‹ L'empire chinois: le Bouddhisme en Chine et au ThibetChapitre 38 sur 129 · Fête des spectres affamés K · texte numérisé non relu

Fête des spectres affamés K

UNIVERSITY OFVIRGINIA

migration des âmes et sur l'enfer en l'entant sur le eu» rendu de temps immémorial en Chine au\ mânes et ai) spectres au moyen d'offrandes d'aliments, de vêtement! etc. Ce qui le prouve, c'est que cette fête n'existe pas dai les autres pays bouddhistes. \

On admet que l'enfer est ouvert pendant le 7 e mois < que les Prêtas ou âmes affamées s'en échappent po« venir pendant tout le cours du mois se nourrir desoflra* des qui leur sont faites, se vêtir etc. Le jour de fête prt prement dit est le io. ,

Les habitants du quartier qui a un temple ou pagod dressent dans la rue, chacun devant la porte de sa mai son, une table autel sur laquelle ils placent au moins ui plat de légumes demi-cuit et, s'ils sont aisés, beaucou; de victuailles, même des viandes. Chaque plat est orn| d'une fleur et on y plante un bâton d'encens. Vers 1 soir, on fixe dans le seuil de la porte quelques bâton d'encens allumés.

Alors apparaissent trois ou cinq religieux bouddhiste: avec l'administrateur et les chefs du temple en habit d< cérémonie. Ce groupe accompagné de musiciens et d< porteurs de bannières et de lanternes s'avance processionnellement et s'arrête à chaque table. L'officiant principa place un bâton d'encens dans le cendrier de l'autel, in vite par quelques prières les esprits à prendre part à h nourriture exposée et récite un Tantra (formule magique^ pour multiplier à l'infini les mets offerts afin qu'ils servent à un nombre infini d'esprits. La procession s'avance ainsi jusqu'au temple. Dès qu'elle a dépassé une maison ses habitants se prosternent devant la table autel el jettent dans la flamme activée par la combustion de l'encens, le légume avec du riz et un grand nombre d'articles de vêtement; puis ils font une libation de vin et lancent des pétards qui éclatent devant la porte.

Les mets restent intacts sur la table autel le temps jugé suffisant pour que les esprits soient rassasiés, puis on les enlève, on les prépare et on les sert aux membres de la famille et aux amis invités qui les arrosent abondamment de vin de riz chaud. Ce joyeux repas est suivi de jeux, de représentations de comédies et de marionnettes.

Ces offrandes privées ne sont que la moindre partie de la fête ; la partie principale et commune à tout le quar-

Original from UNIVERSITY OFVIRGINIA

tier se célèbre devant le temple avec le produit des souscriptions des habitants.

On érige sur la place devant la pftgode ce que Ton appelle : Véchafaud pour les délaissés, sorte de table gigantesque, ornée de force banderoles et drapeaux et qui dépasse souvent le toit des maisons, On accumule dessus des mets de toute sorte achetés avec l'argent souscrit et une foule de dons volontaires. On l'illumine au moyen de torches et de lanternes et on plante des hâtons d'encens allumés dans tous les plats et tous les coins de la charpente. Des pyramides de mets innombrables et d'autres de sacs de riz ayant jusqu'à cinq mètre9 de hauteur forment au sommet de Téchafaud comme une montagne de comestibles. Dans l'après-midi, l'administrateur et les chefs de la pagode en habit de cérémonie font placer au sommet de cette montagne une poupée représentant la divinité qui dispense aux spectres les comestibles. Suivant la croyance générale, c'est Kouan Yin, la déesse de la grâce divine, qui a tout pouvoir pour délivrer les morts de l'enfer.

Le roi des ombres est représenté, quelquefois avec des dimensions colossales, en face de Téchafaud et tout près se trouvent les images de Yama et de ses deux acolytes. On leur offre à tous des mets et de l'encens, et l'on place aussi près d'eux pour les ombres des imitations en papier d'une foule d'objets de toute sorte.

Lorsque la procession qui a parcouru le quartier est arrivée sur la place, les officiants allument de l'encens sur l'autel du dieu de la pagode et devant Yama en faisant des génuflexions ; puis ils se rendent avec leur cortège au pied d'une tribune érigée en face du grand échataud et où a été préparée pour eux une table entourée de sièges dont l'un, destiné à l'officiant principal, commande Téchafaud. Sur la table sont disposés des chandeliers, des cierges, des bâtons d'encens, un petit tas de sapèques et des pêches en plâtre ou en argile.

Les officiants montent à la tribune et prennent place sur les sièpes ; puis, accompagnés par une musique très bruyante, ils chantent des tantras pour multiplier à Tinfini les comestibles et tous les objets offerts ; ensuite ils récitent des prières pour la délivrance des âmes qui ont encore à traverser quatre degrés de transmigration, et des

Original from UNIVERSITY OFVIRGINIA

litanies pour invoquer en leur faveur une foule de Boud-* dhas et de Boddhisattvas et surtout Kouan Yin. C'est la seule partie exclusivement bouddhique de la cérémonie.

Quand cette longue récitation est terminée, un des officiants jette dans Pair aux ombres errantes les sapéques déposés sur la table ; les enfants et les mendiants se précipitent pour les ramasser.

Les religieux font ensuite, de leur tribune, avec un rameau vert, des aspersions de Soma pour rafraîchir les ombres.

Gela fait, des coups frappés sur les gongs annoncent que l'alimentation des ombres est terminée et le spectacle changeant tout à coup devient une scène de pillage et d'incendie. On fait un grand feu avec les dieux et autres objets de papier qui ont figuré dans la cérémonie. La flamme atteint l'immense échafaud et s'élève successivement dans toutes ses parties en donnant au géant l'aspect le plus fantastique jusqu'à ce qu'il chancèle et s'écroule. Une cohue se jette sur les comestibles et les prend, pour ainsi dire d'assaut

Les groupes d'habitation qui n'ont point de pagode, n'en célèbrent pas moins la grande fête alimentaire. On y érige dans quelque endroit qui s'y prête Téchafaud des délaissés.

Le dernier jour du mois s'appelle: fermeture de l'enfer ; on y fait les mêmes offrandes que le jour de l'ouverture ; c'est le festin d'adieu offert aux ombres.

Les Bouddhistes ont importé ou se sont approprié en Chine le dieu de la Cuisine. 11 a des attributs et un culte semblables à ceux du dieu du foyer dans l'Inde et de ce même dieu ou des dieux pénates dans l'antiquité payenne. Il ne joue point cependant un rôle aussi considérable que ces derniers qui, avec le culte des morts, formaient primitivement toute la religion payenne ainsi que l'a fait ressortir M. Fuslel de Coulanges.

Quelques auteurs supposent que le dieu Indien du foyer

Page 1