‹ L'empire de TurquieChapitre 50 sur 86 · Tunis · texte numérisé non relu

Tunis

A la tête de chaque eyalet est placé un vali (vice-roi), ou un mutessarif (gouverneur général). Ce personnage réunit tous les pouvoirs et correspond directement avec les ministres; il requiert la force armée, et se concerte avec les fonctionnaires placés sous sa dépendance, pour toutes les affaires spéciales et urgentes, sauf à faire approuver ultérieurement ses décisions par le Divan.

Le gouverneur général est assisté d un grand conseil, siégeant au chef-lieu de Teyalet. Ce conseil, qui se réunit chaque semaine, à jour fixe, est composé ainsi qu'il suit:

i^" D'un président et de deux secrétaires nommés par le Divan , et envoyés le plus souvent de Constantinople;

T Du defterdavy ou receveur général des finances;

S"" Du métropolitain, soit grec, soit arménien, ou du grand rabbin;

4° Des kodja-bachiSy ou délégués des municipalités turques et chrétiennes.

Chaque liva ou province, à Texception de celui de la résidence du gouverneur général, est administré par un caïmakam, qui est le fondé de pouvoir du vali et lui est soumis dans toutes les parties de son service. Il est

pareillement assisté d'un conseil, qui s'occupe de toutes les affaires provinciales, sauf à faire approuver ses décisions par le gouverneur général.

L'administration des casas ou districts est confiée à des mudirs dépendants du caïmakam, assistés d'un conseil de notables.

Les nahîyès ou communes sont administrées par un kodja-bachi (chrétien dans les villages chrétiens, mahométan dans les villages musulmans), élu par les habitants et faisant à la fois l'office de maire et celui de percepteur.

Dans chaque eyâlet il y a un defterdar (receveur et payeur général) et dans chaque liva un mal^mudiri (receveur et payeur particulier). Outre les recettes des impôts directs, il a dans ses attributions la surveillance d«s impôts indirects, tels que douanes, postes, péages, droits de quarantaine, etc. 11 dirige, pour la partie financière, chaque mudir de district. Les registres de sa comptabilité sont contrôlés et scellés chaque année par le gouverneur. A l'expiration de chaque exercice, il envoie ses registres de comptabilité au defterdar, qui les soumet avec ses observations à l'examen du conseil de l'eyalet. Toutes ces pièces, accompagnées des rapports, sont ensuite transmises au ministre des finances par l'intermédiaire du gouverneur général.

Les defterdars ont les mêmes attributions dans la circonscription de l'eyalet, que les mal-mudiri dans tes livas.

Avant l'introduction du tanzimat, les pouvoirs dans les provinces étaient concentrés entre les mains des

pachas; aujourd'hui ces pouvoirs sont partagés. Le peuple est appelé à prendre part aux affaires publiques et jouit en quelque sorte d'une constitution représentative : dans les villes de premier rang, ses représentants au conseil provincial sont, pour la plupart^ les chefs du clergé ; dans les villes de second et de troisième rang, les représentants sont élus par le peuple. Mais Tinstilution des conseils provinciaux est encore trop récente pour que le peuple puisse en apprécier les avantages et la faire servir à la défense de ses droits; il arrive encore trop souvent que ses représentants se laissent intimider parla puissance ou gagner par Tor des pachas, et n'osent pas émettre franchement leur opinion. D'un autre côté, il arrive également que les chefs du clergé défendent, au sein du conseil, plutôt leurs propres intérêts que ceux du peuple. Cependant, dans les dernières années, plusieurs représentants ont tenu tête aux pachas et ont adressé leurs plaintes directement à Constantinople, où ils ont obtenu justice.

Les traitements des fonctionnaires de l'administration provinciale varient suivant leur grade : les gouverneurs généraux jouissent d'un traitement mensuel de 40,000 à 70,000 piastres (9,200 à 16,100 fr.) ; les caïmakams, de 15,000 à 30,000 piastres (3,4S0 à 6,900 fr.); les mudirs, de 5,000 à 1 0,000 piastres (1 ,150 à 2,300 fr.) ; les defterdars, de 15,000 piastres (3,450 fr.); les malmudiris, de 5,000 piastres (1,150 fr.).

L'administration turque est simple, prompte dans ses décisions, souvent juste et douce; elle ne s'occupe pas, comme celle de beaucoup d'États de l'Europe,

d'une foule de détails, qui sont laissés aux soins des municipalités des villes et des communes.

Les fonctionnaires turcs sont très-accessibles; ils ne croient pas se mettre au-dessous de leur devoir en écoutant tout le monde sans distinction déclasse ou d'origine; et, quel que soit le lieu de la rencontre de l'administrateur et de son subordonné, le premier est toujours prêt, comme un père de famille, à exercer ses fonctions.

L'empire ottoman a toujours offert une sorte de représentation populaire; aussi la Turquie possédé-telle la vie et la liberté municipale la plus étendue qu'on puisse désirer. Le gouvernement du Sultan laisse toute liberté d'action aux villes et communes, en ce qui concerne la gestion de leurs intérêts communs.

Chaque commune choisit, à la pluralité des voix, des officiers municipaux ou anciens dans l'église, savoir : des personnes laïques pour administrer les intérêts publics, et des prêtres qui sont arbitres et juges entre les particuliers. La durée de leurs fonctions n'est point fixée ; quelquefois ils ne sont élus que pour un ou pour six mois; mais ils sont rééligibles quand l'opinion publique le demande. Ce sont ordinairement les hommes les plus riches ou réputés les plus vertueux qui sont nommés à ces fonctions. Les délégués communaux appellent à leur divan, ou conseil , les notables de la commune et les hommes de loi pour discuter les objets d'un intérêt commun, pour rédiger avec eux les réclamations à faire au caïmakam , pour établir de concert les motifs de plainte qu'ils peuvent juger nécessaires de présenter contre lui au gouvernement. .

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