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CHAPITRE III

Quoique la Russie soit une puissance essentiellement continentale, sans colonies lointaines, à l'exception de l'Amérique russe, et quoiqu'elle n'ait pas encore de grands intérêts de commerce maritime à. protéger dans toutes sortes de parages, elle possède une flotte considérable partagée entre la mer Baltique et la mer Noire. Si nous abrégeons ce qu'il y aurait à en dire, ce n'est pas que nous pensions, comme lord Durham, que ce sont là «les plus gros joujoux qu'on ait jamais vus' » (l'histoire atteste que la marine russe a su êlre autre chose), et ce n'est pas non plus faute de matériaux*. C'est plutôt faute de place, cir-

1 . Nous admettons ce mot comme une plaisanterie de bon goût; si l'ambassadeur britannique avait dit à Nicolas 1er lui-même, comme prétend le marquis de Custine : « Les vaisseaux de guerre des Husses sont les joujoux de l'empereur, » il se serait tout bonnement permis une grossièreté. Cet auteur, spirituel mais sujet à caution, est, on le présume bien, plein de dédain pour la marine russe. Voir t. Ior, lettre vne (p. 197 et suiv.).

2. Indépendamment de la longue série d'années du Morskoi Sbornik (Recueil maritime, officiel), nous avons sous les yeux les rapports du ministre pour 1860- 1862 et de nombreuses publications du même département, dont nous devons la possession h l'obligeance pleine de courtoisie de son chef actuel (sous l'autorité du grand-amiral grand-duc Constantin Nikolaïévitcb), M. le vice-amiral Krabbc. Parmi ces publications nous signalerons surtout les suivantes : Viskovatof , Kralkii istoritcheskH OOzor, etc., Aperçu historique des expéditions maritimes des Russes, jusqu'au commencement du XVIIe siècle, Pétersb., 1864 , in-8°, et Iélaghine, hloria Rousskavo Fiota, 1864 et suiv., Période d'Asof, t vol. in-8° avec 2 vol. de suppléments; puis Rapport du département des constructions du ministère de la marine, pour trois années, 1861-1863, etc., etc. Le nombre des publications officielles est prodigieux ; les feuilles françaises et allemandes de Saint-Pétersbourg devraient prendre a tâche d'en offrir des extraits à leurs lec-

constance qui nous détermine à réserver ce qu'il nous en reste pour des matières plus étroitement en rapport avec la puissance de l'empire, et c'est ensuite parce que la marine en général étant dans une période de transformation, celle de la Russie ne manquera pas de faire peau neuve de son côté , ce qui est cause que tout peut changer d'un moment à l'autre. Au reste, un coup d'œil sur le passé sera pour le lecteur le meilleur moyen de se rendre compte de la situation présente.

Historique de la marine russe. Il y aurait là trois périodes à établir : la marine dans l'ancienne Russie, au temps des Varèghes; la marine sous les tsars jusqu'à Pierre le Grand, et la marine moderne de l'empire, dont ce grand homme, aidé de François Lefort, fut le créateur. Ces périodes, Pierre lui-même les a à peu près indiquées, si, comme nous le pensons, le petit résumé placé en tête du règlement maritime de 1720 est véritablement de sa main1. Suivre ces indications est tout ce qu'il nous est permis de faire ici; cependant, dans les notes, nous, mettrons le lecteur à même d'en trouver ailleurs le développement.

L'auteur du résumé n'attache aucune importance aux entreprises maritimes des successeurs immédiats de Rurik, sur la mer Noire; dans les 15,000 barques qu'Igor mena, l'an 935, devant Constantinople', il ne voit qu'un amas in-

teurs non-russes. — Dans les publications de provenance étrangère qui traitent entre autres de la marine, nous citerons les Révélation» of Rusêia in1846,by an Emjïxsh résident, trad. française, t. III, p. 97-142; dans Die Gegenwart, l'article Die Russisciie Flotte, t. 111, p. 276-287, résumés où pourtant les contes abondent, et Haxthausen, t. III, p. 465-183.

1 . On trouve ce résumé dans Nettes S. Petersburgiêches Journal, année 1781, t. III, p. 64-83.

2. Karamzine (t. 1er, chap. vi, p. 120 et 331) réduit à 10,000 ce chiffre emprunté a Cédrénus et à Zonaras. — Sur ces barques, munies d'une voile, il ; avait pourtant place pour 40 à 60 hommes. Voir ibid., chap. x (p. 195 et 380|.

forme de bateaux faits d'un tronc d'arbre sans art et sans emploi de fer, et il déplore que ce faible commencement n'ait pu avoir de suite sérieuse , à cause de l'affaiblissement progressif de la grande -principauté. Depuis lors, suivant lui, il n'est pins question de marine jusqu'à loann IV le Terrible1.

Ce prince, aussi actif qu'éclairé, appela, dit-on, en 1581, de la Hollande des matelots et des constructeurs de navires, dont l'arrivée au port d'Àrkhangel , le seul qui mît alors la Russie en rapport avec les contrées occidentales, n'est pourtant pas bien constatée". Pas de trace d'escadre non plus à cette époque-là. C'est seulement cent ans après, sous le règne d'Alexis Mikhaïlovitch , qu'il en apparaît une enfin, et ce n'est encore qu'un commencement fort modeste. Après avoir établi un chantier de construction sur l'Oka , à peu de distance de Moscou, Alexis engagea à son service le Hollandais David Butler, qui lui construisit un bâtiment de guerre, l'Aigle, avec un certain nombre de petites embarcations. Cette escadrille entra dans le Volga et le descendit jusqu'à Astrakhan et à la mer Caspienne, peut-être dans le but de menacer la Perse5; mais elle fut détruite presque aussitôt (1670) par Stianka Rasine, dont la rébellion venait d'éclater sur les côtes de cette mer intérieure. L'équipage périt; il n'en échappa que le chirurgien et le charpentier hollandais Karsten Brandt, destiné à devenir encore avant sa mort (1692) l'instrument de la création de la flotte russe par Pierre le Grand.

1 . Il en est pourtant question dans Nestor, relativement au règne de Iaroslaf le Grand (voir ibid., t. II, chap. u, p. 23 et les notes). Puis, Novgorod avait, de son côté , un commencement de navigation (ibid., t. II, cbap. x , p. 164).

2. Sur les avantages que loann accorda au commerce maritime, voir Karamzine, t. IX, cbap. u (p. 87). Sur les navires existant sous Fœdor loannovitcli et sous Boris Godounof, voir ibid., cbap. vi (p. 293).

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