‹ L'empire chinoisChapitre 69 sur 154 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

d ressources de la civilité et de la boDue éducation. « A peine est-on assis, que les domestiques apportent « le thé ; les tasses de porcelaine sont rangées sur un « plateau de boisvernis.Chezlesgensriches,onnese sert « pas de théière ; mais la quantité de thé nécessaire est » mise au fond de la tasse, et l'eau bouillante versée u par-dessus. L'infusion esttrès-parfumée, mais on la « prend sans sucre. Le maître de la maison s'approche « des plus considérables de ses hôtes, etleur dit, en tou- « chant le plateau ; Tsing-tcha, je vous invite à prendre <• le thé... ; alors tout le monde s'avance pour prendre « chacun sa tasse. Le maître en prend une avec les deux « mains, et la présente au premierdela compagnie, qui » la reçoit de même avec les deux maias. Les autres af- « fectent de ne prendre les tasses et de ne boire qu'en- « semble, quoiqu'on s'invite, par signes, les uns les au- '< très, à commencer. Quand tout le monde est servi de » cette manière, celui ou ceux qui sont venus en visite, a tenant leurtasse avec leurs deux mains, etdemeurant « assis, se courbent en la portant jusqu'à terre. Il faut « bien prendre garde alors de répandre ta moindre « goutte de thé ; cela serait fort incivil; et, pour empëtf cher que cela n'arrive, ou a soin de ne remplir les tas- « ses qu'à moitié. La manière la plus honnête de servir « le thé est de joindre à la tasse un petit morcau de a confiture sèche et une petite cuiller, qui n'est qu'à cet H usage. Les invités boivent le thé à plusieurs reprises « et fort lentement, quoique tous ensemble, pour être « prêts à reposer la tasse siir le plateau tous à la fois. « Quelque chaude qu'elle soit, on doit plutôt souffrir de « se brûler les doigts que de faire ou de dire rien qui

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H puisse troubler la bienséance et l'ordre des cÎTilités. « Dana les grandes chaleurs, le maître prend son éven- « lail après que le thé estbu, et, le tenant avec les deux (i mains, il fait une inclination à la compagnie, en dia sanl : Tsing-c/ten, je tous invite à vous servir de vos a éventails... Chacun alors prend son éventail; il serait « impoli de ne pas en avoir avec sol, parce qu'on se- « rait cause qu'aucun ne voudrait en faire usage.

« La conversation doit toujours commencer par des- « choses indifférentes, ou même insigniBantes ; et ce ¥ n'est pas là,, sans doute, la condition du cérémonial la « plus difficile à remplir. Communément les Chinois « sont deux heures à dire des riens, et, vers la fin de la « visite, ils exposent, en trois mois, l'affaire qui les « amène. Le visiteur se lève le premier, et dit quel- « quefois : Il y a longtemps que je vous ennuie... De ■ tous les compliments que se font les Chinois, celuiu là, sans doute, est celui qui approche le plus sou- « vent de la vérité.

K Avant de sortir de la salle on fait une révérence « de la même manière qu'en arrivant. Le maître re- «c conduit son hôte en se tenant à sa gauche, et un peu « en arrière, et le suit jusqu'à son palanquin ou à son (4 cheval ; avant de monter, l'étranger supplie le maître « de le laisser, et de ne pas assister à une action qui <« n'est pas assez respectueuse ; mais l'autre se contente u de se retourner à demi, comme pour ne pas le voir. « Quand l'étranger est remonté à cheval ou que les

' « porteurs ont soulevé les bâtons de son palanquin, il « dit adieu, tsing-leao, et on lui rend cette courtoisie, « qui est la dernière de toutes.

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« Tel est l'ordre inTariable usité dans les visites enu tre gens d'une condition presque égale ; on sait bien « qu'il doit se modifier suivant une foule de circonstan- «ces particulières, telles que le rang, les emplois; «l'âge, l'illustration personnelle, etc. On pourrait faire (' un volume de tout cela, et l'on pense bien que les ChiftDois n'y ont pas manqué. Au reste, il est plus aisé (( d'èlre plus poli à la Chine qu'ailleurs, précisément H parce que la politesse v est mieux déterminée, que les «règles en sont plus constantes, et que chacun sait tou- (( jours, dans une position donnée, ce qu'il doit faire et «dire. C'est une grande gêne, sans doute, mais cette « gène a bien sa commodité, »

Ledegréd'étiquettequenousavionsadopté, d'après le conseil du vice-roi, prescrivait aux visiteurs d'envoyer, par avance, un billet de grande dimension, et de se présenter en grande tenue quand ils étaient admis. Par ce moyen nous pouvions nous soustraire, en toute liberté, aux visites desimportuns, sansqu 'on pût nous taxerd'impolitesse. Nous fûmes peines, cependant, de voir que cette mesure éloignait de nous les chrétiens, qu'on se gardait Lien d'avertir des conditions exigées pour être i%çus. ff ous exprimâmes à maître Ting combien nous serions heureux de voir les adorateurs du Seigneur du ciel, et nous le priâmes de mettre, à l'avenir, un peu de bonne volonté pour les faire arriver jusqu'à nous; mais, comme nous pouvions peu compter sur son empressement à nous obliger en cela, nous essayâmes de prendre, de notre côté, quelques mesures efficaces.

La niiit que nous passâmes à Tchoung-king fut niar-

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quéeparunaccidentbizarre, fantastique, etdontlerécit pourra ressembler un peu à un conte de revenant. Nous déclarons donc, paravance, que ce n'est pas un conte et que nous n'avons été le jouet d'aucune hallucînation. Nous étions dans notre chambre, dormantd'un sommeil prorond, lorsqu'il nous sembla entendre, comme dans un rêve, un bruit sonore et cadencé qui se promenait, par iaterfalles, dans les cours, dans les jardins et dans les divers appartements du palais communal. Ce bruit paraissait tantôt veuir de fort loin et tantôt être dans notre chambre. Il nous semblait aussi entendre surles nattes de bambou delégerscraquements comme les pas de quelqu'un qui marche avec précaution pour ne pas être entendu ; quelquefois nous étions comme au milieu d'une grande illumination, puis les ténèbres revenaienttoutà coup, etune voix, quisepencbaità notre oreille, articulaitquelques mots dont nous ne pouvions comprendre le sens, et le bruit sonore et cadencé s'éloignait de nouveau pour se rapprocher encore. Nous étions toujours profondément endormis, et pourtant nous avions le sentiment qu'un cauchemar nous tenait oppressés ; car, malgré tous nos efforts, il nous était impossible de nous remuer, d'ouvrir les y eui, ni de proférer une parole. Enfin nous sentîmes comme un coup sur l'épaule, et, après une violente secousse qui nous réveilla en sursaut, nous nous trouvâmes environnés d'une lumièreéblouissante et enface d'une figure hideuse, qui se mita rire et nous montra ses dents longues et jaunies. Le spectre allongea son bras nu et décharné, et nous présenta d'un air grave un papier écrit encaraclèreseuropéens.NousfîmesinstinctivemeQtun

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