CHAPITRE XI
Eq. traversant le port de Canton sur notre jonque fnandwne, nos ifeux cherchaient avec une avide cario* site tout ce qui n'était pas- Chinois. Nous longeâmes les flancs (l'un bnckanglais, et nous ne pouTions noits ra3saBier>de contempler ce3 matelote en petit chapeau ciré, qui, rangés en file coatre les bastingages, nous r^ardaient passer;, saus se idouter assurément qu'ils avaient sous les yeux deux Frsucbm'en tout récemment descfwdus du jtlateau de la haute Asie. Ils devaient pro> bablemept ^'abandonner à de fort amusantes observattowsi^r. nos allures chinoises, pendant que nous étions à.ckouâ extasier sur leur&éto«nwte6 physionomies. Ces âgtires rubicoA^eï a^ec des yeux hleus, un long nez et d^icbevé^s blôndâ; «es babils étriqués et, en quelque sdiHq, «oll^ sur les membres, tout cela nous paraissait pcodjlgteDSQinenti drdie. Une gracieuse embarcation p0{ntQenT«rtet t^couyerte d'uqe tente de toile blanche, passa à cdté de nous. Il j avait dedans trois gendemen quille cigare à la bouche, se donnaient le charme et les douwurs d'une promenade aquatique. Rien de plus grotesque, pour, d^ yeux asiatiques, i]ue leur accoutrenwnl. Us ét^nit en cbfapeau noir, en paulalon blanc, ^^t blanc et jaquette blanche. Un Tfaibétain eût éclaté ^^rine, en voyant. «es figures sans barbe et sans moustachiQSy mais, en reTancbç, ayant sur chaque jOue un groeipaquetde poil.roQgs tout frisé. Nous comprimes alors cQmbi3n les Européens devaient paraître ridicules daw les payA,qui n'ont aucune connaissance de leurs usages «t de ^le«Ks modes. '
.':AppèsnttUa ciccuitsdoBs.ee vaste port, nous abop- ^èmes.à «m petit débantadèce. Un-mandarin nous y at-
tendfdt. On nous fit entrer dans des palanquins; et nou» fûmes transportés au pas de course, au centre de la Tille dans ta maison particulière d'un fonctionnaire civil de rang inférieur. Enfin nous étions donc arrités à Canton ; c'était au mois d'octobre 1846, six mois après notre départ dé Uia-ssa. Lorsque nous quittâmes la capitale du Thibet, il nous semblait que nous n'arriverioDs pas au terme du voyage que nous entreprenions, tant la route était longue et semée d'écueUs de tout genre. Selon toutes les probabilités humaines, nous devions périr de fatigue et de misère. Mais la Providence ne nous abandonna jamais, et nous conduisit presque miraculeusement jusqu'au bout, au milieu des dangers dont nous étions sans cesse environnés. Aussitôt que nous fûmes entrés dans les appartements qu'on nous avait assignés, nous ton>b&mes à genoui et nous rendîmes grâces à Dieu pour tous les bienfaits qu'il nous avait si libéralement prodigués, durant ces laborieuses courses, entreprises pour glorifier son ntmi et étendre son royaume sur la terre. Peu de temps après notre arrivée à Canton, nous reçûmes la visite d'un long Chinois, qui se présenta en qualité d'interprète officiel de rndminisb-ation.' Après nous avoir débité, du mieux qu'il put, tout ce qu'il savait d'anglais, de français, de portugais et d'espagnol, nous lui dîmes que, s'il voulait bien se donner là peine de parler chinois, les affaires iraient plus rondement. 11 ne voulut jamais ^y déterminer. Sous prétexte qu'il était interprète, le malheureux s'obsUna^t à jalonner un langage inintelligible. Nous lui demandâmes si M. van Bazel, consul néerlandais, 3e'ti<ouTait àCanton. — Ye», yei, iignoTy nous répondit-il. — Dans ce cas nous
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allons lui écrire une lettre, et nous te prieroos de la lai faire parreDir iinmédiatement.
NoQs connaissions depuis longtemps M. vao Bazel, et noue savions codUbien il avait toujours été plein de dévouement et de sympathie pour les missionnaires caUioliques. Nous le priâmes de nous envoyer des journaux ; car nous étions privés de nouvelles d'Europe depuis plus Ap tsoh ans. L'interprète partit et ne tarda pas à revenir avec un portefaix chargé d'ua énorme ballot de gazettes anglaises. Le consul de Hollande avait eu l'amabilité de joindre à son envoi quelques bouteilles de vin de Bordeaux, pournousrètremper,disait-il, dans les souvenirs de la patrie. Nous passâmes la nuit tout entière à fouiller dans cet amas incohérent de nouvelles qui se trouvaient entassées au milieu de notre chambre. En tête d'un des premiers journaux que le hasard nous itiit entre les mains, nous lûmes un article des plus curienx. En voici la traduction,: « Nous avons reçu dernièrement « la nouvelle de la mort lamentable de deux pères de la « mission de la Tartarie mongole... »
Après un court aperçu sur les pays tartares, l'auteur de l'article poursuit ainsi : « Un lazariste français nommé « Hue arriva, il y a environ trois ans, chez quelques «. familles chinoises établies dans la vallée des Eaux- « Noires, à environ deux cents lieues de marche de la « grande muruUe. Un autre lazariste (1), dont le nom tt m'est inconnu, se jouait à lui dans le dessein de fora mer une mission parmi les bouddhistes mOQgols. Us « étudièrent la Ituigue tartare avec le» lama» des monas-
(i)H. Gabet.
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« tères ToûiDS ; il parait qu'ils ont été pris ponr des « lamas étrangers, et qu^ils ont été traités aree amitié, « surtont par les bouddhistes qui sont très-ïg;noranfe, et ■ qui prenaient le latin de lenr brétiàiré'pour du sail- « scrit, qu'ils ne comprennent- pas, mais pour lequel ils « ont uneTéuérotion secrète, pai^ que les rites de leoii « livres relig;ieux, en mongol traduit da sanscrit; sitôt « imprimés en encre rouge.
' à Qaand les missionnaires se crarènl'suffisamn^t € instruits Aans la langne, ils s'avancèrent dans l'inté^ « rieUr, avec l'intention de commencer leur oeuvre dt «conversion. Depuis cette époque, otf'np reçut d'eux « que quelques nouvelles incexiàines ; mais, en mai « dernier, du fond de la Tartarie mcAngole, on apprit a qu'ils -avaient été attachés à la queue de dievaux et « traînés ainsi jusqu'à la mort. Leâ causes réelles de « cet événemrat ne sont pas encore connues. » ' ' '
Un t^ article, comme on doit Ifi pènSer, nous étonna un peu, et nous nous crames le droit â\;D conteur fo complète eiactilude. Cependant tous ces détails se trouvaient si bien arrangés, que l'ensemble portait le cachet de la vraisemblance. Il ne fallait rien moins qae noire retour pour en faire accepter la réfutation.
Le lendemain nous eûmes, de très-bonne heure, une séance d'apparat, où étaient réuiiis quelques hduts dignitaires de Canton et les mandarins qui nous avaient aecompagnés depuis la cafMtale du Kiong-si. Notre voyage étant terminé, nous peQs&mes qu^il serait convenable de rendre publiquement nos comptes à l'administration chinoise. Nous dîmes donc à notre domestique Wei-cban d'apporter tout l'argent que nous.avions
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éamomisé depuis notre départ de Nan-tchang-fou. Il y en avait un taSsiéaormel'queleg yeux des assistants en âerinrent tolit flamboyants. — Voilà, dîmes-nous, une somme considérable. D'après les ordres dn gOQTenieM du Kiaqg^-sî, toutes les villes par où nous avons passé ont dû payer un impôt pour notre entretien. Notre Consdencenous a interdit toute dépense inutile. Mainte* nsnt, il faut que cet aident revienne à ceux h qui il Àp^ partient. S'il est à voua, dtmes-nous aux fonctionoaires de la ville de Canton, preoez-le. — Ceux-ci protestèrent avec énergie qu'ils n'avaient aucun titre pour acttepter cette somme. Les mandarins de l'escorte en firent autant ; chacun étala un désintéressement vraiment exemplaire, et tous déclarèrent, à l'unanimité, que cette somme nous ayant été légalement allouée, elle nous appartenait. Les missionnaires, répondtmes-nous, ne quittent pas leur patrie pour aller amasser des ricbesses dans les pays étrangers. Votre gouvernement noos ayant forcés de quitter le Thîbet et nous ayant fait escorter malgré nous jusqu'à Canton, nous avons dâ voyager à ses frais. Aujourd'hui que nous allons sortir dé l'empire, nous ne voulons pas en emporter une âeille sapèqae. Puisque personne ne peut réclamer la pt6pFtété de cet at^nt, nous demandons qu'il soit alloué à notre domestique. Quelqu'un s'oppose-t-il a notre proposition ? — Le conseil ayant applaudi à nos paroles, nous dîmes à Wei-?chan que ce petit trésor lui appartenait, et de peur que, plus tard, il ne prit fantaisie aiix mandarins de s'en emparer, nous lui eonseillftmes de l'emporter aussitôt et de le placer en lieu sûr. Weichan se mit à l'œuvre avec empressement, prit tout l'ar-
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gent et partit Depuis nous ne l'avoDS plus reTn.
Le commissaire impérial Ky-yo (1) était encore, à cette époque, Tice-roi de la province de Canton. 11 nous fit offrir une jonque pour nous conduire le jour mèmeà Hacao ; mais, ayant exprimé le désir de nous arrêter quelque temps à Canton, où nous avions des amis européens, nous fûmes conduits, sur notre demande, à la factorerie hollandaise. L'excellent M. van Bazel expédia un reçu au vice-roi, et dès ce moment furent terminées nos relations officielles avec les autorités chinoises.
Deux jours après, nousavions pressé dans n<» bras nos confrères et nos anciens amis de Macao. Nous fûmes longtemps au miUeu d'eux comme des hommes qui s'éveillent tout à coup après une longue et profonde léthargie. Nous étions tout étonnés de ne plus voir autour de nous des physicmomies thibétaines, lartareset chinoises, et de n'entendre plus résonner à nos oreilles que cette belle langue maternelle dont tes accents harmonieux faisaient vibrer toutes les Qbres de notre âme et nous arrachaient de si douces larmes. La France était encore bien loin ; et pourtant nous l'avions, ponr ainsi dire, retrouvée tout entière. U y avait alors en rade une corvette française, la Victorieuae. Nous aimions à nous rendre sur les bords de la mer pour vmr flotter scn pavillon ; et, lorsque nous allions visiter notre petite France, car c'est ainsi que nous nommions la corvette, il nous sem- Uait respirer l'air de la patrie et vivre au milieu de son atmosphère.
Un mois après notre arrivée à Macao, M. Gabet, ou-
(I) C'fUit le même qui avail reçu l'ambusadenr H. de Lagrenée.
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Uiant ses infirmités et ses sonfirances, et n'écoutaot que son déYôuemenl, monta sur un navire et partit pour l'Europe. 11. avait à cœur d'exciter le zèle et la charité des catholiques en faveur de ces peuplades intéressantes de la Tartane et du Tbibet, pour le salut desquelles il eût si volontiers donné sa vie. Nous espérions bientôt revoir ce compagnon de nos, fatigues, cet ami dont l'existence s'était, en quelque sorte, identifiée avec la
nôtre. Mais telle n'était pas la volonté de Dieu Un
jour nous apprîmes ladésolante nouvelle que cet infatigable et courageux missionnaire avait rendu le dernier soupir sur les côtes du Brésil. Pendant que nous étions parmi les neiges de la haute Asie et que nous cherchions avec tant de sollicitude à rappeler la chaleur dans les membres glacés de notre ami, nous étions bien loin de penser que Dieu avait marqué sou tombeau sur les rivages brûlants de l'Amérique du Sud,
Pour nous, après un assez long séjour à Macao, nous reprîmes la route de Péking, et nous parcourûmes la Chine pour la troisième fois. Nous avons dît dans nos Sottvenirê de voyage comment le délabrement de notre santé nous avait forcé de rentrer en France, après avoir visité, sur notre route, l'Inde, l'Egypte, la Palestine et la Syrie.
Nous nous étions embarqué pour la Chine au commencement de l'année 1838. Il nous fut donné de revoir la patrie en 1852. C'était au mois de juin, à l'époque de nos ravissantes solennités de la Fête-Dieu. La ville de Marseille présentait alors un spectacle qui ne s'effacera jamais de notre souvenir. Mon Dieu I que nous la trouvâmes belle notre France catholique, et bien digne de la
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ftré^ediOD et de l'anloar de tous nés «aAUift !'..".. I'Qb^ le Scàgneor soit à jamais béni de notis avoir 'permis d'endorer quelques twnffrancfeB partniles DtttionB étrau'gères, puisqu'il not» réservait un boobear i{ne md homme peut-être u'a ressenti èl que ne 'Sautai exprimer notre langage si p&le'et sidécbtinê't...
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