‹ L'empire de MaximilienChapitre 11 sur 61 · EUGÉNIE · texte numérisé non relu

EUGÉNIE

Et, de sa main. Napoléon ajoutait sur la copie même de la dépêche :

Mon cher Maréchal,

En vous envoyant la dépêche télégraphique que j'ai reçue de l'Impératrice pour vous, je vous exprime tout le plaisir que me font éprouver les heureux engagements de nos troupes ; je regrette bien cependant la mort de tant de braves.

11 faudrait, je crois, que l'Empereur montrât plus de résolution.

Croyez à ma sincère amitié.

NAPOLÉON

Le maréchal Randon, qui, plus que tout autre, étai* en situation d'apprécier les mérites de son nouveau collègue, lui écrivit aussitôt :

Mon cher Maréchal,

Quoique absent de Paris dans ce moment, je ne veux pas que le courrier du Mexique parte sans vous porter mes sincères et affectueuses félicitations sur votre élévation à la dignité de maréchal que l'Empereur vous a décernée. J'ai été charmé de pouvoir concourir, pour une faible part, à vous faire obtenir cette haute récompense de vos services...

L EMPIRE DE MAXIMILIEX. 79

Ces félicitations, outre qu'elles venaient de son ministre, furent d'autant plus sensibles à celui qui les recevait, qu'aucun autre maréchal ne pensa à complimenter ce nouveau collègue.

Maximilien était à Penjamilla lorsqu'il apprit la dignité conférée au chef de l'armée française. Il lui expédia immédiatement la lettre suivante [~ octobre) :

Mon cher Mai'échal et ami,

C'est avec le plus grand plaisir que je viens d'apprendre, à l'instant même, votre élévation au maréchalat. L'Empereur Napoléon, ce grand souverain, toujours heureux et juste dans ses choix, sait récompenser les services éminents rendus à la patrie, et trouve, avec un tact tout particuUer, les grands talents pour les grands postes.

En vous distinguant par une si haute marque de faveur, l'Empereur comble tous les vœux de tous les bons Mexicains auxquels, en son nom, vous avez rendu la liberté et la paix, et qui vous seront à toujours reconnaissants. Une seule chose pourrait diminuer la joie que nous apporte cet heu~ reux événement : ce serait Je cas où il aurait pour consé. quence de vous faire quitter notre patrie. J'espère que l'Empereur Napoléon ne privera pas le Mexique des services qui lui sont si nécessaires.

En vous réitérant les félicitations les plus cordiales, je suis, mon cher Maréchal,

Votre très affectionné,

Quelques jours auparavant le courrier avait apporté d'Europe des lettres, des journaux, témoignant de la faveur avec laquelle avait été accueillie cette nomina-

lion. L'Impératrice Charlotte, avec empressement, s'en fit l'écho :

Mon cher Maréchal,

Je vous offre mes félicitations les plus sincères et les plus vivement senties.

Mille remerciements, Maréchal, des indications et des nouvelles. En voici que j'ai trouvées dans V Indépendance Belge, et que je vous envoie, pensant qu'elles vous feront plaisir.

CnARLOTTE.

Et à sa lettre, en effet, elle joignit un morceau de journal découpé par elle. C'est cet extrait même que nous avons sous les yeux, et que nous copions pour le reproduire ici :

Le Moniteur a publié le décret qui élève le général Bazaine à la dignité de Maréchal de France. Ce décret a été accueilli avec faveur par tout le monde, car le nouveau maréchal a pour lui les sympathies du public, et l'esprit de parti ne s'est jamais attaqué à ses actes ni à sa personne.

Nous ne pouvons oublier à quels malheurs publics se trouve attaché aujourd'hui le nom du maréchal Bazaine; mais, si nous ne nous sommes pas laissé in fluencer par les événements de 1870 pour juger son rôle au Mexique, nous ne voulons pas davantage nous appuyer sur les services longtemps méconnus, mais à présent certains, rendus par lui au Mexique, pour nous élever contre le jugement de ses pairs sur sa conduite en 1870. Donc, sans entrer dans le débat, qu'il nous soit permis de nous arrêter un instant sur l'admirable

carrière de ce vaillant, parti simple soldat à vingt ans, et méritant à cinquante-quatre ans la plus haute récompense que puissent conquérir le courage, l'intelligence et la bravoure. L'impartialité de l'historien ne va point jusqu'à l'impassibilité.

S'il avait été donné à Bazaine de mourir dans ce jour, sa gloire n'eût point subi de revers. Mais, en contemplant cette destinée si haute et plus tard si abaissée, n'est-on pas en droit de se demander s'il n'est pas vrai, ici-bas, qu'on doive parfois, à l'égal de ses fautes, expier ses joies !...

Cependant Maximilien poursuivait son voyage. Le H octobre il entra dans Morelia, où il resta jusqu'au 18, retenu par la population dévouée de cette ville. Enfin il se rapprocha de la capitale, et le 24 il n'était plus qu'à quelques lieues de Toluca. L'Impératrice et le maréchal Bazaine devaient l'y venir rejoindre.

Ce déplacement de l'Impératrice excitait l'ambition de son entourage habituel et même au-delà. Chacun eût voulu l'accompagner. A ce propos, elle reçut une demande de Quiroga, ce général tout fraîchement rallié à l'empire par la persuasion et par la présence de la division Castagny à Durango. Elle fut assez embarrassée, et s'en ouvrit au maréchal dans un petit billet :

Croiriez-vous que Quiroga et douze de ses hommes songent véritablement à nous accompagner demain?

J'ai demandé à Vidaurri' : — Eh bien! qu'a dit le maréchal ?

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