Handbuch der Erdkunde, t. III, p
même seulement 17,443 milles carrés, c'est-à-dire de 960,000 à un million de kilom. carrés1. Quoi qu'il en soit, la Russie d'Amérique s'étend d'abord, le long de l'Océan Pacifique , depuis 54° 40' de lat. N., jusqu'au 60e degré , c'est-àdire jusqu'au point où la presqu'île d'Alaska se détache du continent. Cet espace est de prés de 600 kilom. en droite ligne. A partir de cette presqu'île jusqu'à la latitude de 71° 23' 31", la côte est pleine de sinuosités, et en comptant les principaux enfoncements, on trouve, jusqu'au cap hyperboréen de Barrow, au moins 1,250 kilom.; puis, du cap de Barrow à la limite occidentale , il y a bien encore 250 kilom. , ce qui fait un total de 2,100 kilom. de côtes. En donnant 600 kilom. à la frontière intérieure, du côté du continent américain, nous trouvons pour le périmètre complet 2,700 kilom. Cette frontière de terre est tracée, à vol d'oiseau, en droite ligne du nord au sud, ou des monts Uoumantsof au mont Saint-Élie; puis de là jusqu'à l'île du prince de Galles, par l'île de Sitkha, principal comptoir de la Compagnie russe en Amérique, avec le port du Nouvel-Arkhangel. Elle touche exclusivement aux possessions britanniques de l'Amérique du Nord, et reste à la dislance d'environ 500 kilom. de la limite septentrionale des Etats-Unis. Relativement à la nature de la côte maritime, nous renvoyons à ce qui a été exposé précédemment. *
Faut-il revenir ici sur la nationalité russe, après tout ce que nous avons dit du noyau de la nation dans le volume
1 . La population inscrite tome II , p. 1 30 du présent ouvrage , ne se rapporte qu'aux blancs; ii y vit en outre 40 à 50,000 indigènes.
2. T. Ier, p. 22, 86 et 100. — Le bateauà vapeur qui dessert la poate entre l'île de Sitkha et le port d'Okhotsk met vingt jours à faire ce trajet ; il est vrai qu'il s'arrête à onze statious. D'Okhotsk, il y a 3,800 kilom. à kiakhta, et plus de 1»,000 à Moscou.
précédent1? Le fond de cette question nous semble avoir été traité là , et nous n'avons pas manqué de faire observer que c'est aux Grands-Russiens que se rapportent tous les principaux traits du tableau que nous tracions. Ce sont eux, en effet, les Grands-Russiens, qui sont l'expression la plus fidèle de la nationalité russe d'aujourd'hui , telle que les siècles l'ont développée. Produit d'une fusion entre les Russes de Novgorod et de Kief, et ceux de Moscou, capitale fondée parles grands-princes au milieu de populations finnoises, ils se différencient sans doute à quelques égards des Slaves purs , restés sans aucun mélange ; mais doivent-ils par cette raison perdre dans notre opinion? y occuperont-ils pour cela une place moins haute parmi les membres de la grande famille européenne? De quel droit regarderions-nous comme dégradant l'alliage du sang minois infusé dans le sang slavon, même en supposant cette infusion opérée dans de larges proportions? Chez les Gallo-Romains, l'élément barbare n'a pas dégradé, il a vivifié et fortifié, l'élément primitif, déjà atteint du principe maladif inséparable d'une civilisation avancée; et les Germains, source de cet élément barbare, ont eu le glorieux privilège de renouveler le monde, tout en y marquant à eux-mêmes, de l'Oder au Rhin, une place des plus honorables parmi les nations, étonnées de voir ces barbares se transformer, dans la suite des temps, en un peuple de penseurs et de subtils théoriciens. Qui sait ce que l'avenir réserve à la population calme et honnête de la modeste et mélancolique Finlande? qui pourrait affirmer qu'elle ne l'emportera pas un jour, quant à la vigueur intellectuelle et l'aptitude aux travaux de l'esprit, sur les Slaves, si facilement distraits des profondeurs de la réflexion par l'appât des plaisirs et le besoin d'un mouvement continuel? Dans
1. T. II, p. 386-437; surtout p. 412. — Voir aussi dans le présent volume , p. 3-15.
tous les cas, nous ne voyons pas que les Slaves, qui ne viennent qu'au troisième rang des grandes races européennes et qui ont été longtemps avant d'être reconnus comme constituant une race aussi respectable que ses deux aînées1, aient tant à rougir de leur contiguïté avec la race finnoise, encore secondaire aujourd'hui, mais que l'une de ses branches, les Hongrois, par exemple, peut très-bien un jour élever au niveau des autres; nous ne le comprenons pas plus que nous ne voyons ce qu'il peut y avoir d'insultant dans la dénomination de Moscovites, substituée à celle de Russes. Franchement, ce sont là des distinctions, bonnes sans doute pour passionner les masses ignorantes, mais qui font hausser les épaules à ceux qui, ne se payant pas de mots, regardent au fond des choses. Les Angles, incontestablement, étaient des barbares relégués dans un petit coin du monde : est-ce une raison pour que l'Angleterre soit honteuse de leur avoir emprunté son nom, comme la patrie de Vercingétorix emprunta le sien aux Francs, c'est-à-dire à des demi-sauvages des forêts de la Germanie?
Maintenant , cette nationalité , que représentent surtout les Grands-Russiens, au nombre de plus de quarante millions1, en quoi consiste-t-elle? quels sont ses éléments constitutifs?
C'est d'abord leur commun idiome. «Partout, dit avec raison le baron de Haxthausen8, nous rencontrons les symptômes d'une nationalité compacte. Il règne parmi les 36 (lisez 40) millions d'habitants de la Grande-Kussie une unité de langue qui ne se retrouve dans aucune autre nation. Le langage des classes supérieures est parfaitement semblable à celui du peuple; l'empereur et le paysan se servent du même dialecte et des mêmes locutions. »
1 . On peut se reporter à ce sujet au tome II , p. 340 et suiv.