Voir la Russie, la Pologne et la Finlande, p
aux écrivains du dehors les plus autorisés, historiens, publicistes ou jurisconsultes , sans aucunement excepter, que Ton entende bien ceci , ceux de Pologne !
La cause des Polonais est la cause du malheur : nous ne voudrions pas lui manquer de respect, ni, dans de certaines limites , lui refuser même nos sympathies. Mais , après tout , il n'y a pas cause si sainte qu'il soit permis de faire mentir l'histoire en sa faveur. Or, que dit l'histoire par la bouche de ses organes polonais des premiers siècles après le Moyen- Age?
On peut consulter à ce sujet les citations que nous avons accumulées dans une autre partie de cet ouvrage1; mais nous n'avons même pas indiqué là les passages les plus décisifs. En voici un de Mathias de Miechow qui vécut jusqu'à Tan 1523, passage littéralement traduit du latin en français* : «Deux souverains principaux sont les maîtres des régions de la Russie, savoir le grand-duc de Moscovie, qui s'attribue le titre (que lui donnent maintenant aussi presque tous les rois de l'Europe3) d'empereur de toute la Russie
1. T. II , p. 387, noie 2, et p. 409, note 3. — Nous n'invoquons pas le témoignage de Jean Dlugosz, l'un des principaux historiens polonais, quoique Schlœzer ait fait remarquer que le nom de Moscovie ne se rencontre même pas dans tout son grand ouvrage. Car, d'abord, comme celui-ci {llisloria Poloniœ usque ad annum 1480, publiée en 1615) ne dépasse pas le XVe siècle, l'auteur pouvait ne pas juger a propos de s'occuper de la Russie orientale, et par conséquent le fait, si c'en était un , ne prouverait rien. En second lieu, l'assertion n'est même pas exacte, car il est question de la Moscovie, sous ce nom, au moias dans un passage, constaté par nous. Voir au liv. XIII, édition de 1712, t. II, p. U.
2. Tractai us de duabus Sarmaliis. Nous avons déjà emprunté à cet auteur une autre citation qu'il sera bon de reproduire ici dans son texte original. Prœterea a. D. 1228 in maximâ mullitudine Taitari Russiam ingredi entes t universam terram ftœsanska (Riaizàn) vastaverunt. De même l'historien lithuanien Koïalovitch (mort en 1677) dit (p. 251) de Tver, que cette ville est située in profundiori Russiâ.
3. Et nunc etiam ah omnibus fere Europœ regibus laits salutalur.
{Imperator totius Russiœ), car il possède dans son territoire plusieurs duchés (principautés). Le second est le roi de Pologne, qui règne aussi dans le grand-duché de Lithuanie et possède, par incorporation, les duchés lithuaniens de la Russie1, savoir Vitepsk, Kief, Mstislaf, etc.» Nous trouverions à emprunter des passages analogues à Striykowski , né en 1547, à Jean Krasinski, qui écrivait en 1574, à Alexandre Guagnini, né en Italie en 1538, mais qui passa sa vie en Pologne*, etc. C'est en vertu de la parfaite connaissance qu'ils avaient de ces faits, que les Polonais appelaient les provinces russes de leur domination, non pas Russie, ni même Rvthénie, mais Tenues russienncs, c'est-à-dire détachées de l'empire de Russie.
Cette manière de voir est confirmée par un étranger, Fidler, qui, ayant passé quelque temps à la cour de Moscou, composa un panégyrique du tsar Boris Godounof. Voici comment il s'exprime dans cette pièce, qui est du commencement du XVIIe siècle : « Tant le tsar que le métropolitain prétendent au gouvernement de toute la Russie, quoique une partie de celle-ci soit soumise au sceptre du roi de Pologne. »
Mais nous avons là-dessus des témoignages encore plus positifs d'écrivains occidentaux plus dignes de foi.
Commençons par ^Eneas Sylvius Piccolomini, le savant et hahile secrétaire du concile de Baie, qui, en 4458, devint pape sous le nom de Pie IL Voici ce qu'on lit dans son ouvrage De Poloniâ, Lithuaniâ et Prussiâ : « Les Russes.... confinent avec les Lithuaniens.... On rapporte qu'il y a chez
1: Russiae ducatus Lithuaniœ insertos. Russiœ, absolument le même nom que l'historien donne aussi à la Moscovie, non pas Ruthenim.
2. Moschovia est quœdam regio in meditullio Russiœ (ut dicitur Albœ , ce qui est synonyme de la Grande-Russie) , ad septentrionem orientemque porrecla , a quâ cœterœ omnes Russiae circumjacentes regiones ( quamvis variis et diverris nominibus appellatœ) Moschoviœ nomen sorliuntur.
ce peuple une très-grande cité appelée Novgorod, jusqu'où pénètrent, non sans difficulté, les marchands allemands. La renommée nous apprend qu'il y a là de grandes richesses , beaucoup d'argent et des pelleteries précieuses, etc. » Après ce témoignage, nous invoquerons celui d'un diplomate, de ce baron Sigismond de Herberstein, qui, Slave allemand, fut envoyé deux fois, en 1517 et en 1526, par l'empereur romain , en ambassade à Moscou , et est peut-être de tous les auteurs de ces temps-là celui qui a le mieux connu et le mieux fait connaître les Moscovites. Cette dénomination est pour lui identique à celle de Russes. Il dit expressément que Moscou est la capitale de la Russie, et que, de tous les princes qui régnent maintenant sur la Russie, le premier est le grand-duc de Moscovie, qui en possède la plus grande partie1. Est-il possible d être plus catégorique? L'Ilalien Paul Jove (mort en 1552), auteur de la relation d'une ambassade de Moscou à Rome, ne l est pas moins, ainsi qu'on l'a déjà vu au volume précédent*. «On appelle, dit-il, Russie inférieure une partie de la Lithuanie, tandis que la Moscovie porte le nom de Russie Rlanche.* Notre grand De Thou, mort en 1617, ne fait pas non plus de distinction entre les noms de Russes et de Moscovites: Russos seu Moscos, ditil dans le passage cité8 , et il oppose la Russie polonaise à la Russie moscovite ; bien plus, tout en accordant que la
1. Moschoviam mihi descripluro quœ Russiae caput est; et ailleurs, Urbs Moscovia itaque, Russiae caput et metropoliê. Dès la première page de son texte, après avoir expliqué l'origine du nom de Russie, qu'il dérive par erreur de Rosseia, dissémination, il s'exprime en ces termes: Principum qui nunc Russiae imper ant, primas est maijnus dux Moscoviœ, qui majorem ejus partem obtinet ; secundus, magnum dux Lithuaniœ, tertius est rex Poloniœ, qui nunc et Poloniœ et Lithuaniœ pr (test. Cf. Meiners, Das altère und das neuere Russland, p. 47.