‹ L'empire chinoisChapitre 68 sur 154 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

« ment à comparer le génie des peuples d'avoir Tinter^ « prétation exacte d'une conversation chinoise. Je crois « utile de parler auparavant de quelques principes « généraux sur les visites. Une matière de cette impor- * tance mérite bien d'être traitée méthodiquement. « On se faitcelerà la Chine comme en Europe, c'est- « à-dire qu'on se dérobeàlafoule des visiteurs, en leur « envoyant dire qu'on n'est pas chez soi, sans se soucier « de le leur faire croire. On ne craint pas même de se « dire indisposé, accablé de travail, hors d'état de re- «cevoir; les domestiques sont chargés, dans ce cas, « de prendre les billets de visite qu'on apporte et de « demander les adresses, pour que leur maître puisse, « dans l'espace de quelques jours, rendre les visites « qu'il n'a pas reçues. Dans un roman chinois, trois « lettrés sont ensemble à se divertir en buvant du vin « chaud et en composant des vers ; on annonce un vieux « mandarin intrigant et d'un commerce ennuyeux et « désagréable. — Imbécile, dit le maître à son domo^ « tique, pourquoi ne lui as-tu pas dit que je n'y étais « pas? — Je le lui ai assuré, répond le domestique ; n mais il a vu les palanquins de ces deux nobles visi- « leurs devant la porte, et il a connu par là que vous w étiez ici... Le maître se lève prend son bonnet de cé- « rémonie, court avec un empressement forcé au-de- « vant de cet hôte importim, et le comble de. politesses « affectueuses, sur lesquelles les deux autres lettrés, « qui le détestent, renchérissent encore. On croiraità tf peine que cette scène, qui est peinte assez naïvement, «se passe à 104 degrés du méridien de Paris. « Celui qui veut rendre une visite doit, quelques

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« heures auparavant, envoyer, par son domestique, un « billet à la personne qu'il a dessein de voir, tant pour « s'informer si elle est chez elle que pour l'inviter à « ne pas sortir si elle a loisir d'accepter ta visite : c'est « une marque de déférence etde respectpourceux que « l'on veut aller voir chez eux. Le billet est une feuille «de papier rouge, plus ou moins grande, suivant le « rang et la dignité des personnes, et le degré de res- « pect qu'on désire leur témoigner. Ce papier est aussi « plié en plus ou moins de doubles, et l'on n'écrit que « quelques mots sur la seconde page, par esemple : « Votre disciple ou votre frère cadet, un tel, est venu <t pour baisser la tête jusqu'à terre devant vous, et vous «offrir ses'respects... Cette phrase est écrite ea gros « caractères, quand on veut mêler à l'expression de sa « politesse un certain air de grandeur ; mais les carac- « tères diminuent et deviennent petits à proportion de H l'Intérêt qu'on peut avoir à se montrer véritablement «^umble et respectueux.

« Ce billet étant remis au portier, si le maître ac- « cepte la visite, il répondra verticalement : Il méfait « plaisir, je le prie de venir. S'il est occupé, ou s'il a « quelque raison pour ne pas recevoir la visite, la ré' « ponse est : Je lui suis fort obligé, je le remercie de «la peine qu'il veut prendre... Mais si, par hasard, « le visitepr est un supérieur, alors on ne manque pas «de dire : Monseigneur me fait un honneur que je «n'eusse p&s osé espérer... A la Chine, on n'a pas u coutume de refuser ces sortes de visites.

« Si Ton n'a pas reçu de billet qui annonce la visite, « ce qui ne peut avoir lieu qu'à l'égard des inférieurs.

« ou des gens du commun, ou daus le cas d'affaires pres- « sées, on peut prîerleTÎsiteurd'atteDdre,eD lui rendant « compte de l'occupation qui vous retient un moment. <( Par exemple, le domestique qui reçoit l'étranger lui « dira : Mon maître vous prie de vous asseoir un instant, (t il achève de se peigner et de faire sa toilette... Mais, « si l'oD a été prévenu par billet, on doit prendre de « beaux habits, et se tenir prêt à recevoir son hôte à la « porte de la maison , ou à la descente de son palanquin, « et lui dire d'abord: Je vous prie d'entrer., , On a soin « d'ouvrir les deux battanis de la porte du milieu ; car « il y aurait de l'impolitesse à laisser entrer ou sortir « par les portes latérales. Les grands se font porter « dans leurs palanquins ou entrent à cheval jusqu'au « pied de l'escalier qui conduit à la salle des hôtes. « Le maître de la maison les reçoit en se mettant à «leur droite, puis il passe à leur gauche en leur di- « sant : Je vous prie d'aller devant... et il les accom- « pagne en se tenant un peu en arrière.

« Dans la salle des hôtes, des sièges doivent être pré- « papésetrangés.surdeuxlignesparallèles, l'un devant « l'autre. En y entrant, on commence, dès le bas de la i< salle, à faire la révérence, c'est-à-dire qu'on s'incline 11 à côté de son hôte, et un pas en arrière, jusqu'à ce « que les mains, qu'on tient l'une dans l'autre, touchent « à terre. Dans les provinces du midi de la Chine, le (1 côté du sud est le plus honorable ; c'est le contraire V dans celles du nord. On pense bien qu'il faut, suivant <i la province, céder le côté le plushonorableà son hôte. « Celui-ci, parune ingénieuse courtoisie, peut, en deux « mots, changer l'état des choses, et dire, si on l'a placé

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« du c6té du midi : Pe-li, c'est ici la cérémonie du pajs « du nord. ..Ce qui signitie: J'espère qu'en me mettant « au midi, vous m'assignez la place la moins distin- « guée... Mais le maître de la maison s'empresse de « rétablir la situation convenable en disant : Netn-H, « poiai du tout, seigneur, c'est la cérémonie du midi, « et vous êtes à la place où vous devez être.

« Souvent le visiteur affecte de prendre le côté le <t moioshonorablej alors le maître de lamaison s'excuse « en disant : Je n'oserais. ■ ■ ; et, passant devant son bote « en le regardant toujours, et ayant soin de ne pas lui <i tourner le dos, il va se metttre à la place convena- « ble, et un peu en arrière ; c'est alors que tous deux <( font en même temps la révérence. Si plusieurs per- « sonnes font une visite ensemble, ou si le maitre a « quelque parent qui demeure avec lui, on répète la « révérence autant de fois qu'il y a de personnes à sa- « luer. Ce manège dure alors assez longtemps, et, tant « qu'il dure, on ne se dit autre cbose que pou-htm. Il pQu-kan,]G n'oserais.

<i Une politesse que l'on doit aux grands, et qui ne « déplait pas aux personnes d'une condition moyenne t< quand on en use avec elles, c'est de couvrir les chaises <i de petits tapis faits exprès ; alors on se fait réciproque- « ment de nouvelles façons. On refuse de prendre le « premier fauteuil, pendant que le maître insiste pour « qu'on l'accepte ; celui-ci feint de Tessuyeravec le pan «de sa robe, et l'étranger fait le même bonneur aufau- « teuil qui doit être occupé par le maitre. Enfin on fait « la révérence à la cbaise avant de s'asseoir, et l'on t( ne prend sa place qu'après avoir épuisé toutes tes

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