CHAPITRE X
PREMIÈRE SECTION
IslniniAine.
L'islamisme, qui est la religion des Turcs et des Arabes, est ainsi appelé du mot arabe ïstam^ qui signifie soumission à Dieu; il a pour fondateur Mahomet (en arabe Mohammed) d'où lui vient aussi le nom de Mahométisme. Cette religion prit naissance vers Tan 611 de Tère chrétienne. L'ensemble des écritures saintes des Mahométans se compose des quatre livres principaux indiqués au commencement du chapitre précédent.
L'islamisme compte un grand nombre de sectes dont les deux principales se nomment Sunnites^ du mot sunna (tradition) et Schyites, d'un autre mot arabe qui signifie sectaires. Les Schyites se disent les véritables vieux croyants, demeurés selon le cœur de Mahomet; ils rejettent les décisions des imams des premiers siècles de l'islamisme contenues dans le recueil appelé kyaSy comme substituant le principe dangereux de l'analogie à l'autorité du Coran. Les musulmans se subdivisent en quatre rites nommés Hanbalites, SchaféiteSy Malé-
kites et HanéfiteSy du nom de leurs fondateurs. Les sectes des Schyites sont aussi en grand nombre, parmi lesquelles on cite les Nosâairis, les Motoualis, etc.
Les Schyites prétendent qu'Ali, gendre de Mahomet, aurait dû hériter le trône califal avant les califs Ébou- Beker, Omar et Osman ; ils ne reconnaissent pour califs que les douze imams, dont Âli est le chef et la souche , et dont le douzième, Mohamraed-ben-'Hassan, disparu dans une grotte de Hella, à la^ de douze ans, en 160 de Thégire (873), termine la série des imams révélés. C'est le même imam que les Persans croient toujours vivant dans la grotte ou il demeure invisible, jusqu'à ce qu'il reparaisse à la fin du monde, sous le nom de Mehdi (celui qui conduit). De ce schisme est résulté rinimitié entre les Turcs et les Persans, à la suite de la réforme opérée par le schah Ismaèl, dans le sens des Schyites.
On cite encore deux autres sectes, très-différentes des Sunnites, les Yézides et les fFahabites; la première parait être formée des débris des sectes de Mages, de Manichéens et de Sabéens; ils en conservent un mélange de croyances chrétiennes et musulmaiies. LesWahabites n'admettent d'autre autorité que celle du Coran, interprété par la raison individuelle, san& soumission aucune aux prophètes ni aux imams.
Le clergé turc fait partie des ulémas ; le mufti ou Scheik^ul-'islam en est le directeur. Il nomme à toutes les places vacantes; sa charge est viagère et il ne peut être puni que par la desdtulion et l'exil. Immédiatement après lui viennent les quatre conseillers du cooaistoire
olloman : 1^ le Cheik-ul-islam kiajossi (procureur du scheik); 2" le telchisdschi (référendaire); 3^ le mektoufdschi (chancelier) et 4° le fetwa émini (préposé à la chancellerie où les fetwas sont expédiés).
Les ministres du culte mahométan sont divisés en cinq classes et comprennent les cheikSy les khatibs, les imams, les muezzins et les cayims.
Les cheiks sont les prédicateurs ordinaires des mosquées; ils ne forment qu'une seule classe dans tout lempire. Le cheik n'est point un ministre du culte proprement dit, c'est un uléma de Tordre des muderris (professeurs), qui a sa chaire dans une mosquée au lieu de l'avoir dans un médressé, pour obéir au terme de la fondation d'un vacouf.
Les khatibs sont les prêtres qui font, tous les vendredis, dans les mosquées, les prières publiques pour le Sultan régnant. Cette prière et le droit de battre monnaie, forment les deux premiers attributs de souveraineté des monarques ottomans.
Les imams dirigent le service ordinaire de la mosquée; le chef des imams, près la mosquée, fait les circoncisions, les mariages et les enterrements.
Les muezzins sont des hommes chargés de monter sur les minarets des mosquées, pour appeler, dans la formule consacrée, les fidèles à la prière.
Les cayims sont les marguilliers de la mosquée; ils n'exercent que les fonctions les plus infimes, telles que de veiller aux portes, de nettoyer les nattes, etc. Ces derniers, comme les muezzins et les imams ne font point partie de l'uléma.
Le nombre des prêtres est proportionné à Timportance des mosquées; mais les plus grandes n'ont jamais plus d un cbeik et d'un khatib, de deux imams, de douze muezzins et de vingt cayims. Dans les petites mosquées, trop pauvres pour entretenir ce personnel nombreux, le même individu est chargé du soin de réciter la prière, d y appeler les fidèles et de nettoyer les nattes.
Directement, le culte musulman ne coûte rien aux Turcs; leurs prêtres sont rétribués au moyen des revenus des vacoufs, augmentés par un subside annuel alloué sur les fonds du trésor ; de plus, aucune cérémonie religieuse n est un objet de gain pour les ecclésiastiques.
Les derviches sont les religieux de llslam ; ils peuvent être assimilés à nos moines et leurs sofis ànos mystiques. Les derviches, ennemis irréconciliables des ulémas, sont les plus fanatiques de tout le clergé turc, parce que leur dévotion n est qu'une spéculation mensongère et ne trompant que les plus ignorants. Ils vivent çà et là, au nombre de cinq, dix ou quinze, ou même sont isolés au milieu de la population. La plupart sont habitués à voyager pour s'amasser plus vite de l'argent. Le nombre des ordres des derviches s'élève à une trentaine. Ceux dont l'organisation se lie davantage à celle de PÉtat, sont les nakschbendiSy les mevlevis ou tourneurs, les bektaschis, les kadris^ les chalwetis ou ermites, les rufaai ou hurleurs, etc. Tous ces ordres ont leur costume particulier, et leur coiffure, qui consiste le plus souvent^en un chapeau pointu de feutre gris, constitue la principale différence.
Conformément à leurs statuts, les derviches sont
tenus de répéter, au moins deux fois par jour, les sept noms mystérieux de Dieu , noms également employés dans Tordination, et qui sont :
1** Ilah illallah — il n'y a point d'autre Dieu que Dieu!
2^ lallah — ôDieu!
3*^ lahu— ôlui!
4® la hakk — ô le vrai des vrais !
5° la hajj — ô le dispensateur de la vie !
6* la kajum — ô le Dieu éternel !
7* la kahbar — ô vengeur des vengeurs !
Ces sept noms mystérieux font allusion aux sept cieux, aux sept terres, aux sept mers, aux sept couleurs, aux sept planètes, aux sept métaux et aux sept tons.
Les derviches, bien plus que les ulémas, sont les ennemis nés de la réforme. Le Sultan Mahmoud n'avait pas craint de supprimer les janissaires (15 juin 1826), mais il n osa pas continuer la destruction de ces moines fanatiques, à cause, probablement, de l'ascendant qu'ils exercent sur les musulmans.
DEUXIÈME SECTION. Cemmanaaiés chréliennes et Israélites.
Outre l'islamisme, le gouvernement turc a reconnu jusqu'ici cinq autres communautés religieuses. Ces conûmunautés comprennent les rayas, ou sujets non musulmans, gouvernés, sous la surveillance de la Sublime Porte, par leurs patriarches respectifs et par le grand rabbin des Israélites, savoir :
1^ La communauté grecque, composée de tous les sujets ottomans professant la religion dite grecque^ orthodoxe;
2^ La communauté arménienne;
3o La communauté arménienne unie, détachée de la précédente en 1829, et composée des catholiques arméniens;
4° La communauté latine, composée de tous les sujets ottomans du rite latin, autres que les Arméniens, savoir : les catholiques albanais, bulgares, croates et bosniaques ; les Grecs-Unis et Melkites , les Chaldéens et Syriens-Unis, les Maronites.
5^ La communauté israélite.
Les quatre premières communautés constituent ce qu'on appelle l'Église d'Orient; les différents rites sont égalament désignés sous les noms d^Eglise dite Orthodoxe ou Gréco-Russe, Église Chaldéenne ou Nesterienney Église Eutichéenne ou Monophysiie; cette dernière est subdivisée en quatre branches : les Arméniens, les Syriens- Jacobites, les Coptes et les Abyssiniens; dans chacune de ces quatre sectes, on trouve une faible portion de catholiques, qui, sous les noms d'Arméniens-Unîs , de Coptes-Unis, etc., ont leurs patriarches et leurs évéques particuliers ou se rattachent directement à l'Église romaine.
Le gouvernement ottoman ne contribue en rien aux frais de ces différents cultes ni à ceux de l'enseignement public des rayas. Il suit encore, à cet égard, le système adopté par Mahomet 11 , le conquérant de Constantinople, lorsqu'il disait au peuple vaincu devenu rayas :
c< Travaille, prie et paye comme tu l'en tendras! ; mais paye surtoot, car tous me répondent de tous. »
M. Ubicini évalue à 71 millions les schismatiques de l'Église d'Orient, dont 64 millions d'Orthodoxes, 6 millions et demi de Monophysites et 40,000 Nestoriens. Sur ce nombre, un peu plus de 13 millions appartiendraient à l'empire ottoman, savoir : 10 millions d'Orthodoxes, 3 millions de Monophysites, dont 2,375,000 Arméniens et 65,000 Jacobites.
Le schisme des Églises grecque et latine a commencé sous le patriarche Photius, en 858, et fut consommé, par le patriarche Cérularius, en 1053. Les Grecs orthodoxes nient à la fois la suprématie du pape et le dogme qui fait procéder le Saint-Esprit du Fils; ils ne croient pas au purgatoire ni à l'éternité des peines ; les autres points en litige ne regardent que le rite ou la discipline intérieure de l'Église.
Le schisme de l'Église nestorienne, introduit par îfestorius, patriarche de Constantinople, en 428, ne porte également que sur deux différences essentielles^ l'admission de deux natures et de deux personnes en Jéstts-Christ et la non-procession du Fils.
L'Églisp eutychéenne est fondée sur la doctrine de l'archimandrite Eutychèse et n'admet en Jésus-Christ qu'une seule personne. Dioscore, patriarche d'Alexandrie, introduisit cette doctrine en Egypte, d'où elle se répandit chez les Coptes et les Abyssiniens.
Le schisme arménien a été définitivement consommé par le deuxième concile assemblé à Tevin en 596. L'Église arménienne nie la primauté du siège de Rome;
elle rejette le ooncile de Chalcédoiae; elle ae croit pas que le SaiDtr-Esprit procède du Père; elle uîe les deux natures de Jésus-Christ; elle rejette le purgatoire, les iudulgeuces, et consacre certains rites du paganisme, comme le sacrifice des animaux.
En Turquie, TÉglise greaque orthodoxe recoqnait quatre patriarches : ceux de Constantinople, d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem (i).
Le patriarcat de Constantinople comprend dans sa juridiction 108 éparcfùes (diocèses), dont 86 ont le titre de métropole. Sur ces 86 métropoles on en compte 58 dans la Turquie d'Europe, 16 dans la Turquie d'Asie et 12 dans l'Archipel. Les 58 métropoles appartenant à la Turquie d'Europe, sont : Héraclée, Derkon, Salonique (avec huit suffragants) , Tirnova (avec trois suffragants), Andrinople, Pelagonia» Janima (avec quatre suffragants), Didymoticos, Besroë, Bosna-Seraï, Larisse (deux suffragants), Drama (un suffragant), Philippopoli, Arta, Seres, Mélénique, Prespée, Enos, Messembria, Widdin, Drystra, Sesannion, Sopbia, Nissa, Xanthe, Hanos et Chora, Demetriade, Ëlassona^ Gassandria, Cora et Durazzo, Preslava, Pc^aniluia, Drianopolis, Niseh, Scopia, Hersck (Herzégovine), Kustôadil, Samakov, Rascoprezrenia, Nissava^ Castoria, Bodena, Goritza, Fanaropharsalè, Stromnitza, Grevena, Varna,
(i) En Rassie, l'autorité spirituelle réside toute entière dans le Czar.. L'administration temporelle de TËgiise est confiée à un synode, composé de métropolitains et d'archevêques, sous la présidence du métr<^Utain de Novgorod et d'an délégué laïque qui adresse, chaque année, son rapport à l'empereur, sur les affaires 4e l'ËgUse.
Anchiale, Maronia, Silivria, Sozonagathopole, Zwornik, Moglena, Devra, Tyrolloê, Melissos, Mezzovo, Letitza. Les 16 métropoles appartenant à la Turquie d'Asie sont : Césarée (Gappadoce), Ephèse (avec deux suffragants), Cyzique, Nicomédie, Nicée, Chalcédoine, Amasie. Brousse, Néocésarée, Iconium, Psidie, Trébizonde, Smyme(un suffragant), Angora, Philadelphie (Lydie), Babylone. Dans les îles : Crète (avec onze suffragants), Rhodes, Chypre, Mitylène, Samos, Chio, Lemnos, Imbros, Cos, Proconèse (Marmara), Carpathos et Cassos.
La juridiction du patriarche d'Alexandrie, le second en rang dans la hiérarchie de TÉglise d*Orient, est bornée aux quatre archevêchés de Lybie, de Memphis, de Péluse et de Metelis.
L'autorité du patriarche d'Antioche, le véritable successeur de saint Pierre, d'après les écrivains orthodoxes, s'étend sur vingt évêques ou métropolitains, dont les sièges sont disséminés dans la Syrie, l'Arménie, la Mésopotamie, la Phénicie, l'Arabie, la Cilicie et le mont Liban. Sa résidence habituelle est à Damas.
Le patriarche de Jérusalem a sous son autorité quatorze métropolitains ou évêques, la plupart honoraires. Le titulaire réside ordinairement avec une partie de son clergé à Constantinople, afin de protéger plus efficacement le monastère du Saint-Sépulcre («).
(I) Une partie des édifices conslraiis dans les sièdes précédents sor les I1«ux auxquels se rattachent Thlstoire et le martyr de Jésus-Chrl^, ont été détruits par les musulmans; d'autres sont tombés en ruine. Cependant, presque toutes les nations chrétiennes ont conservé, à Jérusalem et dans
30i L'EMPIRE DE TURQUIE.
En dehors des quatre patriarcats, les deux archevêchés d*AIep et du mont Sinaï, ont une organisation particuh'ère indépendante.
En sonime, on compte dans les possessions immédiates du Grand-Seigneur, 182 patriarches métropolitains ou suffragants, pour une population d'environ 6 millions d'âmes, ou 1 pour 39,474-
Le patriarche de Constantinople est le chef de la communauté grecque en Turquie; il exerce sa double autorité, spirituelle et civile, collectivement avec le saint synode qui représente le pouvoir législatif. Le synode est composé des douze métropolitains de Césarée,
ies etiTiroDs, des eoHvenU et des lieux de pèlerinage. Parai les monomeiKs qui existent eacore aujourd'hui, on cite les suivants :
L^église catholique de TAnnonciation à Nazareth \ A-aj-rtanMii
L'église de la Nalivilë à Bethléem ♦ à loTs
L^église du Saint-Sépulere à Jérusalem % . , . I
L'église de la Sainle-Vierge à GeUisémani } *** "'®''
L'église catholique de Tibériade où saint Pierre reçut sa mission. \ a nnartenanl
L'église catholique de la Flagellation à Jérusatem. ...... 1
La grotte de T Agonie à Getsemani . I
L'église ealholique de saint Jean in «onfono J cathoUques.
L'église grecque de Cana, sur les lieux où le Christ changea l'eau en vin.
Dans la plupart de ces églises il y a des sanctuaires et des lieux de pèlerinage tels qu'autels, chapelles, grottes, etc., occupés par Tune ou Pautre des sectes chrétiennes ou par plusieurs ensemble.
L'église de Sichem, bâtie par sainte Hélène â rendroit du p«i|s de Jacob et l'église catholique de la Transûguration sur le mont Thabor, sont actuellement détruits.
Les Turcs ont fait une mosquée de l'égiisede ta Présentation que Jastfoien fit construire dans l'enceinte du Temple de Jérusalem. L'église des Apôtres sur le mont Sion, l'église de l'Ascension sur le mont des Oliviers et l'église de la Décapitation è Sébast, sont également occupées par les Turcs. Rs se sont emparés d'autres édifices ou églises, eatre autresdeia maison de Pliate dont Ils ont fait une caserne et de la prison de saint Pierre qui appartient aujourd'hui à un marchand turc.
d'Ephèse, de Nicomédie, d*HéracIée, de Salonique, de Chalcédoine, de Dercoa, d'Andrinople, de Nicée, de Tirnova, de Cyzique, d'Amasie, sous la présidence du patriarche. En 1847 on a adjoint au synode trois membres laïques qui n'ont voix délib^ative que lorsqu'il s'agit d'affaires temporelles.
Le synode forme le grand conseil de la communauté; il s'assemble à jour fixe dans une salle du patriarcat; il nomme à toutes les éparchîes ou diocèses vacants dans la juridiction du patriarcat de Constantinople; il connaît en appel de tous les jugements rendus par les évêques dans leurs diocèses; il surveille et dirige les écoles; il règle et distribue les impôts, dont le montant est versé dans la caisse patriarcale; enfin il délibère sur toutes les mesures d'intérêt général que le patriarche, son représentant auprès du gouvernement, est chargé de faire exécuter. Les décisions du synode sont souveraines en matière de foi et de discipline, mais pour tout autre objet, elles doivent être soumises à l'approbation de la Porte. Il reçoit chaque année les comptes de la commission chargée d'administrer les dépenses et les revenus de la communauté.
Les revenus de la caisse patriarcale peuvent monter de 80,000 à 100,000 francs par année; ils se composent : 1^ des revenus de la chancellerie; 2^ des sommes payées, à titre de présent, par chaque métropolitain ou archevêque, soit lorsqu'il est promu à un siège vacant, soit lors de Fintronisation du patriarche; 3^ de la collation des éphimérieSy ou cures dépendant de l'Église patriarcale; 4^ enfin, du produit du droit
de 10 p. c. que le patriarche, en sa qualité déjuge civil de son diocèse, prélève sur toutes les causes portées à son tribunal.
Le patriarche est élu par le synode, avec l'assistance des délégués delà nation convoqués eitraordinairement Le patriarche a sous sa dépendance tous les dignitaires du patriarcat; ceux-ci se partagent en deux classes, de cinq membres chacune, désignées sous les noms de première et de seconde pentas. Dans l'une sont ie grand logothète ou archichancelier du patriarcat, le skevophylax ou chef du garde-meubles, le chariophylax ou archiviste, le grand ecclésiastique et le grand orateur. La seconde comprend le grand économe^ le protonotairey le référendaire^ le primieier et larcAichantre. A la suite de ces grands dignitaires viennent une foule d'officiers subalternes qui portent aussi le nom de clercs. La plupart de ces charges ne sont que des sinécures assez productives par suite du mode de rétribution en vigueur dans l'Église grecque, par lequel toutes les charges ecclésiastiques, depuis le patriarche jusqu'au dernier papas, se payent les unes aux autres leur rançon.
Le clergé grec est divisé en deux ordres : le premier ordre, composé des hieromonacki, ou prêtres voués au célibat, comprend, outre le clergé régulier, tous les dignitaires de l'Église^ depuis le patriarche jusqu'aux évoques; le second est formé de tout le bas clergé, tel que les papas, diacides, sous-diacres, etc., qui peuvent se marier avant d entrer dans les ordres.
Les métropolitains et archevêques sont nommés par
le synode; eux-mêmes choisissent leurs suffra^ts. Chaque prélat, en prenant possession de son éparchie, est contraint de verser, entre les mains du patriarche^ une somme à titre de présent (philôtimon) qui varie de 15,000 à 80,000 piastres.
Les diverses éparchies sont ainsi tarifées suivant leur importance. Les attributions, tant religieuses que civiles, sont les mêmes que celles du patriarche dont ils sont les représentants dans les diocèses.
Voici *le taux approximatif des droits épiscopaux :
1^ Chaque village est obligé de payer SO k 60 piastres et un mouton pour une messe, 10 à 50 piastres pour une messe de mort; 50 à 100 piastres pour une messe de mort qu'on nomme 40 liturgies.
2^ Chaque famille paye annuellement un droit de cheminée de 10 paras, et en nature une certaine quantité de blé, d'huile, de vin, de soie, etc. Dans les héritages, l'évéque reçoit, d'après le droit coutumier, jusqu'à un tiers de la succession pour dire des messes pour le défunt.
3^ Chaque prêtre doit à son nouvel évèque un présent d'un isokare ou écu de 5 francs; 20 paras par famille de 9Km village pour le droit d'y exercer sa charge; l'ordination de chaque prêtre rapporte à Tévêque 100 à 150 piastres; s'ils sont mariés, la somme s'élève de 200 à âOO piastres.
4^ Aucun mariage, dans l'Église grecque, ne peut être célébré sans une dispense. Les permis de mariage se payent 5, 10 et 15 piastres ; pour les seconds mariages on exige 25 à 50 piastres; pour les troisièmes, 50,
100 à 200 piastres. Les divorces- sont taxés suivant les fortunes et les caprices des évéques. La confessioD^ labsolution, la comnmnioa aux malades, le baptême, sont également des sources de revenais pour ces prélats^ Les évêques tirent aussi de l'argent des. couvents de leurs diocèses. Pour lever tout ce casuel, et pour bénir en même temps avec ou sans eau bénite et à prix d'argent toutes leurs ouailles de maison en maison, les évèques font au moins chaque année une tournée dans leur diocèse. La première tournée d'un nouvel évéque est surtout très-fructueuse.
Les évêques peruvent requérir l'assistance de l'autorité turque pour la rentrée de leurs revenus qui peuvent se monter de 15,000 à 100,000 piastres, suivant l'étendue et la richesse des éparchies. Cette évaluation ne porte que sur les sommes perçues légalement, en vertu des privilèges du bércU (diplôme d'investiture); mais les évêques, par les exactions exercées envers leurs ouailles, quintuplent les revenus de leurs menses. Les charges obligatoires de la mense sont évaluées au quart du revenu légal et consistent dans l'intérêt du capital et du prix du bérat, ainsi que dans le montant des redevances annuelles que l'évêque est tenu d'acquitter, soit envers le synode, soit envers le patriarche.
« Chaque métropolitain, dit M. Ubicini (i), est entouré d'un nombreux domestique, composé de clercs, de moines, d'évêques mêmes (car, en Turquie, tout ecclésiastique, aspirant aux hautes dignités de l'Église, doit passer d'abord par les fonctions serviles), qui lui (1) Ubicini, tome II, page 138.
présentent la pipe, le servent à taWe, lui tiennent Tétrier et le suivent à pied par la ville, en marchant de chaque côté de son cheval. Du reste, ces fonctions, conformes aux usages des Turcs, n'impliquent aucune idée de déshonneur; elles constituent une sorte de noviciat, analogue à celui des écuyers dans la coutume féodale. Pendant les intervalles que leur laissent leurs occupations ,Jes jeunes clercs apprennent là lecture et le plain-chant; de là, ils passent à l'étude du grec littéral et des saintes Écritures; après quoi, ils sont attachés à quelque monastère, d'où ils ne tardent pas, avec Taide de leur patron, à arriver à Tépiscopat ».
Le clergé d'une grande paroisse comprend le proest08y le pneumaticùs y Véphdnérios, les diacres, les chantres, le canonarque et le condelanaptis ou bedeau.
Le proestos est chargé de réciter dans l'office divin rOraison dominicale, le Credo, etc., ainsi que des cérémonies extérieures du culte, tels que baptêmes, mariages, enterrements.
Le pnmmaîicos remplit les fonctions de confesseur de la paroisse ; il doit être âgé d'au moins quarante ans et être muni d'une permission par écrit de Tévêque.
Véphimérios ou papas, célèbre l'office divin, chante les vêpres, les matines, et prend un rôle dans toutes les cérémonies de l'Église.
Les diacres et les chantres peuvent être ordonnés ou séculiers; le canonarque ou lecteur récite les hymnes psalniodiées par les chantres.
Tou$ ces serviteurs sont revétçis de la prètrke, à l'exceptioa du condelanapiis (eelai qai allume les cierges) ou bedeau*
Dans la plupart des églises de villages et même de villeSy ce personnel se réduit à lephimérios, qui cumule toutes les fonctions, assisté d'un chantre et d'un oa de deux auxiliaires.
. Le prêtre est regardé comme le père spirituel de sa commune, d'où vient son nom de papas, en slave ^p et en valaque popa.
Les papas peuvent être mariés, mais à la condition que le mariage ait précédé leur entrée dans les ordres. Aussi presque tous les curés de campagne sont mariés; ils sont en général plus laborieux que les célibataires, qui sont aussi moins bien vus de leurs paroissiens et de leurs chefs ecclésiastiques. Cependant le curé devenu veuf ne peut plus convoler en secondes noces. On reeonoaU le papas à un bandeau de mousseline qui garnit son bonnet.
Chaque paroisse un peu importante est administrée par des éphores élus chaque année par. les habitants. Ces éphores ont de plus dans leurs attribuUons la surveillance des écoles du quartier ou de la commune attenant ordinairement à l'église,
En général, les églises n'ont ni clocher ni cloches, le gouvernement turc défend aux chrétiens l'usaga des cloches pour la célébration de l'office, et déplacer 1^ croix sur les clochers; il n'y a que certains couvents, en fort petit nombre, qui aient le droitd'avoir desoloches. On les remplace parle bruit d'une crécelle, bien entendu quand les Turcs le permettent,
Les chrétiens de ta Turquie ont l'habitude de bâtir leurs églises loin des grandes routes, dans des lieux écartés, dans des forêts, ou de les masquer par des arbres pour les dérober à la vue. Les Turcs en ont détruit beaucoup, surtout dans les villes, et dans les campagnes on voit encore les ruines de petites églises qui témoignent de leur intolérance. Malgré ces dévastations, la plupart des chrétiens sont restés plus que jamais attachés à la foi de leurs pères, et ont continué leur culte comme ils Tout pu.
Cependant, depuis la dernière guerre d'Orient, le gouvernement turc se montre plus libéral; le Sultan acccH^e îiutant d'autorisations, pour la réparation ou la construction des édifices du culte, qu'on lui en demande; il se montre moins sévère à l'égard du droit d'élever des clochers et d'y placer des cloches, bien que le hatli-humayoun de 4856 garde un silence complet à ce sujet, car partout où les chrétiens ont élevé des clochers, ils ont été protégés par l'autorité turque.
Les prêtres doivent dire la messe, marier, baptiser avec de l'eau et de l'huile, offrir l'huile sainte aux malades, administrer les sacrements sous les deux espèces. Pour donner la communion, le prêtre grec met du vin et du pain dans une petite cuiller et le verse lui-même ainsi dans la bouche du communiant. Les moines grecs boivent quelquefois à la santé des saints dans les églises. Les papas ne peuvent confesser qu'en vertu d'une permission particulière de l'évèque ; aussi la confession a-t-elle lieu presque entièrement auprès des évêques et des moines, parce qu'ils inspirent plus de respect que
les papas, qui sont en général d'une ignorance qui dépasse toute croyance. Un très-petit nombre de papas sont en état de comprendre le pseautier et les autres livres composant le rituel.
Le revenu du papas varie suivant les provinces et Timportance de la succursale; il reçoit pour un mariage 3y b à 10 piastres; pour un baptême, des bas, ou 1 à3 piastres; pour un enterrement, 3 à 5 piastres; pour une messe des morts, 5 piastres. On le paye pour d'autres messes, des prières pour des malades, Textréme-onction et pour l'eau bénite. On fait des collectes pour lui quatre à cinq fois Tannée dans Téglise, et on va aussi collecter dans les maisons de l'huile, du vin, du blé, de la soie, etc. Le curé bénit plusieurs fois dans l'année, à prix d'argent, les champs, les semailles, l'aire pour battre le blé, les maisons nouvelles, les vaisseaux, les filets; il anathématise certains insectes destructeurs; en un mot, le curé va quêter, en offrant des prières en échange. Sur le produit de son mince casuel et de ses quêtes, le papas doit solder l'arriéré du prix de son ordination et de l'achat de sa cure, payer à son évèque deux ducats par an, sous peine d'excommunicatUm ^ enfin, se racheter à chaque moment de l'interdiction, dont il est menacé pour la moindre peccadille. Toutes ces sommes prélevées, il resterait au pauvre papas rarement de quoi vivre, lui et sa famille, quelque modique i que soit la dépense d'un prêtre de village , habitué à | vivre comme un simple paysan, s'il n'y ajoutait le pro- | duit de quelque profession manuelle, car tout prêtre, en Turquie, sous peine d'être exposé à mourir de faim,
doit savoir travailler de ses maios. La plupart cultivent la terre; les autres sont charrons, menuisiers, etc.; on en rencontre qui sont maîtres de postes ou aubergistes. Les papas ne se distinguent des paysans que par la barbe, le bonnet bas, rond en haut, et le bâton. Cependant les rétributions à payer aux ministres du culte forment une des dépenses les plus considérables à charge des communes chrétiennes. M. Ubicini cite le village de Parietos, dans la vallée de ïempé, dont la population est de 529 habitants, qui payent à Tcglise une redevance de 7,035 piastres, soit, en moyenne, un peu plus de 3 francs par individu, en y comptant les enfants; le quart à peine de cette somme reste au pauvre papas; le reste va à levêque, à ses acolytes, aux monastères. La redevance que payent à leur clergé les 6 millions de grecs-orthodoxes de la Turquie d'Europe, y compris les trois principautés, s'élèverait ainsi à 18 millions de francs par an.
« Et, cependant, dit M. Ubicini (<), ces prêtres de village, si ignorants, si misérables, si avilis, valent mieux cent fois que le haut clergé. Fanatiques de bonne foi , c est par eux que la religion s est conservée parmi les chrétiens de la Turquie, parce que les populations opprimées ont, avant tout, besoin de croire, et qu'une sorte d'instinct les avertissait que le pauvre papas, bien que placé au milieu d'elles comme un instrument de ruine, n'était pas leur ennemi volontaire, mais une victime comme elles, un compagnon, un frère en souffrance. Aussi, étaitrœ toujours à eux que le peuple avait
(1) Tome II, page 167 et 168.
recours quand il avait besoin soit de conseils, soit de consolations. Ils ne l'instruisaient pas, fliais ils Texhortaient à la patience par leur exemple, et le consolaient de ses maux présents par le souvenir de pieuses légendes et d'anciennes traditions, appuyées de Tautorilé des miracles, qui lui montraient dans un avenir prochain la fin de la domination des Osmanlis et le triomphe définitif de la Croix. »
Les moines grecs sont de Tordre de Saint-Basile; ceux de Tordre de Saint-Antoine ne résident que dans le Liban et au mont Sinaï.
Le gouvernement turc protège les couvents ; les prédécesseurs du souverain actuel les considéraient comme une mine inépuisable à laquelle ils puisaient dans tous les moments d'urgence. Aussi beaucoup de couvents sont endettés et ne payent les intérêts de leurs emprunts qu'avec l'assistance des fidèles ou même de l'étranger. Les moines exercent noblement l'hospitalité; les couvents placés dans des lieux écartés oflFrent seuls aux voyageurs européens des lieux de coucher dans certaines traversées de montagnes. Cet usage d'héberger les étrangers dans les couvents est si ancien, que dans tous il y a des locaux exprès pour leur réception. La guerre de Tindépendance détruisit beaucoup de couvents dans la Turquie d'Europe; aujourd'hui, on en trouve encore un grand nombre dans TÉpire et la Macédoine; il y en a peu dans la Bulgarie et dans la Thrace et encore moins dans la Bosnie et l'Herzégovine. Dans la Valachie et la Moldavie on rencontre beaucoup de monastères purement slaves qui sont en grande partie
dédiés aux communautés grecques du Saint-Sépulcre , du mont Sinaï ou du mont Athos. On évalue à 10 millions de francs au moins la totalité du tribut que les deux principautés réunies payent chaque année aux monastères grecs, situés hors du pays. Sur celte somme, les monastères de TAthos y figurent pour un quart environ.
Les monastères les plus renommés de la Turquie sont ceux du mont Athos, du mont Sinaï et des iles des Princes.
Le mont Athos, que les Grecs appellent Hagion Oros (la Sainte-Montagne), est situé au milieu de la presqu'île chalcidéenne, longue de 40 et large de 6 kilomètres, qui sépare le golfe de Monte-Sanlo de celui d'Orphano; il a environ cent quinze kilomètres de circonférence à sa base. La montagne s'abaisse graduellement vers le continent et la plus grande altitude de Tisthme qui l'y rattache est à peine de cinq mètres. La largeur de cet isthme est évaluée à deux kilomètres et demi ; c'est là que l'on voit encore les restes du canal creusé par Xerxès pour le passage de son armée, lorsqu'il voulut conquérir la Grèce. L'Athos, sur la cime duquel la neige ne disparait jamais, fait à trente milles à la ronde l'office de fanal pour les navigateurs de la mer Egée. Il est couvert de forêts, et dans ses vallées les plus basses, de vignobles et de bosquets d'orangers et de figuiers. De vastes enceintes, fermées de hautes murailles crénelées, et semblables à de petites villes, couronnent les hauteurs de la n>/ tagne ou sont adossées à ses flancs. Ce sont les (^ ^ures des moines ou ca-
b^ L'EMPIRE DE TURQUIE. -
loyers. Chacune d'elles communique avec la mer par un chemin qui descend, au moyen d'une multitude de détours, jusqu'au rivage, où il aboutit à une petite crique servant d'échelle au monastère.
Le mont Athos comprend vingt à vingt-quatre grands monastères, occupés par des communautés grecques, russes, moldaves, serbes et bulgares. Ces communautés sont les propriétaires de la presqu'île, pour laquelle ils payent à la Porte une redevance annuelle. Suivant M. Ubicini, chacun de ces monastères renferme de six à trente-trois églises, deux cent cinquante cellules isolées, avec autant de chapelles, cent cinquante ermitages et dix villages, composés de maisons éparses, en tout neuf cent trente-cinq églises, chapelles ou oratoires. Quelques-uns des couvents servent d'exil aux ecclésiastiques qui ont manqué à leurs devoirs et qui sont tombés simplement en disgrâce auprès du patriarche de Constantinople. Les plus grands monastères sont au nombre de cinq, savoir : la Grande-Laura, fondée par Nicéphore; les monastères de Vatopédion, fondés par Constantin et rebâti par Théodose; d'Iphirôn, fondé en 600 par Théophanie, femme de Romanos et restauré par Iberia; de Chilendari, fondé par le roi serbe Etienne Nemanial®'', qui y mourut, sous le nom du moine Siméon , et dans lequel son frère, le Saint-Sava, passa une partie de sa vie ; enfin^ le monastère de Saint-Denis, fondé par Alexis Comnène de Trébizonde. Les couvents de Chilendari et de Zographo sont occupés par des moines bulgares et l'office s'y fait en slave. Tous les autres couvents sont grecs, à l'exception de celui de Roussikon, fondé
par rimpératrice Catherine pour des moines russes. Chacun de ces couvents a ses reliques et son miracle. Il y a dans tous les monastères une ou plusieurs bibliothèques et de volumineuses collections de manuscrits, auxquelles ont appartenu un grand nombre de précieux monuments de Tantiquilé classique, dont se sont enrichies les bibliothèques de TEurope.
On évalue à 6,000 le nombre des moines qui habitent les monastères du mont Athos ; ils se distinguent en moines ordinaires et en moines consacrés. Ceux-ci sont en général les plus instruits.
Chaque couvent a ses administrateurs spéciaux, composés du prieur (higomènejy nommé à vie, et à'épitropheSy élus chaque année par la communauté.
Outre ces dignitaires, il y a un pouvoir central composé de quatre chefs, qui siègent dans la métropole, placée au centre de la montagne, dans un lieu appelé Karia (lossuaire), en commémoration du massacre d'un grand nombre de Pères, en 1285, par Michel Paléologue. Au mois de mai, tous les couvents envoient à Karia leurs représentants pour élire ces quatre chefs, dont le président, 1 evèque de la Sainte-Montagne, doit toujours être d'un des cinq grands couvents, et auxquels sont adjoints un secrétaire et un trésorier. Ces dignitaires sont chargés de la correspondance avec le patriarche, leurs envoyés dans les grandes villes; ils arrangent les différends des marchands et des pèlerins. Ce pouvoir central a une garde de 18 hommes, sorte de gendarmes.
La vie des religieux se partage entre les exercices de
piété et les travaux manuels. Les uns s'occupent de travaux agricoles, les autres vaquent aux travaux de l'intérieur, confectionnent les habillements, fabriquent des croix, des chapelets et d autres menus ouvrages en bois sculpté qu'ils vendent aux touristes étrangers, ou qu'ils distribuent aux fidèles en retour de leurs aumônes.
Les principaux revenus des couvents consistent dans la culture des terres qui leur fournissent en abondance les divers objets de consommation. La pêche maritime les approvisionne de poissons. Quant au laitage , les monastères le tirent de leurs fermes , du continent et des îles, où ils entretiennent de nombreux troupeaux de vaches et de brebis , la règle qui interdit rapproche de la Sainte-Montagne à toute créature du sexe, s'étendanl aux femelles même des animaux.
Les aumônes et les offrandes des fidèles forment une autre branche de revenus des monastères de TAthos. Sur les six mille coloyers qui peuplent les monastères, un tiers environ est occupé à ces quêtes qui se renouvellent deux fois Tan. On en trouve jusqu'en Géorgie et dans les provinces qui avoisinent la Perse. Au retour, celui qui rapporte la plus grosse somme, court la chance d être élu higoumène de son couvent. Les produits des quêtes sont augmentés par les offrandes que les églises orthodoxes de Grèce et de Russie envoient chaque année à la Sainte-Montagne, ainsi que la part qu'elle prélève dans les revenus des monastères dédiés de la Valachie et de la Moldavie.
Lors de la guerre grecque, en 1821, les Turcs ont faitoccuper le mont Athos par 1,200 Albanais, qui y
sont restés pendant huit ans. Les couvents ont alors été tellement pressurés, qu'ils ont été obligés de vendre leurs vases sacrés et mêaie leurs bibliothèques. Des charettes de manuscrits ont été transportés à Seres et vendus presque pour rien.
Le monastère dû mont Sinaï compte une centaine de moines, voués à la vie la plus austère, sous un supérieur qui prend le titre d'archevêque et chef du mont Sinaï, Il est nommé par l'élection , mais reçoit l'investiture du patriarche de Jérusalem.
Les monastères des îles des Princes sont presque entièrement abandonnés. Ces îles forment un petit archipel de la mer de Marmara, à l'entrée du golfe'de Nicomédie, composé de cinq écueils et de quatre îles habitées, Proti, Antigoni, Khalkiet Prinkipo. Quelques moines habitent encore ces cloîtres, jadis si peuplés; d'autres ont entièrement changé de destination : le monastère de la Sainte-Trinité (Hagea Triada)^ dans l'île de Khalki, a été transformé en une école dépendant du patriarcat; celui de Saint-Georges, à Prinkipo, sert d'hospice pour les aliénés ; le patriarche de Jérusalem a sa résidence d'été dans un autre monastère de la même île.
Les couvents grecs de la Thessalie, connus sous le nom de Météores j ne sont plus qu'au nombre de sept; il y en avait jadis plus du double. Ces couvents sont situés dans la contrée la plus sauvage du Pinde, sur des rochers escarpés, de 150 à 300 pieds, et tellement à pic, que l'on ne peut y monter qu'à l'aide d'échelles, de filets ou de cordes, que Ton hisse au moyen d'une
poulie. Le plus renommé de ces couvents est celui de Météoron (Meta-Oraon demeure sur un rocher escarpé) rebâti en partie, en 1371, par Jean Paléologue.
L'église arménienne obéit à trois patriarches. Le plus élevé ei) dignité est le patriarche d'Ecmiazin dans TArménie russe. Les deux autres résident sur le territoire ottoman, l'un à Sis, en Cilicie, Vautre à Agthamar, petite île dans le lac de Van. On compte trente-six diocèses, outre un grand nombre d'abbayes qui jouissent du titre d'évéchés; trois de ces diocèses appartiennent à la Turquie d'Europe, ceux de Rodosto, de Varna et d'Andrinople.
La communauté arménienne ainsi jjue les autres sectes ont leur organisation et leur administration propres, à l'instar des grecs orthodoxes. Comme ces derniers, elles obéissent, en dehors de l'action du gouvernement turc, à une autorité ceçtrale, -représentée par le grand conseil de la nation et par le patriarche, à l'autorité locale des évêques et des municipalités. Elles sont représentées, auprès de la Sublime Porte, par les chefs de l'autorité centrale ou par des délégués pour y défendre leurs droits politiques, leurs intérêts religieux et matériels.
A la tète de la communauté israélite est placé le grand rabbin de Constantinople, élu par les notables, et assimilé, d'après la teneur de son bérat, aux patriarches des communautés chrétiennes.