‹ L'empire chinoisChapitre 18 sur 154 · CHAPITRE PREIIIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREIIIER

manifestation de la veille nous avait fait monter si haut dans l'opinion publique qu'on n'eût pas à remarquer sur notre passage la plus légère inconvenance. Le peuple encombrait les rues; mais son altitude était bienveillante et presque respectueuse. On s'écartait sans tumulte devant nos palanquins, et chacun ne paraissait préoccupé quedel'étude de notre physionomie pendant que nous nous efforcions d'avoir la pose la plus majestueuse possibleet la plusconformeaus rites.

Nous étionsaumoisde juin, la plus bellesaison pour laprovincede ESse-tchouen.Le pays que nous parcourions était riche et d'une admirable variété ; nous rencontrions tour à tour des collines, des plaines et des vallons arrosés par des eaux ravissantes de rraicheur et de limpidité. La campagne était dans toute sa splendeur, lesmoissonsmùrissaientde toute part, les arbres étaient chargés de fleurs ou de fruits qui déjà commençaient à se gonfler de sève. De temps à autre l'air, délicieusement parfumé, nous avertissait que nous traversions de grandes plantations d'orangers et de citronniers.

Dans les champs, et sur tous les sentiers, nous retrouvions cette laborieuse population chinoise, incessamment occupée d'agriculture ou de Commerce ; les villages avec leurs pagodes au toit recourbé,tes fermes environnées d'épais bouquets de bambous et de baua> niers, les hôlelleries et les restaurants échelonnés le longdelaroute, les nombreux, petits marchands qui vendent aux voyageurs des fruits, des fragments de canne à sucre, des pâtisseries à l'huile de coco, des potages, du thé, du vin de riz etune inQnitéd'autres friandises chinoises, tout cela était pour nous comme des rémi~

Dg.l.z«lt,,CoOgle

a L'BHPIRE CSIN0I5.

niscences de nos anciens voyages au sein du Céleste Empire. Une odeur fortement musquée, el particulière ■i la Chine et aux Chinois, nous annonçait d'ailleurs, an nous pénétrant de toute part, que dous étions <lélinitivement entrés dans l'empire du Milieu.

Ceux qui ontToyagé dans les pays étrangers ont dû facilement remarquerquetous les peuples ont uoeodeur qui leur est propre. Ainsi on distingue, sans peine, les nègres, les Malais, les Chinois, les Tarlares, les Thibélains, les Indiens et les Arabes. Le pays même, le sol qu'habitent cesdivers peuples répand aussi des ex.halaisons analogues, etqu'on peut apprécier surtout le mati n en parcourant les villes ou la campagne. Moins il y a de temps qu'on habite les pays étrangers, plus il est facile défaire attention à ces différences ; à la longue l'odorat s'y habitue et finit par ne plus les remarquer. Les Chinois trouvent également aux Européens une odeur spéciale, mais moins forte, disent-ils, et moins appréciable que celle des autres peuples aveclesquelsils sont en contact. Un fait bien remarquable, c'est que, en parcourant les diverses provinces delà Chine, jamais nous n'avons été reconnus par personne, excepté par les chiens qui aboyaient sans cesse après nous, et paraissent s'apercevoir que nous étions étrangers. Nous avions tout l'extérieur d'un véritable Chinois, et l'extrême délicatesse de leur odorat était seule capable de les avertir que nous n'appartenions pas à la grande nation centrale.

Nous rencontrâmes sur notre route un grand nombre de monuments particuliers à la Chine, et qui suffiraient seuls pourdistinguer ce paysde tous les autres.

Û3i.z.iit>,Coogle

Page 1