‹ L'empire chinois: le Bouddhisme en Chine et au ThibetChapitre 11 sur 129 · La Chine jusqu'à Van 600 avant J.-C · texte numérisé non relu

La Chine jusqu'à Van 600 avant J.-C

Impropres à l'idéal, ennemis du merveilleux, passionnés pour l'exactitude, les Chinois mettent dans leurs écrits toute la précision et la clarté possibles. Nous comprenons leurs philosophes, leurs poètes, tous leurs livres, comme s'ils étaient écrits en français ; leur histoire officielle, d'une rigueur mathématique, n'admet aucune fable et la science moderne ne trouve rien à y redire.

Leur tribunal de l'histoire fondé depuis un temps immémorial, est composé de hauts fonctionnaires chargés d'enregistrer tous les événements. On les choisit d'une impartialité et d'une compétence absolues ; leurs rapports rédigés comme des procès-verbaux sont jetés dans le trou d'un secrétaire et ne sont lus qu'après l'extinction de la dynastie régnante. On est ainsi garanti contre l'adulation pour le pouvoir, mais non contre l'esprit de corps et de secte, car les hauts Mandarins appartiennent tous au corps des lettres attachés aux doctrines de Confucius et ennemis passionnés des religions de Lao Tsé et de Bouddha. Il faut tenir grand compte de cette circonstance dans l'appréciation des événements racontés par les grandes Annales, la seule source des renseignements que l'on possède.

En Chine les religions sont tellement mêlées entre elles, et les événements politiques et sociaux tellement liés aux

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lnttes religieuses, qu'on est obligé de les réunir dans une histoire unique qui forme surtout l'histoire du Bouddhisme

Chinois.

Celle-ci n'a rien à faire avec la Chine préhistorique qui, du reste, n'a pas encore été étudiée.

La Religion a passé en Chine, comme partout ailleurs (hors de la révélation) par les phases d'une Genèse naturelle 1 et logique dans Tordre suivant :

1° Animisme, adoration des Esprits bons et mauvais ;

^ Sélection de l'Animisme se traduisant : soit par le Dualisme, groupement séparé des génies du bien et de ceux du mal ; soit par le Polythéisme.

3°L'apperception philosophique et religieuse du Un, du Principe primordial et suprême.

Nous allons exposer les deux premières phases ; nous décrirons la dernière avec la philosophie de Laotseu à la fin de la dynastie des Tcheou.

1° Animisme.

Dans le Chi King 2 et plusieurs autres livres anciens, il est fait allusion au Culte des génies des montagnes, des rivières, des arbres, des plantes.

Dans le Kia Yu, les génies sont définis : « Des êtres qui ne mangent pas et qui ne meurent pas. »

Lieh tse dit : sur les montagnes, il y a des chin ; ils se nourrissent du vent et s'abreuvent de la rosée ; leur cœur est semblable à la source d'un abîme ; leur forme est celle j d'une vierge ; ils n'ont point d'attachement, ils n'ont pas d amour.

Suivant un autre ouvrage : dans les montagnes, les rivières, les lacs, les tertres, les collines, ce qui peut produire ou provoquer le vent et la pluie, et tout ce qui parait extraordinaire est généralement appelé Chin.

La forme attribuée aux génies des montagnes et des eaux était presque toujours fantastique. Ils tenaient à la fois de l'homme et des animaux. Ils habitaient de préférence les gorges inaccessibles des montagnes ou les gouffres des ri-

1 Se reporter à la Cité antique de Fustel de Coulanges ; voir aussi notre article: L 'évolution religieuse, publiée par la société Ethnographique et formant notre Introduction à l'histoire Générale du Bouddhisme.

* King signifie : livre canonique ou sacré.

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vières, lorsqu'ils se montraient aux humains, le vent faisait rage, la pluie tombait à torrens ; autour d'eux apparais** saient des lueurs extraordinaires.

Le Chan-hai King traduit par M. Léon de Rosny et qift; est sans doute la plus vieille géographie du monde, ren-i ferme le nom des génies spéciaux aux différentes monta*: gnes de la Chine et la description des cérémonies prati-? ; ques en l'honneur de chacun d'eux. — Elles comprenaient le plus souvent des offrandes de riz et de vin et des sacrt* fices d'animaux ; on les accomplissait sur des tertres ar* tiftciels environnés d'une plateforme qu'on nivelait avec; soin. Au nombre des offrandes figuraient des objets en jade, des tablettes votives de différentes formes, ou bieû des sceptres fabriqués avec une pierre précieuse, on les; enterrait à la fin du service sacré. Le même livre mentionne des danses religieuses avec le concours d'armes et d'instrument de musique.

Gonfucius ne mentionne les Chin ou génies (qu'il ne faut pas confondre avec les Sièn ou immortels) que pour tenir compte d'une croyance populaire fortement enracinée et il s'efforce de leur retirer leur caractère mvthologique. Ils ne sont plus pour lui les forces naturelles déifiées, comme les Devas et les Assuras, mais des êtres; qui ont acquis l'état surnaturel par une vertu supérieure,! souvent même les ancêtres déifiés.

Dans le Yila King seul, le Chin est rattaché au Dualisme,; très ancien en Chine des principes mâle et femelle ; « ce; qui est inscrutable dans le principe mâle et dans le prin-; cipe femelle s'appelle Chin.

2° Sélection ou épuration de l'Animisme.

L'existence du Polythéisme est, suivant M. de Rosny, établie par plusieurs anciens monuments littéraires de la dynastie des Tcheou et peut-être même par des écrits qui remontent à des temps encoro plus reculés. Ce polythéisme s'est traduit par des déifications en nombre illimité à partir de la dégénérescence du Taoïsme sous l'Empereur Chi-Hoang-ti et probablement un siècle à un siècle et-demï avant lui. Ce que nous savons du polythéisme ancien est trop rudimentaire. 11 faudrait dégager le reste des superfétations modernes qui sont l'œuvre des Taossé.

Dans ce polythéisme, il est souvent question de métamorphoses. Les livres Indigènes en renferment de nom-

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breux récits d'une naïveté enfantine et, pour la plupart d'une forme bizarre et à peine dégrossie qui exclut toute sentimentalité et toute poésie. Après la réforme décrétée par l'Empereur Vouvang de la dynastie des Tcheou, le polythéisme de la Chine devient une adoration purifiée des 1 esprits célestes, terrestres et humains étroitement unis avec les objets naturels ; d'où une tendance au fétichisme.

Le ciel considéré comme un être personnel, comme le pouvoir suprême, est au sommet de ces esprits. C'est lui qui a tout produit dans la collaboration avec la terre. Sa volonté fait le destin. Il récompense et punit. Maître unique, il a sous lui des esprits innombrables ; ceux du Soleil, de la Lune, des astres etc.

L'esprit de la Terre est généralement regardé comme féminin et il commande aux Esprits des fleuves, des montagnes, etc.

C'était l'Animisme systématisé par la politique des Empereurs de manière à en rendre les superstitions le moins dangereuses possible. On y trouve la doctrine de la survivance, telle qu'elle a été admise chez tous les peuples sauvages, le culte des mânes des ancêtres, mais nulle trace de la rétribution après la mort.

Le culte réglé minutieusement était l'affaire de l'état ?eul et ressortait à un ministre qui dirigeait tous les fonctionnaires attachés au Culte y compris les musiciens et les danseurs. L'Empereur seul sacrifiait à Thian l'Esprit du Ciel ; ses vassaux aux esprits de la Terre, des fruits, des champs ; les Hauts fonctionnaires aux cinq esprits domestiques ; et ainsi de suite.

Dans les sacrifices, on offrait aux esprits la partie des victimes, quelquefois humaines, qu'on regardait comme le siège de l'âme ou de la vie. Les Magiciens,et devins étaient des fonctionnaires. On attachait une grande importance à leurs oracles *.

Les premiers Empereurs Chinois adoraient sous le nom de Chang-ti les esprits de leurs ancêtres déifiés, et ils leur adressaient des prières pour être secondés. Un Chang ti était suffisant comme gardien de l'Empire et se perpétuait

*En Chine, comme en Grèce et à Rome, la religion n'a été qu'une institution politique reposant sur les superstitions popuaires.

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de dynastie en dynastie, quelle que fût la famille qui occupât le trône. Des pouvoirs sans limite lui étaient attribués lorsque le souverain régnant voulait réunir dans ses dévotions et ses sacrifices tous ses prédécesseurs dont il désirait l'assistance spirituelle. L'idée comprend en conséquence beaucoup de monarques qui avaient reçu l'apothéose; en leur qualité de gardiens du trône qu'ils avaient occupé pendant un temps, tous ces empereurs étaient et sont encore invoqués pour leur appui spirituel par leurs héritiers jusqu'à ce jour Les Annales de la Chine mentionnent d'abord les Em-

f>ereurs mythologiques. L'un invente la cabane, l'autre le eu, le 3 les arts de la paix, le 4 e l'agriculture, le 5 e la ville et les armes ; le 6 e voit paraître les spectres, le 7 e les dompte, le 8 e les honore dans le tombeau et le 9 e se présente comme le rythme du Nombre. C'est une sorte de Genèse administrative.

Le rôle attribué aux quatre derniers confirme l'existence d'une religion des esprits et par conséquent des magiciens que la domination impériale a domptée ou absorbée.

Les temps historiques commencent pour la Chine vers l'an 2,000 avant Jésus-Christ, par Yao et Chun. D'après Confucius, l'Empereur Yao mît la paix dans la faœille, le bon ordre parmi les fonctionnaires et l'union dans tous les pays.

Il avait évidemment un pouvoir absolu qu'il exerçait dignement, car il se déclarait responsable de tout dans le sens le plus illimité. « Le peuple a-t-il faim ou froid c'est ma faute ; commet-il des crimes, j'en suis l'auteur. »

Yao, après avoir mis Chun à l'essai comme premier ministre et en lui donnant ses deux filles en mariage 2 , l'associé à l'Empire, et il devient le type de Vhomme qui sait commander comme il sait obéir, maxime Chinoise aussi pédagogique que contestable. Resté seul, Chun fortifie le

1 Notice du missionnaire américain Wells William, traduite par M. Léon de Rosny. Les mots Chang-ti signifient.: « Suprême souverain ». Plusieurs Sinologues y avaient vu la personnification du Monothéisme de la Chine primitive.

* Ces deux filles ont été divinisées comme génies des deux plus grands fleuves de la Chine.

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pouvoir eu organisant l'inspection partout et créant le ministère de la police.

Il a pour successeur le général Yu qui fixe la loi d'hérédité Impériale. Pour guérir le peuple de l'adoration des Génies et des Spectres, il fait peindre leurs formes laides et grimaçantes sur les vases qui représentent les Proi vinces de l'Empire et, par le ridicule, les fait tomber ainsi que les magiciens dans le mépris. Il développe l'agriculture par la création des réservoirs et des Canaux d'irrigation.

Après ces trois Empereurs, les Dynasties des Hia et des Chang régnent chacune 500 ans de 2205 à 1766 et de 1766 àH22. La première distribue la terre aux familles ; chaque famille reçoit sa quote-part à titre d'usufruit et la cultive moitié pour son compte, moitié pour celui de l'Empereur sous la surveillance de l'État.

Les révolutions qui se lient aux dispositions de la loi agraire et les luttes entre les Magiciens et les lettrés remplissent la première partie de l'histoire de la Chine. Le fondateur de la dynastie des Chang double les avantages faits précédemment aux cultivateurs. Cette dynastie finit comme la précédente par la faveur que ses derniers mem- • bres accordent aux Magiciens et à la religion des esprits 1 et par les débauches et les cruautés du dernier Empereur Cheou Sui et de sa femme Meghi qui faisaient éventrer des femmes enceintes pour observer les mouvements du fœtus et inventaient des supplices pour jouir des nouvelles formes des spasmes de la douleur.

La dynastie des Tcheou règne ensuite de 1122 à 878, son fondateur Vou-vang améliore encore la loi agraire et remplace la centralisation Impériale par la division du territoire entre des Seigneurs responsables du contingent financier et militaire, sorte de bureaucratie armée. Il tolère les dieux, les esprits et les magiciens. Désespérant de vaincre la superstition populaire, il organise une

1 On prétend que l'Empereur Ti-Yih delà dynastie desThang qui vivait environ quatre siècles avant Moïse répandit en Chine le culte des Idoles qu'il appela « Génies du Tien ou génies célestes. C'était sans doute pour les opposer aux mauvais esprits dans la croyance populaire; plus tard tout culte idolatrique a été condamné et alors on a appelé Ti-Yih prince sans foi.

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hiérarchie de bons esprits Ken, serviteurs de l'Empereur et ennemis des mauvais esprits les Kouéï. Enfin, il décrète une réforme religieuse décrite dans le Tcheou li, livre qui existe pour une partie depuis 3000 ans avant Jésus-Christ.

La dynastie des Tcheou régna' plus de 900 ans et fit progresser la Chine, bien que les Annales et les livres de Confucius la représentent comme en décadence à cause du morcellement de l'Empire entre de grands vassaux ; mais ce morcellement ne parait avoir ou d'effets funestes que dans les trois derniers siècles où la Chine se décomposa en plus de 150 états ; alors l'anarchie fût à son comble. — L'ancienne constitution politique et morale de la Chine se trouve exposée dans les Kong de Confucius, non avec impartialité, mais de la manière qu'il a jugé la plus utile pour appuyer ses vues comme législateur.

Il y avait eu jusque-là en Chine, faisant sans doute contraste avec les magiciens et sans attaches officielles, des sages, pour la plupart des solitaires, jouissant d'une renommée de savoir et de vertu, et que les princes consultaient. Ils répondaient aux Brahmes ascètes et aux Munis de l'Inde. Le principal objet de leurs spéculations était

D'après l'un des plus anciens solitaires, ce le Tao est obscur et caché ; on ne peut le voir ni l'entendre ; immobile et inaltérable, il n'opère point avec un corps ; il ne se meut point quoiqu'il soit ce qu'il y a de plus subtil. 11 prévoit ou plutôt il voit, par une intuition directe, tout en dedans de lui-même. »

Le Li-li, livre de Confucius, en fait, d'après les anciens, dit-il, le type de la perfection, telle qu'il la comprend et veut la faire comprendre. Il lui attribue toutes les vertus morales et surtout les vertus publiques ou civiques, le dévouement à l'État comprenant la résistance jusqu'à la mort aux Caprices et aux erreurs des tyrans *, l'humilité ou du moins la modestie, la privation et le renoncement.

Un Yu Kioo, école de cour et d'administration origine du corps des lettres, ajouta ace portrait.

1 On voit par là que, dan3 ces temps reculés, les Empereurs étaient contenus par la loi et parle haut caractère des Ministres et des Magistrats.

le Tao.

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* Le sage n'emprunte point sa politique, il la trouve dans son cœur ; le sage est lui môme ; la supériorité de ses vues le distingue de la foule, et sa conduite exprime sa grandeur. •

Nous sommes bien loin de l'image d'un sage ou solitaire ou ascétique voué à la méditation et à l'étude du problème religieux, tel qu'il a dû nécessairement en exister un certain nombre dans la Chine antique comme dans Hnde. Les deux premiers passages cités constatent cette existence et en même temps celle de doctrines plus ou moins mystérieuses, et celle très probable d'écoles de sages qui, par le travail de la pensée, sont arrivées à des conceptions semblables à celles que nous trouvons en tête du Brahmanisme. Ces écoles ou ces sages devaient avoir pour fonds commun les idées ou croyances qui remontent en Chine à la plus haute antiquité, telles que les suivantes :

1° L'existence simultanée chez l'homme de deux âmes qu'ils appelaient; l'une hoën et l'autre peh.

L'essence ou exhalaison du ciel s'appelle hoën, tandis que celle de la terre s'appelle peh. Le hoën est le principe spirituel ou l'âme spirituelle ; il dépend du principe mâle (Yang) et se meut.

Le peh est le principe matériel, l'âme sensitive ; il dépend du principe femelle (Yin) et reste dans le repos a la mort, le Hoën monte au ciel et le peh descend dans la Terre.

De la sorte le hoèn est l'Ombre ou les Mânes, la partie spirituelle du fantôme, le principe évolutif des êtres en voie de retour vers leur source ; l'âme qui va et vient, sort etentre-pour retourner finalement au ciel.

Quant au Peh, il représente « la forme » ; de sorte que lame d'un niort s'appelle hoën et sa forme peh ; c'est l'esprit terrestre, le corps subtil de tous les êtres, alors qu'il n'a pas subi encore de transformation ; c'est la puissance perceptive des organes matériels, tels que les yeux et les oreilles. Cette puissance perceptive des sens quitte " avec la vie le hoën auquel elle était associée, pour finalement retourner en terre et devenir un fantôme.

2° Une théorie ancienne d'après laquelle les éléments de la création ont obtenu leur diversité parles forces d'un dualisme secondaire pour aboutir finalement à leur retour vers leur source au moyen d'une synthèse carac-

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térisée par l'expression trinitaire M. de Rosny pense qua ce dualisme est l'acception la plus ancienne du mot Tao 1 .

3° Enfin, d'après J. Eskins, une Cosmogonie ancienne suivant le principe de révolution, dont les traces sont restées dans le 42 e Chapitre du Tao the king :

« Le Tao a produit im, un a produit deux, deux a produit trois, et trois a donné naissance à tous les êtres. »

Texte, que Sieh hoeï a commenté ainsi :

L'unité primordiale se divisa en deux principes : le principe mâle ou yang et le principe femelle ou Yin ; de ces deux principes une fois réunis, il résulta « l'Harmonie » représentée par le nombre trois.

Quelques auteurs, au lieu de l'Harmonie, mettent l'homme. En dehors de ce fond commun, les conceptions de ces sages qui n'avaient pas entre eux un lien comme celui qui unissait les Brahmes, devaient flotter dans une indétermination et dans une diversité correspondantes à celles des esprits. Il semble toutefois que tous attribuaient au Mot Tao au moins ce sens :

Le principe (ou les principes), expression par laquelle nous désignons la cause ou essence primordiale, et aussi la Règle ou l'ordre universel dans l'homme et dans le Monde.

Le Tao était le correspondant chinois du Darma et de la Boddhi, et aussi de la aocpt'a ou sagesse de l'antiquité.

Le philosophe Lao Tseu paraît avoir personnifié dans sa Vie et dans son ouvrage le Tao the King (Jivre du Tao et de la Vertu), tout le courant d'esprit véritablement philosophique et indépendant qui l'a précédé en Chine. Les Sinologues qui nous les ont fait connaître, principale- \ ment M. Léon de Rosny nous ont révélé tout ce que l'histoire religieuse de la Chine présente d'original et de profond. En voici le résumé :

Lao Tseu naquit la 3 e année du règne de Ting Wang de la dynastie Impériale des Tcheou, c'est-à-dire en l'an 604 2 avant notre ère dans le royaume de Tsou, province actuelle du Honan, et mourut vers l'an 500 avant Jésus-Christ. Il

1 Heinrich Schumacher a rattaché l'ancien Dualisme Chinois à la question de l'existence du bien et du mal sur la terre.

2 Çakyamouni naquit vers 622 avant J.-C, Zoroastre vers 650, avant J.-C., Pythagore de €08 à 572, avant J.-C.

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remplissait les fonctions de gardien (conservateur) du palais des Archives à la cour des Tcheou. Les malheurs des temps, dit-on, lui firent chercher une réforme. Mais cette réforme n'était que dans Tordre des idées, car il n'avait rien d'un législateur, i Lao Tseu pratiqua le Tao et la*! Vertu. Il vécut dans l'obscurité et demeura longtemps dans le royaume des Tcheou ; lorsqu'il vit leur dynastie tomber en décadence, il abandonna sa charge et se rendit à une barrière située aux limites du domaine royale. Là il composa le Tao the king qui renfermait cinq milliers de caractères. Puis, il s'en alla, on ne sait où il termina son existence l .

Le mot Tao est interprété diversement par les synologues ; pour les uns, c'est la nature dans son origine et sa perfection, comme la Nature naturante de spinosa ; pour d'autres le principe nécessaire et universel des choses, d où part et où revient tout ce qui existe ; quelques-uns y voient la Raison Universelle, Xo^oç de Platon et le verbe de S l -Jean TEvangéliste ; pour Stanislas Julien, c'est la voie par laquelle tout passe, et le Tao the king est. Le livre de la Voie et de la Vertu,

M. Frank pense que toutes ces significations étaient également et confusément admises par Lao Tseu. Les deux premières ressortent évidemment des deux textes suivants : 1° « Toutes choses sont nées de l'être, l'être est né du non être » c'est-à-dire d'un principe qui; tant qu'il est indéterminé, n'a pas de nom et est pour nous comme s'il n'existait pas — 2° « Tous les êtres ont été créés simultanément, puis ils retourneront à leur source première. »

D après un autre texte, cette sortie de tous les êtres du sein du Tao, c'est la vie, et leur rentrée est le signal du

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1 On rapporte que Lao Tseu fit son voyage dans l'Ouest, monté îur un bœuf de couleur bleuâtre, ainsi que le représentent beaucoup de statuettes chinoises. Suivant M. de Rosny, cette légende est très moderne et on ne possède rien qui justifie des rapports de Lao Tseu avec l'Occident. Cependant ces rapports n'ont rien d'impossible si Ton considère que l'hospitalité était universellement pratiquée dans les temps anciens et en outre que tout homme qui avait un caractère religieux, fût- il un étranger, était l'objet d'un respect et d'égards particuliers.

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non être — Celuici ; naturellement, est un effacement plus complet que la mort.

Toutes les existences sortant du Tao et devant y rentrer, le Tao est leur voie commune, ce qui justifie la traduction de Julien ; ce mot Voie peut ainsi être entendu dans le sens de voie à suivre, chemin de la perfection à peu près comme dans le Bouddhisme.

Puisque le Tao est le principe des êtres, il est aussi le verbe ou la suprême intelligence, la Raison universelle ; car c'est ainsi que Platon définit le Xoycx;, tout ce qui est pensé est, et rien n'est que ce qui est pensé. La raison ou Tidée est donc l'essence des choses. Pour posséder cette raison dans son unité et sa pureté, il faut posséder dans les mêmes conditions l'être ou l'existence ; ce qui revient à dir^ avec la plupart des Ecoles Indiennes, qu'il faut être affranchi de ce qui est accidentel et passager, qu'il faut être exempt de passion. De là cette maxime au début du livre :

« Lorsqu'on est exempt de passions, on voit l'essence parfaite du Tao, tandis que l'on n'en aperçoit que la manifestation matérielle ou la forme bornée, lorsqu'on est sous l'empire des passions. »

Le livre dont Abel Remusat compare le style à celui de Platon, est divisé en deux parties et 81 chapitres. C'est un recueil de maximes qui ne forment point un système coordonné. On ne peut donc qu'examiner les plus caractéristiques.

Le chapitre XXV donne la principale explication du mot Tao ; M. de Rosny Ta traduite ainsi :

« Il est une force indivise, parfaite, antérieure au ciel et à la Terre, sans forme ! incorporelle! Etablie solitaire et immuable, circulant partout, éternelle. »

M. de Rosny estime qu'une force ainsi définie est Dieu, avec exclusion de toute hypothèse antropomorphique ; quelque chose de bien plus élevé que Tien ou Ciel immatériel des livres de Confucius et qu'on ne saurait non plus confondre avec le Ghang ti ou suprême Empereur.

Il fait observer que si on traduit le mot Tao par Dieu, le premier chapitre du Livre commence ainsi :

— Le Dieu qu'on peut définir n'est pas le dieu éternel ;

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— Le nom qu'on peut prononcer n'est pas le nom éternel 1 ;

— Il est ineffable en tant que Principe du Ciel et de la Terre.

— Il n'a de nom, que lorsqu'il devient la Mère des créatures;

— En conséquence, Eternel non être, il voulût apercevoir, sa beauté parfaite ;

— Eternel Etre, il voulut apercevoir sa condition limitée ;

— Sa double Nature *, s'est manifestée simultanément, mais le Verbe n'a pas été le même ;

— Dans sa synthèse, il s'appelle l'Insondable ;

— Insondable, et encore insondable, il est la porte de toutes les perfections (en langage bouddhique on dirait : le chemi.i de la perfection) 3 .

L'idée que ces lignes nous donnent du Tao (ou de dieu) ressemble singulièrement à celle conçue par les Brahmes: de Brahma, le Un qui créa les êtres parce que, s'ennuyant d'être seul, il voulût être plusieurs. Cette appréciation nousparait confirmée»parle développement suivantdeM.de Rosny : « Le Tao est le principe initiateur et intelligent des êtres qui sont sortis de son sein et qui doivent rentrer en lui; if est la Raison suprême qui règle l'Évolution générale de la Nature. »

« Le Tao éternel appelé à recevoir dans son Sein les créatures qui en sont sorties (Tao the king chap. 40) est alors qualifié de non Etre, » et le principe des choses de la forme, qui en est la manifestation obligée de « Mère du Monde ».

Le non être n'est point entendu ici comme le Néant. Le Vide et le non Etre, ont dans le Tao the king et le Bouddhisme à peu près la même signification. Le non être du Tao the king, est une conception tout à fait semblable sinon identique à celle de Nivriti dans le Bouddhisme du Népaul. Le principe des choses de la forme,

1 Dans le résumé des Théories thaoistes attribué à Tchoung-li Kouen à l'époque des Han, il est dit : le Grand Tao est sans forme, sans nom, sans question, sans réponse.

1 Cette double nature rappelle les théories Indiennes et les Écoles allemandes qui ont attribué à Dieu Esprit l'essence de la matière ou Nature.

1 Ainsi définie cette force est identique à celle conçue par M. Abel de Rémusat comme supérieure à l'idée qu'on peut se faire d'un dieu personnel.

agissant comme « Mère du Monde » serait alors Prakriti la nature universelle.

Le retour des êtres dans le sein du non Etre ou d< Nivriti, parait une solution plus saisissable, au moin« pour les Chinois, très réalistes et très positifs, que cell< de l'extinction de l'âme dans la divinité, ou celle de le métempsykose ; au moins elle demande beaucoup moins d'efforts d'abstraction et de préoccupations,

La rétribution, ou plutôt la punition appartiendrait ah Ciel. « La justice du Ciel, est immense, ses mailles sonl écartées, mais elles ne laissent échapper personne. »

Suivant une habitude très répandue dans le monde . Oriental, Lao Tseu fait usage des nombres, sous une forme sacramentelle, pour l'exposé de ses théories, notamment dans le passage suivant :

« Les assesseurs ou compagnons de la Vie sont au nombre de 13 et les assesseurs de la mort également au nombre de 13. »

La doctrine morale de Lao Tseu consiste à rappeler l'homme à l'état de nature : La nature de l'homme est bonne, il faut lui laisser son cours ; l'activité humaine ne peut qu'en troubler l'action spontanée et bienveillante. Il n'y a pas lieu à l'amélioration morale, « celui qui conserve le Tao garde ses défauts ». Le Tao est V asile de tous les êtres, le trésor de l'homme vertueux. L'homme qui connaît le Tao est épal aux succès et aux revers, au gain et à la perte, à l'honneur et à l'ignominie. Le sage arrive sans marcher; sans agir, il accomplit de grandes choses. Le dernier terme de la perfection, c'est le non agir.

De là le dogme du non agir qui prescrit virtuellement et explicitement une imperturbable apathie, une quiétude parfaite. Il est exprimé en propres termes dans le 2 e , le 3e, le 27°, le 38 e , le 43 e , et le 47 e chapitre du Tao the king. Lao Tseu en admet toutes les conséquences : La vie solitaire et silencieuse, le mépris des richesses, celui du corps poussé par quelques-uns de ses disciples jusqu'à ses dernières limites, jusqu'à la suppression de la propagation de l'espèce ; l'abstention de tout travail corporel et même de celui de la pensée, alors même que ce travail s'opère en vue de pratiquer le bien ; l'absence du prosé-; lytisme. La seule vertu à ses yeux est celle qui s'ignore et se produit sans qu'on y ait songé. Haute rerfu, pas

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vertu ; c'est pourquoi avoir vwtu. Basse vertu pas vertu 9

c'est pourquoi sans vei*tu i .

Selon Lao Tseu, toute chose, tout sentiment, toute idée

n'existe que par le fait de son antinomie. C'est lorsque la . notion du bien a été imaginée que le mal a apparu dans ! le monde. L'homme primitif ignorait le vice, parce qu'on

ne lai avait pas encore donné la notion de la vertu 2 . —

Le bonheur nait du malheur ; le malheur s'engendre au ! sein du bonheur. — Tout dans l'Univers procède de

TEtre; l'Etre procède du non être — plus loin, il dit

encore :

Lorsque la bonne harmonie cessa de régner dans la famille, la piété filiale et l'amour paternel parurent au grand jour, — Quand les Etats tombèrent dans le désordre, on vit se manifester chez les fonctionnaires publics, la fidélité et le dévouement au devoir.

Pour le philosophe vieillard 3 , le véritable Critérium de la certitude, est le sens intime, à l'exclusion de l'observation et de l'Expérience. « Le sage, dit-il s'appuie sur son for intérieur et non sur la déclaration de ses yeux. »

D où la conséquence ; qu'il faut savoir se dégager des influences de la forme « Les cinq couleurs rendent l'homme aveugle, les cinq sons le rendent sourd, les cinq saveurs lui perdent le goût. Le sage se préoccupe de son organisation intime et non pas de ce qui frappe les yeux. »

La sagesse consiste donc à se connaitre soi-même

Celui qui sait vaincre ses penchants est fort, celui qui sait se suffire est riche ; le plus grand crime est d'être capable de désirs ; le plus horrible malheur est de ne pas savoir se suffire, celui qui possède le superflu ne s'y arrête pas ( chapitre XLVI) ; la calamité la plus affreuse

1 Nous faisons cette citation comme exemple du style souvent énigmatique du Livre.

2 II est clair que c'est l'inverse qui a eu lieu. La distinction entre le bien et le mal et par conséquent la notion du bien n'a apparu que quand le mal s'est produit. C'est du reste la conséquence de la théorie de Lao Tseu que l'état primitif ou de nature était bon.

* C'est la traduction des deux mots Lao Tseu ainsi nommé à cause de sa longévité.

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est le besoin d'acquérir. Le sage n'a d'autre ambition de ne rien ambitionner (chap. XIII). C'est donc l'ind renoe complète que recommande Lao Tseu. Celai qu parvenu au culmen du Vide l , garde fermement le re Par cette quiétude on n'use point la vie ; par suite, o prolonge. « Je suis calme, dit Lao Tseu ; chez mo affections n'ont pas encore germé : Je ressemble à nouveau-né qui n'a pas encore souri à sa mère, » quoi sans affection, Lao Tseu était cependant un philantr car il dit : « Faire du bien aux êtres et n'attendre au salaire, telle est la profonde vertu, » Et il a ajouté faut rendre le bien pour le mal.

Mais c'était un philautrope de tête, comme on peut citer d'illustres, Lao Tseu a dit : « La prolongation dé vie est une infortune, » cela peut être une conséque de la doctrine du non agir en considérant la mort coin le suprême repos. Cependant sa secte a présenté la lo •gévité comme la récompense de la sainteté, se plaç ainsi au point de vue du réalisme chinois.

Lao Tseu condamne l'éloquence et le style : « Les rôles élégantes ne sont pas sincères, les paroles sincè ne sont pas élégantes. L'homme de bien n'a pas de fa lité d'élocution ; celui qui a la facilité d'élocution n' pas bon (chap. LXXXI;. Pour faire comprendre la véri un langage simple et sans apprêt suffit toujours ; Yé\ quence n'est nécessaire que pour induire les esprits fi bles dans Terreur et le mensonge. Posséder le savoir être convaincu qu'on ne sait point, est la condition d esprits supérieurs ; être ignorant et croire qu'on sait z une maladie (chap. LXXI). En d'autres termes l'hom ne vaut quelque chose que parce qu'il sent qu'il ne v^f rien ou presque rien. La vertu s'oppose à ce qu'on fas étalage des talents et de la science qu'on a acquis, sage se connait lui-mêm*, et ne se met pas en évident (chap. LXXII) ; il est parfait et semble rempli d'impel fections (chap. XLV) ; il possède l'intelligence du Taol et il a l'air d'être environné de ténèbres ; son aspect

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i II faut entendre par ce mot quelque chose comme le Nirvaj sur la terre, l'exemption d'impressions, mais non le néant.

* Ici le Tao ne peut évidemment être pris que dans le sei de voie.

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celai d'un être vulgaire ; on le croirait frappé d'incapacité ; il parait vil et dégradé ; il ne se prodigue pas, et c'est pour cela qu'il brille ; il ne se fait pas valoir et c'est pour cela qu'il a du mérite ; il ne lutte pas et c'est pour cela que nul ne peut lutter avec lui (chap. XLI et XXII).

t Dans le monde, dit Lao Tseu, tous me trouvent émînent et néanmoins, je ressemble à un bomme borné : j'ai le cœur d'un homme simple, je suis dépourvu de savoir. Les gens vulgaires sont pleins de clartés, moi seul je suis comme obscurci ; ils ont de la pénétration, moi seul je demeure dans le trouble ; je suis vague comme la mer, flottant comme si je ne savais où m'arrêter (chap. LXVI1 et XX). »

Lao Tseu est presque muet sur la question de la famille. Il se borne à une allusion sur le rôle de la femme : «' La femelle triomphe sans cesse du mâle par la douceur.»

Le non agir est aussi l'idéal de la politique. « Lorsque le saint homme est au pouvoir, il fait le vide dans son cœur et il pratique le non agir. »

La bonne méthode de gouverner consiste à n'avoir pas de prudence, c'est à-dire à ne pas prendre sans cesse des précautions importunes 4 . Si le chef de l'Etat est trop clairvoyant, le peuple est privé de tout. Contrairement à l'exemple du Ciel, les princes prennent à ceux qui manquent du nécessaire pour donner à ceux qui ont le superflu ; lorsqu'ils regorgent de richesses, ce sont des voleurs.

Le prince obtient l'absence des désirs dans le peuple en maintenant l'ignorance et il fait en sorte que c^ux qui savent n'osent pas agir. Si le peuple a beaucoup de moyens de lucre, le luxe augmente aux dépens de la morale et de la tranquillité publiques. Si le roi pratique le non agir, le peuple se convertit et se rectifie de luimême, si les ordonnances sont trop multipliées et trop

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1 H faut voir dans cette doctrine une protestation et une faction contre l'abus de l'intervention de l'autorité pour tout réglementer même dans le privé comme Ta fait Confucius- C'est la théorie moderne du laisser faire, vraie dans certaines limites qui dépendent beaucoup du tempérament des peuples auxquels on l'applique. C'e9t en tout cas une théorie de liberté.

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sévères, les sujets s'y soustraient par la ruse, et le nombre des bandits s'accroit proportionnellement. Ne prêchez pas l'Humanité et la Justice, n'exaltez pas les sages et le peuple ne se disputera pas. Méprisez le luxe et les biens inutiles et le peuple ne les recherchera pas, confiez le gouvernement de l'Empire à ceux qui ne le veulent pas.

Lao Tseu proclame hautement que les princes ne doivent régner et ne valent que par le peuple.

Les rois doivent imiter les premiers Empereurs de la Chine qui avaient tous les mérites et toutes les vertus.

Dans la Haute antiquité, dit-il, le peuple savait à peine s'il avait des rois; plus tard il les aima et chanta leur louange, plus tard encore il les craignit, et enfin il les méprisa.

Les grands, les Vassaux et les rois sont de la même nature que l'homme du peuple.

Lao Tseu le démocrate était opposé au patricien Confucius, surtout au sujet des Rites et des pratiques de la courtoisie sociale. Il est convaincu que la politesse dans le monde, n'aboutit qu'à faire naître l'hypocrisie et quq le formalisme dans les relations des hommes ne sert qu'âj déguiser les mauvais sentiments.

Opposé à Faction Lao Tseu condamne la guerre ; les armeS sont des instruments de malheurs et de torture ; le sage ne s'en sert que quand il ne peut s'en dispenser I s'il triomphe, il ne s'en réjouit pas, s'en réjouir c'es' aimer à tuer les hommes, et celui qui aime à tuer le: hommes ne peut régner heureusement. La paix la moini glorieuse vaut mieux que la guerre la plus brillante. Lei anciens disaient : « Ne rendez point d'honneurs ftmèbrej aux conquérants ; recevez-les avec des larmes et des cris et entourez de tombeaux les monuments de leurs vie toires. »

C'est là une très ancienne idée Chinoise qui se trouvj aussi dans Confucius et qui a sa racine dans les kingsl Le général Chinois qui remportait une victoire prenai des habits de deuil. En raison des épouvantables massa cres qui remplissent l'histoire de Chine, il faut moini attribuer ces idées chinoises à l'humanité qu'à l'absencj de passion patriotique et aussi à cette circonstance qui la plupart des guerres de la Chine étaient des guerre! civiles.

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Lao Tseu exige non seulement l'ignorance et le désarmement mais encore l'absence de voyages à l'intérieur et à l'étranger. « S'il se trouvait dans son royaume des bateaux et des voitures, les habitants n'y monteraient pas, même pour le plus court voyage- • Si un royaume se trouvait en face du sien et que les chants des coqs s'entendissent de l'un à l'autre, ses sujets arriveraient à la vieillesse et à la mort sans même avoir visité leurs voisins. »

Lao Tseu et Confucius avaient des génies et des caractères tout opposés. Le premier était un solitaire nourri de spéculations et d'abstractions, complètement étranger, il est vrai, au maniement des hommes, mais en même temps un esprit puissant, exempt de tous préjugés religieux et sociaux, d'une indépendance d'esprit et d'une sincérité absolues, très respectueux de la dignité et des droits de l'homme et pratiquant toutes les vertus d'un ascète.

Le second était un patricien, héritier de hautes traditions administratives déjà anciennes en Chine, connaissant à fonds la nature de ses compatriotes et ne visant qu'à une organisation pratique basée sur elle ; un homme d'Etat uniquement préoccupé d'assurer le fonctionnement sans chocs de la machine sociale par l'adaptation exacte et le poli de tous ses détails.

Ces deux génies n'avaient de commun, qu'un trait qui parait essentiellement Chinois, l'idée de l'immobilisation et l'absence de celle du progrès. Aux yeux de Lao Tseu, Confucius était un conservateur dans le sens orgueilleux et absolu du mot. Son système politique en effet était celui des Brahmes : l'obéissance de la foule à la coutume immémoriale, représentée en Chine par les Rites, et à une élite d'hommes (les Lettrés) assumant en eux tout savoir toute intelligence, comme les Brahmes dans l'Inde. En Orient, tout système fondé sur l'apathie de l'esprit est indestructible.

Celui de Confucius et peut-être sa personne étaient profondément antipathiques au solitaire et il ne se fit pas faute de le laisser voir.

D'après le célèbre historiographe sse Mat sien *, Confu-

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1 Traduction. Léon de Rosny. Cette visite 1 eut lieu en 517 av. J.-C ; Confucius avait 35 ans et Lao tse 88 ans.

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ciu», se rendit dans le pays des Tchéou pour interro Lao Tseu au sujet des Rites ; Lao Tseu lui dit :

« Les hommes dont vous parlez, aussi bien que le os, ont tous disparu et sont tombés en pourriture. Le paroles seules subsistent. J'ai entendu dire qu'un ha marchand cachait soigneusement ses richesses de faço laisser croire qu'il ne possédait lien. Le sage dont vertu est accomplie a les allures de l'ignorance sur visage.

Chassez votre air orgueilleux et vos nombreux désirs, vos manières insinuantes et vos vues déréglées : tout cela ne sert de rien à votre personne. C'est là tout ce que j'ai à vous dire. »

Interrogé sur le résultat de sa visite, Confucius répondit :

« Je sais que les animaux qui courent peuvent être saisis daus un piège, qui nagent, se prennent à la ligne que ceux qui volent peuvent être atteints par d^s flèches. Quant au Dragon, j'ignore comment il monte sur le vent et les nuages pour s'élever jusqu'au ciel. Lao Tseu est semblable au Dragon. »

Une autre fois, Confucius écrivit des annotations sur les douze kings et les soumit à Lao Tseu qui s'écria : : Quelle erreur! je voudrais savoir quelle est la chose la! plus importante en ce monde.

R. L'humanité et la Justice. 1 D. L'humanité et la Justice sont-ils les sentiments essentiels de la nature humaine ?

R. Certainement, si le sage n'avait point l'humanité, il ne serait pas accompli; s'il ne possédait pas la Justice, il ne pourrait remplir sa mission.

Confucius développa cette thèse, mais sans convaincrq Lao Tseu qui l'engagea à se conformer simplement aux lois immuables de la nature. « Celui qui professe l'amour du prochain, veut évidemment que le prochain l'aime ù son tour ; or c'est là le comble de l'égoïsrae. Vous res^ semblez à un homme qui, pour attraper un fuyard, battrai] du tambour de façon à le faire courir plus vite. En réalij vous apportez le trouble dans la condition morale dj hommes » Confucius.

Confuciiis le génie tutélaire de la Chine dont ses livr< font îa Toi naquit vers l'an 550 avant J.-G. environ 50 ai

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