Etat social
Original from UNIVERSITY OFVIRGINIA
d'une manière plus humaine et plus paternelle. Cela tient sans doute à la facilité avec laquelle l'homme du peuple passe de la servitude à la liberté et inversement. Le régime social de la Chine c'est l'égalité de tous, fonctionnaires et administrés dans l'obéissance passive au pouvoir politique et social représenté par l'Empereur. La mesure de chacun f c'est son utilité. 11 n'y a d'autre supériorité que celle résultant des services rendus ou plutôt de la capacité d'en rendre à l'Etat. Cette capacité est toujours constatée par des examens et des concours ou par des succès administratifs. L'obéissance repose uniquement sur la terreur et le châtiment, et les agents du pouvoir sont plus que tous les autres sujets, en butte à son inquisition et à ses sévérités toujours cruelles et souvent imméritées. Si un grand crime se commet dans une localité, le chef de cette localité est disgracié et ses supérieurs hiérarchiques sont punis ou réprimandés par le conseil de Pékin. Ils n'échappent à ce traitement qu'en faisant périr le coupable dans sa prison d'une mort qu'ils attribuent à un suicide. Cela les dispense d'informer l'Empereur pour lui demander l'exécution de la sentence capitale, comme c'est la règle.
On peut dire que la suspicion et la pénalité régnent en Chine à tous les degrés de l'Echelle sociale. L'Empereur lui même n'échappe pas à cette loi ; il est pour ainsi dire de droit public qu'il est responsable de tout ce qui arrive, qu'il sera enterré hors du sépulcre de la famille s'il laisse amoindrir le territoire, et que la révolte est permise contre un tyran.
Sous cette réserve platonique, la soumission hiérarchique est une religion; l'étiquette un culte. Une révérence manquée, une préséance violée sont des crimes.
Il n'y a aucune hérédité, ni pour les titres, (sont l'exception insignifiante signalée plus haut), ni pour les rangs et les places, ni même pour une possession certaine des terres. Le grand nombre des enfants des riches, fruit de la polygamie, ne permet point la constitution de familles opulentes par la transmission des biens, ni la formation d'une élite sociale. Les Economistes Chinois sont opposés au luxe et aux grandes fortunes, en vertu de ce principe étroit que la richesse de quelques privilégiés entraîne la pauvreté du plus grand nombre. Le seul corps
Original from UNIVERSITY OFVIRGINIA
constitué est celui des mandarins et des lettrés qui se recrutent et avancent uniquement par des examens. On ne saurait citer la Chine comme un heureux exemple en faveur de ce mode de promotion. On peut penser toutefois que la faute n'est pas au système en lui-même, mais à la race inférieure à laquelle il est appliqué.
Les terres sont la propriété de l'Etat qui les distribue entre les cultivateurs pour qu'ils puissent à la fois gagner leur subsistance et remplir le trésor public. C'est sur la loi qui règle les rapports entre les cultivateurs et l'Etat qu'ont roulé toutes les révolutions de la Chine. La base de la famille a maintenu jusqu'aujourd'hui l'autonomie communale.
Toute la pénalité légale est évaluée en coups de bambou jusqu'à 250 coups. Dix coups constituent le premier degré de punition. Au-delà de 150 coups, on remplace 50 coups par un an de bannissement. Au-delà de 250 coups, soit 150 coups et deux ans de bannissement, c'est la cangue, l'esclavage la décollation et enfin la mort lente et cruelle.
Les prisons sont des réduits infects, les geôliers choisis souvent parmi d'anciens criminels, sont les bourreaux des prisonniers ; quelquefois même ils concourent aux exécutions(voir la relation de la captivité de Ms r .Ridel en Corée). Les prisonniers, s'ils ne sont pas nourris par leurs proches ou par des sociétés de bienfaisance risquent de mourir de faim. Les bourreaux abrègent ou aggravent les souffrances des exécutions suivant qu'ils sont ou non payés par les familles des patients*
Les principes sur lesquels repose la pénalité légale sont inhumains et surannés malgré leur sagesse apparente.
En tête du code de Gialong (1812) on lit: « Châtier afin de n'avoir plus à châtier ; établir des peines dans le but de n'avoir plus besoin de peines. »
Dans ce dernier but, on a fait le châtiment atroce afin qu'il servît d'épouvantail.
D'après le Chou king de Confucius :
1° Les lois seules peuvent fixer les peines ; le juge ne