les portes d'Ibérie au milieu; on se heurtait à deux États aryens, la Perse et l'Empire romain, et à des régions montagneuses : l'Arménie et le Taurus.
La route vers l'ouest était beaucoup plus favorable aux grandes invasions que la première.
Les Huns, habitués à vivre dans des grandes plaines, étaient naturellement beaucoup plus incités à prendre cette voie que celle du Caucase.
La Germanie étant occupée par des peuples nom« breux et guerriers, et la Hongrie n'étant habitée
est impossible de remplir Tintervalle du temps qui s'est écoulé depuis que les Hiong-Nou disparurent des environs de la Chine jusqu'au moment où les Huns se montrèrent sur les frontières des Romains . Il est d'ailleurs certain que les Hiong-Nou n'étaient pas les Huns, mais un peuple de race touranienne.