CHAPITRE VI
le sien : il est ordinairement placé en face delà pagode, quelquefois même il en fait partie. Dans certaines circonstances où ces théâtres permanents ne suffisent pas, on en construit de provisoires en bambou avec une merveilieuse facilité. Le théâtre chinois est toujours d'une grande simplicité, et ses dispositions sont telles, qu'elles excluent toute idée d'illusion scénique. Les décorations sont fixes et ne changent pas. tant que dure la pièce. On ne saurait jamais où on se trouve, si les acteurs n'avaient le soin d'en avertir le public et de corriger cette immobilité par des explications verbales. Le seul arrangement qu'on a su faire en vue de l'illusion scénique est une espèce de trappe placée sur le devant de la scène, et qui sert à introduire les personnages surnaturels; on la nomme \nporle des démons.
Lescollections théâtrales sont, dit-on, fort étendues; la pins riche est celle de la dynastie mongole dite des Yuen. C'est de ce répertoire qu'ont été extraites diverses pièces traduites par des savants européens. Pource qui est de leur valeur littéraire, nous citerons le jugement qu'en a porté M. Edouard Biot : « L'intrigue de fl toutes ces pièces, dit le savant sinologue, est fort « simple ; les acteurs annoncent eux-mêmes le person- « nage qu'ils représentent; les scènes ordinairement a ne sont liées par aucune transition, et souvent des « détails burlesques (1) sont mêlés aux sujets graves, « En général, il iie nous semble pas que ces pièces « soient au-dessus de nos anciennes parades, et nous « pouvons croire que l'art dramatique, en Chine, est
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« encore actuellement dans l'enfance, si nous nous eu « rapportons aux récita des -voyageurs qui ont pu as- <( sister à des représentations théâtrales à Canton et « même à Péking, Peut-être cette imperfection tient- « elle, en grande partie, à la condition dégradée des . v acteurs chinois, qui ne sont à peu près que des va- « lets aux gages d'un entrepreneur, et qui doivent H presque toujours s'adresser à une multitude igno- (' rante pour gagner leur misérable ^ie. Hais, si nous « trouvons peu d'intérêt, comme étude du théâtre, « dans les chefs-d'œuvre ctiinoie qui ont été présentés M aux lecteurs européens, leur lecture ne peut qu'être u très-curieuse comme étude de mœurs, et, sous ce « rapport, nous ne pouvons que remercier sincère- K ment les savants qui nous les ont fait connaître. » Les troupes des comédiens chinois ne sont attachées à aucun théâtre en particulier ; elles sont toujonrs mobiles et ambulantes ; elles vont partout où on les appelle, voyageant avec leur énorme attirail de costumes et de décorations. La tenue et l'allure de ces caravanes a une physionomie toute particulière et qui rappelle les pittoresques descriptions de nos troupes de bohémiens. On en rencontre souvent le long des fleuves, qu'ils choisissent de préférence pour voyager, afin d'économiser sur les frais de la route. Ces handes errantes sont louées pour un certain nombre de jours, quelquefois par des mandarins ou de riches particuliers, mais le plus souvent par des associations formées dans les divers quartiers des villes et dans les villages.
Lesprétexlespourfairejouerlacomédiene manquent jamais. La promotion d'un mandarin, une bonne ré-
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