‹ L'Empire chinois: faisant suite à l'ouvrage intitulé Souvenirs d'un voyageChapitre 1 sur 39 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Maladie dangereuse. — PreBcriplion des mandarins. — Visite dumédetin. — Théorie du poaU. — Médeclns-apotblcalres en Chine. — Cooimerce des reniédAS. — La maladie empire. — L'acupuncture. — i^e trëaor surnaturel des pilules rouges. — Hëdeelne expérimealale draCbinols, — Origine et histoire du ctioléra-morbus. — Libre eierclc« de la médecine. — Bons eflets des pilules rouges. — Guérison. — Terrible loi de responsabilité.— Tragique histoire.— Gracieuse attention du prdfet de Kuen-Uing-hien. — Amour des Chinois pour les rercuells. — Voyage d'nn malade i c5ié de sa bière. — Calme et tranquillité de« Chinois au moment de lamorl.— VUlte i notncercnelL— Dëpurt de Kuen-klang-bien.

Od a contame de dire que la santé est le plus grand de tous les biens que l'homme paisse posséder ici-bas. Les jouissances de la vie sont, en effet, tellement fragiles et fugitives, qu'elles s'évanouissent toutes à l'approche de la plus légère infirmité. Mais, pour l'exilé, pour le Tojageur qui erre dans des contrées lointaines, la santé n'est pas seulement un bien, elle est un trésor inappréciable ; car c'est une chose amèrement triste et douloureuse que de se trouver aux prises avec une maladie sur une terre éb^ngère, sans parents, sans amis, au milieu d'hommes inconnas, pour lesquels on est on objet d'em-

s L BHPIRB CaiNOIS.

barras, et qni De tous r^arcleot jamais qu'avec indifférence ou antipathie. Quelle affreuse et déaespéraote situation pour celui quia toujours uniquement compté sur les secours des hommes, et qui a le malheur de ne pas savoir trouver en Dieu son appui et ses consolations.

Il manquait à notre long voyage, si rempli de vicissitudes de tout genre, cette nouvelle épreuve. Dans la Tartane et le Thibet, nous avions été menacés d'être tués par le froid, de mourir de faim, d'être dévorés par les tigres et les loups, assassinés par les brigands ou écrasés par des avalanches ; souvent il n'eût fallu qu'un faux pas pour nous précipiter du haut des montagnes dans des gouffres affreux. Eu Chine, les bourreaux avaient étalé sous nos yeux tous les appareils de leurs atroces supplices, la populace s'était ameutée pleine de colère autour de nous ; la tempête enfin avait failli nous engloutir au fond des eaux. Après avoir tant de fois senti la mort près de nous, et sous des formes si divet^ ses, il ne nous restait plus qu'à la voir, debout, au pied de notre lit, prête à saisir tranquillement et selon les procédés ordinaires une proie qui lui avùt si souvent échappé. Pendant deux jours entiers, il plut à Dieu de nous laisser devant les yeux cette lugubre et sombre vision.

Le soir même de notre arrivée à Kuen-kîang^hien, et pendant que nous receTi(H)s la visite des principaux magistrats de la ville, nous fûmes pris tout à coup de grands vomissements accompagnés de violentes douleurs d'entrailles. Nous sentimes bientôt comme une décomposition générale, ^ui s'opérait dans tout notre corps, depuis les pieds jusqu'à la tête, et nous fûmes

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forcé de nous aliter. On s'empressa d'aller chercher le médecin le plus renommé, disait-on, de la contrée, un homme accoutumé à faire des prodiges, et guérissant avec une admirable facilité toutes les maladies incorables. En attendant l'arrivée de ce merveilleux docteur, auquel nous étions loin d'avoir une confiance absolue, les mandarins de notre escorte et ceux de Kuen-kianghien dissertaient avec beaucoup de science et de sangfroid sur les causes de notre maladie et les moyens à employer pour nous guérir.

Nous avons dit que tous les Chinois, en vertu de leur oi^nisation, étaient essentiellement cuisiniers et comédieus ; nous pouvons ajouter qu'ils sont aussi tous un peu médecins. Chacun donc exposa son opinion sur notre état, dans les termes les plus techniques, et il fut arrêté par les membres officieux de cette faculté de rencontre que notre noble et illustre maladie provenait d'une rupture d'équilibre dans les esprits vitaux. Le principe igné, trop alimenté depuis longtemps par une chaleur excessive, avait fini par dépasser outre mesure le degré voulu de sa température. Il s'était donc allumé comme un incendie dans la sublime organisation de notre corps. Par conséquent, les éléments aqueux avaient été desséchés à un tel point, qu'il ne restait plus aux membres et aux oignes l'faumidilé nécessaire pour le jeu naturel de leurs mouvements ; de là ces vomissements, ces douleurs d'entrailles et ce malaise génénd qu'on lisait clairement sur la figure et qui se manifestait par de violentes contorsions.

Afin de rétablir l'équilibre, il n'y avait dtmc qn'à introduire dans le corps une certaine quantité d'air froid,

i LKIfPtRK CHUfOIS.

et de rabaisser ainsi cette extravagante températare du principe igné ; puis, il fallait faToriser le retourde l'humidité dans les membres. De cette façon, la santé se trouverait immédiatement rétablie, et nous pourrions sans inconvéoient reprendre notre route, en ayant bien soin, toutefois, d'user d'une grande prudence, pour ne pas permettre au principe ^ué de se dév^opper au point d'absorber les principes aqueux. Il était très-simple de ramener dans le corps cette belle harmonie. La chose ne pouvait souffrir la moindre difficulté. Tout te monde savait que les pois verts sont d'une nature extrémemeut froide ; on devait donc en mettre bouillir une certaine mesure, et nous en faire avaler le jus ; par ce moyen, 00 éteindrait Texcédant de feu. Comme un mandarin de Kuen-kiang-hien faisait observer que nous devions user du jus de pois verts avec modération, de peur d'occasionner un trop grand refroidissement, de nous glacer l'estomac, el de g^ner une maladie contraire, non moins dangereuse que la première, maître Ting s'avisa de dire que nous pouvions sans inconvénient doubler ladose accoutumée, parce qu'il avait remarqué que notre tempérament était incomparablement plus chaud que celui des Chinois. Il fut, en outre, décidé que rien n'était comparable au concombre bouilli et au melon d'ean, afin de rappeler l'humidité nécessaire à l'harmonieuse fonction des membres.

Ainsi il fut bien convenu, par un assentiment général, qu'il ne fallait pas autre chose que des melons d'eau, des concombres bouillis et du jus de pois-verts pour nous remettre immédiatement sur pied, et nous rendre capable de poursuivre notre voyage. Sur ces en-

CHAMTRI FBBMIKH. S

trefoîles, le médecin airiva, A la manière céréDionieuse et, en même temps, pleine d'aisance avec laquelle il se présenta, il était facilede reconnaître un homme qui passait son temps à faire des visites. Il était petit, rondelet, d'une âgure avenante, et doué d'une ampleur bien propre à inspirer les idées les plus avantageuses de ses principes hygiéniques ; de grandes lunettes rondes posées à califourchon sur la racine d'ua nez singulièrement modeste, et retenues aux oreilles par des cordons de soie, lui donnaient un air tout à fait doctoral. Une petite barbe et des moustaches grises, plus, des cheveux de même couleur, tressés en queue, témoignaient une assez longue expérience de l'art de guérir les maladies. Toulon approchant de notre lit, il débuta par des aphorismea qui nous parurent avoir quelque valeur.

J'ai appris, dit-il, que l'illustre malade était originaire des contrées occidentales. Il est écrit dans les livres que les maladies varient seion les pajs ; celles du Nord ne ressemblent pas à celles du Midi ; chaque peuple en a qui lui sont propres ; aussi, chaque contrée produit-elle des remèdes particuliers et adaptés aux infirmités ordinaires de ses lud>itant6. Le médecin habile doit distinguer les tempéraments, recoanattre le vrai caractère des maladies, et prescrire des médicaments convenables ; voilà en quoi consiste sa science. U faut qu'il se garde bien de boiter ceux qui sont d'au delà les mers occidentales comme les hommes delà naU(«i centrale,.. Après avoir débité cette exposition de principes avec de remarquables inflexions de voix et un grand luxe de gestes, il attira à lui un lai^ fauteuil en bambou, et s'assit tout à c6té de notre lit. Il nous demanda le bras droit, et,

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l'ayant appuyé sur un petit coussin, il se mit -à tàter le pouls, en fmsant courir lentement ses cinq doigts sur notre poignet, comme s'il eût joué sur le clavier d'un piano. Les Chinois admettent différents pouls, qui correspondent au cœur, au foie et aux autres principaux organes. Pour bien tâterle pouls, il faut les étudier tous les uns après les autres, et quelquefois plusieurs ensenïble, afin de saisir les rapports qu'ils ont entre eux. Pendant cetteopération, qui fut cxtrêmemeat longue, le docteur paraissait plongé dans une méditalion profonde ; il ne dit pas un mot ; il tenait la tête baissée et les yeux constamment fixés sur la pointe de ses souliers. Quand le bras droit eut été scrupuleusement examiné, ce fut le tour du gauche, sur lequel on exécuta les mêmes cérémonies. Enfin le docteur releva majestueusement la tête, caressa deux ou trois fois sa barbe et ses moustaches grises, et prononça son arrêt : Par un moyen quelconque, dit-il en branlant la tête, l'air froid a pénétré à l'intérieur, et s'est mis en opposition, dans plusieurs organes, avec le principe igné ; de là cette lutte qui doit nécessairement se manifester par des vomissements et des convulsions; il faut donc combattre le mal par des substances chandes... Nos mandarins, qui venaient d'avancer précisément tout le contraire, ne manquèrent pas d'approuver hautement l'opinion du médecin : C'est cela, dit maître Tii^, c'est évident, il y a lutte entre le froid et le chaud ; les deux principes ne sont pas en banuonie, tt suffit de les accorder -, c'est ce que nous avions pensé... Le médecin continua : La nature de cette noble maladie «st telle, qu'elle peut céder avec facilité à la vertu des médicaments, et s'évanouir bientôt ; comme aussi il est

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possible qu'elle y résiste, et que les dangers augmentent. Voilà mon opinion à ce sujet, après avoir étudié et re~ connu les divers caractères des pouls... Cette opioioD ne OBUS parut ni extrêmement hardie, ni trës-«ompromettante pour celui qui l'avait conçue... Il faut, ajouta le docteur, du repos, du calme, et prendre, heure par heure, une dose de la médedne que je vais prescrire... En disant ces mots, il se leva, et alla s'asseoir & une petite table, oh on avait préparé tout ce qui est nécessaire pour écrire.

Le docteur trempa dans une tasse de thé l'extrémité d'un petit bftton d'encre qu'il délaya lestement sur un disque en pierre noire ; il saiût un pinceau et se mit à tracer l'ordonnance sur une large feuille de papier. U en écrivit une grande page; quand ileutfini, il prit son p^ier, le relut attentivement à demi-voix ; puis s'approcha de nous pour nous en communiquer le contenn. n plaça l'ordonnance sous nos yeux ; puis, étendant sur sa feuille l'index de sa main droite, terminé par un ongje d'une longueur effrayante, il nous désignait les caractères qu'il venait d'écrire, à mesure qu'il nous en donnait une explication détaillée. Nous ne comprimes pas grand'chose à tout ce qu'il nous dit ; le violent mal de tête dont nous étions tourmenté nous empêchait de suivre le &1 de sa savante dissertation sur les propriétés et les vertus des nombreux ingrédients qui devaient composer la médecine ; d'ailleurs, le peu d'attention dent nous étions alors capable était entièrement absorité par la vue de cet ongle prodigieux qui errait à travers un amas de caractères chinois ; il nous sembla comprendre pourtant que la base du remède était le ta-hoang

,.cdb.GooyIc

et le ku-fi, ,c'»t-à-(lire la rhubarbe et l'écorce d'orange ; après cela il devait encore y entrer une variété considérable de poudres, de feuilles et de racines.' Cha* que espèce de dix^ue avait mission d'agir sur un organe particulier pour y opérer le résultat spécial ; cet ensemble d'opéraUoos diverses produirait finalement le prompt rétablissement de notre santé.

11 est d'usage qu'on fasse bouillir ensemble, dam un vase de terre cuite, toutes les drogues prescrites; quand l'eau s'est suffisamment assimilé, par une luigue ébuUitioD, leurs propriétés médicamenteuses, on la fait avaler au malade aussi chaude qu'il est possible. Ordinairement les médecines cbinoises sont d'un aspect oléagineux et d'un noir très-foncé, quoique tirant légèrement sur le jaune; cette physionomie peu rassurante provient d'une certaine substance grasse et noirâtre que les médecins aal le bon goût d'introduire toujours dans leurs ordonnances ; cependant, quand on est parvenu à surmonter la répugnance des yeus, les remèdes chinois ne sont pas du tout pénibles à prendre ; ils ont toujours nse saveur fade et un peu sucrée, mais jamais, comme ceux de nos pharmaciens d'Europe, ce goût nauséabond qui fait bondir le cœur et soulève à la fois l'organisation tout

Quand le docteur chinois eut rempli sa mission relativement à notre noble et illustre maladie, il St de profondes révérences à la compagnie et s'en alla, en promettant de revenir le lendemain matin. Les mandarins de Kuen-kiang-bien partirent aussi ; mais tristes et le cœur plein de préoccupation, car le médecin avait dit positivement qu'il nous fallait du repos ; notre état, d'ail-

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leurs, paraissait assez grave^pour laisser entrevoir que Doos fencHis un assez long séjour dans le pays, si toutefois même ou n'était pas obligé de nous y choisir une demeure déBuilÎTe au pied de quelque montagne. Tout cela, il faut eu cooTeoir, était de nature à leur créer du souci et de l'embarras.

Tous les étrangers étant partis, maître Ting nous demanda s'il fallait suivre l'ordonnance du docteur et faire préparer la médecine qu'il venait de nous prescrire; au fond, nous n'avions pas une très^rande conSance «i toutes cesdn^uesnieorbabileté du praticien chinois; mais que faire? où chercher mieux? à qui s'adresser dans cette triste circonstance? Dieu seul pouvait prendre soin de nous ; c'est lui, nous dîmes-nous, qui est le maître de la vie et- de la mort; puisque sa toute-puissance a donné aux plantes des propriétés merveilleuses pour le soulagement des infirmités humaines, il peut bien accorder à ces drogues, peut-être insignifiantes, une vertu particulière, s'il est conforme à sou bon plaisir que nous recouvrions la santé. 11 nous ordonne, dans les saintes Écritures, d'honorer les médecms en cas de eécessité; l'occasioD ne saurait être plus favorable pour cela ; honorons donc le docteur chinois en nous conformant scrupuleusement à toutes ses prescriptions. Oui, sans doute, répondtraes-nous à maître Ting, il faut faire préparer la médecine comme il a été ordonné.

Un employé du palais communal alla (aire l'acquisition de tous les ingrédients désignés chez le docteur même qui venait, d'en dresser l'ordonnance. En Chine les médecins sont en même temps apothicaires, et vendent à leurs malades les remèdes qu'ils leur prescrivent ;

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bien que ces états aient entre eux des relations trèsétroites, et qae, par leur nature, ils ne soient Dullemeot incompatibles, on conçoit, néanmoins, qn'il peut y avoir quelque inconvéaient à ce que le même individu eserce les deux h la fois. Oa entrevoit qu'il ne serait pas inopossible de rencontrer quelques abus dans l'exercice de fonctions qui se prêtent mutuellement un si merveilleux appui ; ainsi, par exemple, est-il Uoi certain, vu ]À bargilité humaine, que le médecin ne succombera pas à la tentation de prescrire des remèdes coûteux, et m&ne quelquefois de prolonger la maladie dans le but de procurer des profits plus considérâmes à son ami l'apothtcaire? La prodigieuse quantité de drogues qui entrent dans la composition des médecines cbinoises nous a toujours frappé, et nous n'oserions pas assurer que cette particularité ne vient pas précisément de ce que c'est te même individu qui prescrit et vend les remèdes.

La crainte de se voir rançonner par l'avidité des médecins a donné naissance à un usage f<Hl bizarre, mais qui entre parfaît^nent dans les goûts des Chinois. Le médecin et le malade se laissent aller à une sérieuse discnssion touchant la valeur et le prix des remèdes indi* qués. Les membres de la famille prennent part à ce nnguUer marchandage ; on demande des dn^ues com-. fflunes, peu chères ; on en retranche quelques-unes de l'ordonnance, afin d'avoir moins à débourser. L'efSc^té de la médecine sera peut-être lente ou douteuse ; mais on patientera et on courra la chance. On espère, d'ailleurs, que le retranchement ne gâtera rien ou qu'utke dose plus ou moins considérable pourra obtenir à peu' [wis le même résultat. 11 faut convenir que, le plus sou-

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Tent, il n'y a en effet aucun inconréoient ; qn'on adopte un remède ou un autre, qu'on absorbe peu ou beaucoup de liqueur noire, cela ne fait ordinairement ni froid ni chaud.

Le médecin, après avoir longtemps disenté, finît toujours par livrer sa marchandise au rabais, parce qu'il est bien sûr que, s'il se montrait trop tenace dans le prix de ses ordonnances, on irait essayer de se faire guérir dans une autre boutique. 11 arrive quelquefois, dansées circonstances, des choses vraiment étonnantes et qui caractérisent bien le type chinois; quand le docteurapothicaire a dit son dernier mot et déclaré le plus franchement possible que, pour obtenir la guérison, il est nécessaire d'user de tel remède durant tant de jours, alors le conseil de famille entre en délibération ; on pose froidement une question de vie et de mort, en présence même du malade ; on discute poui* savoir si, à raison d'un âge trop avancé ou d'une maladie qui offre peu d'espoir, il ne vaut pas mieux s'abstenir de faire des dé» pensée et laisser les choses aller tout doucement leur bain. Après avoir rigoureusement supputé ce qu'il en coûtera pour acheter des remèdes peut-être inutiles, le malade lui-même prend souvent l'initiative et dé«ide qu'il vaut mieux réserver cet argent pour faire emplette d'un cercueil de meilleure qualité ; puisqu'il faut monnr tôt ou tard, il est tout naturel de renoncer à vivre quelques jours de plus, afin de faire des économies et d'être enterré honorablement. Dans cette douce et si consolante perspective, on renvoie le médecin, et, séance tenante, on fait appeler le fabricant de cercueils. Telles swit les graves (««occupationsdesChinois en présence de lamort.

It LmPUB COINtHS.

Heureunement que nous n'avioas pas à faire de semblables caicals. Noua nous trouvioDS daus une position tellement favorable, qu'une question d'économie ne pouvait pas même se présenter à notre esprit, attendu que nous étions entièrement à la charge des mandarins et qu'ils étaient obl^és également de nous fournir et des médecines, et un cercueil en cas de besoin. Nous étions même assuré par avance qu'on aurait la courtoisie de nous placer dans une bière de qualité un peu supérieure. Ayant donc de bons motifs pour être pleinement tranquille sur ce point, nous avalâmes en pais toutes les médecine qu'on nous présenta, sans en retrancher une seule drogue, sans même nous informer du prix qu'elles pouvaient coûter. Jamais, peut-être, le médecin de Kuenkiang-biea n'avait eu à soigner une meilleure pratique.

L'efficacité de la médecine ne fut nullement en rapport avec nos sentiments de générosité. Nous ne pouvons dire au juste si elle nous fit du bien ou du mal, si elle se contenta de garder une prudente neutralité et de laisser la maladie aller à sa guise ; tout ce que nous savons, c'est que le lendemain nous étions dans un état capable d'inspirer des craintes sérieuses. Les médecines se multipliaient, et le mal pariaissait augmenter toujours; une âèvre dévorante, des maux de tète à en devenir aveugte, de continuelles contorsions d'entrailles, une peau sèdie et brûlante ; tels étaient les principaux caract»es de la maladie. Le docteur ne nous quittait pas, car l'excellent homme y mettait de l'amour-propre. Se trouver aux prises avec l'étonnante organisation d'un diable des mers occidentales, venir à bout d'une maladie opiniâtre, afaroce, enragée, telle, en un mot, qu'on n'«n avait

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jamais tu de pareille parmi les habitaats du Céleste Empire, céiail assurément un merveilleux tour de force, uue cure qui en valait la peine et capable de lui procurer une prodigieuse illustration.

Le deu^iième jour, nous ne sûmes pas trop ce qui se passa autour de nous, dans la chambre que nous occupions au palais commuoal de Kueu-kiang-hien. Nous eûmes un long délire, et, d'après ce qu'on nous raconta depuis, il parait que notre pauvre tête avait ^uroé en véritable chaos, où la Chine, la France, la Tartane, le Tbibet et peut-être aussi quelques autres petites localités de ce genre, se trouvaient confondus, mêlés ensemble de manière à ne former qa'un tout ridicule et monstrueui ; les folles extravagances de notre imaginatbn allaient chercher les personnages les plus disparates et les forçaient de tenir ensemble des conversations impossibles. Dans la soirée notre cerveau se d^ouilta sufB^ somment pour comprendre que le médecin nous parlait d'essayer d'une opération d'acupuncture. Sa propositîcHi nous épouvanta tellement, que, pour toute réponse, nous lui fîmes le poing, en le regardant avec tant de colère, qu'il en reCala de frajeur. Cette manière de manifester sa pensée n'était pas, nous en convenons, parfaitement conforme aux rites ; mais, en ce moment-là, nous étions peut-êtca un peu excusable, parce que la violence du mal ne nous laissait pas une pleine liberté d'espritet une juste appréciation de dos actes.

L'opération de l'acupuncture, inventée en Chine dans la plus haute antiquité, est passée ensuite dans le Japon ; elle est fréquemment en usage dans les deux pays pour guérir un nombre considérable de maladies ; elle se

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pratique en inlrodoisaat dans le corpsde loi^es aiguille» métalliqueB, et toute la sôènce de l'opérateur codnste dans le choix des endroits où il faut enfoncer les aiguilles, et dans la counaissance de la profondeur où elles peuvent pénétrer et de la direction qu'elles doivent suivre; dans certainscaa extraordinaires on se sert d'une ugnille rougie àa feu. On raconte des merveilles de cette op^tion, et nous-mème nous avons él« témoin plus d'une fois de curés vraiment remarquable obtenues par ce moyen ; cependant nous pensons qu'il faut être quelque peu Chinois ou Japonais pour se résigner à faire de son corps une pelote à longues aiguilles.

, L'acupunctureaeu, en Europe, à différentes époques, une assez grande vogue. Voici ce que M. Abel Rému* sat écrivait à ce sujet, en 1825(1): a L'acnpUDCtnre, «qui, depuis la plus haute antiquité, forme l'ua des «principaux moyens de la médecine curative des Chi- « nois et des Japonais, a été remise en usage en Europe « depuis plusieurs années, et particulièrement préco- « nisée en France depuis plusieurs mois. Aii^i qu'U « arrive pour tout ce qui semble nouveau et singuUer, «ce procédé a trouvé des enthousiastes et des détrao- « teurs. Les uns j ont vu une sorte de panacée d'un « effet merveilleux ; les autres, une opération le plus « souvent insignîiiante, et qui, dans certains cas, pou- « vait entrainer les suites les plus graves. De part et « d'autre, on a cité des faits, et les dMervatioos œ se « présentait pas assez vite ni en nombre suffisant, on < a invoqué l'expérience des Asiatiques, habitiiellement

. (1] Mitangei anatiquei.X- li p- 368t

GRAPmtK niHIU. I B

a si dédaigneux dans les matières de science. Ibdépeo- < dammeat des mémoires académiques et des articles «de journaux, on a fait imprimer quelques opusmiles «propres à jeter du jour sur ce point intéressant de «-thérapeutique et de physiolo^e. »

Plusieurs médecins et physiciens célèbres, entre antres, MM. Morand, J, Cloquet et Pouillet, firent, à cette époque, de nombreuses expériences d'acupuncture. £n étudiant la manière dont les. aiguilles agissent sor les corps vivants, on avait été d'abord porté à peneer que U donleur avait pour cause l'accumulation du fluide électrique dans la partie qui eu est le siège, et que l'introduction de l'aiguille en favorisait le dég^ment. L'aiguflle, dans cette hypotb^, n'était qu'un véritable paratonnerre introduit dans le cu^' du malade. Le soulagement immédiat et , pour ainsi dire, instantané, qu'il éprouvait, conduisait naturellement à comparer cette action physiologique au phénomène qui se passe lorsqu'une surface chargée d'électricité est mise en rapport avec d'autres corps au moyen d'un conducteur métallique. On avait même cru sentir, en touchant le corps de l'aiguille, environ dix minutes après l'introducticm, un petit choc assez semblable à celui qu'aurait produit un fil 'conducteur d'une pile voltuque trèsr faible. Ainsi, on cherchait à expliquer tout a la Ccôs la cause de l'aDection qui consisterait dans une accumulation morbide du Ûuide électnque sur une branche nerveuse, et l'effet curatif qui s'opérait par la simple soustrac^n du fluide.

Plus tard on a rec(»inu, d'après, les expériences d$ H. Pouillet, qu*à 4a .vérité il y avait une action éleetrir

10 Lnpm cnnro».

que produite |tar l'introductiou d'une aigaQle dans un muscle rhumatisé, mais que cette action n'était pas due à la donleur ou à la cause qui la fait naître et qui Tentretieiit, puisqu'elle »e montre également lorsque l'acupuncture est pratiquée sur une partie qui n'est le siège d'aucune aSection névralgique. On s'était assuré que cette action avait lieu de ta même manière chez les animaux, et enfin qu'elle coexistait constamment avec l'oxydation de l'aigiiille. On démontrait qu'elle n'était jamais excitée par une aiguille de platine, d'or ou d'argent, mais bien par les aiguilles faites de tout autre métal oxydable. ~tl est donc permis de conclure que le phéaomène physique qu'on observe est le résultat d'une action chimique entre le métal de l'avilie «t les parties avec lesquelles on l'a mise en contact ; car il n'y a jamais d'oxydation de métal sans dévelof^ment d'électricité ; il est donc à peu près certain que ce courant n'est pour rien dans le soulagement qu'éproovent les malades.

Quant aux effets physiologiques de l'acupuncture, indépendamment du soulagement des malades qu'on a remarqué particulièrement dans les cas de rhumatisme et de névralgie, on a observé, le plus souvent, les phé~ nomènes suivants. L'introduction de l'aiguille est peu douloureuse, si l'on a la précaution de bien tendre la peau et si l'on fait tourner l'avilie au lieu de la pousser directement. Eu général, l'extraction est plus douloureuse que l'iatroducUon ; il sort peu de sang, quelquef<H8 cependant on en voit suinter une ou plusieurs gouttelettes. La peau se soulève autour de l'instrument en conservant sa couleur naturelle ; mais bientAt elle s'afiaiase,

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^t l'on voit ordinairement se Tormer uoe auréole rouge. Le malade ressent alors des élancements qui se dirigent Ters la pointe des contractions musculaires, de l'engourdissement suivant le trajet des gros cordons nerveux, des tremblements fébriles. Il n'est pas rare de voir survenir des sueurs répandues sur la partie de la peau qui répond au siège de la douleur. Cette dernière a, dès lors, cessé, ou se trouve diminuée ou transportée. C'est encore vers ce temps que surviennent les défaillances plus ou moins prononcées, plus ou moins durables, et qu'on ne saurait guère attribuer à la douleur produite par la piqûre, puisqu'elles ont lieu après que la sensation doubureuse a disparu ; c'est même là le seul accident qu'on voit communément résulter de l'acupuncture. Il y aurait à craindre, peut-être, des blessures graves et des suites funestes, si l'aiguille traversait de gros troncs nerveux, des artères, ou les organes essentiels de la vie. Quelques chimi^iens ont prétendu que l'extrême ténuité des aiguilles garantissait de ces inconvénients. Quoiqu'on ait fait plusieurs expériences sur des animaux et qu'on leur ait traversé sans le moindre accident l'estomac, le poumon et même le cœur, il n'en est pas moins vrai que de pareilles tentatives pourraient occasionner des malheurs irrémédiables.

Il est probable que les Chinois et les Japonais, ne connaissant pas l'anatomie, et n'ayant que des idées vagues et erronées sur l'orgoDisatioo du corps humain, doivent souvent obtenir de bien funestes résultats dans leurs opérations. Cependant l'acupuncture n'est pas prati(|uée chez eux sans règle et sans méthode, ni tout à fait abandonnée au caprice des hommes qui l'exercent.

IS LBMPIU CBINOn.

Oo a déterminé sur la surface du corps humaio trois ceot soixante-sept points qui ont reçu des noms particu* liera, d'après les rapports où l'on a supposé qu'ils étaient avec les parties iaternes ; et, afin qu'on puisse s'etercer sans compromettre la saoté des hommes, on a fabriqué de petites figures de cuivre sur lesquelles on a ménagé de très^tits trous aux endroits convenables ; la surface de ces figures est recouverte de papier collé, et l'étudiant doit y porter l'aiguille sans hésitation, et rencontrer dn premier coup l'ouverture au lieu qu'il tant opérer suivant l' affection sur laquelle il est interr(^.

« Mais que peuvent signifier tontes ces précautions, « dit M. Abel Rémusat, en parlant d'un livre japonais a sur l'acupuncture, lorsque, dans l'ignorance profonde « où sont ces médecins de la situation des oi^anes et de « leurs connexions, ils se règlent uniquement sur les « principes d'une routine aveugle, ou sur la théorie « plus absurde encore d'une physiologie fantastique ; € c'est ce qu'on peut voir dans les préceptes tant gênén ranx que particuliers que l'auteur japonais a rassen»o blés. On part de ce principe que les artères vont ton- « jours de haut en bas et les veines toujoursdebas en « haut. C'est pourquoi on prescrit de piquer en tournant «la pointe de l'aiguille vers le haut, quand on se propose « d'aller contre le cours du sang, et de piquer en diri- « géant la pointe en bas quand on veut aller avec le « cours du sang. Une piqûre intempestive ou maladroia. tement dirigée sur certains points, se corrige en pi- « quant sur d'autres pointa qui y correspondent. La moi- « tié des prescriptions qui composent le corps de l'ou- « vrage sont d^nes de ce qa'oo vient de dire. Dans les

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a syacopes qui sniTeot une forte chnte, od pique à la « partie supérieure du cou, devant le larynx, à huit lia gnes de prorondeur. Dans les maux de reins, on pique a le jarret; dans les toux sèches, ou pique à la partie ex- « terne et uapeu postérieure du bras, à une ligne depro- € fondeur, ou au milieu de l'aTanl-bras, ou à la, base du « petit doi^. En considérant combien tous ces endroits « sont éloignés les uns des autres, on a supposé que les « médecins japonais cherchaient à agir, par dérivatioD ; « c'est, à mon avis, leur foire beaucoup d'honneur que « de leur prêter une idée aussi nette du phénomène de « la révulsion. Dans cette occasion comme dans beau- « coup d'autres, ils semblent i^rau hasard, d'après « les suggestions d'un empirisme ignorant et crédule. a Au reste, je ne prétends pas qu'on doive juger dé6a nitivement la doctrine médicale des Japonais d'après un a petit ouvrage sans autorité, où se trouvent consignées < quelques recettes qui n'ont peut-être pas l'asseatin^ent » des véritables hommesde l'art au Japon, 11 y a des 09- « vn^es de médecine et de chirurgie parmi nous qui s donneraient une idée peu avantageuse de nos progrès adanscesdeoxsciences, sioales prenait au hasard dans « nos biUiothèques, et qu'on les transportât à la Chine « pour servir de spécimen de nos connaissances. Onpos- « sède, à la Bibliothèque du roi, un petit Traité d'acu- « puncture en chinois^ et les prescriptions qu'on y trouve « ne s'acc<mlent pas aveecelles de l'opuscule japonais. Ce « qu'on peut dire àlalouai^e desmédedas de l'un et a de l'autre pays, c'est qu'une loi^e pratique parait les « avoir gnidés dans l'application de l'aiguille et du « moza, et que le iiêu d'élection qu'ils recommandent

SO LBWOI CBIHOIfl.

« D'est pas toujours aussi m&l choisi que dans les •I exemples rapportés ci-dessus. Ils semblent auœi avoir « été éclairés par l'expérience sur les dangers d'intro- « duire les aiguilles au-dessus des principaux nerfs des « gros troncs artériels et des oi^anes essentiels à la vie; « mais il est probable que leur expérience, à cet égard. « a dû coûter cber à un certain nombre die malades. »

>ous pensions absolument comme M. Abel Rémusat lorsque le médecin de Kuen-kiang-hien nous proposa de nous enfoncer des aiguilles à travers le corps -, les opérations de ce genre d(Hit nous avions été témoin ne nous rassuraient pas suffisamment, quoiqu'elles eussent été couronnées de succès, etnous n'éprouvions aucune envie de favoriser à nos dépens le progrès de l'acupuncture dans l'empire chinois. Le docteur comprit, du premier coup, le langage figuré par lequel nous lui exprimâmes combien l'idée de ses aiguilles nous déplaisait; il se garda bien d'insister, surtout après que maître Ting lui eut foit observer avec une merveilleuse sagacité que les Européens n'étant pas, peut-être, organisés de la même manière que les Cbinois^ il s'exposait beaucoup à ne pas rencontrer juste en enfonçant les aiguilles. Quelle témérité! s'écriait maître Ting; est-ce que nous connaissons les Européens? Qui sait ce qu'ils ont dans le corpsfEs-tu bien sûr, docteur, de ne pas aller piquer des inconnus avec ton aiguille? Le docteur abonda, ou feignit d'abonder complètement dans le r aisonnement de maître Ting, et il fut décidé que nous reprendrions les médecines noires, sauf quelques modifications.

La nuit fut un peu meilleure que le jour. Dans la matinée le médecin reparut et nous trouva, dit-il, dans

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des dispositiouB excelleates pour preadre ud remède décisif, et doDt le succès était assuré ; le réBultat allait être immédiat et radical ; assurément nous ue demandions pas mieux. La préparatioa de celte médecine miraculeuse n'exigea m beaucoup de temps ni ftraud'peine ; le docteur, ayant -demandé une demi-lasse de thé, se contenta de jeter dedans une douzaine de pilules rouges, grosses tout au plus comme la tête d'une épingle, de véritables globules homœopatbïques. Aussitôt que nous eûmes avalé ce thé, qui, par l'addition des pilules, avait pns une forte odeur de musc, on fit sortir tout le monde de notre chambre, et ou ordonna de nous laisser en repos ; nous n'affirmerons pas que ce fut précisément à ce genre de traitement que nous dûmes notre soulagement et notre guérison ; ce qn'ily a de certain, c'est que nous ne tard&mes pas à éprouver un mieux notable, qui alla en augmentant pendant tout le reste de la journée. Le soir nous primes encore six globules rouges, et te lendemain nous étions en bon état ; les forces, il est vrai, n'étaieut pas revenues ; nous éprouvions irae grande faiblesse, comme un affaiblissement général de tous nos membres ; mats la maladie avait complètement disparu ; ilo'y avait plus ni convulsions, ni maux'de tète, ni douleur d'entrailles. Le médecin -apothicaire était, sans contredit, l'être le plus fier de la création^ il dissertait avec aplomb et assurance sur toutes les choses imaginables, et ceux qui l' écoutaient s'empressaient à l'envi d'applaudir à toutes les paroles qui sortaient de sa houcbe. 11 ne manqua pas surtout de s'appesantir un peu sur l'efficacité infaillible de sa médecine rouge administrée à propos et selon les règles de la prudence et de

la sagesse, deux vertus que le ciel avait bien voulu lui

départir à un suprême degré.

Ces pilules rouges, auxquelles tout le monde attribuait noire guérison, n'étaient pas pour nous un remède inconnu, car il jouit, en Gi!ae, d'une célébrité prodigieuse, et nous l'avions entendu prAoer de toute part; le nom pompeux et emphatique qu'il porte n'est pas au-dessous de sa grande réputation; on l'appelle iing-pao'jbU'ff-ttm, c'est-à-dire n trésor surnaturel pour tous les désirs; x c'est une véritable panacée universelle, guérissant, diton, de toutes les maladies sans exception ; la grande difficulté consiste à en varier la -dose et à la combmer avec ' un liquide convenable. Administré mal à propos, ce remède peut devenir dangereux et causer de terribles infirmités ; sa composition est un secret. Une seule famille de Péking est en possessioii de la recette, qui se transmet fidèlement de génération en génération ; ainsi il nous est impossible de désigner les ingrédients qui entrent dans la composition de ce remède ; son odeur musquée, quoique très-forte^ ne dcàt pas être considérée comme quelque chose de caractéristique, car, en Chine, non-seulement les médicaments, mais encore tous les i^jets, les hommes, la terre, l'air, tout est plus ou moins impr^ué de cette odeur particulière. L'empire chinois tout entier sent le musc, et les marchandises même importées- d'Europe s'en pénètrent complètement après quelque temps.

Le trésor surnaturel, quoique fabriqué sejatement à Péking et dans une famille unique, est, malgré cela, très-connu dans toutes les provinces de l'empire, où on . peut en acheter à on prix assez modéré; il j a seulement

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à se préseirer des falsifications, ce qui, en Chine, n'est pat chose très-Facile : à Péking le prix de ce remède n'a jamais, Tgrié, on ie vend loiijours au poids de l'argent pur. Un jour nous allâmes notis-méme en acheter dans le principal magasin, et cous n'eûil^es qu'à placer un petit lingot d'argent dans le plateau d'une balance ; le marchand mit dans l'autre un poids égal de pilules rouges.

Le trésor surnaturel est peut-être le sodoriâque le plus énei^ue qui existe ; mais il agît d'une manière toute particulière ; un seul de ces petits globules rouges, réduit en poudre, et mis dans le nés comme une prise de tabac, occasionne une si longue suite non interrompue de violents élemuments, que bientôt tout le corps entre to transpiration,et lorsque, enfin, après cette crise slernutatoire, oo revient à soi, ou se trouve comme inolidé desueur. On se sert encore de cette poudre pour voir si un malade est en danger prochain de mort ; si une prise, disent les Chinois, est incapable de le faire étemuer, il mourra certaioeiheat dans la journée ;>s'il étemue une fois, il n'y a rien à craindre jusqu'au lendemain ; enfin l'espoir augmente avecle nombre des élemuments.

La médeciae chinoise est surtout remarquable par l'estréme bizarrerie de ses procédés ; la collection des livres où onpeut l'étudier est très-considérable; malheureusement on n'y trouve, le plus souvent, que des i«eueils de recettes plus ou moins connues du publie. Quoiqu'il seit prob(d>le que les Européens me poarraieot rencoatrer dans ces livres rien de bien intéressant au point de vUe scientifique, nous pensons, pourtant, qu'on aurait pent-Mre tort de les dédaigner entièrement. Les

Chinob sonldoués d'un prod^eiu bUtnt d'observatkm ; ils oot taDt de pénétration et de sagacité, qu'ils remar^ qneot facilement dans tout ce qui les entoure ime foule de choses auxquelles des esprits supérieurs ne feraient jamais attention ; on ne saurait contester, d'ailleurs, que leur longue civilisation et lenr habitude de recueillir et de coaserrer par l'écriture les découTerles les plus importantes ont dû les mettre en possession d'un ▼àitable trésor de cmoaissances utiles. Noos n'avons paseu l'honneur d'étudier la médecine ; mais nous avnU entendu des docteurs émérites sontmr qne l'art de guérir les hommes était moins une afikire de sdenoe que d'expérience et d'observatk». Les maladies et les infirmités sont le lugubre apanage de l'humanité i tontes les époques et sous tous les climats; n'esfr41pas pmnis de penf«r que Dieu aura toujours mis à la portée des hommes les moyens nécessaires pour soulager leur douleur et conserver leur santé ? Les peuples indvilisés, les sauvages même, ont été quelquefois en pœsessioo de certains remèdes que la science était nm-seulemeiit incapable d'inventer, mais dont elle ne savait pas espltqoer les e&ets.

Il y a, en Chine, pour le moins autant de' maladies qu'ailleurs ; cependant oa ne voit pas qne la mortalité y soit proportionnellement plus grande que dans les autres pays ; son immense et exubérante pt^wilation est là pour attester qu'on n'y est pas beaucoup pins maladroit qn'ea Europe pour conserver ta vie des hommes. Les Cbinns, pas plus que les Occid^itanx, n'ont pn réussir à composer un bon élixir d'immwtalité, qnmqu'ils aioit eu la faiblesse d'y travailler à outrance pendant plusieurs aiè-

CHAPtnE PBBmn. fS

des ; cependant ils ODt sa frouTer les moyens de vivre aus^i longtemps que nous, et, panni eux, les .octogénaires sont assez nombreui.

Nous sommes loin d'envier aux Chinois leur médedne quelque peu empirique ; nous prétendons seulement qu'il serait possible de trouver chez .eux des moyens curatifs suffisants et proportionnés à leurs besoins. On les voit même quelquerois traiter avec le plus grand succès des maladies qui dérouteraient la science de nos célèbres facultés. 11 n'est pas de misàonnaire qui, dans ses courses apostoliques, n'ait été témoin de quelque bit capaUe d'exciter sa surprise et son admiraUon. Lprsqu'un médecip est parvenu à guérir promptement et radicalement une maladie présentant tous les symptômes les plus graves et les plus dangereux, il ne faut pass'amuser à discuter savamment les moyens qui ont été employés, et chercher à prouver leur inefficacité. Le malade a été guéri, il jouit actuellement d'une parfaite santé, voilà l'essentiel. 11 n'est personne qui ne préfère être sauvé bêtement que toé par un procédé scientifique.

U est inctmtestable qu'il existe, en Chine, des médecins qui savent guérir de la rage la mieux caractérisée ; peu importe ensuite-que, pendant le traitement de cette aflreuse maladie, on défende expressément d'exposer à la vue du malade aucun objet oti il ponirait y avoir du chanvre, sous prétexte que cela neutraliserait les efiets du remède. Din-ant plusieurs années, nous avons eu pour catéchiste un homme qui avait le précieux talent de remettav les-membres fracturés. Nous lui avons vu opéver et guérir avec une extrtoie facilité plus de cin-

t6 l'kupihi CBOrôts.

qaaple malheureux doot les ossonents étaioil rotnpas et^ quelquefois broyés. L'opéralioD réusùssait toujoars si bien, que les malades veuaient eux-mêmes remercier cet bpmme, dans la chambre qu'il occupait h côté de la DÔbre. Devant de pareils résultats, □ous.n'aTons jamais eu eofie de rire, en peusaut' que l'emplâtre employé pour favoriser la soudure des ossements, était fabriqué avec des cloportes, du poivre blanc et une poule pilée toute vivante.

En 1840, nous avions, dans notre séminaire de Hacao, un jeune Chinois qu'on allait renvoyer dans sa famille, parce qu'une surdité complète, dont il avait été atteint depuis quelques mois, ne lui permettait pas de continuer ses études. Plusieurs tnédeciuB chiDois, portugais, anglais et français avaient essayé vainement de le guérir de cette infirmité. Les docteurs expliquèrent en termes techuiques le mécanisme de l'ouïe ; ils en dirent des choses merveilleuses et qui faisaient le plus grand honneur à leur profonde science ; mais leurs traitements se trouvèrent infructueux, et le mAlade fut déclaré incurable. Heureusemenjt nous avioQs.dansla maison un dirétien tout récemment arrivé de notre mission des environs de Péking. Il -n'était ni médecin, ni savant, ni lettré; c'était tou(^bonnement un très-pauvre cultivateur. 11 se souvint que les paysans de son pays se servaient avec succès d'une certaine plante peur guérir la «urdilé. A torce de chercher aux environs de Macao, il eut le bonheur de trouver cette herbe salutaire. Il exprima le suc de quelques feuilles dans les oreilles du malade, qui rendirent aussitôt iine quuitité prodigieuse d'humeur, et, dans deux jours, la guérison fut complète} ce jeune

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