CHAPITRE X
Questions financières. — Règlements des dettes antérieures. ■- La réfaction. — Réclamation de nos nationaux. — Résistances du gouvernement mexicain. — Ultimatum financier de la France (14 mars 186.5 1. — Instructions secrètes qui l'accompagnent. — Avances faites par le trésor de l'armée française. — La banque du Mexique (16 février 1865). — Mission de M. Bonnefons. — Responsabilités du maréchal. — Les confidences au ministre de la Guerre, maréchal Randon. — Réponse de celui-ci. — Rapports difficiles avec les autorités mexicaines. — Procédés incorrects du ministre de l'Intérieur relevés par le maréchal Bazaiue. — Prévisions à ce sujet du maréchal Randon. — Une lettre de M. de Mornv.
« Finances et armée », tels sont les deux premiers sujets de préoccupation d'un gouvernement, avec celte différence toutefois que les finances passent avant l'armée, puisque sans argent on n'a pas de soldats.
Le côté financier était assurément celui qui devait le plus attirer l'attention de Maximilen, car jusqu'il présent on ne vivait que d'expédienls. Il avait été impossible d'établir sur des bases sérieuses le budget des receltes pour l'armée IStio. Seules les dépenses avaient été prévues, et encore !
La situation financière du Mexique était un abîme qu'il fallait renoncer à sonder. A quels chiffres s'élevaient les dettes existantes lors de la venue de Maximilien, nul ne pouvait le dire, d'abord parce que ces sommes s'augmentaient sans cesse de tout ce qu'on ne payait pas, sans parler des réclamations de chaque jour pour les vols et les pillages commis chez les particuliers, et ensuite parce que le système des réfactions achevait de dérouter toutes les recherches.
On appelle réfaction [refaccion) un mode de règlement qui n'a de règlement que le nom, et qui heureusement n'appartenait qu'au Mexique.
Il consiste à admettre toute réclamation contre le Trésor, pourvu qu'elle soit accompagnée d'un versement en numéraire égal au chiffre demandé : ainsi tel qui réclame 10 000 piastres n'a qu'à verser 10 000 piastres en argent, et immédiatement il reçoit en échange 20 000 piastres de valeurs. En réalité, loin d'être un règlement quelconque, la réfaction est un emprunt déguisé, à un taux énorme, et qui procure quelque argent au Trésor en doublant le chiffre de la dette primitive, et quelquefois même en le décuplant.
Nous citerons à ce propos l'opération financière faite en juillet 1859 par M. Carlos Peza, ministre des Finances du président Zuloaga. Sous prétexte d'unifier la dette intérieure, il entreprit une conversion de tous les titres, au moyen d'une émission de 400 millions de bons nationaux.
11 en plaça pour 285,899,385 francs, mais en échange de ces valeurs qu'avait reçu le trésor?
L EMPIRE DE MAXIMILIEN. 17o
En anciens titres de la dette 30,703,485 fr.
En quittances d'arrérages capitalisés. . 1,848,250 — En numéraire, par réfaction 2,213,71 5 —
Ensemble 34,767,450 fr.
L'opération avait donc augmenté la dette publique de 251 131 935 francs. Il y en eut d'autres semblables, et celle à laquelle est resté attaché le nom de Jecker fut la dernière avant l'intervention.
L'évaluation et le règlement de la dette extérieure ne présentaient pas moins de difficultés. On se rappelle les décrets signés à Miramar, les 10 et 11 avril 1854, à ce sujet. En ce qui concernait les réclamations françaises, l'Empereur s'était contenté de leur affecter une somme de douze millions, mais la répartition n'en avait point encore été faite. Notre ministre demanda qu'un intérêt de 6 p. 100 fût ajouté au chiffre des réclamations. L'exigence n'avait rien que de très légitime, le taux de 6 p. 100 étant le taux légal du Mexique. Mais M. Ramirez, qui aimait moins encore les réclamations des Français que les Français euxmêmes, atermoya, traînant les choses en longueur, et finalement rejeta sur M. Hidalgo, ministre du Mexique à Paris, le soin de procéder au règlement de ces créances.
Trois mois après cependant, le 10 mars 1865, mieux inspiré, le cabinet mexicain admit la réclamation formulée par le marquis de Monthulon, et il en informa le maréchal Bazaine.
C'était trop tard.
1*6 l'eMI'IRE de MAXIMILIEN.
Après avoir eu la maladresse de refuser, le gouvernement avait la malechance d'être revenu trop tard sur son refus. Ignorant cette seconde décision, le gouvernement français, irrité de rencontrer tant de mauvaise volonté à Mexico, avait pris une résolution énergique. Le 14 mars, le Conseil des ministres, réuni dans le cabinet de Napoléon III, avait décidé d'adresser à l'Empereur Maximilien un ultimatum financier, que le ministre des Finances, M. Fould, communiqua à son collègue de la Guerre, le maréchal Randon, pour être transmis au maréchal Bazaine :
MINISTÈRE DES FINANCES ^ p^^.jg jg jj ,„j^,.s igGb.