‹ L'empire chinois: le Bouddhisme en Chine et au ThibetChapitre 8 sur 129 · La famille · texte numérisé non relu

La famille

Original from UNIVERSITY OFVIRGINIA

famille surpris en adultère, furent murés ensemble dans dans un tumulus en pierre en exécution d'une sentence de ce genre.

On frémit en pensant au nombre d'erreurs et d'injustices possibles dans des jugements entourés d'aussi peu de garanties. Mais qu'importe au gouvernement ? Il se décharge ainsi sur les familles, les associations et les communautés, de tous les soins, de toutes les responsabilités qui n'intéressent pas directement sa propre conservation.

La famille Chinoise peut être assimilée à une société civile en participation ; tous ses membres doivent vivre en communauté et se prêter assistance. En cas de désaccord, la loi autorise le partage des biens de la communauté par égalité entre les mâles, à l'exclusion des femmes.

Chaque famille a ses statuts réglant les coutumes. Tous les biens de la famille y sont inscrits avec leur affectation respective. Ainsi le produit de telle terre est consacré aux pensions à donner aux vieillards, celui de telle autre aux primes à accorder au jeunes gens après leurs examens. Les frais 4e l'éducation des enfants, les donations aux filles mariées et toutes les autres dépenses, pour des exigences prévues, sont prises et inscrites sur le revenu.

Les statuts définissent les devoirs et même fixent les punitions à infliger pour des fautes compromettant la fortune ou l'honneur de la famille.

La famille participe à l'élévation ou à l'abaissement de ses membres. Ainsi la femme jouit de tous les privilèges accordés à son mari, même de celui dé porter l'uniforme de son rang. Qu'un fonctionnaire public reçoive un titre ou une distinction conférant une sorte ou degré de noblesse, ses parents sont anoblis au même degré, mais cette sorte d'annoblissement qui tient au rang ne se transmet point aux descendants.

Un titre héréditaire ne s'accorde que très rarement et seulement pour deux ou quatre générations comme récompense de services éminents, par exemple d une victoire. Le seul privilège qui y soit attaché est de ne pouvoir point être poursuivi en justice sans un ordre de l'Empereur. Mais le titre ne donne aucune influence s'il n'est soutenu par le mérite personnel. Il n'existe donc point en Chine ce que nous appelons : La noblesse. -

Toute l'autorité publique affecte de reposer sur les sen-

Original from UNIVERSITY OFVIRGINIA

timénts et le modèle de la famille. L'empereur et tous les fonctionnaires s'appellent les père et mère des sujets. La justice s'administre au nom de la piété filiale ; le plus grand crime est l'impiété; ce dogme est universel de toute antiquité en Chine, — l'impiété est le manquement aux devoirs de famille, — Mais imposés avec tant de rigueur, ces devoirs constituent une tyrannie qui exclut la tendresse et même l'humanité. Pour avoir frappé un parent plus âgé, la peine est la mort ; pour le parricide, c'est le supplice des cent couteaux. La loi punit très sévèrement le manquement aux rites sur le deuil et sur les cérémonies des funérailles qui sont ruineuses. Elle donne tout pouvoir et permet tout au père sur ses enfants ; l'épouse peut frapper impunément les secondes femmes même mortellement, pourvu que la mort n'ait pas lieu dans la journée. Mais comme elle-même peut être maltraitée sans limites par son mari et même être vendue par lui à un autre pour être sa femme, mais non son esclave, elle se trouve en réalité dans la maison sans autre pouvoir que celui de se livrer par désespoir à un acte de violence. Dans les classes inférieures, quand elle n'est plus jeune et qu'elle n'a pas de fils le mari en prend une autre dont elle devient la servante, exactement comme chez les Arabes en Algérie.

Toutefois l'éducation qui enseigne l'union entre les époux (et surtout entre les frères), et la mansuétude générale des mœurs font que, dans la plupart des provinces, les Chinois ne sont point trop mauvais maris bien que les gens du peuple croient de leur dignité de passer pour des maîtres rudes.

11 n'y a que les Bouddhistes qui épousent des veuves. Même encore aujourd'hui nombre de femmes se font un point d'honneur de suivre leur mari dans la tombe, soutenues ou non par l'approbation publique. Elles mettent fin à leurs jours par le poison, la faim, la noyade et surtout la corde 4 , En 1859 des milliers de femmes se suicidèrent pour ne point tomber aux mains des anglo-français qui furent très brutaux.

* L'empereur Chitsoung promulgua en 1729 un édit notifiant qu'à l'avenir il refuserait sa sanction (autrefois toujours accordée) à l'érection de tablettes et d'arcs de triomphe en l'honneur des veuves suicidées.

Original from UNIVERSITY OFVIRGINIA

On voit en Chine, en dehors et près des villes un grand nombre d'arcs de triomphe, élevés en l'honneur de vierges ou de femmes vertueuses (Père Hue). Les Chinois attachent donc du prix à la pureté virginale, tout en condamnant le célibat.

Le sentiment de la perpétuité et de l'indissolubilité du mariage est profondément enraciné dans la conscience des masses. Cependant la femme légalement ne compte pour rien. Elle est mineure à toute époque de sa vie. Veuve elle est sous la tutelle de son fils aîné qui toutefois, obéissant au principe de la piété filiale, l'entoure de beaucoup de respect. Elle n'hérite pas, elle appartient à son mari qui l'achète quelquefois très cher, elle ne mange point avec son mari et ses fils ; elle ne parle point à son mari en public. C'est à cause du prix qu'elle coûte et des fils qu'elle donne à son mari et qu'elle élève qu'elle est l'objet de soins plus ou moins grands suivant sa position sociale ; la femme du commun, quand elle rencontre un homme de sa connaissance, doit lui tourner le dos par respect 4 .

La femme riche, sauf dans quelques occasions où elle partage les honneurs dus au rang de son mari, ne parait au dehors que pour aller de temps en temps à la pagode et pour rendre des visites à ses amies. Son occupation et sa recommandation principale, sont les soins qu'elle donne à l'éducation de ses enfants, surtout à ses fils, auxquels elle doit inspirer les vertus et inculquer les principes de la civilisation chinoise. Elle peut étudier, dessiner, lire, faire des vers, etc. Elle est traitée avec un respect extérieur ; un homme qui compte ne maltraite pas sa femme, il serait deshonoré. Il la consulte même pour ses affaires et les décisions de famille si elle est intelligente. Mais il y a la jalousie, les secondes femmes, etc.

La femme pauvre travaille à la maison ou aux champs, et pour qu'elle puisse le faire, on ne lui estropie point les pieds dans son enfance. Elle a ainsi plus de liberté et est réellement moins malheureuse que la grande dame. C'est chez les fumeurs d'opium que sa condition est la plus triste. Beaucoup de leurs femmes se suicident de désespoir.

1 Cet usage existe aussi dans Tinde, je l'ai observé à Pondichéry.

Original from UNIVERSITY OFVIRGINIA

Chez les Bouddhistes aisés qui sont généralement assez pieux, la femme est sur le même pied que chez les chrétiens.

Les Chinois sont très indélicats dans leurs rapports avec les femmes. Dénués de tout scrupule, ils ont toutes facilités et beaucoup d'habileté pour satisfaire leurs mauvais penchants, 11 n y a point de mœurs dans le peuple ; on ne trouve d'exception que dans les familles des campagnes éloignées des grandes villes, familles où Ton rencontre souvent autant et quelquefois plus d'intelligence que chez nous dans les mêmes situations.

La Polygamie n'est tolérée que pour l'Empereur, les princes et les Mandarins; elle n'est légale pour les autres hommes que dans le cas où une femme arrivée à 40 ans n'a pu donner d'héritier à son époux.

Le livre des Rites punit le concubinage de cent coups de bambou. Si un homme renvoie induement sa femme légale ; il doit la reprendre et recevoir quatre vingt coujjs de bambou. Pour la récidive la peine est doublée. Mais ces dispositions ne protègent la femme légale qu'en apparence, parce que le code Chinois n'interdit point les secondes femmes. Les Chinois en ont toujours le plus qu'ils peuvent ; cependant, en principe, cela ne leur est permis que dans des circonstances déterminées et avec l'agrément de la femme légale. Elles sont prises en général dans la classe pauvre ou parmi des parents nécessiteux. Les enfants de la seconde femme sont considérés comme étant ceux de la femme légitime si celle-ci n'en a pas. En cas contraire, ils ont autant de droits que ceux de la première femme.

Sauf chez les Bouddhistes fervens, on ne demande jamais le consentement de la femme pour le mariage ; tout se règle entre les parents sans que les intéressés soient consultés.

Le divorce est autorisé par la loi :

1° En cas d'adultère (dans ce cas en général le mari tue sa femme ; la loi édicté la mort).

2° En cas d'injure grave envers les parents du mari ;

3° Si la femme est stérile ;

Malgré cela, le divorce est condamné par l'usage ; La femme divorcée perd le droit d'élever ses enfants et toute situation sociale. Le mari que sa femme ne gêne

nnn | p Original fronn

,uu ô lL UNIVERSITY OFVIRGINIA

nullement la conserve pour éviter le scandale. Tous deux ont intérêt à ne pas divorcer.

Un grand nombre de filles sont vendues par leurs parents (et quelques femmes par leurs maris) comme esclaves ; mais cet esclavage n'est que temporaire, puisque le propriétaire est obligé de leur trouver un mari dont elles suivent la condition.

L'infanticide des filles est commun dans le Fo-kien et dans plusieurs des districts surpeuplés des environs d'Amoï, à cause de la misère des parents. Les mandarins le tolèrent tout en le blâmant dans leurs proclamations.

L'exposition des enfants devant les asiles est une pratique fréquente chez les Chinois pauvres de certaines provinces; des voyageurs l'ont, à tort, crue générale, ayant été trompés par la vue de nombreux cadavres d'enfants charriés par les fleuves qui servent de sépulture, mais non de tombeau, aux enfants des pauvres, comme aux esclaves et à tous ceux auxquels on est dispensé de faire des funérailles.

Toutefois l'exposition des enfants est punie par la loi lorsque l'enfant meurt et que les parents sont connus ; en outre l'Etat, et des personnes charitables ont institué des asiles où l'on reçoit les enfants nouveaux-nés des pauvres. Certaines familles pauvres vendent leurs enfants aux missionnaires sachant qu'ils seront mieux soignés par l'œuvre de la Sainte-Enfance que dans les asiles publics.

On peut juger par leurs proverbes du cas que les Chinois font des femmes et de ce qu'est chez eux l'esprit de famille : « Le frère aîné et le frère cadet sont comme les mains ou les pieds (de l'homme), l'épouse comme son vêtement. Si le vêtement est déchiré, on peut le remplacer par un autre. Mais si la main et le pied sont brisés, il est difficile de les remettre. »

« Si la discorde se met dans les familles, c'est d'ordinaire la femme qui en est la cause. »

Il n'y a point de castes en Chine et l'esclavage y est fort doux ; tous les historiens et les voyageurs s'accordent à reconnaître que nulle part les esclaves n'ont été traités

Page 1