‹ L'empire chinoisChapitre 85 sur 154 · CHAPITRE Vi · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vi

« siècle, plus d'une âme desséchée par le doute vient « se retremper à cette source et essaye de reater dans « la vérité par l'amour (1). »

Après la nuit triomphante de Leang-chan, nous eûmes une magnifique journée avec une helle route à travers des campagnes ravissantes. Nous trouvâmes seulement que les rayons du soleil étaient un peu.lrop piquants ; mais nous commencions déjà à nous faire à cette chaude température, comme nous nous étions habitués à la neige et au froid de la Tartane.

Vers la fin du journous nous arrêtâmes à un certain eQdroitnommé Kao-IcAan^.'quoiqueassez considérable, ce gros bourg n'était pas entouré de remparts. Nous n'y trouvâmes pas de mandarin en résidence fixe ; il n'y avaitpasnonplus de palaiscommunal, par conséquent, nous fûmes obligés de nous industrier pour nous loger le moins mal possible. D'abord nous essayâmes d'une auberge antique qui s'appelait, sur son enseigne, Hôtel des Béatitudes; le chef de ce vénérable établissement nous conduisit, avec de grandes cérémonies, dans ce qu'il nommait la chambre d'honneur. Elle étaitsituée au-dessus de la cuisine ; il était bien possible que cet appartement fût, à plusieurs titres, très-honorable : nous n'avions aucune raison pour penser le contraire. Cependant des voyageurs expérimentés ne doivent pas trop s'arrêter à la vaine gloire, et nous trouvâmes que ceitechambre d'honneur, où l'airet le jour n'arrivaient que par une étroite lucarne, ne nous allait pas extrêmement ; c'était un atroce repaire de légions de mousti-

(I) HonBeigneur Gerbel, Keepsakt religieux.

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-ques qui, à notre arrivée, sortant pleins de colère de ■tous les recoins, se mirent à tourbillonner, à bourdonner, etànousfaire une guerre implacable; ils'esha- Jait, d'ailleurs, de ce sombre réduit, une telle odeur de rétusté et de moisi, que la seule idée d'y passer la nuit «nf&sait pour nous soulever le cœur. On nous avait assuré que c'était la meilleure hôtellerie de Yao-tchang, «t nous étions assez portés à le croire d'après l'aspect général delalocalité. Il fallait donc se résigner, et nous en étions à tirer nos plans pour nous installer tant bien que mal, lorsque la fumée de la cuisine, après avoir grimpé lentement à travers les marcbes d'un noir et -étroit escalier, se mit à envahir notre chambre d'honneur ; pour lors, il n'y eut plus moyen d'y tenir. L'àcreté de cette fumée nous dévorait les yeui ; nous -descendîmes en pleurant, et nous allâmes vers maître Ting qui, déjà blotti dans un étroit réduit à côté de la cuisine, savourait avec passion lesabru tissantes vapeurs de l'opium. Aussitôt qu'il nous aperçut, il souleva un peu la tête de dessus son oreiller de bambou pour nous demander sinousétions bien là-haut. — Très-mal, nous ne pouvons pas y rester ; cette chambre n'est pas faite pour loger des hommes, on y est suffoqué par la puanteur de l'air, dévoré par les moustiques et aveuglé par la fumée. — Ces trois choses sont, en effet, très-mauvaises, dît maitre Ting en déposant sa pipe et en achevant de se soulever pour s'asseoir; mais quel parti prendre ? Il n'y a pas ici de palais communal, et les autres auberges sont pires que celle-ci. Le cas me parait difficile. — Non, pas très-difficile ; cequ'il nous faut, à nous, c'est un air pur et un peu de fraîcheur. Nous

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