‹ L'empire chinoisChapitre 89 sur 154 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

colle, un commerce lucratif, un danger à conjurer, la cessation de la pluie ou de la sécheresse, enfin un événement quelconque, beureux ou malheureux, doit nécessairement entraîner des représentations théâtrales. Les chefs de distrit se rassemhlent, décrètent tant de jours de comédie, et chacun est tenu de contribueraux frais en proportion de sa fortune. Quelquefois le théâtre est organisé et défrayé par un simple particulier, qui veut se donner le plaisir de régaler ses concitoyens et acquérir le renom d'un homme généreux. Dans les transactions commerciales de grande impor-. tance, on a toujours soin de stipuler, par-dessus le marché, un certain nombre de comédies. Elles naissent aussi quelquefois des disputes et des contestations. Celui qui est convaincu d'avoir tort est condamné, par les arbitres, à payer une ou deux refirésentations.

Le peuple est toujours admis à voir gratuitement la comédie, et il ne se fait jamais faute de proOter de ce privilège. A toute heure du jour et de la nuit, il peut trouver dans les grandes villes quelque théâtre en fonction. LCsviltagessont moins favorisés; comme ils ont peu de contribuables, ils ne peuvent appeler les acteurs qu'à certaines époques de l'année. S'ils apprennent, cependant, qu'il y a comédie dans le voisinage, ils ne regrettent pas, après leurs travaux de la journée, de faire jusqu'à une ou deux lieues de marche pour y assister.

Les spectateurs sont toujoursen plein air, et l'endroit qui leur est assigné n'a pas de limites. Chacun s'arrange comme il peut, sur les places, dans les rues, au haut des arbres et des toits. On conçoit quel désordre et

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qaelle confusion il doit régner dans ces nombreuses assemblées. Personne ne se gêne pour y causer, boire, mander et fumer. Les petits marchands de comestibles ne cessent de circuler parmi la foule, et, pendant que les acteurs déploient tout leur talent pour faire reTi- Tre devant tout ce public les événements tragiques et émouvants de son histoire nationale, les marchands s'égosillent à crier aux consommateurs qu'ils tiennent boutique de graines de citrouilles, de morceaux de cannes à sucre et de friture de patates douces. Les sifflets et les applaudissements ne sont pas à la mode.

Il est interdit aux femmesde paraître sur le théâtre. Leur rôle est joué par dés jeunes gens qui savent si bien s'attifer et imîterla voix féminine, que la ressemblance est parfaite. L'usage leur permet pourtant de danser sur la corde et de donner des représentations à cheval. Elles montrent, surtout dans les provinces du nord, une habileté prodigieuse pour ce genre d'exercices. On ne comprend pas comment, avec lenrs petits pieds, elles peuvent voltiger sur une corde tendue, se tenir debout sur un cheval et exécuter des évolutions et des tours de force si difficiles.

Comme nous avons eu occasion de le remarquer, les Chinois réussissent merveilleusement dans tout ce qui dépend de l'adresse et de la souplesse. Les escamoteurs 3onttrès-nombreux,eton en rencontre parfois dont l'hahiletéétonneraitnos prestidigitateurs les plus célèbres.

Notre navigation sur le fleuve Bleu fut charmahte et d'une grande rapidité. Nous arrivâmes à Foo-ki-bieo dans l'après-midi, n'ajant mis que quatre heures et demie pour faire ceut cinquante lis, ou environ quinze lieues.

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