‹ L'empire de MaximilienChapitre 9 sur 61 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Dernières opérations militaires. — Le général L'Hëriller à Durango. — Colonnes mobiles. — Jiiarez retii-é dans l'extréme- Nord. — L'impjratrice-Régente. — Départ de Maximilien. — Le commandant Loysel. — Queretaro. — Baptêmes d'Indiens. — Célébration delà fête de l'Indépendance (16 septembre). — Entrée à Guanajuato. — Léon. — Retour offensifsur Durango. — Le colonel Martin. — Lettres confidentielles de Napoléon III au commandant en chef. — Le général Bazaine élevé à la dignité de maréchal de France. — Télégramme de l'Impératrice Eugénie. — Maximilien au maréchal (7 octobre). — L'Impératrice Charlotte. — Extrait de V Indépendance Belge. — Continuation du voyage de l'Empereur. — Morelia. — L'Impératrice Charlotte va audevant de Maximilien. — Son récit. — Rentrée à Mexico. — Lettre au préfet politique.

Le moment approchait où Maximilien, croyant son gouvernement suffisamment installé à Mexico, mettrait à exécution le projet de voyage qu'il caressait depuis longtemps.

Les dernières opérations militaires avaient été heureuses pour nos armes. Désireux d'assurer plus complètement encore la sécurité du voyageur impérial, le général Bazaine venait d'envoyer, de ci de là, notam-

ment dans la région montagneuse qui s'étend au nordest de Mexico, des colonnes mobiles qui avaient balayé le terrain. Dans le nord, le général L'Hériller était entré à Durango sans difficulté, et il avait même trouvé dans cette ville une série de dépêches échangées entre Juarez et les généraux Doblado, Arteaga, Carbajal et autres, lesquelles ne laissaient aucun doute sur le découragement qui s'était emparé des derniers défenseurs du gouvernement républicain. Doblado s'apprêtait à quitter le pays, et Juarez s'enfonçait dans les solitudes du Ghihuahua, vastes territoires à peu près déserts, qui n'appartenaient guère que géographiquement au Mexique.

L occasion était donc propice pour l'Empereur : il la saisit avidement. Ces excursions avaient en effet, pour lui, des attraits de toutes sortes; elles l'éloignaient de la capitale et des ennuis du gouvernement, et elles satisfaisaient son goût inné pour les voyages en même temps qu'elles lui procuraient le plaisir toujours si doux de s'entendre acclamer et de se voir reçu comme un souverain puissant et aimé.

II laissa la régence aux mains de l'Impératrice, et partit de Mexico le \ 1 août. Il emmenait comme escorte deux régiments de cavalerie mexicaine. Un officier d'état-major français, le commandant Loysel, était attaché par le général en chef à sa personne, et désigné pour servir d'intermédiaire auprès des commandants supérieurs, dans les centres occupés par nos troupes.

Dès les premiers pas hors de la capitale, le même enthousiasme qui avait accueilli Maximilien de Cordova à Mexico se retrouva pour saluer son passage : c'était toujours la population indienne qui témoignait do la confiance qu'elle mettait dans son nouveau souverain.

Gomme il entrait à Queretaro le 17 août, Maximilien fut surpris de ne point voir, parmi les autorités venues à sa rencontre, révêque,Ms'' Garate; sa surprise augmenta lorsqu'il sut que depuis plusieurs mois ce prélat vivait tranquillement à Mexico, sous prétexte que le palais épiscopal était inhabitable, et « qu'il n'était « pas convenable à sa haute dignité de louer une mai- « son particulière ».

Il eut bientôt une autre preuve de l'insouciance du clergé pour tout ce qui ne touchait point à ses intérêts ou à son bien-être: il apprit que depuis vingt-cinq ans une agglomération d'Indiens, résidant à quelques lieues de là, ne recevait jamais le baptême. Il manifesta aussitôt le désir de se rendre au milieu de ces abandonnés, de veiller à ce qu'ils fussent baptisés, et il annonça hautement son intention de leur servir de parrain.

A ces nouvelles, l'évêque jugea bon de sortir de sa torpeur, et dépêcha aussitôt deux prêtres pour distribuer le baptême, « avec des pompes à incendie », selon l'expression même de Maximilien, qui ne put s'empêcher de rire en apprenant les singuliers effets de son intervention.

A Irapuato, l'Empereur fut pris par une angine, qui,

sans avoir une excessive gravité, causa cependant quelque inquiétude parmi son entourage. Il dut s'arrêter dans cette localité jusqu'au 10 septembre.

A cette nouvelle, l'émotion fut assez grande. L'Impératrice-Régente, toutefois, ne crut pas devoir quitter Mexico, et elle fit bien. Malgré son jeune âge, elle avait une énergie et une intelligence très vives, et sa présence était nécessaire à la tête du Gouvernement.

Elle ne négligeait aucune occasion de remplir ses devoirs de souveraine. Le 16 septembre approchait. Cette date est restée gravée dans le cœur de tous les Mexicains, car c'est la date anniversaire de l'Indépendance nationale. La Régente la célébra avec solennité; elle assista, avec une suite imposante, au Te Deum chanté dans la cathédrale ; et, pour la circonstance, elle avait revêtu le manteau impérial, aux broderies éclatantes. Elle se rendit ensuite sur la place d'Armes, et posa elle-même la première pierre du monument destiné à perpétuer la mémoire de celte révolution glorieuse.

Maximiiien, qui avait pu se remettre en route le H septembre, eut, pour fêter cet anniversaire, une inspiration heureuse et grandiose. Il n'était qu'aune faible distance du village de Dolorès, où, le 16 septembre 1810, le curé Hidalgo avait le premier poussé le cri de révolte et de guerre contre la domination espagnole. Il résolut de s'y transporter, et là, dans une mise en scène admirablement réglée, il évoqua ce souvenir cher à tout un peuple.

Quand sonnèrent onze heures du soir, à l'heure

même où cinquante-quatre ans auparavant avait éclaté le soulèvement, un cortège nombreux, portant des flambeaux, traversa la ville illuminée. Marchant en tête, l'Empereur se dirigea vers la maison qu'habitait Hidalgo; il y pénétra, et, se plaçant à une fenêtre du logis jadis occupé par le héros de l'Indépendance, il adressa, d'une voix vibrante, à la foule émue et silencieuse ces énergiques paroles :

Mexicains,

Plus d'un derai-siècle orageux s'est écoulé depuis que, dans cette humble maison, sortit de la poitrine d'un humble prêtre ce grand mot d'Indépendance qui retentit comme un coup de tonnerre, d'un Océan à l'autre, dans toute l'étendue de l'Anahuac, et devant lequel tombèrent l'esclavage et le despotisme de plusieurs centaines d'années. Ce mot, qui brille au milieu de la nuit comme un éclair, a réveillé toute une nation, depuis longtemps endormie, pour la conduire à la liberté et à l'émancipation. Mais tout ce qui est grand, tout ce qui e3t destiné à être durable ne se fait qu'avec difficulté et demande du temps. Des années et des années de passions, de combats et de luttes se sont succédé: l'idée de l'indépendance était née, mais la nation malheureuse ne la vit pas. Frères luttaient contre frères. Les haines des partis menaçaient de détruire ce qu'avaient créé les héros de notre belle patrie.

Le Drapeau tricolore', ce magnifique symbole de nos victoires, s'était laissé envahir par une seule couleur, celle du sang. C'est alors que du côté de l'Orient, et aussi sous le symbole d'un glorieux drapeau tricolore, notre pays reçut un secours magnanime. Un aigle montrait à l'autre le chemin de la modération et de la loi. Le germe que Hidalgo

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