‹ L'Empire des tsars au point actuel de la scienceChapitre 195 sur 367 · Dont nous avons donné le texte p · texte numérisé non relu

Dont nous avons donné le texte p

certes pour ce motif qu'il a été adopté, et pourtant il ne l'a pas été sans intention. Nous avons vu que les lois fondamentales de la Russie interdisent au souverain de porter une autre couronne avec la sienne; or, différentes tsaries, anciennes souverainetés importantes, sont énumérées dans son grand titre. C'est afin d'assimiler à celles-ci le royaume de Pologne, afin de le ranger, comme elles, dans une catégorie de souverainetés subordonnées auxquelles la loi mentionnée n'est plus applicable, que la qualification de tsarie lui a été appliquée au lieu de celle de royaume, laquelle pouvait impliquer l'égalité des deux éléments qui entraient ensemble en association. En russe surtout, l'empereur s'est toujours nommé tsar de Pologne, même alors qu'il inaugurait la prise de possession de cette couronne accessoire par un sacre particulier, maintenant supprimé. Si Alexandre Ier se faisait traiter de Majesté impériale et royale, on peut croire que la seconde épithète de cette qualification est aujourd'hui expressément supprimée.

Quant au droit de succession, il est réglé pour l'avenir par l'article 2 du Statut de 1832, où il est dit : «La couronne du royaume de Pologne est héréditaire dans notre personne et dans nos descendants et successeurs, conformément â

l'ordre de succession au trône prescrit pour toutes les Russies.» Cette disposition est suivie d'une autre, que nous devons également rappeler, « Dans les cas possibles d'une régence en. Russie, est-il dit dans l'article 4, le pouvoir du régent ou de la régente de l'empire s'étendra sur le royaume de Pologne. »

Avant 1830, une liste civile figurait au budget spécial de ce dernier pour la somme de 1,750,000 florins; nous ignorons ce qui a été décidé depuis sur ce point.

Classes de la population. L'article 4 du Statut constitu-

tionnel de 1807, article encore actuellement en vigueur, proclame tous les citoyens polonais égaux devant la loi, et, défait, la seule distinction sociale légalement reconnue , c'est le droit de noblesse dite héraldique, c'est-à-dire résultant de la constatation officielle des documents généalogiques ou acquis par des services rendus à l'État. La liberté personnelle surtout est le droit de tout le monde. Cependant on a dit avec raison que nulle part au monde l'esprit de caste n'a jeté de plus profondes racines qu'en Pologne. Avant de faire connaître la situation à cet égard , mettons sous les yeux du lecteur les chiffres généraux du classement.

On comptait dans le royaume, en 4862, 4,972,193 habitants, lesquels, d'après les données officielles1, récemment publiées par M. Nicolas Milutine , homme d'Etat qui, encore présentement, est chargé d'une branche importante de l'administration, se divisaient ainsi :

Individus (des deux sexes) vivant de Ta- •Nombrc- Proportion, griculture 3,244,910 65.26

Idem, vivant des arts et métiers et de Industrie 672,022 13.51

Idem, vivant du commerce 312,338 6.28

Hommes de service ou de conditions diverses 742,923 14.95

Tolaux 4,972,193 100.00

On le voit, ici ce n'est pas des classes proprement dites que l'on donne le dénombrement; cependant, d'après les tableaux placés à la suite de ces données, nous croyons pouvoir remplir cette tâche, sans nous éloigner des vues de l'auteur, de la manière suivante :

1. Malêriahj po délam tsarslva Polskago, livr. IM, p. 17. Cf. Dos Konigreich Polen (1864), p. 64.

Personnes principales (sexe masculin).

Szlachta ou moyenne et petite noblesse.

Ckl ATI

Dvorovyié et autres gens de service . .

Totaux

Dans ces nombres, il y avait près de 30,000 étrangers, résidant temporairement dans le royaume.

Envisageons séparément chacune des quatre grandes classes , la noblesse , le clergé, les bourgeois et les paysans.

1° La noblesse. En essayant avant tout de donner l'historique de cette classe qui personnifiait l'État, nous nous mettrons en garde contre l'entraînement propre à ce sujet. L'histoire de la noblesse polonaise est au fond l'histoire de la Pologne , que nous n'avons pas à écrire ici , même en raccourci; il nous faudrait d'ailleurs répéter ce qu'on a déjà lu sur beaucoup de nos pages. Cependant il ne conviendrait pas de passer sous silence les faits capitaux auxquels cette caste a dû l'excessive importance à laquelle elle s'est élevée dans le cours des siècles.

Aussi longtemps que la royauté jouissait de la considération et de l'autorité qui semblent être de son essence, c'est-

1 . Ce n'est pas là , comme on le verra plus loin , le nombre total des habitants des villes, puisqu'il est, selon M. Nie. Milutine, de 1,216,285 individus. Le surplus est compris dans les autres rubriques.

2. Cf. plus haut, p. 204. D'après M. Catacazi, fonctionnaire russe aussi bien informé que personnellement éclairé (Fictions et réalités en Pologne, p. 62), les populations rurales du royaume s'élèvent à un total de 3,269,700, dont il donne la dassificjtion.

à-dire jusqu'à la mort de Boleslaf III Bouche -Torte (1139), ou, suivant d'autres, même jusqu'à celle de Casimir le Grand1, la position de la noblesse, primée par le clergé, n'avait rien de menaçant pour la tranquillité de l'État. Cependant elle s'était successivement étendue. Dès l'origine, tous les propriétaires fonciers, grands et petits, étaient réputés nobles2. Comme c'était dans leurs rangs que le pays trouvait sa force armée, on les appelait milites, en polonais szlachta, pluriel collectif deszlachcic. Plus tard, ils formèrent l'ordre équestre, dénomination plutôt empruntée aux souvenirs de l'antiquité qu'à la chevalerie du moyen-âge, à laquelle, comme on sait, la Pologne ne resta pas moins étrangère que la Russie. C'était la haute classe ; mais elle avait alors à côté d'elle d'autres gens libres, quoique non participants à la propriété, savoir les cmétons (kmieciè), fermiers ou métayers qui n'étaient pas encore hors la loi, dont, au contraire, Casimir III, le «roi des paysans,» s'est beaucoup occupé dans ses actes de législation, qui même n'étaient pas en dehors de la propriété. La loi admettait trois classes, nobiles, oppidani et cmetones, au-dessous desquelles il y avait encore les serfs, qui seuls étaient à la merci des maîtres3. On ne nous fait pas un tableau bien flatteur de cet état de choses4; mais quelque barbare qu'il fut, il n'était du moins pas aussi anarchique que celui qui lui succéda. Des diètes générales se réunissaient déjà au XIIe siècle5; mais c'était pour des élections

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