‹ L'Empire des tsars au point actuel de la scienceChapitre 16 sur 367 · Édition do 1830, t. Il, p · texte numérisé non relu

Édition do 1830, t. Il, p

2. Ouvrage cité, t. Ier, p. 570 et passim. Z.tbtd., p. 548, 519 et 589.

ainsi, une analyse assez pénétrante pour trouver, parmi ces multitudes qui ne parlent que le russe, c'est-à-dire le slavon , quels sont parmi eux les hommes d'origine ouralienne et les hommes d'origine slave? n'est-ce pas comme si Ton prétendait discerner, dans la population française, lesquels descendent des Gallo-Romains, et lesquels des Francs ou Germains? Puis, quand même on réussirait à retrouver ces éléments opposés, qu'est-ce que cela prouverait? Que la vraie Russie appartient aux Polonais? Mais s'ils persistaient à soutenir cette prétention, sur quels alliés pourraientils compter? quelle est la puissance qui, en supposant même extrême son hostilité contre la Russie, serait disposée à défaire tous les traités, non-seulement à partir de 1772, mais déjà depuis 1667? Ne serait-ce pas là un remaniement radical de la carie de l'Europe, fait aux dépens de la Prusse et de l'Autriche aussi bien que de la Russie? un bouleversement politique qui, sans offrir de sécurité pour l'avenir, mettrait tout en question et ferait changer du tout au tout les bases de l'équilibre européen, tel qu'il s'est introduit depuis l'agrandissement graduel des cinq puissances principales constituant la pentarchie domi- • nante?

Sans doute c'est d'un patriotisme respectable que découle cette prétention polonaise; mais malheureusement elle ne se rapporte à rien de pratique, elle se heurte manifestement contre l'impossible.

D'un autre côté, nous n'hésitons pas à le dire, en ce qui concerne le nom de la Russie, seule question qui doive nous occuper ici, elle n'a pas non plus de fondement scientifique, comme nous allons essayer de le prouver.

Dans cette Russie de Moscou même, qu'on désignait aussi par abréviation sous le nom de Moscovie, le souverain usait du nom de toute la race, dans son titre, dès le XIVe siècle.

Déjà Siméon Ioannovitch le Superbe (mort en 4353) se faisait appeler grand-prince de toutes les Russies ou de toute la Russie*. Adopté ensuite définitivement par Ioann III Vassiliévitch (1462-1505), ce titre se modifia sous Alexis Mikhaïlovitch (1645-1676) en automate (samoderjetz) de la Grande et de la Petite- Russie, formule qui elle-même ne resta pas sans variantes*. Le premier dignitaire ecclésiastique, siégeant à Moscou, était métropolitain de toutes les Russies longtemps avant la création du patriarcat (1589), dont le titre se rapportait encore à toutes les Russies9. Même entre Polonais et Russes, dans les actes diplomatiques, on convint de ne plus faire de ce titre un sujet de querelle. En effet, dans l'article 2 du traité de Viazma, qui est de Tan 1634, il est dit expressément : «Le grand-prince ne se servira plus des titres de Smolensk et de Tchernigof; il n'étendra point son titre d'autocrate de toutes les Russies jusqu'à y comprendre la Russie polonaise, et de même le roi de Pologne n'étendra pas à la Russie moscovite son titre de souverain de la Russie.» Gela est-il assez clair? Naturellement l'étranger n'eut plus dès lors de motif pour protester contre le titre de tsar et autocrate de toutes les Russies : il se conforma à cet usage national. Nous affirmons cela , non-seu-

leraent relativement aux princes et aux hommes d'Etat en général, dans le langage officiel, mais aussi par rapport

1. Nous rendrons compte de cette variante plus bas, mais il nous faut expliquer dès à présent pourquoi, en opposition avec la plupart des auteurs, nous donnons aux princes le nom de Ioân ou Ioann à la place de celui à' Ivan, en apparence plus national. Déjà le nom patronymique de Ioannovitch substitué à celui ù' Ivanovitch , fait voir qu'on appelait les princes Ioann et non pas Ivân, de même que le nom de Dmitri se changeait pour eux en Dimilri, celui de Iourii (George) en celui de Ghéorghiï, etc. C'était un privilège honorifique auquel les pontifes participaient. La première forme, étant la forme biblique, devenait par cela même plus solennelle, plus digne de la majesté tsarienne ou princière.

2. Voir Hupcl, Staatsverfassung des Russisehen lieichs, t. II, p. 388.

Page 1