‹ L'empire byzantinChapitre 6 sur 22 · II · texte numérisé non relu

II

que par des peuples clairsemés et relativement pacifiques, les Huns se dirigèrent sur la Hongrie.

Après avoir vaincu les Goths, la majeure partie des Huns envahit la Hongrie sous la direction de Rugilas. Un faible détachement, traversant le Caucase par les portes Caspiennes, se jeta sur rArnaénie, la Cappadoce, la Gilicie, fit trembler Antioche, mais il fut finalement défait par les Perses en Arménie.

Plus tard, sous Justinien et Ghosroès, les deux États aryens, Empire romain et Perse, se solidarisèrent pour empêcher le retour d'incursions de peuples finniques en Arménie; ils construisirent des murs dans le Caucase et s'unirent pour en assurer l'entretien.

Établis en Hongrie, les Huns avaient le choix entre trois voies pour poursuivre leur invasion du monde méditerranéen : deux voies vers l'ouest et une voie vers le sud.

La première route, après avoir suivi la haute vallée du Danube, après avoir traversé peu d'obstacles : quelques défilés le long du Danube, le Jura de Souabe et la Forêt noire, aboutissait aux plaines fertiles situées entre le plateau central et le Rhin.

La deuxième route, passant au sud des Alpes centrales par la vallée du Pô, traversant les Alpes occidentales, aboutissaitdans la vallée du Rhône contre le plateau central, que l'on pouvait contourner soit par le nord, soit par le sud; en prenant cette voie on pouvait encore, traversant les Pyrénées, aboutir aux plateaux arides et accideolés de l'Espagne.

La troisième route ne donnait accès qu'à un pays montagneux et peu fertile : la péninsule des Balkans.

De ces considérations, il résulte que les peuples établis en Hongrie devaient, de préférence, emprunter la première voie, puis la seconde et en dernier lieu la troisième.

Bien que Genséric, qui désirait que l'expédition dirigée contre lui par Théodose 11 n'aboutît point, attira Attila vers l'empire d'Orient, ce roi des Huns ne fît qu'une simple diversion dans la péninsule des Balkans, ne voulant pas prendre la route d'invasion la moins bonne. 11 répondit, au contraire, entièrement à l'appel du frère aîné de Mérovée, qui songeait à venger la défaite de Glodion par Aétius; il se dirigea ainsi par la meilleure des trois routes principales d'invasion. Mais les peuples germaniques, qui avaient conscience de leur communauté de race et qui considéraient les Huns comme des sauvages, se solidarisèrent contre les peuples finniques ; ils se réunirent sous le commandement du général romain Aétius et arrêtèrent définitivement en Champagne l'invasion d'Attila (451). Repoussé de la première route d'invasion vers l'ouest, Attila, après s'être retiré en Hongrie, se rejeta sur la deuxième route, celle de la vallée du Pô; mais il ne tarda pas à rentrer en Hongrie, où il mourut quelques mois plus tard.

Les plaines du Danube reçurent ensuite de nouveaux peuples finniques, et par suite le monde méditerranéen eut à subir de nouvelles invasions.

Ces peuples furent les Bulgares, les Ayarcs et les Hongrois ou Madgyars. Leurs Invasions eurent lieu respecliyement à la (in du cinquième siècle, au milieu du sixième siècle et au neuvième siècle.

Les Bulgares et les Hongrois, qui rejoignirent dans la plaine du Danube des peuples de même race qu'eux, se détachèrent du gros de leur nation établi entre le Volga et l'Oural et qui forma des États assez importants au treizième siècle (l).

Les Avares qui vinrent s'établir dans la plaine du Danube provinrent des Geougen. Ce peuple avait détruit en Asie centrale Tempire des Sienpi, nation qui dominait dans cette région depuis la fuite des Hlong-Nou, un siècle avant Jésus-Christ. Le centre de la puissance des Geougen était entre TAltaï et la Selinga, leur capitale était située près de TAltaï et de rirtisch ; leur domination s'étendait sur les pays au nord de la Chine, de la Corée à l'Irtisch.

Les Turcs, qui étaient sous le joug des Geougen, se soulevèrent contre eux et s'affranchirent de leur pouvoir. Pouréchapperauxvengeancesdeceuxqu'ils avaient opprimés auparavant, une partie des Geougen quittèrent leur pays d'origine; ne pouvant entamer la Chine, empire trop puissant, ce détachement se dirigea vers l'ouest, empruntant sans doute

(1) Au treizième siècle, on trouve entre les monts Ourals, le moyen Oural et le moyen Volga, une Bulgarie ayant sa capitale près de Kazan. Au treizième siècle, on trouve une Hongrie sur la rive {'auchc du Volga.

D'autres peuples finniques se rendirent dans le nord et l'ouest de la Scythie d'Europe, principalement dans la Finlande actuelle.

le seuil entre rAltaï et les monts Tîan-Ghan (l).

N'essayant pas d'entamer la Perse, il passa au nord du Caucase et rejoignit les peuples finniqucs établis dans la vallée du moyen Danube.

Les Bulgares, les Avares et les Hongrois s'attaquèrent comme les Huns à l'Europe occidentale et à l'empire d'Orient.

Les Bulgares, peu nombreux, envahirent principalement la péninsule des Balkans.

Les Avares firent des incursions dans l'empire d'Orient et se répandirent dans la haute vallée du Danube (2), mais ils furent finalement re poussés de cette voie d'invasion.

Charlemagne, qui fonda l'unité du monde germanique sous la direction des Francs, voulut en finir avec les peuples finniqucs et les anéantir. Il envahit le pays des Avares et les vainquit.

Mais les luttes intestines qui suivirent la mort de Charlemagne, les guerres défensives des peuples de l'Europe occidentale contre les Northmans et les Slaves, affaiblirent le monde germanique, tandis que les peuples finniques établis dans la plaine du moyen Danube reçurent des renforts. Avec les Hongrois, ces peuples reprirent l'offensive contre l'Europe germanique ; mais cette offensive échoua

(1) Dans ce seuil, on trouve deux sillons principaux : celui du nord, dont le point le plus élevé est à 765 mètres d'altitude, et celui du sud, dont l'altitude moyenne est de 200 mètres.

(2) Sifjebert, roi d'Austrasie, les arrêta en 562, mais ils pénétrèrent en Bavière et en Franconie six ans plus tard; ils remportèrent alors une victoire indécise sur Sigebert et rentrèrent en Pannonie

loi L'EMPIRE BYZANTIN

finalement (1). Ce fut la dernière guerre entre les peuples germaniques et les peuples finniques. Déjà séparées des peuples finniques du nord de la Scythie par des peuples touraniens, slaves et germaniques (Norlhmans), les peuples finniques de la plaine du Danube le furent encore plus au treizième siècle avec les invasions mongoles. Ils ne reçurent donc plus de renforts.

De plus, les peuples germaniques de l'Europe occidentale et les peuples finniques du moyen Danube entrèrent dans la gestation d'une nouvelle organisation sociale; lorsqu'ils furent, plus tard, de nouveau en contact, ces deux peuples de même religion s'unirent entre eux au lieu de se combattre; la première croisade passa par la Hongrie, et ce fut le roi de Hongrie, Sigismond, qui commanda les croisés français à la bataille de Nicopoli, livrée contre les Turcs (1396).

Après les peuples finniques, les peuples touraniens se jetèrent sur le monde aryen. Avant de s'attaquer à celui-ci, les peuples touraniens avaient

(1) Arnulf, le premier roi de Germanie, appela les Hongrois contre Ifs Sl.ives, qui menaçaient FAllemagne sur les bords de l'Elbe et de la Saale; les Hongrois firent disparaître en 896 le royaume de Bohème.

Les Hongrois firent plus tard quelques apparitions en Lorraine, en Bourgogne (926) et même en Aquitaine.

En 93%-, tandis que le gros des Hongrois se répandit dans la vallée de TElbe et de la Saale, quelques groupes se jetèrent sur l'Italie. Henri I" battit le corps principal des Hongrois à Mersebourg.

Quelques années plus, en 935, Othon I" battit les Hongrois à Augsbourg.

cherché, depuis des siècles, à envahir Tempire chinois. Mélangés d'éléments finnois et mongols, les Hiong-Nou, peuple de race turque, faisaient des incursions continuelles dans Tempire chinois avant le troisième siècle avant notre ère. Les Chinois ne possédant pas, comme les Romains, de frontière$ constituées par des fleuves, élevèrent, en 214 avant Jésus-Christ, la muraille de Chine pour se protéger contre les incursions des Hiong-Nou. En 165 avant Jésus-Christ, les Hiong-Nou chassèrent du Kan-Sou les Huns blancs, colonie aryenne (1), qui s'enfuit jusque sur les bords de TOxus.

Sous les Han, la plus glorieuse dynastie des empereurs chinois, ceux-ci voulurent en finir avec les Hiong-Nou; de 146 avant Jésus-Christ à 70 avant Jésus-Christ, ils s'attaquèrent à eux et détruisirent leur puissance. Les Chinois poursuivant leurs succès soumirent les royaumes de Khotan et de Kaschgar (2), et, h la fin du premier siècle après Jésus- Christ, une armée chinoise atteignait les côtes orientales de la mer Caspienne.

Ces événements politiques eurent pour résultat

(1) 1 68 Huns blancs étaient de couleur blanche, comme les Aryens ; ils abandonnèrent bientôt les mœurs pastorales de Scythie, comme les Aryens; leur respect dans la foi des traités, leur humanité en temps de guerre, leur modération dans leurs victoire contre les Perses dénotent un esprit différent des peuples de race finnoise ou touranienne et semblable à celui des peuples aryens.

(2) La domination des Chinois à Khotan et Raschgar existait encore au septième siècle, car lorsque les Arabes envahirent la Perse, le fils de Yezdegerd se sauva chez les Chinois qui avaienC des garnisons dans ces deux villes.

de chasser des peuples finniques vers l'Europe, où ils renforcèrent des peuples de même race qui y étaient établis, ce qui provoqua Tinvasion hunnique.

Quant aux Huns blancs, rejetés vers le sud, ils occupèrent la Sogdiane, le nord de la Perse et la vallée de Tlndus aux environs de Tère chrétienne ; pendant longtemps, les rois de Perse cherchèrent vainement à détruire leur puissance, ils n'y parvinrent qu'au milieu du sixième siècle, peu de temps après que les Huns blancs eussent été vaincus par les Turcs établis au nord de la Sogdiane.

Après la fuite des Hiong-Nou, la domination de la Mongolie passa aux peuples finniques : Sienpi, puis Geougen ; mais les Turcs se soulevèrent contre eux, et rendirent ainsi la prépondérance à la race touranienne en Mongolie, au sixième siècle après Jésus-Christ. Renonçant à envahir l'empire chinois, les Turcs se dirigèrent vers l'ouest, sans doute par le seuil situé entre l'Altaï et les monts Thian- Chan, et essayèrent de franchir l'intervalle entre le Pamir et la mer Caspienne pour gagner la Méditerranée. Mais les Huns blancs et les Perses les en empêchèrent. Une partie des Turcs, les Khozares, continua, alors à marcher vers l'ouest et s'établit entre la mer Caspienne et le Don. A la fin du sixième siècle, Içs Perses ayant anéanti la puissance des Huns blancs, des Turcs pénétrèrent dans le Khorasan; lorsque les Arabes eurent détruit la Perse — le rempart du monde aryen contre les invasions asiatiques par la Bactriane — les Turcs

ÉVOLUTION POLITIQUE EXtÉRIEURE 105

s'infiltrèrent dans Tempire arabe, comme les Barbares germains s'étaient infiltrés dans Tempirc romain, et lorsque Tempire arabe se dissocia, les races touraniennes, passant par le plateau de la Perse, se jetèrent sur l'Asie Mineure et la péninsule des Balkans.

Des trois grands Étals existant lors de Tère chrétienne. Empire romain. Perse et Chine, seul ce dernier avait donc résisté aux invasions de ses voisins. Au commencement du treizième siècle les peuples mongols (l) qui habitaient autour du lac Baïkal Tentamèrent; ils se jetèrent sur TEurope, mais la Chine les attira davantage.

Au treizième siècle, les races touraniennes ne parvenant pas à défendre le seuil de la Bactriane, une partie des Mongols, prenant par la Perse, se répandit jusqu'en Anatolie et en Syrie; une autre partie, la plus importante des deux, empruntant la route au nord de la mer Caspienne, brûlant Kiev et Moscou, détruisant Cracovie et Lublin, battant les Slaves de Pologne à Liegnitz, se jetant sur les peuples finniqucs de Hongrie, vint menacer les peuples germaniques. Frédéric II fit alors appel aux princes de ces derniers peuples : aux princes d'Allemagne, au roi de France et à celui d'Angleterre, pour se coaliser contre les Mongols; mais la Chine, située plus près du berceau de la race mongole, attirait plus les Mongols que l'Europe médi-

(i) Aux Mongols ee joignirent beaucoup de tribus de race touranienne et de race iinnique qui étaient restées en Asie.

]0& LEMPIRE BYZANTIN

terranéenne, et ceux-ci se retirèrent alors sur le Volga.

L'empire mongol s'étant dissocié, un Mongol, Tamerlan, voulut le reconstituer à son profit au début du quinzième siècle. Il réunit sous son pouvoir Tancien empire mongol, sauf la Chine, mais y ajouta THindoustan. La Chine restant à conquérir, Tamerlan, qui venait de vaincre à Ancyre les races touraniennes, préféra abandonner la conquélc de l'Europe méditerranéenne dont la voie lui était ouverte, pour se mettre en marche vers la Chine. La Chine sauva donc l'Europe méditerranienne des invasions mongoles du quinzième siècle comme de celles du treizième siècle.

Entre les invasions fînniques et les invasions touraniennes, les peuples des déserts de TArabie se jetèrent sur les pays riches situés au nord de cette presqu'île. Ces peuples de race sémitique, habitant au sud des frontières établies entre la Perse et Tempire d'Orient — dernier vestige de l'empire romain — se précipitèrent sur ces deux États aryens.

Des luttes entre les peuples de race sémitique et les peuples de race aryenne avaient eu lieu bien antérieurement à l'invasion arabe. Elles s'étaient toujours terminées à l'avantage des peuples de race aryenne. La Perse aryenne avait soumis l'Assyrie^ la Syrie et l'Egypte sémitiques; puis les Grecs aryens, à partir d'Alexandre, avaient dominé en Syrie et en Egypte. Rome aryenne, après une lutte vive et disputée, avait fini par triompher de Carthage sémitique. La direction du monde méditerra-

ncen et des peuples du plateau de Tlran semblait alors assurée pour toujours aux races aryennes. Mais avec Tinvasion arabe les peuples sémitiques s'attaquèrent de nouveau aux peuples aryens. Ils détruisirent la Perse, et s'élancèrent à la conquête du monde méditerranéen. La Syrie et les pays du nord de l'Afrique ayant le même aspect que l'Aral>ie, ils se répandirent de préférence dans les pays situés au sud de la Méditerranée. Ils essayèrent d^cntamer par l'est et par l'ouest les pays situés au nord de la Méditerranée. A l'est, ils se heurtèrent à l'empire byzantin, ils échouèrent dans leurs tentatives contre Constantinople ; à l'ouest, ils se brisèrent à Poitiers contre les peuples de race aryenne germanique qui accoururent à l'appel de Charles- Martel, se solidarisant comme ils l'avaient fait autrefois contre les peuples finniques, comme l'empire d'Orient et la Perse l'avaient fait aussi contre les peuples finniques établis au nord du Caucase. Les peuples de race aryenne conservèrent donc la domination du nord de la Méditerranée; la puissance des Arabes dans le sud de la Méditerranée déclinant peu à peu, tandis que la leur croissait, ils ne tardèrent pas à reprendre la direction du monde méditerranéen tout entier.

Rôle particulier de F empire byzantin. — Dans les invasions qu'eut à subir le monde méditerranéen, Tempire d'Orient situé dans la Méditerranée orientale, composé de provinces européennes, asiatiques et africaines, eut une part importante.

Grâce h sa position géographique excentrique par

rapport à la Germanie, il n'eut pas, en général, à essuyer les invasions des peuples germaniques qui, dirigées tout d'abord du nord au sud, furent rejcices ensuite vers le sud-ouest par les invasions finniques. Seul, un peuple germanique — le plus puissant, le plus civilisé (1), il est vrai — les Goths s'attaquèrent à l'empire d'Orient. Ce peuple, originaire de Scandinavie, trouvant dans sa marche vers les climats plus tempérés la Germanie occupée, avait dû obliquer vers l'est et prendre une direction sud-est. Il s'élait établi tout d'abord entre les Carpathes et le Don, en attendant de poursuivre son mouvement vers les bords de la Méditerranée; par suite, il était prêt à se jeter sur l'empire d'Orient.

Lorsque les secondes invasions germaniques, les invasions des INorthmans, parvinrent à l'empire byzantin, elles avaient semé en roule de nombreuses tribus et avaient, par suite, déjà perdu de leur force d'impulsion.

Les peuples germaniques enfin se précipitèrent sur l'empire byzantin à la faveur des croisades, mais avec beaucoup moins d'intensité que lorsqu'ils envahirent l'empire d'Occident au cinquième siècle (2).

(1) Les Goths formèrent, plus tôt que Içs autres peuples germaniques, un {^rand peuple, et lorsqu'ils parvinrent dans l'Occident, ils montrèrent une civilisation plus avancée que les autres peuples Barbares. Les Ostrogoths et Visigoths, les deux peuples principaux avec les Gépides qui composèrent la nation des Goths, cherchèrent toujours ù se prêter aide mutuelle, bien qu'ils fussent sépares souvent, et ils essayèrent toujours de se réunir.

(S) Déjà au sixième siècle avec Théodebert, les Germains sou-

Par suite de sa position géographique au sudouest de la Scythie d'Europe, rempire d'Orient subit une partie des invasions des Slaves, peuples que les peuples finniques établis 4&ns la plaine du Danube rejetèrent autour d'eux, les pressant et les comprimant entre eux et les peuples qui occupaient l'Europe occidentale et méridionale : Germains en Occident, Grecs au midi.

Les peuples finniques ayant établi le centre de Jour puissance dans les plaines du moyen Danube, ayant été repoussés par les peuples germaniques des deux meilleures voies d'invasion, se rejetèrent sur la troisième voie, celle des Balkans, menaçant continuellement l'empire d'Orient. Mais les Slaves du nord de la péninsule des Balkans servirent de rempart à cet empire contre les incursions de ces peuples.

Les peuples sémitiques d Arabie établis sur les limites orientales de -l'empire d'Orient lui firent supporter l'effort principal de leurs invasions.

La Perse, qui servait de rempart à l'empire byzantin contre les invasions venant de la Sogdiane, ayant été détruite, l'empire byzantin reçut désormais directement les invasions provenant de la Sogdiane. Les peuples touraniens qui empruntèrent, la plupart, le seuil entre le Pamir et la Caspienne, se jetèrent sur l'empire byzantin et finirent par le faire succomber.

oèrent à marcher sur l'empire d'Orient; ce roi d'Austrasie conçut ce projet, lorequ'en 539 il fit une incursion dans la vallée du Pô, mais il n'y donna pas suite.

110 L'EMPIRE BYZAMJN

Les peuples mongols entamèrent très peu et seulement momentanément Tempire byzantin, car leur offensive fut tournée beaucoup plus vers la Chine que vers le monde méditerranéen, «t de plus les peuples touraniens et les peuples finniques servirent de rempart contre eux à l'empire byzantin, respectivement en Asie et en Europe.

En dehors des luttes que l'empire d'Orient eut à subir contre les différentes invasions, il eut à lutter continuellement contre un État aryen, contre la Perse.

De ces considérations il résulte que l'empire byzantin joua généralement un rôle défensif (l) visà-vis des peuples étrangers avec lesquels il entra en contact. Il essaya d'abord de détourner ses ennemis qui le menaçaient; lorsqu'il n'y réussit pas, il chercha à les repousser par la force et en contractant contre eux des alliances avec d'autres peuples.

Organisation militaire de l'empire byzantin. — Par suite du rôle défensif qu'eut à remplir l'empire byzantin, il appuya son armée sur un système général de fortifications; en avant de celui-ci il établit peu à peu des États tampons, pour amortir le choc des grandes invasions; mais ces États voulant

(1) Il prit parfois l'offensive, même vigoureusement, comme 0OUS Justînien en Afrique et en Italie, comme sous Basile 11 contre les Arabes et les Bulgares^ mais cette offensive n'avait pour but que de reconquérir des provinces perdues; elle faisait donc partie de la défensive générale de l'empire contre ses ennemis eiptérieurs.

conquérir rindépendance et même s'agrandir aux dépens de Templre byzantin, il dut ensuite créer contre eux des marches militaires, où il transporta des populations belliqueuses de Tempire.

En plus de leur système de fortifications et de leur armée, les Byzantins possédèrent une solide marine, qui fut pour eux une force militaire de premier ordre, par suite de la situation de Tempire sur les bords de la Méditerranée orientale.

En raison de la situation de Tempire d'Orient à la fois sur l'Europe et sur l'Asie, le système défensif de cet empire devait permettre aux armées impériales de résister aux invasions venant d'Europe et à celles venant d'Asie. Il devait par conséquent comprendre deux systèmes généraux de fortifications : un en Europe, un en Asie. Protégé par ces deux systèmes; profitant de sa position centrale, possédant une marine puissante ; étant maître incontesté de la mer, que les Barbares et les Perses, qui n'étaient pas des peuples maritimes, ne lui disputaient pas; pouvant par suite transporter en toute sécurité des troupes d'Asie en Europe et réciproquement, à condition d'avoir entre ses mains les ports les plus importants, l'empire d'Orient pouvait faire face, tantôt en Europe, tantôt en Asie.

Telle fut l'idée générale dont s'inspirèrent les empereurs d'Orient pour établir peu à peu le système défensif de l'empire. Commencé avec Arcadius, ce système fut terminé sous Justinien.

Du côté de l'Europe, il fut organisé de la façon suivante : en avant de la presqu'île sur laquelle

lia L^CMPIRE BYZANTIN

était située CoQStaatinople, Anastase construisît un immense mur à quarante milles de cette capitale ; en outre celle-ci fut entourée de murs, dont Tun des plus importants fut construit sous la minorité de Théodose II. Le mur élevé dans Tisthme de la Chersonèse de Thrace par un général Spartiate fut réparé et les Tilles de cette presqu^ile furent entourées de murs. Tbessalonique fut solidement fortifiée . Les Thermopyles furent fermées par une forte muraille et Justinien y établit une garnison de deux mille soldats, des magasins de blé et des réservoirs d*eau; en arrière, il fit réparer les forteresses; Tisthme de Corintbe fut aussi fortifié.

Les Barbares ne sacbant pas faire la guerre de forteresses, les Grecs pouvaient toujours espérer conserver les points couverts par ces murs; les troupes qui défendaient ceux-ci ayant leur ligne de communication par mer pouvaieift recevoir des renforts par cette voie, reprendre TofiFensive et reconquérir une partie du terrain perdu dans la péninsule des Balkans.

La situation de Tbessalonique, au sommet d'un angle droit formé par la direction générale des côtes de la mer Egée, faisait de cette ville un point stratégique de premier ordre. Par Tbessalonique, les Grecs pouvaient reprendre en queue toute invasion se dirigeant sur Constantlnople et également toute invasion qui se porterait sur la Hellade.

£n avant de ces points fortifiés, les empereurs élevèrent des forteresses : les unes furent de simples corps de garde ; les autres comprirent généralement

une tour bâtie au milieu d'une aire carrée ou circulaire qu'environnaient un mur et un fossé, et dans laquelle se réfugiaient avec leur bétail les paysans surpris par une invasion. D'ailleurs, dans ce cas, ceux-ci avaient encore la ressource de se retirer dans les nids d'aigles des montagnes escarpées, si nombreuses dans la péninsule. Les Barbares ne sachant faire ni la guerre de forteresse, ni celle de montagnes et ne séjournant que peu de temps au même endroit, les paysans échappaient ainsi à leurs coups, et lorsque les envahisseurs avaient disparu, ils reprenaient leurs occupations.

Dans l'empire d'Orient, contrairement à ce qui eut lieu dans l'empire d'Occident, les empereurs firent élever de nombreuses forteresses auxquelles les Barbares se heurtèrent lors de leurs invasions (1); sous Justinien, la péninsule des Balkans présenta ^ans doute un aspect analogue à celui de la France lors de l'invasion des Northmans (2).

Indépendamment des forteresses (3) établies le long du Danube, ce fleuve était défendu par une flottille lorsqu'il n'était pas gelé (4).

L'occupation du Danube par une flotte grecque

(1) Lora de Tinvasion d'Attila il y avait enThrace cent quatrevingt-deux châteaux ou forteresses; Théodose II fit élever des fortifications dans les villes d'Illyrie.

(2) Justinien répara six cents des forts de Dacie, d'Epire, de Thessalie, de Macédoine et de Thrace.

(3) Sous Justinien, de Belgrade à TEuxin, il y avait quatrevingt-quatre places fortes le long du Danube ; Justinien fit convertir de simples corps de garde en citadelles.

(4) Sous Théodose II , il y avait sur le Danube deux cent cinquante vaisseaux.

Page 1