LE LAMAÏSME ET LE CHRISTIANISME
Christianisme a envoyé plusieurs fois des apôtres ïhibet : d'abord, en 1316, la frère Minime Odorico di emona; puis en 1642, le Jésuite Andréa qui pénétra 'à la ville de Tha-sang dans le Haut-Sud, où il fut itemant accueilli par le Radja du pays. Ce prince romit de se convertir et lui donna pour le provincial ordre qui résidait à Agra, une lettre dans laquelle il ageait à bâtir des Eglises. Andréa retourna Tannée an te au Thibet et y séjourna au moins une année. Il rut, dit-on, empoisonné à Coa. Les événements polies qui enchaînèrent ensuite le Thibet à la Chine ne mirent pas au Radja de donner suite à ses projets ;quels se mêlait probablement la politique.
On voit apparaître ensuite Gueber et Dorville jésuites 1665, Desidore et Freyre de 1716 à 1729, enfin Orazio lia Penna et ses compagnons capucins de 1727 à 1760. ie sont les seules dates que Ton cite ; mais il est très probable qu'avant le frère Odorico et après lui, jusqu'à 'arrivée des 2 jésuites, les missionnaires catholiques se accédèrent au Thibet. A cette époque, le Gouvernement rhibétahi laissait pénétrer librement les étrangers, surtout les religieux, par les brèches des bords du plateau et les cols Himmalayens que la Chine tient rigoureusement fermés aujourd'hui.
En 1845 et 1846, le père Hue et quelques autres Laza-
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ristes pénétrèrent par la Chine et la Mongolie dans 1 Thibet.
À partir de ce moment, l'histoire du Christianisme ai Thibet devient exclusivement française : les Missionnaire» sont tous des français et en même temps des écrivais qui ont avancé la science géographique. Le Père Hue a publié une relation de son voyage qui renferme des ren* seignements fort intéressants sur l'état social et surtoul religieux de ces contrées. Il avait pris le costume des Lamas, affirmant par là sa profession d'homme de prières, sans déguiser pour cela sa qualité de missionnaire français ou catholique.
Dans ces conditions, il obtint partout respect et protection et visita la plupart des Lamasseries où il reçut l'accueil le plus bienveillant et le plus hospitalier. 11 séjourna plusieurs mois dans la grande Lamasserie de Kounbouu et aussi à L'hassa.
Tout en regrettant que la plupart des Lamas manquassent d'instruction, il rend hommage à l'esprit de tolérance et même de confraternité qu'il a rencontré ch^z eux à tous les degrés de la hiérarchie, à leur bonne foi et à leur désir sincère de l'éclairer*; parmi les nombreux détails qu'il donne à cet égard, les plus caractéristiques sont ceux de la visite que leur îît par curiosité le Guison- Tamba, patriarche de la Mongolie qui était descendu dans le môme hôtel qu'eux. Après avoir feuilleté leur bréviaire, il le porta solennellement à son front en disant : * C'est votre livre de prières... Il faut toujours honorer et respecter les prières », puis il ajouta : « Votre religion et la nôtre sont opposées. « Oui, répondirent les missionnaires, le but de nos voyages, nous ne le cachons pas, est de substituer nos prières aux vôtres. » « Je le sais, dit-il en souriant, et depuis longtemps. » Nous avons vu qu'il est voisin de la frontière Russe. Il demanda des explications sur les nombreuses gravures du bréviaire et quand on lai eut raconté le crucifiement, il remua la tête en signe de compassion et porta ses deux mains jointes au front. En quittant les missionnaires, il leur dit : « Il importe peu que vous soyez d'un pays ou d'un autre, puisque tous les hommes sont frères. Seulement, en Chine, il ne faudra pas dire qui vous êtes ; les Chinois sont soupçonneux et méchants et ils pourraient vous nuire .» * -
Lazaristes avaient arrangé leur maison à L'hassa y dire la messe. Ils y reçurent de nombreux et assiisiteurs qui écoutaient avec ferveur leurs instrucet qui, lors de leur départ exigé par les deux Résichinois, se réunirent hors de la ville en un groupe nrenant beaucoup de femmes qui leur fit des adieux chaleureux,
courtoisie dans la discussion et la tolérance sont des ités communes à toutes les Ecoles religieuses de proice Hindoue et leurs docteurs ne s'écartent de l'imialité philosophique que lorsqu'ils croient leurs intématériels en péril. Les Bouddhistes vont plus loin ; qpgpme les Chrétiens, ils comprennent les hérétiques et £fr infidèles dans leurs prières publiques — et, de plus, f#eur est prescrit d'étudier les autres religions. — Tous >** peuples pieux ont un respect particulier pour quionque, même avec une autre foi, est revêtu d'un carac- &re religieux ; les Bouddhistes accordent surtout ce resteçt à ceux qui se vouent au célibat et à la pauvreté. * Le séjour des Lazaristes ne laissa de traces au Thibet fltte dans la mémoire du Régent leur protecteur, mais il Et connaître beaucoup le Thibet et la Mongolie en France & décida les catholiques à faire de nouvelles tentatives. I. Renou, envoyé avec M. Fage par les missions étrangères, jeta les yeux sur Bonga, lieu perdu dans le Tsafong et qui, à cause de son éloignement de tout poste ailitaire, n'avait jamais attiré l'attention de la Chine où ïl y avait alors une persécution. Al'insu des]Mandarins, il obtint en 1854 du Régent du Thibet, le même que celui Sont nous venons de parler, la concession à perpétuité, moyennant une redevance annuelle, de cette vallée étroite et inculte d'une longueur d'environ 6 lieues. On sait que nos missionnaires dans ces contrées se transforment en Chinois, en Thibétains, etc. au point d'être méconnaissables. Ainsi tranformés et n'étant même pas connus pour être desJEuropéens, les deux prêtres réunirent autour d'eux quelques Chinois et quelques Thibétains émigrés et achetèrent des esclaves pour travailler aux défrichements et aux constructions ; puis ils fondèrent un orphelinat et installèrent le culte dans cette petite colonie devenue chrétienne. A la fin do septembre 1858 et au commencement d'octobre suivant, une bande de brigands
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détruisit rétablissement. M. Renou le releva et en 1860 d'une nouvelle attaque, il dut cherche lui et ses orphelins un refuge à une distance de jours de marche.
Alors venait d'être signé entre l'Angleterre et la d'une part, et la Chine de l'autre, le traité de Tiei qui stipulait, pour les sujets chinois, la liberté de ser la religion chrétienne, et pour les missionnaires)] péens le droit de la prêcher à la seule condition munis de passeports délivrés par leurs consuls. U{ mine Demazure chargé de la mission du Thibet de 1875 obtint pour lui et quatre missionnaires des ports à destination du Thibet. Parmi eux se trouvai! ; Desgodins à qui la science géographique est redev, travaux très estimés, et dont le frère a publié, em d'après ses lettres, une histoire très intéressante ] mission du Thibet de 1855 à 1870.
Parti de France pour l'Inde en 1855, l'abbé Desgc fit pendant trois ans, conformément à ses instructif tous les essais et efforts possibles pour pénétrer, vers les Himmalayas, jusqu'au Thibet, afin d'éi l'énorme détour de la Chine. N'ayant pas réussi, il duj 1859 se résigner à prendre le chemin ordinaire par ton.
Le 5 août 1861, Messieurs Renou et Desgodins partit pour L'hassa afin d'obtenir des autorités thibétaines,, tice et restitution de Bonga. Ils n'étaient déjà plus 250 lieues de L'hassa, quand des délégués de l'Empei de Chine les arrêtèrent et les firent reconduire à Bol qui venait d'être rendue à la Mission.
En 1863, rétablissement de Bonga restauré, était on centre de propagande chrétienne, et plusieurs villages voisins s'étaient convertis. Dans lun d'eux, les habitants refusèrent à deux Lamas collecteurs de payer le prix des prières qu'ils venaient lire, la dîme ordinaire. Les missionnaires soutinrent les habitants dans ce refus qu'ils croyaient fondé et ceux-ci ayant pris possession de la lamasserie et de la pagode qui se trouvaient dans le village, les missionnaires transformèrent la première en presbytère et la seconde en église, pensant qu'elles étaient, comme c'est l'ordinaire en Chine, la propriété de la commune. Malheureusement, par ce refus d'une redevance
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I<gfcfceTit due et cette occupation d'édifices lamaTques i**a^ait pu avoir lieu sans quelque profanation com- & fer les habitants sur des statues de Bouddha véné-
> o&ns tout le Thibet, c'était, sans que les missionresT emportés par leur zèle y eussent songé, la guerre c Lamaïsme Thibétain et un prétexte donné à Tauté* fcliinoise pour refuser, en alléguant ce conflit, l'ap- ;>atîôii du traité du Tien-Tsin, au Thibet, qui n'y est Qt explicitement et textuellement mentionné.
l p&rtir de 1863 jusqu'à la fin de 1864, diverses bandes on suppose envoyées de L'hassa ravagent et ruinent .cessivement les villages chrétiens du Tsarong et l'étassement de Bonga. L'abbé Desgodins est presque assomk j <fes Chrétiens sont tués, les missionnaires ]sont chas-
> et obligé de repasser la frontière voisine entre la ine et le Thibet.
Us adressèrent des réclamations aux deux Résidents Linois de L'hassa, très probablement les complices, si- >n les instigateurs des violences commises. Ceux ci rémdirent par une fin de non recevoir et par la négation faits les plus avérés. Nous citons leurs réponses, imme exemple de l'astuce chinoise : « Les contrées Thiètaines sont consacrées aux supplications et aux prières, a religion jaune est fondée sur la justice et la droite iison ; elle est adoptée depuis un grand nombre de sièles ; on ne doit donc pas prêcher dans ces contrées une sligion étrangère. Nos peuples ne doivent avoir aucun apport avec les hommes des autres royaumes ».
« En outre, les habitants du Tsarong et duJMenkong ont fit positivement aux prédicateurs de la religion chrétiennè [u'ils eussent à se retirer de leur pays. D'où il est adrenu que les deux Excellences Tin et Pi (Mgrs Biez et Desgodins) ont donné eux-mêmes un témoignage écrit par lequel ils reconnaissent n'avoir perdu ni hommes, ni objets ; des faits qui ont précédé et suivi, ils ont également présenté deux écrits signés de leurs noms en lettres de leurs pays ; d'où il résulte que cette affaire est terminée depuis longtemps. »
<c Vous vous plaignez surtout du meurtre de l'un des vôtres et de l'incendie de vos propriétés, les grands officiers Thibétains répondent qu'il n'y a jamais eu dans leur pays des hommes capables de ces excès. »
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« Cependant nous avons ordonné de nouveau auxî nistres (ces mêmes officiers Thibétains) de bien prei leurs informations. »
« Comme nous désirons que vous ayez, sans délai, naissance de ce qui se passe, nous vous avons adi cette lettre. •
Les Missionnaires durent se retirer à Tassien-lou, une province limitrophe du royaume de L'hassa nistrée directement par la Chine bien qu'habitée par Thibétains. Ils y recueillirent leurs chrétiens chassés Bonga et des lieux environnants et continuèrent da leur refuge l'œuvre de la propagation de la foi. Un déc de la sacrée Congrégation de la propagande a distrait j missions du Su-tchuen et du Yunnam pour les conféf à la mission du Thibet, les territoires sur lesqa* s'exercent aujourd'hui leurs efforts apostoliques. La sion centrale fonde des établissements agricoles qui viennent autant de chrétiennetés.
La France qui, depuis 1870, évite toute complicatifl extérieure n'a point pris fait [et cause pour les missic naires du Thibet. Avant 1870, elle avait fait en Corée, suite de l'affreux massacre des missionnaires franc* dans cette presqu'île, une démonstration qui intimida instant la Chine et lui arracha quelques satisfactions j mais les événements de 1870 empêchèrent qu'il en résultât rien de durable.
Le Gouvernement chinois connaît nos revers et bos embarras et les rivalités des puissances étrangères; il ne nous redoute point et ce n'est pas sur nous qu'il compte pour un appui contre des Rebelles comme celui qu'il a obtenu de l'Angleterre en 1865-66 et plus tard de la Russie. Il continue, en ce qui nous concerne, sourdement sa politique d'éloignement des étrangers, soit pour éluder à l'intérieur l'application du traité de Tien-tsin. soit pour paralyser nos progrès dans TAnnam et au Tonkin. La Chine n'a point renoncé définitivement à ces deux provinces. En outre la situation du Tonkin, limitrophe à la fois de la province de Canton et du Yunnam où les Anglais voudraient dominer, gêne singulièrement ceux ci dans la poursuite de leurs desseins. La présence dans le Yannam thibétain de missionnaires français pouvant nous renseigner sur ce qui se passe de ce côté de la
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le, soit pour le commerce, soit pour la guerre, intait Anglais et Chinois. Aussi vers le milieu de l'an- 1888, tous leurs établissements ont été détruits avec mnivence mal déguisée du gouvernement impérial, conquête du Thibetpar le Christianisme ne peutser- £:que les intérêts politiques et commerciaux de TAnsrre dont le Gouvernement est en outre obligé de 1er satisfaction aux vœux de la Société Evangélique ,ondres. C'est de lui seul que peut venir une interktion efficace en faveur des Missions Chrétiennes, ies Anglais ont déjà essayé plusieurs fois de se mêler affaires du Thibet, soit à l'occasion des Bouddhistes, Jtime nous l'avons vu sous la Vice-Royauté de Lord *en Hastings, soit à l'occasion des Missionnaires calques, lis ont même commencé une instruction au sudes affaires de Bonga, sans doute pour faire admettre maintenant en principe et un jour exiger l'applica- >n au Thibet du traité de Tien-Tsin. Ils ont tout intérêt pénétrer avant que les Russes, qui peuvent y accéder l'Est, y aient pris une situation prépondérante, metnte pour l'Inde. Le jour où les circonstances le leur lettront, ils feront certainement ouvrir à leur comïrce cette vaste contrée riche métaux, en forêts et chutès d'eau. Alors s'établiront avec eux au Thibet dustrie, les habitudes et les besoins de la civilisation i entraîneront la cherté des aliments. Le travail et la tte pour l'existence s'imposeront à toute la population, i, en outre, sera transformée par l'immigration Euroenne et Chinoise. Ce sera la mort du Lamaïsme qui ne eut subsister qu'avec le régime économique et social ut à fait exceptionnel qui existe aujourd'hui. Ainsi que nous l'avons vu, on trouve dans le Bouddhisme hibétain la croyance à un dieu éternel l'Ur-Bouddha, la Trinité, puisque chaque Bouddha a un fils par émaation, et en même temps un sosie en dehors du monde es formes — à l'incarnation — à la rédemption- tous les «Bouddhas étant des rédempteurs — au paradis et au purgatoire — à la miséricorde infinie, renfermée soit dans le fcœur du Bouddha,soit dans celui de Kwanon, la personnification féminine d'Avalokiteswara dont le culte en Chine fet au Thibet ressemble à celui de la Vierge Marie — à ^'absolution des péchés par la foi, la confession et le
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ferme prtpos ; à leur rachat par des œuvres pies et dd dons.
On y trouve encore la musique, la sculpture et la p« ture dans le culte ; le célibat religieux ; la direction conscience ; la cérémonie du tuisol qui ressemble à la d'une messe ; les jeûnes, les processions, l'eau bénite les exorcismes ; le culte des saints et les litanies ; les traites spirituelles, le chapelet, les bénédictions donnée par les Lamas en étendant la main droite sur la tête de fidèles, l'office à deux chœurs, la psalmodie, Fencenso^ soutenu par des chaînes et pouvant s'ouvrir à volonté ; jusqu'aux ornements et costumes sacerdotaux du Cathc licisme, la crosse, la mitre, le chasuble, la dalmatiquc enfin la chape ou pluvial, que les hauts Lamas portent et voyage et lorsqu'ils accomplissent quelque cérémonie hors du temple.
Ces mille traits communs aux deux grandes religions Aryennes, ont été une mine inépuisable pour la polémique religieuse sur la question d'antériorité et d'origine.
11 eut été plus philosophique d'en conclure que les mêmes causes tant extérieures que psychologiques ont conduit le Thibet et l'Occident à des résultats semblables. Ce qui est certainement acquis, ce que les écrivains les plus opposés dans tout le reste, le père Hue, Koëppen, les frères Schagenweit, etc., s'accordent à dire, c'est que les Bouddhistes instruits se prétendent tous monothéistes et que les Lamas ont perdu une grande partie de leur prestige par la dissolution de leurs mœurs et l'accaparement de la richesse du pays.
Le Bouddhisme du Thibet, à part la métaphysique in* dienne sur la transmigration et le vide qu'à peine un très petit nombre de docteurs croient comprendre, ne diffère du Christianisme que par le règne des Lamas parasites; le peuple du Thibet, trop ignorant pour avoir des convictions bien fixes, et qui n'est point comme les Mahomé-
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tans, saisi par une idée très simple, est tout préparé à recevoir les croyances de l'Europe en même temps que son
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industrie, ses lumières et ses mœurs. On peut prévoir, du reste que l'Angleterre s'emparera de cette contrée d'abord par son commerce et son industrie, puis par une conquête pacifique ou armée. Cette conquête facile à faire et à conserver, puisque les Thibétains détestent te
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lui assurera la possession, sans augmentation de frais d'occupation, de tous les pays monta- Le long de la frontière de l'Inde: de la Chine, et le lire, le Sickhin, le Boutan, toute la région des layas.
>pulation de ces pays est vigoureuse et énergique et rait, au recrutement de l'armée Anglaise de l'Inde, iments suffisants en nombre et en qualité pour lui ï-ttre de lutter un jour sans désavantage contre la ce qui ne lui serait guère possible avec les Ciactuels levés dans les plaines de l'Inde. D'ailleurs Leterre ne peut, en raison du climat, qu'occuper actuelle militairement et administrativement, sans miser et par conséquent sans y prendre racine. Or >ire démontre qu'une telle situation prend toujours j$oit par la révolte des Indigènes, soit par une conte étrangère. Mais le haut pays ambiant au Nord et Tord Ouest qui, avec le Thibet, a une étendue plus ide^que la moitié de l'Europe, et une population clairie, est susceptible de recevoir de 10 à 50 millions de >ns, en grande partie Européens. Ce nombre ne pa« ra pas exagéré si Ton songe que le Cachemire, le ijab, le Nepaul, le Boutan, le Sickhin, Lagdag, la ré- Himmalayenne en grande partie, et la Birmanie aptiennent déjà à l'Angleterre et enfin que l'Afghanistan entre ses mains.
tAvec l'Inde, ces pays s'ils étaient peuplés pour la partie d'Européens, formeraient un Empire inattaquable.
Il suffirait d'ailleurs de quelques millions de colons Européens pour les transformer tout d'abord. Ainsi qu'on 'observe en Algérie, les conditions de la colonisation lans un pays qui possède déjà une population agricole iont tout autres que dans une contrée déserte ou à peu ?rès, comme les Etats-Unis. Le colon algérien trouve dans les ouvriers Indigènes des auxiliaires à bas prix qui le dispensent d'une grande partie de travaux manuels et lui laissent beaucoup de temps pour la direction intelligente. On a calculé en Algérie qu'avec un Européen pour cinq indigènes, le pays peut être bien tenu dans la main des Européens travaillant comme les cultivateurs aisés de France et que les Indigènes, dans ces conditions, «ont rat-
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tachés économiquement et politiquement à un ordre de choses qu'ils ne songent plus à troubler. Les Thibétains, comme les Arabes de l'Algérie, sont un peuple plutôt guerrier et chasseur que sédentaire. La proportion des indigènes substituer par rapport aux colons pourrait être bien plus forte s'il s'agissait de peuples plus fixes comme cem de la Haute- Asie, et de pacifiques Bouddhistes au lieu de Musulmans. Elle pourrait être tout ce que Ton voudrait, s il s'agissait d'émigrés chinois qu'on ferait venir soit comme coolies temporaires, soit mieux encore comme colon? définitifs. Bientôt le Gouvernement Chinois permettra» sans doute l'expatriation définitive des habitants des provinces affamées par la surabondance de la population ou par des sécheresses, la diffusion de la race chinoise devant servir singulièrement le commerce extérieur de la Chine. 6. Avec des Chinois et des Européens de toutes les parties de l'Europe, principalement des Irlandais auxquels elle ferait des avantages suffisants, l'Angleterre pourrait rapidement peupler toutes les contrées montagneuses de l'Asie qui entourent l'Inde et qui, pour la plupart, sont fertiles et d'un climat agréable ; on cite comme délicieux entre tous celui de la vallée de Caboul. C'est de cette manière que déjà aujourd'hui les Anglais s'étendent rapidement autour de Singapoor et dans la presqu'île de Malaca et qu'ils se proposent de s'établira Bornéo. Ils auront ainsi partout une population docile.
Ce résultat sera hâté considérablement par les croisements de races pour lesquels les peuples qui viennent d'être énumérés et les Anglais de basse classe euxmêmes n'éprouvent aucune répugnance. Déjà il s'est créé dans l'Inde une classe de métis Anglo-Hindous, les Eurasiens, assez nombreuse pour tenir une grande place dans les villes et diriger un grand nombre d'exploitations dans les campagnes. Elle a beaucoup des qualités de te race Anglaise et est très dévouée à l'Angleterre ! . Elle n'est point portée en général aux travaux manuels, mais
1 Elle est supérieure dans les provinces du Nord et du Nord-Ouest à sa similaire dans le Sud de l'Inde où les femmes de la Caste la plus infime sont les seules qui consentent à avoir des relations avec les Européens qui sont considérés comme impurs.
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n'est point, dans les circonstances exposées ci-des- [ un obstacle absolu à la colonisation. Elle supporte eurs tous les climats. La grande qualité de tous les r, c'est qu'ils forment immédiatement une populaacclimatée, tandis qu'il faut des siècles pour l'accliment des races immigrantes qui souvent même sent par disparaître. On doit considérer les peuples 'Occident comme pouvant améliorer par leur croiset ceux de l'Orient plutôt que comme devant les renier. A cet égard, il en est des hommes comme des taux, et on ne conteste par la supériorité des mulàsur les nègres.
,vec son sens pratique, l'Anglais reconnaîtra bientôt il lui faut entrer dans cette voie pour conserver le tre de l'Asie.
ujourd'hui le Thibet est complètement fermé par la ne, non seulement aux Missionnaires chrétiens, mais ore à tous les étrangers.
La Mantchourie, déjà envahie à peu près complètement V la population et la civilisation chinoises, partagera destinées politiques et religieuses de la Chine ; la soété des Missions étrangères y a un évêque et plusieurs êtres.
Quant à la Mongolie, elle n'est point, comme le Thibet. fermée aux étrangers, et les Missions étrangères y ont un arêque et des prêtres qui y font des progrès. Les Mongols sont méprisés des Chinois et même des tibétains, à cause de leur ignorance et de leur grossièreté, peut être à cause de cet air de bonhomie naturelle |ui les distingue des autres Asiatiques. Elisée Reclus Bous apprend qu'ils ont perdu leurs qualités guerrières, et que tout dernièrement ils ont fui devant de misérables cordes de Dzoungares. Mais cela peut n'avoir été que feffet d'une panique.
La Mongolie occidentale est musulmane et il s'y trouve encore beaucoup de tribus sauvages et guerrières qui ne sont point bouddhistes ; ces tribus et les Musulmans menacent constamment la Chine, tandis que les Mongols Orientaux qui confinent le Turkestan Russe sont tout disposés, par haine des Chinois, à se jeter dans les bras des Russes. Sans doute, dans un avenir qui n'est pas très éloigné, l'Empire Russe englobera toute la Mongolie qui
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lui fournira une bonne cavalerie ; alors, tout ce qui n'est point musulman ou catholique en Mongolie passera à la religion orthodoxe. Les missionnaires catholiques pensent qu'une nation Européenne qui ferait régner Tordre en Mongolie ou au Thibet, et qui y apporterait l'industrie, la civilisation et la lumière, amènerait facilement à sa religion le peuple fatigué des Lamas et déjà imbu de toutes les idées chrétiennes. Les Lamas qui ne trouveraient pas d'autres moyens de subsister se convertiraient probablement les premiers et deviendraient des prêtres ou du moins chrétiens. Toutefois, un certain nombre parmi les Bouddhistes instruits du Thibet pourront, par un sentiment pieux pour le Bouddha, conserver le Bouddhisme en le transformant en une philosophie spiritualiste ou religieuse fort élevée ; ce sera la morale et la charité avec Bouddha pour instituteur et modèle et le dieu personnel providence pour couronnement : une sorte de secte unitariste où le nom de Bouddha sera substitué à celui du Christ.
Il semble au premier abord que le monde chinois doive par sa force d'inertie et par sa masse (450 millions de Chinois) immobiliser encore pendant plusieurs siècle? tout ce qui l'entoure. Mais on oublie : que l'Angleterre compte plus de deux cent millions de sujets Asiatiques, de civilisation Aryenne ; que la Russie, a cent millions de citoyens ou sujets d'origine Aryenne, que les Etats-Unis suivent de près la Russie et que tous ces grands états possèdent des richesses agricoles et industrielles à peu près illimitées i . La population de la Chine est déjà très dense ; elle ne pourra augmenter qu'à la condition d'être entraînée dans le mouvement et le développement industriels des grandes nations Européennes ; et alors la civilisation de l'Occident régnera dans le monde entier.
La France (ou pour parler d'une manière plus générale» la race latine) ne peut jouer un rôle considérable quen Afrique. Il est fort désirable qu'elle s'y porte et quelle n'en soit point écartée. Quoiqu'il arrive à cet égard, elle doit voir d'un œil favorable les autres nations civiliser et
1 La population de la Russie double en cinquante ans; celle des Etats-Unis, plus rapidement, Quel.sera l'équilibre du monde au milieu du xx« siècle ?
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peupler les contrées qui sont hors de sa portée. Outre que ses sentiments humanitaires le lui commandent, elle en profitera dans une mesure assez large ; ce seront de nouveaux débouchés pour les vins de France et les articles de Paris. Ce seront de nouveaux parvenus de la fortune qu'attirera et souvent fixera Paris, la capitale intellectuelle du monde, die Weltstadt, comme l'appellent, même encore aujourd'hui, les Allemands.
On a dit que notre ambassadeur en Chine n'a point insisté pour obtenir satisfaction des violences commises à Bomba, parce qu'il a craint de fournir aux Anglais un motif ou un prétexte pour intervenir au Thibet. Si cela est vrai, nous pensons qu'il a fait fausse route, qu'il a suivi des errements étroits et surannés dont la France doit, plus que toute autre nation, désirer l'abandon dans les rapports internationaux.
Au reste l'expansion des Anglo-Saxons dans tout le monde, de même que celle de la France en Afrique, n'est point celle d'une seule nation ; on devrait l'appeler l'expansion des races Aryennes, En Algérie les Français sont presque en minorité par rapport aux autres résidents d'origine Européenne, et les Anglais aussi bien que les Américains reçoivent à bras ouverts tous les émigrants. On peut dire que les trois gouvernements, ont simplement dans le développement Européen une initial ive et une tutelle que les autres états ne pouvaient point prendre dans la même mesure. Cette situation leur impose des sacrifices considérables en hommes et en argent sans la certi tude d'une compensation, au moins pour la France. Les nations colonisatrices sont dans une voie providentielle, et on ne saurait assez louer le roi des Belges qui a pris une initiative généreuse et fait des efforts personnels considérables pour l'Afrique centrale, montrant à tous la route à suivre et un noble exemple à imiter.
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