CHAPITRE V. (M
superbe. MaStre Tingétait tout bondissant de colère ; il poussait des clameurs comme si on lui eût arraché les entrailles. —Calme-toi, lui dîmes-nous, et donne de bonne grâce au marchandleprixdeces palanquins, sans qnoînousallonssur-lc-champécrire au vice-roi que tu nous as fait -voyager sur le fleuve Bleu... Cette menace eut un effet magique, et notre conducteur se mit à compter Iristementrargentqu'onattendait.Lanuitétait sur le point de se faire, il ne fut pas même question de partir. Les mandarins de Kîen-tcheou se divertirent beaucoup de la mésaventure de maître Ting ; ils ne se doutaient pas que leur tou r allait bientôt arriver.
Le lendemain, aussitôt qu'il fut grand jour, maître Tingvintnousdemanderfortmodestementsionpouvait convoquerlesporteursde palanquin, et,en môme temps, il nous remit quelques billets de visite, par lesquels les principaux mandarins de la ville nous souhaitaient un bon voyage. Nous répondîmes à maître Ting qu'il pouvait envoyer cbercberles porteurs, parce que nous avions l'intention de quitter l'hôtel des Désirs accomplis, pour aller loger au palais communal et y passer la journée. Notre conducteur, qui n'était pas encore bien remis de la forte secousse de la veille, ne parutpas comprendre. Il nous regardait d'un air si étonné, que nous fûmes oblîgésderépéter,enappuyantunpeusurcbaquemot... Dès qu'il fut bien sûr d'avoir saisi notre pensée, it sortit, A rinstant l'alarme fut donnée à tous les tribunaux, et les mandarins accoururent a la file les uns des autres, pour s'assurer par eux-mêmes du fait inconcevable qu'où venait de leur raconter.
C'était le préfet de la ville que nous voulions voir.
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900 L'EHPIRB CHINOIS.
Aussitôt qu'il fut arrivé, nous lai dîmes qu'il avait dû recevoir, de la capitale du Sse-tchouen, une dépêche danslaquelle il était prescrit de nous faire li^er dans les kouDg-kouan,et que nousne comprenions pas pourquoi on n'avait pas exécuté à Kien-tcheou les ordres du viceroi; que, pour plusieurs raisons, nous voulions quitter l'hôtel et allei'passerunejoiirnée au palais communal; d'abord pour nepaslaisserétablirunmauvais précédent etnepasdonnerlatentation défaire ailleurs ce qui avait en lieuà Rien-lcheou; ensuite parce que, devanlécrire plus tard au vice-roi, pour lui rendre compte de la manière dont nous avions été traités en route, il nons serait pénibled'avoiràIuisignalerque,àKien-tcheou,ODn'a< vait pas exécuté désordres. D'ailleurs, ajoutâmes-nous, la route que nous avons à faire est longue et fatigante ; nous avons beaucoup souffert sur le fleuve Bleu, et nous
serions bien aises de nous reposer un jour Toutes
ces raisons étaient excellentes ; mais te préfet ne voyait que lesdépensesqn'allaitoccasionnerpendantun jour toutce nombreux personnel de l'escorte. llD'osapasnoos donner le véritable motif et nous dire crûment qu'il nous invitait à nous en aller, parce que nous coûtions trop cher ; le procédé eût été inconvenant, et les Chinois ont toujours des façons moins anguleuses : le mensonge leurva beaucoup mieux. Le préfet nous dit qu'il éprouveraitunbonheurinfini si nous pouvions restera Kien-tcheoti encore un jour. — Des hommes du grand royaume de France ! On ne voit si rarement ! Notre présence, assurément, en pouvait manquer de porter bonheuràla contrée; mais le palais communal était inhabitable ; il Se trouvait dans un état si hideux, qu'on
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