Voir plus haut, p
maintenir un état de choses que nous avons toujours jugé contre nature1. Aussi agirent-ils tous deux en conséquence : le statut resta lettre morte, les Polonais furent traités en vaincus, et quand, le 40 octobre 1835, Nicolas remit le pied à Varsovie, pour la première fois depuis 1830, il adressa à la municipalité cette harangue foudroyante qu'on n'a pas oubliée et qui témoigna plus de son courage que de sa sagesse5. Mais il ne serait pas juste de mettre tous les torts de son côté : en les imputant au malheur des circonstances, aux effets fatalement mauvais d'un méfait politique, nous croyons faire preuve de plus d'équité. Nicolas resta vis-àvis de la Pologne, et dut rester s'il ne voulait derechef tout mettre en jeu , à l'état de guerre : il le fit avec préméditation, tous ses actes ultérieurs le prouvent. Voici quels furent les principaux de ces actes : la construction de la citadelle de Varsovie et celle de la formidable enceinte de Novo-Ghéorghiefsk, nom nouveau de Modlin dont les fortifications jadis tournées contre la Russie firent dès lors face à l'Occident; la fermeture de l'uni versilé de Varsovie; le remplacement de la cour suprême de justice établie dans cette capitale par deux départements de nouvelle création du Sénat dirigeant, le 9e et le 10e (oukase du 7is septembre 1841 , complété par celui du 26 mars 1842), lesquels départements furent investis de la plupart des pouvoirs qui avaient appartenu jusqu'alors au conseil d'État; la substitution des districts aux arrondissements et cercles (oukase du 11 octobre 1842), laquelle complétait les divisions nouvelles déjà introduites en 1837 (oukase du 7 mars) à la place des palatinats, c'est-à-dire des anciennes circonscriptions nationales. L'état de guerre dura jusqu'à la mort de l'autocrate; et les Polonais y répondirent par l'in-
1 . Voir ce que nous en avons dit dans notre Histoire intime, t. II, p. 85 etsuiv.