‹ L'empire de MaximilienChapitre 23 sur 61 · T. II, p · texte numérisé non relu

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L'importance de cette pièce, écrite tout entière de la main du sous-intendant Friant, n'échappa point au quartier-général, car en travers se trouve la mention suivante : A classer avec soin pour être retrouvée au besoin, '23 mars 1865. 11 semble qu'on eût prévu Tarcusation.

Les dix millions se réduisaient à un million six cent \ cinquante-cinq mille francs en chiffres ronds, et cette i dépense était d'autant moins exagérée qu'il y eut à j transporter non pas seulement des vivres, mais des projectiles, des outils et tout un matériel de siège. '

Pendant l'absence du maréchal, les légions autri- ! chienne et belge avaient continué à débarquera Vera- Cruz et avaient été dirigées sur Puebla et sur Mexico: ; la première était commandée par le général comte de Thun ; la seconde, par le lieutenant-colonel Van der Smissen. Ce dernier était déjà connu de plusieurs ' officiers supérieurs de l'armée d'Afrique, dont il avait suivi les opérations en qualité d'attaché militaire, et \ parmi lesquels il comptait des amis.

Le maréchal était d'autant mieux disposé à les race- ; voir, que l'arrivée de ces nouveaux combattants lui \ permettrait de diminuer l'effectif des troupes fran- : çaises, et d'obéir ainsi aux désirs aussi bien qu'aux or- | dres souvent répétés de Napoléon III et du maréchal ; Randon. Par contre, il ne s'attendait guère à la de- ; mande singulière que lui adressa le général de Thun \ dans une lettre datée de Mexico, le l" février 1865 : i

Monsieiir le Maréchal, De passage à Puebla pour me rendre auprès de mon au- i

guste souverain, j'}^ ai trouvé la lettre très gracieuse de Votre Excellence en date du 13 janvier 18«o.

Avant jLout, Monsieur le Maréchal, je tiens à vous remercier de toutes les mesures prises pour le débarquement et la marche de mon corps, ainsi que de la cordiale réception et des preuves de vraie camaraderie que j'ai trouvées partout où mes troupes sont venues en contact avec des troupes françaises.

Ce n'est qu'en maintenant ces bonnes relations que je crois pouvoir rendre à Sa Majesté mon Empereur de bons services, et cette tâche me sera aussi agréable qu'aisée à remplir, dés que la position de mon corps vis-à-vis de votre glorieuse armée sera réglée.

Votre Excellence comprendra très bùn que les officiers et soldats issus de l'armée autrichienne doivent conserver la dignité de cette armée, et ne pourraient en conséquence jamais consentir à occuper la position dans laquelle se trouve l'armée indigène du Mexique vis-à-vis des troupes françaises.

Rien n'étant encore stipulé à l'égard, des rapports de service entre les troupes françaises et autrichiennes, je m'adresse à Votre Excellence pour vous prier de régler cotte affaire le plus tôt possible, en prenant pour base les relations qui sont d'usage entre les armées de deux puissances alliées.

Je regrette de tout mon cœur de ne pas pouvoir présenter personnellement mes hommages à monsieur le Maréchal, et je ne puis qu'assurer qu'il me sera le plus grand honneur et la plus haute satisfaction de servir sous les ordres de Votre Excellence,

Agréez, monsieur le Maréchal, etc.

THUN, général.

L'idée était étrange de poser pareille question au commandant en chef de l'armée française. Ce n'était point à lui, mais bien au ministre de la Guerre de

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Maximilien, sinon à l'Empereur lui-même, qu'il pouvait appartenir de résoudre cette difficulté. Mais l'idée était encore plus étrange de la soulever, et l'on peut se demauder comment il était venu à l'esprit du général Thun de se comparer à un chef français, et d'assimiler les troupes françaises et les siennes à celles de deux puissances alliées.

L'Autriche, en tant que puissance, n'avait avec le Mexique d'autres relations que des relations diplomatiques : la France seule était représentée par son armée, servant sous son drapeau national. Les Austro-Belges, au contraire, n'étaient que des engagés volontaires, et, qu'ilslevoulussent ounon,ils faisaient partie de l'armée mexicaine, servaient sous le drapeau mexicain, et n'avaient même le droitde guerroyer qu'à cette condition.

Les relations de service entre eux et les Français n'avaient donc pas besoin d'être réglées, puisqu'elles l'avaient été implicitement par la convention de Miramar. Le colonel Van der Smissen l'avait compris, car il n'avait point élevé de semblables prétentions, bien que, de sa part, elles eussent paru moins excessives, puisque son corps avait été organisé tout spécialement pour servir de garde particulière à l'Impératrice Charlotte.

Maximilien, informé de ces faits, essaya détourner la difûculté, et pour éviter tout conflit il isola le corps autrichien, en le concentrant tout entier à Puebla, dont il devint la garnison. Ce n'était qu'un palliatif insuffisant, qui troublait l'unité d'organisation militaire, et présenterait de graves dangers le jour où

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lo? circonstances forceraient ce corps à une action commune avec les troupes françaises.

En attendant, on lui confia la garde des prisonniers faits à Oajaca. Le maréchal, en les expédiant à Puebla, avait insinué à l'Empereur l'idée de les éloigner du pays pendant quelque temps, en les déportant dans une île voisine. Maximilien préféra écouter les conseils, imprudemment généreux, du général Thun,qui venait d'arriver et ne connaissait ni les mœurs, ni les habitudes mexicaines : on relâcha tous ces prisonniers. Parmi eux se trouvaient le préfet d'Oajaca, JuanVasquez, le général Satinas, sept colonels, et un grand nombre d'officiers ou de fonctionnaires. La magnanimité de Maximilien eut pour résultat de rendre immédiatement à la cause jnaris te les cadres qu'on venait de détruire Ml ne lui manquait qu'un chef : il ne lui manqua pas longtemps. On laissa Porfirio Diaz s'échapper du fort de Guadalupe, où il était enfermé. Il ne restait pins qu'à rendre Oajaca pour perdre tous les bénéfices de l'expédition heureuse de nos troupes. On n'alla pasjusque-là, mais Porfirio Diaz et les libérés se chargèrent plus tard de la reprendre, et, avec Oajaca, Puebla et Mexico...

1. Dès le 28 juin 1865, le rapport politique constatait ceci : « L'État de Oajaoa continue à jouir de tranquillité; cependant « quelijues inquiétudes auraient dernièrement pris naissance à la « suite du retoia- dans cet État des officiers faits pr isonniers peu « dant le siège et graciés en masse par l'Empereur à l'occasion « de son avènement. Cet acte de clémence, dont l'opportunité « n'était peut-être pas très grande, est dû, sans aucun doute, au " désir de S. M. d'acquérir dans ce pays une certain^} popularité. « Malheureusement le Mexique n'est pas mûr pour comprendre " une pareille générosité... «

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Maximilien continuait, pendant ce temps-là, à travailler à ce qu'il croyait l'organisation du gouvernement et de la nation, c'est-à-dire qu'il rendait décrets sur décrets.

Le 28 janvier, le Journal officiel àe l'Empire publiait la loi organique de l'armée, qui instituait un étatmajor général de 6 généraux de division et de 12 généraux de brigade, un état-major spécial de iO officiers, un corps d'administration de 66 inspecteurs ou commissaires, et un état-major de place de 16 officiers. L'effectif total de l'armée était porté à 22 374 hommes sur le pied de paix, et à 30044 sur le pied de guerre.

L'administration civile fut également remaniée de fond en comble. Un décret divisa le Mexique en cinquante départements, pour lesquels on créa cinquante chefs- lieux. Le tout fut ensuite groupé en huit grandes divisions militaires. C'était une division assez semblable à celle que Rome a faite du monde entier, surtout en ce sens que plus d'un fonctionnaire n'était guère nommé qu'/n partibus.

Malgré l'état violent qui subsistait encore dans bien des régions, Maximilien se flatta que les colons accourraient au Mexique, et, pour favoriser ce mouvement hypothétique, il créa une junte de colonisation chargée de rechercher les terrains indûment occupés, d'en poursuivre la reprise sur les propriétaires, de fixer les points du territoire destinés à devenir des centres de colonisation, d'indiquer les routes à ouvrir pour en faciliter l'accès, et à préparer les projets de lois pour assurer aux colons des gîtes d'étapes, des secours, etc.

La loi de la liberté de la presse, la loi réglant le régime monétaire et le statut provisoire de l'empire furent promulgués le 10 avril 1865, jour anniversaire de l'acceptation de la couronne à Miramar.

Le même jour furent créées l'Académie des sciences et de littérature, la junte protectrice des classes nécessiteuses, et la maison de charité de Mexico.

Toujours préoccupé de donner à son gouvernement et à sa cour les apparences des gouvernements et des cours d'Europe, Maximilien avait inauguré l'année 1865 en créant une nouvelle décoration, l'ordre de l'Aigle mexicaine, qu'il déclara supérieur à celui de N.-D. de Guadalupe. Puis, désireux de récompenser tous les genres de dévouements qu'il s'imaginait devoir s'empresser autour de son trône, il ajouta à ces deux ordres : 1° la décoration de l'ordre de Saint- Charles, réservée aux femmes ; 2" la médaille du Mérite civil et la médaille du Mérite militaire, et 3° l'ordre de la Constance, divisé en deux classes : la première destinée à ceux qui auraient servi cinquante ans dans l'armée,et la seconde, àceux qui n'auraient servi que vingtcinq ans. Le nom de cet ordre laissait supposer que les années de service ne seraient comptées qu'autant qu'elles auraient été employées au service de la même cause. Son utilité en devenait bien problématique.

Le Journal officiel avait publié également un règlement des préséances, dans les cortèges et cérémonies publiques, pour les dignitaires de la Couronne, aussi bien que pour les fonctionnaires civils et militaires de l'empire.

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La promulgation de tous ces décrets fut suivie de la publication d'une lettre de VEmpereur au Ministre de la Justice accordant amnistie pleine et entière à tous les délits de presse commis jusqu'à ce jour sur le territoire de l'empire.

L'opinion publique ne se montra point aussi clémente. Jamais, dans aucun pays du monde, autant de décrets n'avaient paru en aussi peu de temps. L'effet produit ne fut nullement celui qu'attendait l'Empereur. Au lieu d'y voir une manifestation de son activité d'esprit et de son zèle pour le bien public, on les considéra comme l'empressement un peu puéril d'un prince qui joue au monarque absolu. Cette opinion fut d'autant plus répandue que, dans le statut provisoire, il n'était pas dit un mot du «Congrès», seule institution qui, bien que temporaire et souvent illusoire, avait jusqu'à ce jour donné au gouvernement mexicain l'apparence d'un pouvoir constitutionnel et parlementaire. Ce silence équivalait à la suppression de l'institution : ce fut une faute. Il eût été bon, pour l'Empereur, que la nation vît à côté de lui un corps quelconque qui eût partagé les responsabilités du pouvoir. En cas de succès, son prestige en eût été fort peu diminué; en cas d'échec, le mécontentement ne l'eût pas seul atteint. Mais Maximilien était-il un homme politique capable de comprendre ces nécessités de situation ? Il est plus facile de trouver des princes pour régner que pour gouverner.

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