‹ L'empire chinois: le Bouddhisme en Chine et au ThibetChapitre 42 sur 129 · CL · texte numérisé non relu

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1 On voit d'après tout cela qu'on a pu dire du Boudhisme que c'est un spiritualisme sans dieu — cela est naturel ; pour les Orientaux, tout est dans la tête oour les uns, dans les sens pour les autres. Ils ont de la morale, de la métaphysique et même de la charité sans cœur. C'est le cœur qui a besoin d'un dieu personnel, d'un dieu amour. C'est encore pour cela que ce qu'en appelle mysticisme dans le brahmanisme et le boudhisme diffère essentiellement du mysticisme chrétien.

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LTîcole qui enseigne la légende du guide s'appelle ; La secte de la terre (région) de la paix. Elle a toujours été pipai aire en Chine, et surtout au Japon, sous le nom de secte de la Terre pure. Dans les cimetières ordinaires du Japon, un grand nombre d'inscriptions portent que le ^ défont est mort avec l'espérance de parvenir à la terre de la paix. Il n'en est pas de même en Chine où le confu- ^2 cianisme a empêché le Bouddhisme d'imprégner le peuple dj aussi profondément Cï

Cependant en Chine, la procession funéraire porte beaucoup de traces de l'influence du Bouddhisme. Ainsi £C «la bannière de l'âme » que Ton porte devant le cercueil, a au sommet la fleur de lothus et au dessous trois bandes d'étoffe dont celle du milieu porte les mots : pan-yi, qui i„ signifient la croyance au départ de l'âme pour le paradis c: d'Occident. Le portrait du mort est porté à côté dans ce y qu'on appelle le tso-ting. Au dessous du portrait est une tablette à adoration- A droite, il y a une autre bannière appelée Ming-tsing sur laquelle sont rappelés les titres du défunt. Une sorte de baldaquin qui porte le portrait est bouddhiste. On y trouve le siège sur lequel le religieux bouddhiste se tient les jambes croisées pendant sa vie, et sur lequel on le pose dans la même attitude après sa mort. Cinq bonzes et 5 religieux thaouïstes lisent des prières sur les tombeaux des personnes de rang ou de fortune. Les tithurgies qu'on lit sont : le cœur classique, et la lithurgie pour guider le cercueil jusqu'à la tombe 1 » Outre que le Nirvana trop lointain et trop abstrait pour la foi populaire a été remplacé par le paradis du ciel d'Occident, la doctrine de la personnalité des fautes et de la punition inhérente aux actes, sans compensation ni compromis, qui était l'essence du bouddhisme primitif, cède à un système dans lequel les péchés peuvent être

rachetés non seulement par le repentir, mais encore pm les mérites d'autrui. Ce système est enseigné dans le m tsang Sutra, qui prête à Cakyamouni le récit suivants Une jeune Brahmine sachant que sa mère étal condamnée à l'enfer Àvitchi s'en alla au temple invoqua le secours d'un ancien Bouddha auquel il était consacré, m ses offrandes et prières une voix répondit ; qu'elle dey» se tenir à la maison et méditer sur le nom de ce Bouddha Ce faisant, elle tomba dans un état de profonde rêve™ et se trouva sur le rivage d'un océan sur lequel volaien ou marchaient un grand nombre de carnassiers avec d« corps en fer. Des multitudes de misérables des deux sexèl nageaient à la surface constamment mordus par ces anm maux féroces : La jeune fille soutenue par le pouvoir dm Bouddha ne s'effraya pas. Un roi des démons lui appr avec bonté qu'elle était arrivée à la grande montagne <f fer qui enceint le monde. J'ai entendu dire, dit la jeun fille, que le monde est ici, comment puis-je y arriver] Seulement par la spiritualité et par le mérite acquis pa soi même. — Et quels sont les criminels qui souffrent daa cette mer ? Ce sont les habitants coupables du Djarab budjiva (notre monde) morts récemment. Au bout d vingt quatre jours, si personne n'accomplit pour eiq d'actes méritoires, ils sont d'abord transportés dans oi lieu. A l'Est il y a deux autres mers de souffrance où lej tourments sont encore plus grands. Mais où est l'enfer 1 R. Dans ces trois mers, il y a plusieurs milliers de priJ sons, mais seulement dix-huit très grandes — ma mèra vient de mourir, où est maintenant son âme? Le démoa bienveillant lui demanda alors ? « ô Bodhisattva, quel genre de vie votre mère a-t-elle mené ? R. Ma mère avan des opinions hérétiques ; elle médisait et se moquait des trois joyaux. Elle était alternativement croyante é| incrédule. — Comment s'appelait-elle ? Mon père et ma mère étaient de la Caste des Brahmes ; ils s'appelaient Shira et Yetiti — alors le démon élevant respectueuse* ment vers la Bodhisattva ses mains jointes lui dit 1 : jeun* sainte, retourne dans ta demeure et bannis toute in*

1 Dans les lois de Manou, certains actes sauvent ou perdent les ascendants de celui qui en est l'auteur.

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quiétude. Il y a déjà trois jours que Yetiti est née de nouveau dans le Paradis, La piété filiale qui t'a donné tant de courage pour sauver ta mère, et ta dévotion pour un ancien Bouddha suffisent non seulement pour préser- Ter ta mère de l'enfer, mais encore pour faire monter au ciel d'innombrables pécheurs. La jeune fille s'éveilla alors comme d'un songe. Elle se rendit près de la statue de l'Ancien Bouddha et fit vœu d'accomplir pendant des Kalpas sans nombre des actes méritoires afin de libérer des souffrances de l'enfer des multitudes d'êtres vivants.

Ce nouveau dogme du Bouddhisme n'a point la rigueur rationnelle du dogme primitif, mais il est consolant et il donne satisfaction aux sentiments altruistes en leur permettant de s'exercer jusque par de là la tombe ; il devait naître nécessairement dans une religion qui reposait sur la miséricorde au moins autant que sur la justice. Tout le développement du Bouddhisme a consisté dans le triomphe de plus en plus complet de l'élément miséricorde et honté, le seul que Bouddha ait introduit dans l'Hindouisme, sur l'élément justice absolue qui était le principe théorique du brahmanisme, bien qu'il fût singulièrement faussé dans l'application pour des buts intéressés et dans un sens contraire à la bonté. Du moment où l'on détruisait l'inertie du Nirvana et où l'on admettait que les Bouddhas et Bodhisattvas (qui n'étaient après tout que des hommes canonisés) revenaient dans ce monde pour travailler au bien des vivants, on était conduit à croire que les vivants pouvaient, par leur sainteté, travailler pour lé bien des décédés. C'était toujours le sentiment altruiste reliant à travers la tombe les vivants et les morts ; seulement Tordre était renversé. Remarquons que cette doctrine de miséricorde est, dans son ensemble, exactement le contraire du démonisme primitif et de l'animisme qui supposaient que les spectres venaient tourmenter les vivants et qu'il fallait les apaiser par des sacrifices. Le démonisme, c'était la terreur, la croyance à l'empire du mal ; le bouddhisme développé c'était l'espérance, la croyance au triomphe du bien. Ce dernier caractère est commun du reste à toutes les religions qui ont remplacé le Démonisme primitif, en Chine et dans l'Iran, comme dans l'Inde. C'est la phase où l'humanité, échappant de plus en plus à la crainte de périls et de fléaux incessants,

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et dominant la nature par l'intelligence, poursuit le heur en deçà et au delà de la tombe par la sympat par l'amour récipropre. Dans cette phase, on trouve tout, sauf chez les Sémites, la croyance populaire à 1^ cacité des prières et des offrandes des vivants poui morts et à l'intervention des morts en faveur des viva Le Bouddhisme en a imprégné la Chine, malgré le pc visme de celle-ci, tellement que, sur ce point particul le catholicisme n'y rencontre ni répulsion, ni object sauf de la part des lettrés.

On peut en dire autant d'un autre point fort délicat] Europe, la direction de conscience. En Chine comme) Thibet, le gourou dont nous connaissons l'origine bi manique, est tenu en haute estime pour donner la bol éducation et comme directeur spirituel. Les Bouddhisl qui admettent la confession, l'ont mise si fort en lu neur que toute personne qui le peut se paie le luxe gourou. Nous avons vu . ci-dessus qu'une des sectes plus populaires de la Chine et du Japon est celle qui seigne la légende du Guide ou Gourou qui conduit hommes au ciel d'Occident.

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