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Kn 1362, nouvelles instances de l'empereur; cette fois Pétrarque n'y tient plus : « Vous avez vaincu, ô César ! votre bénignité a fait disparaître les périls d'un long voyage, et les hésitations d'un esprit qui vieillit. J'attendais , je différais, je me disais en moi-même : il oubliera sans doute et ses ordres et ma promesse... Mais comment fermer l'oreille à la voix de l'empereur , qui m'appelle pour la troisième fois !... Vous m'appelez de nouveau, je pars. Puissé-je vous trouver prêt à visiter le pays qui vous invoque sans relâche ! N'oubliez, ô César ! ni votre gloire ni votre Italie, ni l'Empire. »
Pétrarque quitta en effet Milan (11 mai 1362), et se dirigea vers l'Allemagne. Vainement Boccace lui reprochait ce départ, « comme s'il voulait traîner à sa suite les Muses chez les Sarmates. » — « Refuser ma présence à l'empereur, répondait le poète, ne serait-ce pas orgueil et rébellion, plus encore, une sorte de sacrilège (1)? »
Les aventuriers tenaient la campagne et infestaient les routes. Pétrarque s'embarque sur le Pô . et arrive à Padoue ; mais là de graves nouvelles parviennent au poète. Le roi de Naples venait de mourir; Innocent VI était atteint d'une maladie mortelle. L'attente d'événements considérables, surtout l'éventualité d'un prochain conclave retinrent sur le sol italien celui qui allait être la voix dr l'Italie redemandant au nouveau pontife le rétablissement du Saint-Siège dans la ville éternelle.
Mais si Pétrarque abandonne son projet de voyage en Allemagne, il ne renonce pas à rappeler à Charles IV le rôle que créait à l empereur l'illusion de son patriotisme, et à lui redemander la résurrection de la grandeur italienne : « Je crains , lui écrit-il de Venise, où il a cherché un refuge contre les agitations de la terre ferme, je crains que de si fréquentes obsessions no paraissent ou orgueil ou démence. Je parle cependant; mais ma voix fatiguée s'échappe à peine de mes lèvres ; ma langue se glace, ma plume s arrête : tant de prières rejetées, tant de supplications méprisées, tant de soupirs poussés en vain ! Mon cœur seul peut parler encore.
(1) • Osari nostro brevem mei prxscntiam denegasse, non saperbis modo sert r*hellationis aut sacrilegii cujusdam viderctur {Seuil.. 1. I, ep 4». *
Tu réécouteras, bien qu'épuisé et presque mort . car c'est lorsque je parais nie taire, que rua voix s élève plus haut, que je l'appelle nuit et jour, que je te supplie, que je t implore. » — « Faligué de drières, continue en termes passionnés et bizarres l'adorateur de César, l'amant murmure à peine le nom de l'objet aimé. Pour nous il reste une seule chose : t'olfrir le cuite muet qu'on offre à une divinité , mais à une divinité qui nous est contraire et qui ne prend point souci de nos malheurs. Otoi, glorieux César! reçois nos importunités d'une oreille clémente et d'un esprit plus clément encore; ne t'irrite point contre ceux qui t'invoquent : grand et doux est le nom de César ; il est redoutable aux peuples et aux rois, mais pour nous de plus, il est salutaire. Souffre que nos lèvres en savourent la douceur... 0 César! ton Italie t'appelle, et elle l'appelle avec des cris si ardents , qu'ils toucheraient, je ne dis pas son prince, mais les rois des pays les plus reculés de l'Inde. Elle l'appelle, dis-je, ton Italie : César, César, mon César, où es-tu? Pourquoi m'abandonner? Certes, si je n'étais enchaîné par une double mer, et retenu par les Alpes, depuis longtemps j'aurai volé vers mon César, au-delà du Danube (Ides de mars, 1363) (1). »
Quelques mois après avoir écrit cette lettre de politique élégiaque, et toujours poussé par les mêmes espérances , Pétrarque adressait pour la dernière fois à Charles IV l'expression de ses vœux : « Lèveloi, ô César! sous les auspices du Dieu qui ne ta pas en vain confié son Empire ; lève-toi , et tandis que tu le peux , accomplis la noble mission différée trop tongtemps , avec cette vigueur qui arrache le succès. Une issue magnanime fera oublier la torpeur du début.... Écoute-moi , César, poursuit le poète , se faisant auprès de l'empereur l'interprète des desseins d'en haut, moichétif, moi zélé pour
(1) « Hoc unnin saperest, ut te in animo habcarous numinis instar, sed adversi et nostras miscrias non curantis.... Claruni ac suave nomen est Ca?sar.... Sine illud in ore noslro dukeseerc... Tua te, Osar, Italia vocal. Idque tantis clamoribus ut non principeru modo suum sed Indorum reges ultimes sint moluri.... Ccrtè ego, nisi immobiles forem, et dextra hevaque mari gemino, a tergo autem Alpibus circumsepta , ipsa jampridem meuu Ca*sarem longé trans Dannbium petiissero (FamiL, I. XXIII, cp. 15). »
ta gloire. De toutes tes richesses et des splendeurs de l'Empire, un jour il ne te restera rien , rieu que ce qu'en vivant bien tu auras conquis pour la vie éternelle de l'àme et pour l'immortalité de ton nom. Mais peut-il bien vivre celui qui néglige les grandes choses pour lesquelles seulement il est né? Tu es né pour l'Empire, tâche sublime; accomplis-la avec fidélité... Que la grandeur de l'entreprise ne t'effraie pas. Il n'est rien que ne puisse la majesté de 1 Empire soutenue par la Providence, appuyée sur sa justice. Oue si le Ciel te refusait le triomphe de tes desseins, mieux vaut mourir dans un glorieux effort que dans un lâche repos : là fut la grandeur de tes aïeux de divine mémoire (1).
Maintenant, dit en terminant Pétrarque, maintenant comme toujours , tout entier à la vérité et non à la flatterie , j'ai dit ce dont mon cœur était plein. »
(1) ■ Sollicitum aesperantem... ecunctis opibus tuisatqueimperii nil tibi supererit, nisi quantum ad aeternam anima? vitam, et norainis iraraorlalem gloriam benà vivendo quscsieris. Bcné autem vivere non potest qui ad quod unum et summum et maximum natus est negligit. Ta ad imperium natos es, amplum excelsumque opus. Illud age ûdeliter, benè si vixisse vis viderl... Illud aggredere, nec te rei terreat magnitudo. Nîhil est quod imperii maj*stas.... non possit. Quod si forsan negatos Ubi cœlitus rcrura finis, tamen glorioso in aetu quam in quietc languida mori multo meliùs multoquc fcliciùs opinor. Et hoc est quod div.-e merooria? avis tais gloriosum fuik Eccc Ca>sar, et nunc et saepe olim non blanditiis sed vero studens dixi anxic quod in animo meo fuit. Quod ne frustra dixerim, Deum precor, et te. Vale decus et gaudium et spesnostra (Ep. 21,1. XXIII, mss.). •