‹ L'Empire des tsars au point actuel de la scienceChapitre 194 sur 367 · Ltnsmrection polonaise devant V Europe (1863), p · texte numérisé non relu

Ltnsmrection polonaise devant V Europe (1863), p

« ries, répéta-t-il, elles compromettraient à jamais l'avenir « que je vous prépare. > Tel fut le langage du jeune souverain en avril 1856, et en février 1864 eurent lieu, dans la même capitale, ces démonstrations publiques qui ramenèrent l'agitation et furent le prélude d'tmc nouvelle prise d'armes. Alexandre II ne négligea rien pour la prévenir : il venait à peine de proclamer en Russie l'abolition des serfs, quand il fit paraître ses ordonnances de réforme concernant la Pologne (oukases du U/M mars et du 24 mai [5 juin] 1861). Ce fut, dans sa pensée, une grande mesure de réparation que cet oukase du 5 juin portant réorganisation du conseil d'Étal. Cette assemblée composée de membres du conseil d'administration, de conseillers permanents nommés par l'empereur et d'autres pris dans l'épiscopat et dans toutes les sommités de la nation à titre temporaire, et présidée par le lieutenant du roi, devait avoir de larges attributions indiquées par les noms des sections dans lesquelles on la divisait, sections de législation, du contentieux, des affaires fiscales et administratives, des plaintes et pétitions. Elle fut en effet ouverte le 16 juillet suivant, et tout semblait annoncer qu'un patriote polonais, le marquis Wielopolski, en serait l'âme. Le département spécial pour les affaires du royaume fut supprimé au conseil de l'empire (oukase du yi3 janvier 1862). Une seconde mesure de réparation fut la nomination à la dignité de namestnik (27 mai [8 juin] 1862) du grand-duc Constantin, frère puîné du monarque, qui le secondait de toutes ses forces et des services duquel Alexandre ne se passait qu'avec un vif regret à Saint-Pétersbourg, où la transformation graduelle de la Russie commençait à produire une certaine agitation Wielo-

I. Dans la première moitié de 1862 et jusqu'aux fameux incendies de Saint- Pétersbourg, des écrits révolutionnaires de toute espèce fuient mis en circulation dans cette capitale.

polski, nommé chef du gouvernement civil et vice-président du conseil d'État, était destiné à être à la fois l'instrument et le guide du grand-duc. Échappé dès les premiers jours de son arrivée (2 juillet) au revolver d'un assassin, le prince n'en tint pas moins aux Polonais le langage le plus généreux , dans la proclamation par laquelle il inaugura son administration ; l'état de siège fut levé par lui dans les districts où il était en vigueur en vertu d'un décret antérieur ; il obtint un oukase au Sénat dirigeant (du */lB décembre 1862) qui abolit toutes confiscations à l'égard des sujets polonais accusés de haute trahison; enfin il ne dédaigna même pas de demander conseil au comte André Zamoyski, chef des patriotes et président de la société agricole de Varsovie, de ce parlement in petto, alors théoriquement occupé de l'important problème de la dotation agraire des paysans. Tout annonçait néanmoins une nouvelle levée de boucliers; la question des nationalités était partout à l'ordre du jour, et la sentant en l'air, les Polonais, pour lesquels c'était un principe de vie, ne voulaient pas rester seuls en dehors du mouvement. Aussi le gouvernement tenait-il les lils d'une nouvelle conspiration, et c'est pour la paralyser d'avance, pour lui enlever ses agents, que Wielopolski conseilla et fit exécuter, le 15 janvier 1863, la fatale mesure du recrutement. Dès le 22, le pays fut en feu. Ainsi commença la dernière insurrection dirigée avec une rare vigueur par un gouvernement occulte, véritable nouveauté dans l'histoire, mais nouveauté malheureuse, quand on pense à l'impossibilité manifeste d'atteindre un résultat et au sang que firent couler à flots le fer des combattants et les poignards des sicaires. Tout le monde sait les péripéties et le dénouement de cette affreuse tragédie. Les plaies saignent encore. Pour les fermer autant que possible, une nouvelle amnistie fut offerte (oukase du 31 mars [12 avril] 1863) et l'empereur III. 28

promit en même lemps de donner suite, en les développant encore, aux nouvelles institutions que l'ordonnance des réformes avait promises. D'un autre côté, pour couper le mal à sa racine , des mesures radicales furent jugées nécessaires ; le gouvernement russe, conseillé surtout par M. Nicolas Milutine, ne recula pas devant une révolution sociale. 11 n'est pas temps de la juger; cependant nous serons amené à en dire quelques mots quand nous parlerons plus loin de la condition du paysan polonais.

On le voit, relativement â la constitution du royaume, rien de stable, rien de définitif! Le principe tutélaire de la monarchie constitutionnelle ne prime pas tout aux yeux des Polonais, qui subordonnent celte question à celle de l'indépendance nationale, laquelle, dans l'état actuel de l'Europe, semble chimérique même aux natures les moins enthousiastes. Un grand concert européen ou une nouvelle guerre de Trente-Ans peuvent seuls mener à solution ce terrible débat , qui n'est pas seulement mortel pour les vaincus , mais qui mine aussi tout à la fois les forces de la nation russe et sa position dans le monde civilisé.

Sur le roi ou l'autorité suprême il ne nous reste guère à dire qu'un mot !. Ce litre de roi ne figure que dans les traductions françaises et autres en langues étrangères des actes officiels lusses concernant la Pologne; même dans les traités de Vienne2 on lit à sa place le titre de tsar. Quoique au fond, comme nous l'avons dit p. 261 , les Russes regardent ce dernier titre comme supérieur au premier, ce n'est pas

1. Sur cette matière , ainsi que sur le droit public de la Pologne, on consultera avec fruit Lengnich, Jus publicum regni Poloniœ (1765), 2 vol. in-8°; comte Wielhorski, Essai sur le gouvernement de Pologne (1775), et les chapitres i-viii de Coxe, Voyage en Pologne, Russie, etc. (1784). Dans la traduction française, ces chapitres, surtout le premier, sont malheureusement écourtés.

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