‹ L'empire chinoisChapitre 61 sur 154 · CHAPITRE V. J9S · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. J9S

ouTrlmesIaporte et nous fûmes en présenced'une nombreuse et brillante réunion composée des principaux' magistrats de la ville. Après avoir salué la compagnie avec le plus de solennité possible, nous remarquâmes au milieu de la salle une table où on avait déjà disposé les petits plats de dessert, prélude obligé des repas chinois. Sansautreexpli cation, nousavançâmesun fauteuil et nous priâmes la compagnie de vouloir bien prendre place autourde la table Notre aplomb parut occasionner un peu d'étonnement. Un gros mandarin, c'était le préfet de la ville, nous indiqua les places d'honneur et nous invita à nous y mettre, ce que nous fîmes immédiatement et sans tergiverser. Ce n'était pas très-modeste de notre part, ni parfaitement conforme auxrites chinois; mais nous avions besoin, pour le moment, de prendre un peu d'empire sur notre entourage.

Les convives étaient nombreux ; on attaqua le dessert en silence, chacun se contentant d'échanger avec son voisin quelques formules de politesse, à voix basse et en secret. On nous considéraità la dérobée,comme pour saisir sur notre physionomie la nature des sentiments dont nouS étions animés. L'embarras était général; enfin, un jeune fonctionnaire civil, probablement le plus hardi de ta troupe,s'aventura à sonder le terrain. — Hier, dit-il, la journée n'a pas été bonne; la navigation sur le fleuve Bleu a du être pénible; mais aujourd'hui le temps est magni&que ; c'est dommage que vous n'ayez pu partir dans la matinée ,vous seriez arrivés à Tchoungking avant la nuit. Tchoung-king est le meilleur endroit de la province. — Certainement, répétèrent en chœur tous les autres, il n'est rien de comparable à

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ItiA L'EMPIRE CHINOIS.

. Tchoung-king. On y trouve lout ce qu'on peu! désirer. Quelle différence avec ce pays-ci, dont la panvreté est extrême et où l'on ne \it que de privations! - — It n'est pas encore bien lard,repritle jeunefonctioanaire,voas pourrez arriver ce soir au remarquable palais communal qui se trouve sur la rente, y passer la nuit et arriver demain à Tchoung-king avant midi. — Oh! ajouta un autre, la chose est très-facile, caries chemins sont plats comme la main, et la campagne est d'une beauté ravisvissante. Oo voyage presque toujours à l'ombre, sous le feuillage de grands arbres. — A-t-on prévenu les porteurs de palanquins? s'écria le gros préfet de la ville, en s'adreasant aux nombreux domestiques qui encombraient la salle; vite qu'on aille les chercher, parce que nos deux illustres hôtes veulent absolumeot se mettre en route quand ils auront mangé le riz; ils sont très-pressés,etne peuvent nous honorer plus longtemps de leur présence. — Un moment, dîmes-nous ; pas de précipitation. 11 paraît que personne, ici, n'est bieu au courant de nos affaires. D'abord, nous devons changer nos palanquins ; ceux qu'on nous a donnés à Tchiaglou-fou ne peuvent pas nous servir. N'est-ce pas, maître Ting, que c'est ici que nous trouverons de bons palanquins h quatre porteurs? — Hais non, mais non ! s'écrièrent de concert tous les mandarins. Dans un petit endroîtcomme celui-ci commenltrouverdespalanquins toutconfectionnés? Il fautles commander à l'avance. — Qu'on les commande ; nous ne sommes nullement pressés. Arrivera Canton one lune plus tôt ou une lune plus tard, c'est peu de chose dans le cours de notre existence. En attendant, nous pourrons nous récréçr ici eq

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visitaat les beautés de la ville et des environs. — Dans un pays pauvre, dit lepréfet,ilestimpossibIe de trouver d'habiles fabricants ; e'est une vérité connue de tout le inonde, ici on ne sait faire que de petits palanquins en bambou et à deux porteurs. Les habitants de cette contrée ne connaissent pas le luxe; très-peu vivent dans l'aisance. C'est â Tcboung-king qu'il faut aller pour trouver les grandes fabriques de tout genre. — Oui, oui, à TchouQg-king, s'écria-t-on de toutes parts. Tchoung-king est le pays des beaux palanquins ; chacun sait que les mandarins des dix-buit provinces font venir leurs palanquins de Tchoung-king. — Estce vrai, cela? demandâmes-nous à maître Tïng. — C'est la vérité, et qui oserait proférer ici des paroles de mensonge? — Dans ce cas-là, il faut faire choix d'un homme entendu et envoyer chercher des palanquins à Tchoung-king. Nous attendrons ici. Ayant besoin d'un peu de repos, nous profiteronsde cette heureuse circonstance. Nous vous disons cela fort tranquillement; mais c'est une décision. irrévocable ; nous n'en reviendrons pas... Les mandarins se regardèrent stupéfaits.

Pendant cette intéressante délibération, le dîner avait toujours été son train. Quand nous eûmes pris notredernièreta8sedethé,nousnouslevàmes pour rentrer dans notre chambre, et laisser les mandarins se débrouiller comme ils pourraient. Ils discutèrent longtemps, et finirent, selon la méthode chinoise, parnous envoyerdesdéputations, afin de nous convertir.D'abord il y eut celle des mandarins civils, puis celle des mandarins militaires, à laquelle succédaune troisième, composée des deux ordres réunis. Tous nous trouvèrent in-

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iM l'smpibe chinois.

flexibles. On inveDla les contes les plus étranges, on entassa mensonge sur mensonge, pour nous pronver * qu'il fallait partir. A laat d'ai^ments, nous n'avions que cette seule réponse : Lorsque des hommes comme nous prennent une décision, elle est irrévocable.

En6n en vint nous annoncerqu'on avait apporté des palanquins, et on nous pria de passer dans la cour pour !er examiner. Nous ne fimes pas les difficiles ; après y avoir jeté un coupd'œil, nous dîmes : C'est bien, qu'on les achète. L'accord fut unanime sur ce point ; mais il s'éleva une nouvelle difficulté ; les mandarins se regardèrent les uns lesautres et se demandèrent : Qui payera? La discussion fut vive, et, quoique entièrement désintéressés danslaq[iestion,Dousdemandâme3 la permission de donner notre avis. — Il est évident, dimes-nous, que la vi Ile de Kien-tcheou n'estpas obligée de nous fournir des palanquins. — Voilà qui est parler d'une manière conforme audroitgdireatles mandarins de Kien-tcheou. — Cela regardait l'administration de Tching-tou-fou, qui est chargée d'organiser le départ; mais il paraît queracquéreurdespremierspalanquins n'a pas observé les règles de l'honneur. — C'est cela, dirent les mandarins, il aura gardé pour lui une partie de l'aident qui avait été alloué. — Maintenant il faut réparer ce mal, et la chose,nouslepensoos,nesauraitofrrirde difficulté. Hier en naviguant sur le fleilve Bleu, nous avons fait deux journées de route. Maître Ting a touché l'argent de deux étapes et n'a eu à payer que le louage d'une barque; il nous semble donc qu'il peut et qu'il doit fournirleprixdes palanquins.. .Lesmandarinsde Kientcbeou rirent beaucoup et trouvèrent notre solution

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