CHAPITRE VI
alloDS(lansIacampagne,etnouslogeroDssousuDarbre; dans les coDirèes du nord nous étioDs accoutumés à dormir ainsi en plein air. — Oui, on dit que cet usage existe chez les Mongols, dans la Terre des Herbes ; mais dans te Royaume Central, il n'est pas reçu que leshommes de qualité passent la nuit dans les champ» avec les oiseaux et les insectes ; les rites s'y opposent. Attendez un instant, je pense à un bon endroit, je vais le visiter. Notre cher mandarin éteignit sa petite lampe de fumeur, se leva, prit son éventail, et partit.
Nous allâmes l'attendre sur la porte de l'auberge ; peu de temps après nous le vîmes revenir, allongeant le pas de toutes ses forces, et nous adressant de loin,, avec ses deux bras, des signes télégraphiques qui, à raison de leur multiplicité el de leur extrême complication, ne nous furent pas parfaitement intelligibles. Cependant tout nous portait à croire que maître Ting^ venaitde faire une découverte. Aussitôtqu'il put se faire entendre : Partons vite, nous cria-t-il de sa voix grêle et nasillarde, déménageons au plus tôt, allons loger au théâtre, la position est excellente pour la vue el pour la respiration. Sans demander d'autres explications, nous rentrâmes ; des portefaix s'emparèrent immédiatement de nos bagages, et dans un clin d'oeil nous eûmes vidé l'Hôtel des Béatitudes pour devenir locataires du théâtre de Yao-tchang.
Ce théâtre faisait partie d'unegrande bonzerie ; il était situé dans une vaste cour, eu face de la principale pagode : sa construction était assez remarquable en comparaison des nombreux édifices de ce genre qu'on rencontre en Chine. Douze grandes colonnes de granit
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280 l'expire chinois.
souleaaieQtuneTasteplate-formecarréefSurmontéed'un pavilionricbeineatorQé,et appujé&urdespéristylesea boisTernissé. Un large escalier ea pierre, sîtuéderrière l'édifice, conduisait à la plate-forme, où l'on trouvait d'abord, dans une sorte de foyer destiné aux acteurs, deux portes latérales qui conduisaient sur ta scène : l'une servait pour les entrées et l'autre pour les sorties. On avait apporté sur cette plate<forme une table et quelques chaises. C'est laque noussoupâmes à la clarté de la lune^ des étoiles et d'one foule de lanternes que les directeurs du théâtre avaient fait allumer en notre honneur; c'était vraiment un charmant spectacle auquel on ne s'attendait guère. Si nous n'avions en soin de faire fermer la grande porte de la bonzerie, toute la population de Yao-tehang aurait envahi la cour immense destinée à servir de parterre quand il ya représentation. 11 est certain qne les habitants de la contrée n'avaient jamais vu, dans leurs scènes théâtrales, deux personnages aussi curieux que nous. IVoos entendîmes au dehors le tumulte de la multitude qui accourait, et demandait à grands cris qu'on leur laissât voir souper les deux hommes des mers occidentales ; on s'imaginait, assurément, que nous devions avoir une manière incroyable de manger. Plusieurs réussirent à pénétrer sur la toiture de la bonzerie, etquelques-uns, ayant franchiles mursdelaclàture.avaientgrimpésur les arbres les plus rapprochés du théâtre, où on les apercevait se mouvoir, parmi le feuillage, comme de gros singes. Ces intrépides curieux devaient être bien surpris de nousvoiravalerlerizà l'aide des bâtonnets, «t strictement selon la méthode chinoise.
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La soirée était d'une beauté rayissan te, ellafraîcheur •que nous goûtions sur cette piate-forme était si délicieuse, que nous priâmes notre domestique d'y établir nos lits comme il pourrait, parce que nous désirions y passer la nuit. Tout était prêt, et nous étions sur le point de nous coucher, que les curieus^, toujours à leur poste, sur le toit et parmi les arbres, paraissaient fort peu disposés à descendre. Nous fûmes obligés de faire ■éteindre toutesleslanternes pour lesdécider à retourner chez eux. En abandonnant leurs observatoires, ils se disaient les uns aux alitres : Ces bommes sont comme Dous. — Pastoutà fait, s'écria l'un d'eux, le diable de petite taille a les yeux très-gros, et le grand a nez un très-pointu : j'ai remarqué cette différence.
Le lendemain maitre Ting arriva sur le théâtre qu'il ^tait à peine jour. Il se mit en devoir de nous réveiller «n exécutant des roulements sur un énorme tambour placé à uu angle de la scène, et qui servait dans la musique des pièces de théâtre. Après avoirbien tambouriné, il s'avisa de nous donner une petite représentation à sa façon ; il se plaça au milieu de la scène, prit une pose dramatique, et, après avoir chanté un morceau avec grand accompagnement de gestes, il entreprit, à lui tout seul, un dialogue très-animé, pendant lequel il changeait de voix et de place chaque fois qu'arrivait ie tour de son interlocuteur. Quand le dialogue futterminé, il voulut se passer la fantaisie de faire le saltimbanque. — Maintenant, nous dit-il, regardez bien, je vais exécuter des tours de souplesse ; et aussitôt la voilà «autant, gambadant, pirouettant et cabriolant avec fureur. Pendant qu'il était au plus fort de ses évolutions
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ileoteDdits'ouTriruneportedelaboDzerie; il s'arrêta tout court, et se sauva dans les coulisses, en nous disant quIlyaurailderiocoiiTénientàceque le peuple aperçut un mandarin contrefaisant les comédiens.
Nous profitâmes de ce moment pour nous lever. Bientôt tous les gens de l'escorte qui, la veille, avaient dû se disperser et chercher un gite pour passer la nuit, se trouvèrent réunis; les porteurs de palanquins et les portefaii arrivèrent aussi, et on se disposa au départ. Le gros bourg de Yao-tchang est hâti sur les bords du fleuve Bleu , dont nous pouvions apercevoir le cours majestueux et tranquille du haut du théâtre de la bonzerie. Quoique nous eussions déjà protesté une fois contre la navigation, nous voulûmes faire encore une tentative, et voir s'il n'y aurait pas possibilité d'aller par eau un peu plus commodément et agréablement que la première fois. Dans un long voyage il n'est rien d'insupportable comme d'aller toujours de la même manière, celte uniformité finit par devenir accablante ; le palanquin a, sans doute, ses agréments qui ne sont pas à dédaigner ; mais tous les jours se trouver enfermé dans une cage, et se balancer sur les épaules de quatre malheureux qu'on voit suer de fatigue et soufQer d'épuisement, est une chose à laquelle il nous étaitdifficile de nous accoutumer.
Nous proposâmes donc à nos conducteurs de faire rétape par eau. L'idée fut accueillie avec enthousiasme, et, de peur d'un contre-ordre, tout le moïide courut vile au poit pour s'occuper au plus tôt de l'embarquement. Comme on savait que nous avions en horreur les tergiversations et les retards, on y mit
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