‹ L'empire de MaximilienChapitre 12 sur 61 · Qui avait fait sa soumission en même temps que Quiroga · texte numérisé non relu

Qui avait fait sa soumission en même temps que Quiroga

— Qu'il en parlerait à Votre Majesté.

— Dans ce cas, je lui en parlerai aussi, fut ma réponse. Si ce n'est qu'une phrase de ces messieurs, il faut laisser

tomber la chose...

... Ce que je combats, c'est qu'ils voyageut en ma société sans que je les connaisse ni les aie invités...

Elle partit sans eux.

Le voyage lui parut charmant, si charmant que, cédant au plaisir de le conter, elle en a écrit le récit, — imprimé à vingt-cinq exemplaires seulement. — Il renferme de bien jolies pages, comme on va en juger :

Le 24 octobre, nous quittâmes Mexico à six heures du matin, par une journée radieuse. Le soleil commençait à abattre, de la cime des montagnes dans les vallées, le brouillard amoncelé en nuages blancs, lorsque, à Santa-Fé, hameau qui domine Mexico, nous échangeâmes la voiture contre le cheval. Le maréchal Razaine, qui avait désiré nous accompagner, nous attendait là avec son état-major, revêtu de burnous blancs et de coifi'es flottantes. A'ous cheminâmes toujours en gravissant, jusqu'au Monte-de-las-Cruces, célèbre par une grande victoire remportée par le curé Hidalgo sur les Espagnols le 30 octobre 1810. Au village de Cuajimalpa, il y eut discours avec accompagnement d'Indiens portant des mouchoirs de couleur arborés à l'extrémité de longs bambous, et poussant des hourrahs enthousiastes.

Vers une heure, nous arrivâmes au Llano de San-Lazaro, admirable vallée, bordée, comme celles des Alpes, de tapis fleuris et de grands sapins verdoyants; un ruisseau d'eau vive la traverse. Un chasseur d'Afrique, eu vigie, était immobile sur son cheval, comme une statue, sur l'une des hauteurs. Il y avait là, en effet, les tentes blanches d'un camp français improvisé. Au milieu s'en dressait une un peu plus grande, ornée des drapeaux tricolores de la France

et du Mexique, où le maréchal avait voulu nous donner à déjeuner avec son quartier-général. Nous nous mîmes à table par un air et un calme délicieux. Chevaux et mulets, reposaient sur l'herbe; les soldats et les ofliciers, les uns conchés, les autres debout, avec le bleu et rouge éclatants de leurs uniformes, le blanc éblouissant de leurs couvrenuques, faisaient un effet souverainement pittoresque. Le silence de la nature n'était troublé que par le pas des sentinelles que l'on relevait, celui des chevaux qu'on abreuvait à la rivière, et ce murmure confus de paroles et d'ordres donnés à haute voix qui anime toujours un camp.

Le pays que naus traversâmes ensuite ressemblait un peu au Tyrol méridional : mêmes forêts verdoyantes, mêmes gros bouquets d'arbres entrecoupés de champs de maïs ; toutes les plus rares espèces de pins, montezuma, mexicains, y étaient représentées; et ce qu'il y a de plus caractéristique, c'est que, dans ce pays, la végétation change constamment d'aspect. Jamais les mêmes arbustes ne se succèdent sur un espace étendu. Les fleurs sont jaunes, roses, de toutes couleurs, entremêlées de sauges rouges, telles qu'on les cultive en Europe.

A deux lieues de Lerma, où nous devions coucher, grand nombre de cavaliers vinrent au devant de nous, comme c'est la coutume du pays, et nous accompagnèrent jusqu'aux portes de la ville.

De Lerma, elle se rendit à Toluca, où elle rejoignit Maximilien, et tous deux reprirent la route de Mexico. Avant d'y entrer, ils s'arrêtèrent encore une fois au camp de Cuajimalpa.

Le maréchal, qui nous y attendait de nouveau, nous invita à passer la nuit au camp qu'il avait installé sur une grande pelouse d'où l'on découvrait un panoi'ama admirable. A notre droite s'étendait une immense forêt; en face, les lacs,

les montagnes et (Mexico, noj^és dans les rayons du soleil couchant. C'était grandiose et presque oriental.

Sur la partie plane de cette colline se dressaient nos deux tentes, avec un étendard impérial mexicain au milieu. Deux compagnies de zouaves faisaient le service du camp. Les lentes de l'état-major étaient, plus loin, groupées autour de celle du maréchal, une tente ronde prise à la bataille d'Isly. Quelques zouaves, montés, comme des chats, sur les arbres de la forêt, abattaient des branches pour servir de torches à la retraite et alimenter les feux de la grand'garde, qui furent allumés à la nuit tombante.

Tout cet appareil guerrier au milieu d'une belle nature, cet air de montagnes saturé de parfums, cette activité d'un camp au sein du repos complet de ce qui l'entoure, tout cela était fait pour parler au cœur et à l'imagination, surtout lorsque ce camp renferme ce qu'il y a de plus brave au monde.

On nous servit le dîner sous une tente préparée à cet effet; ensuite il y eut déploiement de feux d'artifice qui ressemblaient à un bombardement ; puis les crochets des tentes se refermèrent, etchacun dormit jusqu'au lendemain.

A peine le soleil levant commençait-il à percer avec celte soudaineté des tropiques, que la musique de la légion étrangère se mit à jouer l'air autrichien suivi de la diane '. les accords en étaient si doux, si plaintifs, que cela faisait un charmant concert.

En face de ma tente, les zouaves et les soldats du génie préparaient l'autel pour la messe du dimanche et l'entouraient de branchages el d'arbres improvisés, surmontés d'une grande croix de verdure. A huit heures, le maréchal nous avertit que tout était prêt. L'aumônier de l'armée monta sur le degré de l'autel, et un jeune et vigoureux zouave, à fez et turban, lui servit d'acolyte. On ne pouvait voir sans émotion ces visages bronzés par le soleil et par cent campagnes à toutes les extrémités du monde réunis là pour assister à cette messe en plein vent. En effet, si.

parmi les vocations humaines, il en est une particulièrement noble, c'est de ne jamais faillir à rhonneur et au devoir, sous l'égide du Dieu des armées.

Mais tout a une fin, surtout les moments heureux. Dans l'après-midi, l'Empereur et l'Impératrice rentraient à Mexico. Par bonheur, leur retour fut fiHé à l'égal de leur arrivée, le l"2 juin ; l'enthousiasme n'avait point encore eu le temps de s'affaiblir.

Maximilien fut si touché de cet accueil qu'il éprouva le besoin d'adresser publiquement ses remerciements à des sujets aussi dévoués, — aussi bruyamment dévoués pouvait-on dire, et tous les journaux reproduisirent sa lettre au préfet politique :

En rentrant dans la capitale de notre pays après une absence prolongée, j'ai senti mon cœur se dilater sous la douce impression causée par l'ovation spontanée dont je viens d'être l'objet. Les habitants de Mexico ont voulu rivaliser avec ceux des provinces que je viens de parcourir, et qui tous, je me plais à le reconuaitre, m'ont accueilli avec une sympathie dont j'ai été fort ému.

Veuillez, monsieur le préfet, témoigner ma gratitude aux non)breux signataires de la lettre de félicitations et de bienvenue que vous m'avez remise, et qui prouve que tous les vrais Mexicains font des vœux ardents pour l'union et l'harmonie générale. Assurez en même temps les habitants de cette belle cité que la date du 30 octobre 186t restera gravée dans mon coîur.

MAXIMILIEX.

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