‹ L'empire de MaximilienChapitre 10 sur 61 · Le drapeau mexicain est vert, blanc et rouge · texte numérisé non relu

Le drapeau mexicain est vert, blanc et rouge

a semé en ce lieu doit se développer maintenant victorieusement, et, en associant l'indépendance avec l'union, l'avenir esta nous!

Un peuple qui, sous la protection et avec la bénédiction de Dieu, fonde son indépendance sur la Liberté et la Loi, qui n'a qu'une seule volonté, est invincible et peut lever la tête avec orgueil. Notre aigle, en déployant ses ailes, chemina d'abord avec peine ; mais, maintenant qu'il a pris le bon chemin et dépassé l'abîme, il s'élance dans les airs et étrangle dans ses serres de fer le serpent de la Discorde. De même notre Patrie se relève de ses ruines puissante et forte ; et, quand elle prend dans le monde la place qui lui appartient, nous ne devons pas oublier les jours de notre Indépendance ni les hommes qui nous l'ont conquise !

Mexicains, vivent l'indépendance et la mémoire de ses héros !

Cette belle et entraînante allocution, où le prince poète, épris de beau langage et de nobles pensées, se retrouvait tout entier, et où, avec une véritable habileté, il avait trouvé moyen de rattacher h la cause de la révolte contre l'étranger la France elle-même et son intervention armée, produisit un effet prodigieux sur la foule des auditeurs, qui couvrirent de leurs acclamations ces paroles enflammées.

Et le lendemain, quand, au milieu des réjouissances populaires, l'Empereur revint dans la maison du curé Hidalgo, sur son ordre on lui présenta le livre que Juarez avait fait déposer pour y recevoir le nom des visiteurs, et, sincèrement, plein de l'enthousiasme que lui-même avait déchaîné, il écrivit, au-dessus do sa signature, ce paragraphe de son discours de la veille :

Un peuple qui, sous la protection et avec la bénédiction de Dieu, fonde son indépendance sur la Liberté et la Loi et n'a qu'une seule volonté est invincible et peut lever la tête avec orgueil.

L'Empereur pouvait presque le croire : le bonheur de no? armes le lui permettait.

En effet, tandis qu'il poursuivait son voyage et entrait successivement dans Guanajuato et Léon, la nouvelle lui parvenait du brillant combat du Gerro-de-Majoma, où six cents Français avaient mis en déroute complète les généraux Ortega, Patoni et Negrete, qui commandaient à plus de trois mille cinq cents fantassins, cinq cents cavaliers, appuyés par vingt pièces d'artillerie.

Cette affaire, dont le vainqueur, le colonel Martin, du 2" zouaves, fut la première victime, avait montré une fois de plus toute la solidité et toute la bravoure de nos soldats. L'Impératrice, aussitôt informée, saisit cette occasion de féliciter le commandant en chef :

Général,

Je vous fais mon compliment de la glorieuse victoire qui vient d'être remportée, assombrie seulement par la mort du brave colonel Martin; c'est, du reste, unefin digne d'un colonel de zouaves. Je ref:5relte et j'admire ceux ([ui ont péri au sein de leur triomphe, dans un combat aussi inégal qu'héroïque.

Voici une dépêche de l'Empereur qui vous intéressera : je vous prie de me la rendre après l'avoir lue.

J'ai rencontré avec plaisir aujourd'hui votre police à dos

de mulets : je suis sûre qu'elle fera fuir les voleurs au moins jusqu'à Guernavaca. Carbajal est ravi que vous lu^ prêtiez main forte.

Croyez-moi, Général, voire affectionnée.

CHARLOTTE

Depuis plus d'une année un plein succès semblait couronner la plupart des actes du général Bazaine. Le moment approchait où il allait recevoir une autre récompense, la plus grande qui puisse être donnée à un soldat de la France.

Déjà, dans un billet de la fin de juillet, Napoléon III la lui faisait entrevoir:

Vichy, 30 juillet 1861.

Mon cher (Général,

Votre lettre du 28 juin m'a fait grand plaisir, parce que je vois que les choses s'arrangent. Les troupes autrichiennes et belges ne seront pas prêtes à partir d'Europe avant le mois d'octobre. Je crois cependant, comme vous, bien utile d'occuper Matamoros. Je n'ai rien de nouveau à vous dire, si ce n'est que je ne vous oublie pas et que je serai très heureux de récompenser, comme ils le méritent, tous ceux qui ont contribué à la glorieuse expédition du Mexique.

Croyez à ma sincère amitié.

NAPOLÉON

Un mois après, le paquebot apportait au général Bazaine une lettre qui montrait que Napoléon III avait de la pensée passé h l'exécution, et rccompensi'' comme il le méritaif le chef habile et heureux en qui il avait mis sa confiance :

Palais de Saint-Cloud, 30 août 1864.

Mon cher Général,

Je vous' écris un mot pour vous dire qu'en reconnaissance des éclatants services que vous avez rendus au Mexique, j'ai décidé de vous élever à la dignité de maréchal de France. Tous les ministres étant en congé, vous ne recevrez le décret qui vous nomme que par le prochain courrier. Néanmoins, comme le décret portera la date du 1'='' septembre, vous pouvez vous considérer, dès le reçu de ma lettre, comme maréchal.

Je viens de recevoir votre lettre du 28 juillet : je crains qu'il y ait bien des tiraillements dans le gouvernement et que l'Empereur croie pouvoir' voler de ses propres ailes. L'important est que son armée indigène et étrangère soit assez bien organisée pour que nous puissions partir bientôt.

Croyez, mon cher Maréchal, à ma sincère amitié.

NAPOLÉON

Cette lettre, où le commandant en chef était appelé d'abord « général » puis « maréchal », lui fut remise par le vaguemestre du quartier-général, qui le rencontra près de l'Alaméda, alors qu'il se promenait en voiture, en compagnie du capitaine Le Gué, un de ses officiers d'ordonnance.

Quel chemin avait parcouru l'engagé volontaire de 1831 ! Avait-il jamais rêvé pareille récompense, ou, s'il l'avait rêvée, avait-il jamais pensé que son rêve se réaliserait? Sa surprise, à ce moment, fut grande, et plus grande encore son émotion ; incapable de la maîtriser, il embrassa son compagnon, le capitaine Le Gué, et ne trouva que ces mots à dire :

— Combien l'Empereur est bon!

Bientôt les félicitations affluèrent. L'Impératrice Eugénie, alors aux eaux de Schwalbach, télégraphia à Napoléon III :

Voulez-vous envoyer à Bazaine la dépêche suivante : Je vous félicite de tout cœur de la bonne nouvelle que vous porte ce courrier. Étant en Allemagne, je nejyeux vous écrire à temps-

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