‹ L'empire des légumesChapitre 13 sur 26 · DUO LE RIES V KG ETA LES · texte numérisé non relu

DUO LE RIES V KG ETA LES

Les Parisiens sont des sots.

Les bonnets rouges étaient portés par les radis démocrates bien avant la découverte de la garance, et les barricades furent avantageusement, pratiquées par ces bouillants révolutionnaires longtemps avant que les républicains de Paris eussent l’idée de dépaver leurs rues et de se retrancher derrière ces murailles improvisées.

C’est ce que tout être humain doué de quelque intelligence va comprendre aisément à la lecture de cette partie de mon voyage au pays des,Herbipèdes.

Et chacun conviendra que c’est bien le cas de s’écrier ici, avec le poète juif :

Vanitas vanitatum, et omnia vanitas !

Exclamation bien connue, qu’un traducteur moderne aussi élégant que fidèle a rendue ainsi dans notre belle langue :

Blague sur blague; tout n'est que blague ici-bas!

Mais je ne veux pas trop humilier mon espèce, d’autant plus, — avouons notre faiblesse! — que jusqu’à ce moment j’avais partagé cette opinion outrecuidante et saugrenue des grands politiques du temps moderne et des Parisiens d’aujourd’hui.

Ne sommes-nous pas tous sujets à l’erreur aussi bien les uns que les autres? — Soyons donc indulgents pour nos semblables

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et ne les traitons d’imbéciles que quand il nous est absolument impossible de faire autrement.

La modestie de la rave est bien propre à nous donner une leçon à cet égard. — Sachons tous en profiter.

Voici ce que je lis dans les commentaires de Cucurbitus, au sujet de cette humble race :

«r Gaillards robustes et bien plantés, sévères de mœurs, rudes

de forme, les individus de cette nombreuse famille ont une aptitude au travail que rien ne dérange.

« Us fouillent la terre avec vigueur, en tirent les sucs nourriciers, et se laissent sans mot dire dépouiller du fruit de leurs labeurs.

« Leur seul défaut est de ne pas résister au penchant de la boisson, lorsqu’on leur en verse, et de devenir, en satisfaisant trop cette passion, flasques, gonflés et atteints d’affections cancéreuses à l’estomac.

« A part cela, ce sont d’infatigables pionniers, de vrais laboureurs francs et naïfs , d’ardents ouvriers qui travaillent modestement loin des regards, et ne paraissent au grand jour que pour offrir le résultat de leurs veilles.

« Cette innombrable et cosmopolite espèce est généralement regardée avec indifférence et dédain par les melons et les concombres, les potirons et les citrouilles, voire même par les arti-

DROLERIES VEGETALES.

chauts et les asperges, malgré leur béate humilité. 11 n’est pas jusqu’à ces gros bourgeois de choux et ces insolentes chicorées qui n’affectent parfois à son égard la plus impudente hauteur.

« Un illustre cantaloup a dernièrement traité les raves et navets de vile multitude. Les radis blancs ont applaudi à ce mot un peu risqué ; mais les radis rouges en ont frémi d’indignation.

« Cependant ,* malgré leur humble obscurité,, ils ont eu une certaine vogue dans plusieurs républiques anciennes et modernes.

« Lycurgue, le fameux législateur Spartiate , avait la rave en haute estime, et en prescrivait la fréquentation intime aux Lacédémoniens jeunes ou vieux. La rave et le brouet noir, tels devaient être les aliments perpétuels de ces républicains austères.

« Malgré toute l’estime que je n’ai cessé de professer pour ce grand philosophe, je ne puis m’empêcher de le traiter de paltoquet.

— O Cucurbitus, comment un pareil mot a-t-il pu s’échapper

de ton auguste plume? En dissimulant si peu l’amertume de ton ressentiment contre cet apôtre illustre de la plus extrême sobriété

ne crains-tu pas, ô grand roi, que l’on ne t’accuse de ne pas rougir suffisamment de tes goûts sybarites et de tes habitudes de goinfrerie ?

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