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MONTHOLON

L EMPIRE DE MAXIMILIEiN. 91

U Ère Nouvelle parut le 1" octobre. Le programme du journal était naturellement conservateur et libéral. Maigre' ses origines, il ne séparait pas la cause de l'intervention de celle de l'empire, et il travailla à répandre les doctrines d'égalité devant la loi, d'abolition des privilèges du clergé et de la noblesse, qui correspondaient aux doctrines de 1789. C'était pour l'intervention un auxiliaire précieux et utile.

Dès son retour à Mexico, Maximilien, ébloui par les acclamations recueillies sur son passage, enivré de sa popularité, ne songeait qu'à détruire ce qu'il croyait les derniers restes de rébellion.

...Mes devoirs de souverain, écrivait-il le 3 novembre à son ministre d'État, m'oblig-ent à protéger le peuple avec un bras de fer; et, pour répondre aux besoins liautement exprimés en tous lieux, nous déclarons, comme chef de la nation, en pleine connaissance de notre mission sacrée et (lu devoir qui nous est imposé, que toutes les bandes armées qui parcourent encore quelques points de notre belle patrie, et répandent la désolation, le trouble et les menaces contre la liberté et le travail des citoyens laborieux, doivent être considérées comme des rassemblements de bandits, et tomber par conséquent sous les rigueurs inflexibles et inexorables de la loi...

...Si notre gouvernement respecte toute opinion politique, il ne peut tolérer les criminels qui violent la première des libertés qu'il est appelé à garantir, celle des personnes et des propriétés.

Aux préfets politiques il donne des instructions analogues, leur recommandant surtout de se montrer sévères contre le vol et le pillage, qui ont discrédité le

Mexique dans l'opinion du monde entier. Puis, avec cette imagination qu'il ne savait ni maîtriser ni régler, il embrasse, dans ses recommandations, tous les sujets qui se présentent à son esprit : l'entretien des routes, la salubrité publique, le développement de l'instruction publique et de l'agriculture, l'élevage des bestiaux, l'amélioration de la race chevaline, la recherche des mines de charbon, de mercure, de cuivre, l'état des terrains abandonnés, etc.

Pour stimuler le zèle des préfets, et dans l'espoir d'être mieux renseigné, il emprunte à Charlemagne l'institution des niissi dominici, et il crée des inspecteurs chargés de tout voir, de tout entendre, et de rapporter à l'Empereur ce qu'ils auront vu et entendu.

Il n'oublia dans les attributions de ses préfets que la tenue des registres de l'état civil. Il la laissa aux mains du clergé, en lui imposant seulement l'obligation d'en remettre une copie tous les mois à l'administration civile.

Il compléta ces mesures de gouvernement par la création d'un conseil d'État, auquel il donna comme attributions la rédaction des projets de lois et règlements, le jugement du contentieux administratif et de tous les cas de responsabiiiti'des hauts fonctionnaires qui lui seraient soumis par l'Empereur.

La composition de ce Conseil portait la marque des dispositions de Maximilien, c'est-à-dire que les conseillers étaient pris aussi bien parmi les cléricaux, comme MM. Elguerro (Hilario), Théodosio Larès, Fonseca(Urbano), que parmi les libéraux, comme MM. La-

cunza (le président), Lopez Portillo, Ortigoza, Silicio (Manuel), complétés par un prélat affichant des idées libérales, M^"" Ramirez, et le général Uraga, dernier rallié.

Il portait surtout la marque des dispositions de l'entourage de l'Empereur, en ce que presque tous ces conseillers étaient hostiles à la France.

Ces choix étaient d'autant moins justifiés que, si le gouvernement de Maximilien avait le loisir de légiférer et de créer un conseil d'État, c'était précisément aux armes de la France qu'il le devait. Chaque jour de nouveaux succès auraient dû le lui rappeler.

Ainsi le colonel Dupart battait le "20 novembre le général juariste Quezada, sur les hmites de Durango et de Ghihuahua. Le 22 novembre, c'était le colonel Clinchant qui, dans le sud-ouest de l'état de Guadalajara, dispersait les forces imposantes du général Arteaga. Maximilien en témoignait, du moins par lettre, sa satisfaction :

Encore un nouveau et brillant succès de votre brave armée à enregistrer, mon cher maréchal : je vous en félicite de tout cœur, et vous prie de m'adresser, le plus tôt possible, vos propositions de récompenses.

Si les journaux de demain pouvaient porter en Europe le récit de cette belle journée, je vous en serais reconnaissant.

Votre tout affectionné,

Toutes ces victoires, en même temps qu'elles témoignaient de la bravoure de l'armée française et des ser-

vices qu'elle rendait à l'empire, ne montraient que trop combien peu au fond le pays était pacifié et quel besoin on avait encore de notre coopération militaire^ Aussi lorsque, dans les deux derniers mois de cette année 1864, le maréchal, obéissant au désir si souvent exprimé par Napoléon III, fit rentrer en France les premières troupes arrivées au Mexique avec le général de Lorencez, la batterie de la Garde impériale, le "2^ zouaves, le 99^ de ligne et le 1" bataillon de chasseurs à pied, le gouvernement mexicain ne vit cette mesure"qu'à regret. L'arrivée de la légion belge, sous les ordres du colonel Van der Smissen, parut insuffisante à compenser ce départ.

L'Impératrice Charlotte se fit l'écho de cette impression dans une lettre adressée en Europe :

Il faut des troupes : les Autrichiens et les Bel^jes sont très bons en temps de calme; mais, vienne la tempête, il n'y a que les pantalons rouges. S'il m'est permis de dire toute ma pensée, je crois qu'il nous sera très difficile de traverser toutes les premières crises vitales si le pays n'est pas plus occupé qu'il ne l'est. Tout est fort disséminé, et il me semble qu'au lieu de rien rappeler, il aurait fallu augmenter. Je crains fort que le maréchal ne se repente de n'avoir pas écrit au mois d'octobre ce que nous lui avions demandé; il a craint du mécontentement en France, et a, je crois, échangé un petit désagrément contre un plus grand.

Cette lettre reflète le sentiment, que beaucoup avaient alors et que beaucoup ont encore, qui consiste à croire que le maréchal Bazaine était le maître absolu de faire ce qu'il voulait, et à lui attribuer conséquem-

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ment l'initiative de tous les actes de son administration. Cette erreur s'explique par l'ignorance où l'on était jusqu'à ce jour de la correspondance secrète que n'ont jamais cessé d'entretenir avec lui Napoléon III et le maréchal Randon. Napoléon III avait bien, dans une de ses lettres, déclaré qu'il lui donnait carte blanche: il n'en est pas moins certain qu'en toute circonstance le maréchal obéit aux ordres venus de Paris, et, pour le cas spécial qui nous occupe, voici un extrait d'une lettre du maréchal Randon (31 octobre) qui prouve surabondamment que, s'il renvoya des troupes, c'est qu'il ne pouvait faire autrement :

Je vous remercie de l'assurance que vous me donnez que le rapatriement des troupes que vous avez désignées pour rentrer en France n'éprouvera aucun relard, car, s'il en avait été autrement, la question du hudget de la Guerre eût été compromise, et l'on aurait difficilement compris qu'à la suite des succès répétés que nos troupes obtiennent sur tous les points, et en raison de l'arrivée de ces 9 000 Belges et Allemands, la convention arrêtée avec l'empereur Maximilien éprouvât un sursis d'exécution.

D'ailleurs le maréchal avait un motif excellent de diminuer le corps d'occupation français: les Belges et les Autrichiens qui venaient au Mexique n'étaient point autant à dédaigner que paraissait le faire l'Impératrice Charlotte, et ils montrèrent en plusieurs rencontres qu'ils étaient « très bons » en d'autres temps que les « temps de calme ».

Dans cette même fin d'année, deux faits se passèrent

dont les conséquences, plus tard, eurent une singulière gravité.

D'abord, dans la crainte que le parti clérical, tenu à l'écart, ne cherchât à lui susciter des difficultés, Maximilien songea à éloigner les deux chefs militaires dont le nom pouvait servir de ralliement et guider l'opposition contre son gouvernement : c'étaient les généraux Miramon et Marquez.

On connaît leur histoire : Miramon avait occupé quelque temps le poste de président de la République mexicaine; puis, exilé, il n'était rentré au Mexique qu'avec l'armée française. Quant à Marquez, général de nom, mais quelque peu bandit de caractère, il avait été, jusqu'à ce jour, l'homme à tout faire du parti clérical; il ne reculait devant aucune violence, voire même aucune cruauté. De Leonardo, son prénom, la voix populaire avait fait Leopardo. 11 avait rejoint les Français à Orizaba en 1862, et il est juste de reconnaître que pendant tout le temps où il avait servi à côté de nos troupes il n'avait manqué ni de discipline ni de loyauté; mais c'était chez lui une attitude trop nouvelle pour qu'on s'y fiât complètement. Par prudence, on l'expédia au loin. Maximilien le nomma envoyé extraordinaire auprès de l'empereur des Ottomans, et inventa pour lui une mission non moins extraordinaire pour Jérusalem et le Saint-Sépulcre. Quant à Miramon, on le pria d'aller étudier à Berlin l'art des fortifications.

Il est à croire qu'ils ne furent dupes ni l'un ni l'autre de ces prétextes; mais, jugeant sans doute que

les temps n'étaient pas favorables poureuxauMexique, ils obéirent et partirent, toutefois avec l'idée arrêtée de revenir quand les circonstances seraient plus propices. On ne le vit que trop, et leur retour précipita les événements tragiques qui devaient accompagner l'agonie de l'empire de Maximilien.

L'autre fait, qui passa presque inaperçu en Europe grâce au tact du ministre des Affaires étrangères d'Autriche, n'est point à l'honneup de Maximilien, et il éclaire même d'un jour pénible la conduite qu'il tint plus tard lorsqu'il sembla s'obstiner à rester au Mexique après le départ des troupes françaises. Il montre que l'Archiduc, en signant le pacte de famille, avait entouré son adhésion de réserves mentales, et que, même au Mexique, sur le trône accepté par lui, il avait les yeux toujours tournés vers un autre trône...

Le U novembre, à l'ouverture des séances du Reichsrath, l^rançois-Joseph avait prononcé ces paroles :

« L'acceptation qu'a faite, avec mon consentement, « de la couronne impériale du Mexique mon frère, « l'archiduc Maximilien I", exigeait nécessairement « un règlement des droits d'agnation qui ont dû être « pris en considération. C'est pour cela qu'un pacte « de famille a été fait h Miramar, et mon gouverne- « ment est chargé do vous le communiquer. »

Maximilien répondit à ces paroles si simples et si naturelles par une protestation véhémente, adressée à son représentant près de la cour de Vienne :

« Il est à peine croyable qu'un pacte de famille puisse « être l'objet d'une communication officielle, soumise

« à la discussion d'un parlement, sans le consenle- « ment préalable des deux Empereurs. Néanmoins <f nous pouvons assurer que l'Empereur du Mexique « n'a pas été le moins du monde consulté. Sans nul « doute il eût été plus prudent que l'Empereur d'Au- « triche couvrît directement du voile le plus épais « tout ce qui se rapportait à une convention intime « arrachée à son frère dans un moment suprême. « On ne doit pas perdre de vue que c'est sur l'initia- « tive de l'Empereur d'Autriche que le trône du « Mexique a été offert à l'archiduc Maximilien ; que « l'acceptation de celui-ci a été subordonnée à la cer- « titude donnée que la majorité do la nation l'appelait « à l'empire ; que, pendant les négociations, dont les « délais impatientaient la députation mexicaine, au- « cune demande ni allusion d'aucune sorte n'a été « faite relativement à l'aliénation des droits de la « fortune privée de l'archiduc Maximilien, et que ce fut « seulement aux derniers moments, lorsque déjà des « promesses avaient été faites àl'Empereur et à la dépu- « tation elle-même, lorsque des conventions avaient été « contractées avec la France, et lorsqu'un refus aurait « nécessairement entraîné les plus graves complica- « tions politiques en Europe, et compromis surtout « la situation de l'Autriche, ce fut alors que l'Empe- « reur François-Joseph, quittant sa capitale, accom- « pagné de ses conseillers les plus intimes, vint préce cipitamment, h Miramar, demander à son frère la « renonciation complète et générale à tous ses droits, « de quelque nature qu'ils fussent.

« En souscrivant cette inqualifiable convention, «même sans vouloir s'inquiéter de son contenu, « l'Empereur Maximilien donnait à sa nouvelle patrie « adoptive le témoignage le moins équivoque, et à «■ l'Europe entière la preuve la plus évidente que rien (y ne pouvait Tarrêter, quand il s'agissait d'une pro- « messe faite par lui. Toutefois, les diplomates les « plus distingués et les jurisconsultes les plus experts « qui ont, depuis, étudié froidement ce pacte de fart mille s'accordent unanimement à déclarer qu'il « doit être considéré comme nul et dérisoire.

« Sans vouloir nous étendre sur la légitimité et la « validité des moyens employés pour arracher une « signature sous l'influence d'événements dont nous « pourrons faire ressortir la gravité en temps opportun^ « il nous suffira, pour le présent, de noter que les diètes, « après avoir obtenu le consentement des deux Em- <« pereurs, sont seules compétentes pour régler les « droits d'agnation qui modifient un acte de la Prag- « matique-Sanction, et cela, quand elles sont convo- « quées pour cet objet et d'accord avec les princes in- « téressés, lesquels, dans le cas actuel, n'ont pas « même été consultés. »

Les journaux rendirent à Maximilien le mauvais service de reproduire cette protestation.

Sans relever nombre d'erreurs de fait, telles que l'affirmation attribuant à l'initiative de l'Empereur d'Autriche l'offre de la couronne du Mexique, ou la déclaration que l'Archiduc avait signé le pacte de famille sans s'inquiéter de son contenu, nous deman-

derons : Que voulait Maximilien en rouvrant ce triste débat de famille ? Insinuer qu'il n'était sûr ni de son droit ni de son avenir au Mexique ? montrer qu'il ne faisait nul cas de sa signature ? laisser soupçonner que, après avoir rêvé un empire dans le Nouveau-Monde, il en rêvait un autre dans l'Ancien ?...

Tristes conjectures, dont aucune n'est à son honneur.

Le comte de Rechberg, ministre des Affaires étrangères d'Autriche, déclara que, s'il recevait la moindre communication officielle de cette protestation, il avait ordre d'y répondre en envoyant immédiatement ses passeports au ministre mexicain.

On se le tint pour dit, et la rupture n'eut rien d'officiel.

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