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III. Habitants de la campagne de différentes dénominations

1° Seigneurs terriers 25,170

2° Seigneurs à petite propriété ou szlachta

propriétaire 171,414

A reporter .... 196,584

1. La redevance ou l'obrok se dit en polonais c*yns%; la corvée, robotat tasienga ou starwark, suivant les lieux.

2. Ce sont ces paysans prolétaires dont il a été question plus haut , p. 205. On trouve des explications à leur sujet dans l'intéressante brochure fictions et réalité* polonaises, p. 75 et suiv.

3. Les kopars ou kopiars sont sans doute compris dans cette classe. Voir sur celte dénomination et celles qu'on verra encore dans le texte, Dos Kônigreich Polen, p. 75-77.

Report 196,584

3° Paysans propriétaires 21,944

4° Israélites agriculteurs 27,97 i

5° Gens d'économie dans les maisons seigneuriales rurales 58,374

Total do cette 3e classe 304,873

Total général 3,639,387 «

Tel est l'ensemble de la classe rurale; après déduction de tous les individus qui pourraient n'être pas à vrai dire des cultivateurs , ni appartenir à des familles de vrais paysans, il restera toujours environ 3,400,000 individus à qui cette dénomination est applicable.

C'est une histoire lamentable que celle de cette classe si utile. L'Anglais Williams l'a résumée en deux mots8. Après avoir rappelé comment les nobles, de concert avec le clergé, «dépouillèrent les paysans et le bas peuple et les réduisirent dans l'esclavage le plus abject,» il continue en ces termes : « Les trois quarts de la nation se trouvaient ainsi opprimés

1. La statistique de M. Milutine (p. 22) donne aussi la répartition de ce total sur les cinq gouvernements, Elle ajoute ensuite le nombre des fermes ou métairies tel que le reproduit le tableau suivant qui se rapporte à 1863.

Ferme» de moins de

Ferme* de plus de

ToUiix.

3 morgs.

.i morgs.

Biens des particuliers 'près des villages. Biens des particuliers près des bourgs

Biens des établissements publics ....

Totaux

2. Histoire des gouvernements du Nord, t. IV, p. 568. Voir aussi le jugement d'un autre Anglais, du voyageur Coxe, dans son remarquable chap. vin du livre premier. Dans la traduction française, c'est le ebap. vu.

sans pouvoir sortir de l'oppression. Ce même peuple, actif, laborieux et entreprenant jusqu'alors, s'abandonna à l'oisiveté et au désespoir; la patrie ne lui fut plus chère, et il tomba peu à peu dans l'abâtardissement. »

En effet, au temps du règne des Piasts, de tout autres destinées semblaient promises à la classe rurale. Elle ne se confondait nullement alors avec les chlopi ou esclaves Le chlop, en latin servus adscriptitius, était originairement un prisonnier de guerre ou un individu acheté à prix d'argent ; comme en Russie, il était une chose, non pas une personne. Mais cette classe, en somme peu nombreuse, était très-distincte de celle des cultivateurs*. Les prisonniers de guerre pouvaient se racheter; mais quand un délai de trente ans s'était écoulé sans qu'ils eussent usé de ce droit, ils étaient dévolus avec toute leur descendance à un esclavage perpétuel, souvent à une dégradation profonde. Les paysans ou kmiécié* formaient une tout autre classe : c'étaient des gens libres de leur personne et peut-être même par-ci par-là propriétaires des champs qu'ils arrosaient de leurs sueurs1. Il est beaucoup question d'eux dans la plus ancienne législation du pays, tandis que le chlop était sans droit, était hors la loi. Exclus seulement de la vie politique de la nation, les cmétons ne l'étaient pas du service militaire, et souvent les anciens rois les prenaient sous leur protection contre les empiétements des nobles. D'autres

1. Ici nous n'écrivons pas khlopi, comme pour le mot russe. Le polonais n'a pas son alphabet â part dont il soit nécessaire de faire la transcription.

2. Voir, sur l'une et sur l'autre, Rcepell-Caro, t. Ier, p. H07-322 ; t. Il, p. 532-535.

3. Kmiecie est le pluriel de kmiec (prononcez kinieU), en latin cmeto, cmetonux.

A. Dans les vieux textes qui se trouvent chez Rœpell ou dans le recueil de Srriptore* rerum Silesicarum , public par Stenzel, on voit partout les paysans icoloni) divisés en libevi et en adscriptitii.

fois, c'était le clergé qui stipulait en leur faveur et protestait contre l'oppression à laquelle l'avance et l'orgueil des nobles tentèrent de bonne heure de les soumettre. Dans toute la durée du XIIe siècle, les cmétons étaient libres, sinon heureux. Comme, dans la suite, ils furent de plus en plus opprimés, terrorisés même par la noblesse, enchaînés à la glèbe, Casimir le Grand jugea nécessaire de venir à leur secours. Les plaintes des paysans contre les propriétaires n'étaient pas repoussées sous lui, et il s'efforça de maintenir, relativement à eux, un état légal, au lieu de l'arbitraire auquel la szlachta les avait insensiblement soumis; l'hérédité de leurs biens leur fut assurée1 et cette faible restriction au moins apportée au servage, qu'annuellement un ou deux paysans de chaque village pourraient encore user du droit de libre sortie. Aussi la szlachta garda-t-elle rancune à Casimir, et c'est par dérision qu'elle le proclama «le roi des paysans (krol chlopski).* Encore sous Jean-Albert (1492-1501), l'aisance régna chez beaucoup de cmétons, comme le prouve une loi somptuaire qui défendit aux hommes de cette classe de porter des habits trop riches et d'afficher un luxe scandaleux. Jls n'étaient pas privés non plus de toute instruction, car une autre loi de ce règne, afin d'arrêter la diminution du nombre de bras nécessaires â l'agriculture, ordonna que le paysan ne mettrait qu'un de ses fils à l'école ou en apprentissage*. Cependant on doit croire que ce sont les colons étrangers et ceux des paysans polonais auxquels le droit de Magdebourg avait été déclaré applicable , qui étaient encore en jouissance de ces avantages, plutôt que les paysans indigènes et ordinaires. Soumis à la juridiction de leurs nobles terriens en vertu d'un simple usage qui fut ensuite sanctionné par la loi en 1573,

1. Rœpell-Caro , t. Il, p. 533. Cf. Coie, liv. Ier, rtiap. vm. 1 Voir Zielinski, t. I", p. 368.

traités par ces maîtres de la manière la plus arbitraire et objets de leurs exactions perpétuelles, ces paysans, le plus grand nombre, étaient à dire vrai, dès le XVe siècle à l'état de servage, et leur situation devenait d'autant plus intolérable et abjecte que les nobles, seuls en droit de posséder la terre, devenaient plus prépondérants, plus libres et indépendants de l'autorité royale. C'est donc avec raison que Coxe a dit qu'il regardait la liberté polonaise comme la source de la misère polonaise. Pour le cméton, plus de propriété dès lors; rien de ce qu'il avait ne lui appartenait en propre, et déjà on eût pu dire alors ce qu'un voyageur reproche aux nobles polonais de 1781 : «Le seigneur de la terre viole toute jeune fille qui lui donne dans les yeux, et à quiconque réclame, il répond par cent coups de bâton.» Le régime du servage était alors une loi presque générale, surtout aux alentours de la Pologne, mais nulle part il n'était appliqué avec tant de cynisme. Kmiec et chlop n'était plus qu'une seule et même chose. En vain le clergé, interprète obligé mais timide d'une loi d'amour, intercédait-il pour eux. Maître de tout dans l'Élat, où le szlachcic aurait-il appris à rien respecter dans ses propres terres? le cméton ne lui appartenait-il pas aussi bien que le chlop, aussi bien que son bétail ? et pour que le petit tyran , souvent nécessiteux quoique parcelle du souverain, pût vivre selon son rang et ses prétentions, n'élait-il pas naturel qu'il pressurât, qu'il dépouillât toutes ces viles créatures issues de la race maudite de Cham et non pas de celle dont il s'enorgueillissait lui-même de sortir? Depuis le temps de la monarchie élective, la loi polonaise ignora le paysan; pour lui, elle n'existait pas, et rien ne le protégeait contre la violence et le crime. Aussi sa misère dépassait-elle toutes les bornes, et son apathie, fruit d'une stupide résignation, paralysa-telle son activité de même que son intelligence. Comment

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son cœur serai t-il resté sensible à l'idée de pairie? elle était une marâtre pour lui; elle le laissait sans défense et à la merci de ses oppresseurs. Sa vie était dévolue à la corvée; à peine s'il en était affranchi le dimanche et les jours de fête; alors l'infortuné allait chercher au cabaret l'oubli de tant de maux, de tant d'humiliations qui accumulaient sur lui tous les genres d'ignominie. L'eau-de-vie, son seul baume, le dégrada, l'abrutit, acheva d'en faire tout autre chose qu'un être doué de raison et créé à l'image de Dieu1. Gomme le clergé, les rois ne furent pas insensibles à celte affreuse misère du peuple. Jean-Casimir, entre autres, voulut, en 1656, faire l'essai d'alléger son sort. Dans un vœu publiquement adressé à la Vierge Marie, il s'accusa, lui et la république, de torts graves envers eux. Si son royaume a été en proie à toutes sortes de fléaux, déclarait-il, c'était à cause des larmes versées, dans leur étal d'oppression, par les gens de la classe inférieure, et il promit solennellement, au nom de tous les ordres, de travailler à mettre fin â leurs souffrances. De loyales intentions avaient dicté ces paroles au bon roi, néanmoins elles n'eurent aucun effet; lui-même renonça à soutenir la lutte contre les nobles en abdiquant la couronne. Un autre roi sympathique aux malheureux, le «philosophe bienfaisant * duc de Lorraine, Stanislas Leszczynski, flétrit de même les traitements qu'une patrie dénaturée, mère sans entrailles, infligeait au plus grand nombre de ses enfants. « Des hommes si utiles, déclara-l-il, mériteraient de l'estime, mais nous faisons à peine une différence entre eux et les animaux qui labourent nos champs. Souvent nous les ménageons moins que les bêtes, etc. » A celte époque du moins, le jour de la justice n'était plus très-éloigné ; cependant pour l'a -

1. Voir le tableau que tracent Arndt, Forster et M. Synell, dans l'opuscule d'Agricola, Païen» Untergang und Wiedcrherstellnng, p. f>3 et suiv.

mener, ce jour, il fallut que la Pologne fût frappée encore des coups les plus cruels, que son humiliation politique ne connût pas de bornes. Avant 1772, quelques hommes généreux seulement, André Zamoyski1, Chreptowicz, Stanislas Poniatowski, Oginski, le P. Brzostowski, etc., parlèrent d'améliorer le sort des serfs; mais depuis cette année du premier partage, on s'occupa généralement de la réhabilitation du cméton. Le malheur force les hommes à rentrer en eux-mêmes: or la période la plus malheureuse de l'histoire de la Pologne était alors commencée. En 4775, un code des paysans, qui était l'œuvre de Zamoyski, ou plutôt de son collaborateur Wybiçki, fut présenté à la diète et voté par elle. Ce code ne prononça pas l'affranchissement de la classe rurale, mais il prépara ce résultat en mettant des bornes à l'arbitraire de leurs maîtres, et en même temps le P. Brzostowski, déjà nommé, montra par la constitution de Pawlow, qui donnait non-seulement la liberté mais aussi une part à la propriété aux paysans du bien de ce nom, qu'il n'était pas impossible d'y arriver*. Malheureusement, la république n'avait plus alors que quelques années à vivre; il ne lui fut laissé que tout juste le temps de reconnaître ses torts et de manifester son repentir. « L'ordre des paysans, — cette déclaration se trouve insérée dans la constitution du 3 mai 1791, — constitue la force principale de la république: la justice, l'humanité, ainsi que notre propre intérêt bien entendu, sont autant de motifs puissants qui nous prescrivent de recevoir celte classe d'hommes précieuse sous la protection immédiate de la loi et du gouvernement. i> Puis pendant la guerre de l'indé-

1. Cet ancien grand-chancelier donna, en 1760, la liberté aux paysans de six de ses villages de ta Masovie. Voir Coxe, liv. Ier, chap. vin.

2. Voir là -dessus un article du Sovrémennik , traduit dans YArchiv de M. Ermann, 1859, t. XVIII, p. 341.

pendance, Kosciuszko, par des décrets publiés à Polianicé le 7 mai 1794, proclama, mais trop en thèse générale pour qu'une applical ion pratique fût possible, la liberté personnelle du paysan; il non résulta qu'une extrême confusion. Enfin l'ascendant de la France fit faire aux Polonais un pa* plus décisif; la constitution donnée en 1807 au duché de Varsovie ayant porté dans son article 4: t L'esclavage est aboli, tous les citoyens sont égaux devant la loi j» , les mesures furent prises en conséquence , à cela près toutefois qu'aucune affectation de terres au profit des paysans ne fut décrétée. Le désintéressement de la noblesse polonaise n'alla pas jusque-là; elle n'appréciait pas encore sainement son intérêt le plus pressant. Aussi l'émancipation ne réussit-elle pas généralement; elle donna naissance au contraire à ce prolétariat, d'environ 1,300,000 individus, dont nous avons fait connaître la source1. Néanmoins l'affranchissement de la glèbe ne fut pas révoqué; la charte de 1815 porte textuellement (art. 24): «Tout Polonais est libre de transporter (où il veut) sa personne et sa propriété, en suivant les formes déterminées par la loi.» Depuis, le gouvernement russe s'abstint pendant longtemps d'intervenir dans les arrangements entre les nobles et les paysans; il n'en sentait pas le besoin avant que des insurrections toujours renaissantes depuis 1830 ne l'eussent forcé à avoir recours à une révolution sociale. Cependant les obligations des cultivateurs envers leurs propriétaires furent réduites à trois jours de corvée, et l'empereur Nicolas voyant s'agrandir la plaie du prolétariat et craignant que la révolte sanglante des paysans polonais de la Galicie ne s'étendit aussi à son royaume, rendit son oukase du 26 mai (7 juin) 1847, lequel, «en attendant la promulgation de la loi générale qui réglera la situation des paysans,» leur assura une dotation agraire fixe et abolit

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