Voir t. I",p
la France, lequel atteint à peine 8 millions d'hectares, mais rapporte en revanche 200 millions de francs1; c'est deux fois le territoire français tout entier.
L'ensemble des propriétés de la Couronne étant d'environ 190 millions de déciatines, ou 207 millions d'hectares, on peut faire à leur sujet la même comparaison. En Russie, le domaine impérial est d'une étendue de près de quatre fois l'ensemble de nos quatre-vingt-neuf départements. Quelle situation exceptionnelle! quelle marge pour les améliorations! quel sujet d'études pour les économistes de tous pays! Car il y a là, selon nous, une question qui n'est pas seulement russe, mais aussi européenne, et nul ne peut savoir ce qui en sortira un jour.
Un auteur russe* a fait le calcul suivant, que nous modifions pourtant d'après les chiffres officiels consignés plus haut :
Terres arables, 81,400,000 déciatines. Si chaque déciatine vaut 11 roubles ou M fr.a, la valeur totale sera de ci 3,581,600,000 fr.
Sol forestier, 108,947,000 déciatines4. Si chaque déciatine vaut 30
A reporter . . . 3,581,600,000 »
1. Voir notre Statistique de la France, t. III, p. 91. A la page 8 nous y avons indiqué la valeur des propriétés publiques.
2. M. Mikchévitch, De la vente de* domaines de l'État. Voir dans le Journal allemand de Saint-Pétersbourg, 1860.
3. C'est presque le minimum. Sur le Volga, le prii actuel d'une déciatine de terre est de 16 â 24 roubles (64 à 96 fr.); dans le centre, de 20 à 25 roubles (80 à 100 fr.) ; dans les provinces Baltiques, de 50 à 80 roubles (200 à 320 fr.). La Banque spéciale pour r affranchissement des serfs a avancé 125 fr. sur une déciatine de terre.
4. Sur ce nombre, 12,856,837 déciatines sont désignées comme étant des forêts des paysans de la Couronne, c'est-à-dire assignées aux paysans pour leurs divers usages.
Report 3,581,600,000 fr.
roubles ou 120 fr.', la valeur totale
sera de 13,073,000,000
Aux sommes en roubles correspondantes à celles-là, l'auteur russe ajoute encore le produit de la capitalisation des revenus perçus par l'État sur le droit de pêche, de chasse, de navigation, d'établissement de moulins et d'usines sur les cours d'eau appartenant aux domaines, etc., ce qui, d'après lui, ferait une somme de
123,931,014 roubles ou de 495,724,000 fr.
Les trois sommes ci-dessus réunies
donnent un total de 17,150,324,000 fr.
que le même auteur réduit néanmoins à un peu moins de 4 milliards de roubles ou environ 16 milliards de francs; et il fait en outre remarquer que dans cette évaluation ne sont pas compris les mines, les carrières, les sables aurifères de l'Oural, non plus que les inappréciables trésors de la Sibérie.
Quant au revenu actuel, c'est à l'occasion des finances russes que nous aurons plus tard à les évaluer sur la base des budgets; ici, nous nous bornerons à consigner d'avance quelques éléments de la question. De toute manière, il n'est pas facile d'évaluer ce revenu avec une exactitude parfaite. Il se compose de facteurs divers dont même les principaux ne figurent pas séparément au budget, mais qui, tels que nous pouvons les établir d'après celui de 1862, seraient les suivants':
1. Ce prix, suivant les circonstances, la situation, l'essence des arbres, Tige des futaies, etc., peut varier de 10 à 300 roubles.
2. Voir aussi Reden, Russland's Kraftelemenle , p. 356, et Kolb, p. 115, note. Cf.Hupel, t. Ier, p. 404.
La capitation de 8,500,000 individus mâles établis sur les terres appartenant aux domaines de l'État, à 1 rouble par tête, donne 8 millions de roubles ou. . 34,000,000 fr.
La redevance territoriale ou obrok imposée à ces mêmes individus, en retour de la concession de terrain qui leur est faite et qui varie de 58 kopèks à 3 roubles 30 kop.1, a produit 25,260,000 roubles, ce qui équivaut à 101,040,000 fr.
A l'article Domaines affermés, on inscrit de plus la somme de 2,656,000 roubles ou 10,624,000 fr.
A l'article Forêts de l'État, 1,695,000 roubles ou 6,780,000 fr.
A l'article Propriétés diverses de l'État, la somme inscrite est de 1,948,000 roubles ou de 7,792,000 fr.
Le revenu total s'élèverait donc à la
somme de 160,236,000 fr.
Ailleurs, au lieu d'une redevance de 25,260,000 roubles seulement, nous trouvons cette somme portée à 35,366,500 roubles, et les contributions locales à 11,681,000 roubles; ce qui ensemble fait 47 millions de roubles ou 188 millions de francs. En 1856, le total des revenus des domaines était évalué à 45,412,886 roubles ou 181,651,000 fr., mais dont seulement 32,650,000 roubles étaient versés au Trésor de l'État.
En 1853, la population, encore en majorité attachée à la glèbe, se composait comme suit, dans les terres des domaines de la Couronne :
1. La moyenne de l'obrok est, suivant M. Kolb, sur les terres des domaines, de 2 roubles 60 kopèks, et dans les apanages, de 2 roubles 86 kopèks. L'obrok converti en redevance territoriale donne, en moyenne, de 2 roubles 80 kopèks à 3 roubles 35 kopèks.
Pavsans de la couronne . .
|sexe mâle. . 8,825,958 (sexe fém. . . 9,312,326
Israélites colonisés 38,862
Kirghises de la Horde intérieure 188,784
Kalmuks 123,686
Samoïèdes 5,644
Gens libres, savoir : Marchands, bourgeois, hommes de conditions di-l
verses 125,180/
Femmes, veuves et filles de soldats .... 231,282/ 536,029 Militaires en retraite ou en congé illimité . 97,497l
Colonistes ou enfants de troupe 82,070]
Total des deux sexes .... 19,031,289
Nous avons aussi sous les yeux un rapport ministériel sur les apanages , qui sont les propriétés personnelles de l'Empereur et de la famille impériale; mais ce document est encore du temps de l'administration du prince P. Volkonski. Il n'indique pas la contenance de ces terres; on y voit seulement qu'elles faisaient vivre une population de plus de million d'individus, savoir: 733,770 du sexe masculin et 811,693 du sexe féminin; et à cette population, alors serve, il fallait ajouter une population libre d'environ 85,000 individus, savoir : 41,321 du sexe masculin et 43,630 du sexe féminin. L'obrok était de 6!/s millions de roubles ou 26 millions de francs, et le revenu foncier (pozémelnii sbor) s'élevait en outre à 1,275,800 roubles ou 5,103,200 fr.
Propriété ou privée ou communale. Les domaines de la Couronne et les apanages de la famille impériale occupant ensemble une étendue d'environ 195 millions de déciatines, il faut, pour trouver la propriété privée et la propriété communale, défalquer cette quantité du total de la superficie de la Russie d'Europe , qui est , avons-nous dit ,
de 457,500,000 déciatines. On trouve ainsi 262,500,000 déciatines.
Partagées également entre 60 millions d'habitants, elles formeraient pour chacun un lot de près de 4.37 déciatines , qui suffirait à les faire vivre. Naturellement ce n'est pas là la répartition qui existe en réalité.
Ici encore, la nature à part de la Russie ne peut manquer de frapper tous les yeux.
On assure que l'on n'y comptait pas, avant 1863, plus de 127,000 propriétaires de toutes catégories; tandis que, en France , il n'y en avait pas beaucoup moins de 8 raillions 1 , près d'un cinquième de la population entière. D'après l'arpentage général de 1849, appliqué à 31 gouvernements de l'empire, i) existait dans ces circonscriptions 185,121 terres occupant ensemble une étendue d'environ 254,300,000 déciatines ou environ 278 millions d'hectares; et sur ce nombre, 102,723 terres, d'une contenance de 192,880,618 déciatines, étaient propriété particulière, le reste était possédé en commun*. Peut-être ce chiffre de la contenance était-il encore trop enflé; car on estime que, dans la Grande - Russie du moins, un tiers seulement de la propriété totale se trouve aux mains des particuliers*. Cela ferait au total 152,500,000 déciatines. D'un autre côté, on restait peutêtre au-dessous de la réalité, quand on n'assignait, comme le faisaient d'autres données, que 106 millions de déciatines, avec 23 millions de serfs des deux sexes, à 104,000
1. Le nombre des propriétés s'élevait en France, en 1851 , a 12,393,366, et celui des parcelles jusqu'à 126 millions; mais on ne comptait que 7,846,000 propriétaires. Hélas! 3 millions de ces propriétaires portés au rôle ne payaient pas de contribution personnelle, pour cause d'indigence.
2. Sbornik ou Recueil publié par la Société géographique russe en 1851 , t. 1", p. 32.
3. Voir le mémoire de M. Kodiélef, dans Bodenstedt, RusHsche Fragmente. t. II, p. 84.
propriétaires nobles. Dans les 102,723 terres de l'arpentage général n'étaient pas comprises, entre autres, les terres des provinces Baltiques dont voici l'état:
Terres de la Terre* des Terres des
Couronue. particuliers.
pastoral».
Total.
Kourlande. .
Totaux . .
A en juger par le tableau du Sbornik, le plus grand nombre de terres de particuliers, 12,360, avec 2,826,436 déciatines, se trouvent dans le gouvernement de Pskof. Puis viennent les suivants :
Gouvernements.
Terres.
Déciatines.
Vladimir
Smolensk
Le plus petit nombre se rapporte au gouvernement de Penza, 810 terres avec 1,825,796 déciatines, et à celui de Voronège, 807 terres avec 3,720,197 déciatines. Iékatérinoslaf, qui vient après, présente 907 terres avec 5,140,062 déciatines.
Voici maintenant ce que nous apprennent les publications officielles, résumées d'abord par M. de Rœppen1 et ensuite par M. Troïnitzki, fonctionnaire éminent et ancien directeur du Bureau central de statistique*. Il y avait en Russie,
\. Ueber die VertheUung der Bewohner Riuxlands nach Stànden, dans les Mémoires de l'Académie, Sciences politiques, t. VU, p. 420.
2. Krèpostnoiê Nacélénié v' Rossii (1861), p. 64 et suiv. Voir aussi Erwan, Archiv, 1859, p. 116.
peu avant Tan 1861, selon l'un, 127,103, selon l'autre, 120,197 possesseurs de serfs; parmi eux étaient propriétaires de terres, selon l'un, 109,340, selon l'autre, 103,194 (car 3,703 possesseurs de serfs n'avaient point de terres)1. Le nombre des serfs mâles était, selon l'un, de 10,870,061 , selon l'autre, de 10,683,853. On va voir comment, d'après M. Troïnitzki, ils étaient répartis sur les propriétaires; cependant on remarquera, dans son tableau, que les trois provinces Baltiques ne sont pas comptées, et que, parmi les autres 48 gouvernements ou provinces de la Russie d'Europe, Arkhangel ne figure également que pour mémoire; que la Sibérie est, au contraire, comprise dans le tableau, mais pour une part minime.*
Leur Nombre Propriétaire» des diverses classes. nombre. de leurs aerfa.
Petits propriétaires , possédant de 1 âme
Petits propriétaires, possédant de 21
Moyens propriétaires, possédant de 101
Moyens propriétaires, possédant de 501
Grands propriétaires, possédant 1,000
âmes et plus 1,396 3,074,033
Totaux .... 103,1943 10,683,853
1. M. de Kœppen, ainsi que M. Troïnitzki, entrent dans ie détail par gouvernements. Nous ne parlons pas des données fort incomplètes de M. A. Jourdier {Des forces productives , etc., de la Russie, p. 171); selon cet agronome, le nombre des propriétaires est de 117,404, dont 5,508 propriétaires sans terre; restent 111,896.
2. En Sibérie, il y avait à peine un total de 4,340 serfs des deux sexes. 11 s'en trouvait, assure-t-on, 506,545 dans la Transcaucasie; mais dans la Tchernomorie la servitude n'existait pas du tout.
3. fin 1860, sur ce nombre de propriétaires, 35,642 étaient sous curatelle, dont seulement 25,638 pour cause de minorité. Quant aux biens grevés d'hypothèques, il en sera question tout à l'heure ( p. 196 et 203).
En conséquence, il existait alors 79,171 petits propriétaires, n'ayant pas plus de 100 serfs, la plupart même moins (dans la lre classe, seulement 8 en moyenne, dans la 2e, 47); 22,627 moyens propriétaires, possédant moins de 1,000 serfs (dans la lre classe, seulement 197 en moyenne, dans la 2e, 649); et 1,396 grands propriétaires, ayant plus de 1,000 serfs et en moyenne 2,202.
Parmi les petits propriétaires, 42,978 étaient si pauvres qu'ils n'avaient, pour toute population de leurs terres, que 339,586 paysans, capital vivant qui leur rapportait, à 8 roubles par âme, 2,716,688 roubles ou 10,866,752 fr., ce qui ne faisait pour chacun de ces propriétaires que 252 fr. par an, auxquels, toutefois, ils ajoutaient encore le produit de l'exploitation rurale qu'ils se réservaient à eux-mêmes et qui naturellement dépassait cette somme si restreinte. D'autre part, 3,854 propriétaires étaient si riches qu'ils pouvaient faire travaiUer pour eux 4,671,724 paysans; et ceux-ci leur donnaient un produit de 38 millions de roubles ou de 152 millions de francs, dans lequel la part de chacun était de près de 40,000 fr., somme à laquelle s'ajoutait ensuite également le rapport de l'exploitation personnelle.
Les 4,671,724 serfs appartenant à ces 3,854 maîtres riches, se trouvaient dans une bonne condition; ils n'étaient écorchés ni par leurs seigneurs, ni par les agents du gouvernement. Les autres étaient plus ou moins bien, leurs maîtres étant tout au plus dans une certaine aisance, et près de 43,000 d'entre eux positivement pauvres.1
Les vrais grands propriétaires, possédant plus de 1,000 âmes chacun , au nombre de 1,396 avaient ensemble, comme nous l'avons dit, en total 3 millions de serfs. A 8 roubles ou
1. Voir Menschen und Dinge, p. 154; Bock, Russland's Entwickelung . p. 98; Russland und die Gegenwart, p. 300; baron de Haxlhausen, t. III, p. 47 et suiv., 54 et suiv.; Molinari, Lettres sur la Russie, p. 289 et suiv.
32 fr. par tête, cela leur faisait 96 millions de francs, lesquels partagés entre eux donnaient à chacun pour sa part annuelle 68,768 fr., qui netaient au reste qu'une des sources de leur opulence.
Pour être réputé très-riche, il fallait posséder au moins 10,000 serfs; certaines familles, telles que les Stroganof, les Demidof, les Iakovlef, les Orlof, les Vorontsof, les Potocki, les Branicki, les Panine, etc., comptaient les âmes par 20,000, 30,000 ou 50,000. La famille des comtes Chérémétief réunissait, dans ses vastes propriétés, jusqu'à 128,000 serfs, quelques-uns disent même jusqu'à 200,000; dans certains de leurs villages, par exemple, Ivanovo (district de Chouïa, du gouvernement de Vladimir), ils en avaient aggloméré jusqu'à 30 ou 40,000. Quelques-uns des serfs de cette famille étaient eux-mêmes millionnaires. 1
Même dans la supposition qu'ils fussent propriétaires réels de leur capital humain , les deux cinquièmes des seigneurs n'étaient pas riches, et malheureusement cette supposition n'était exacte que très-partiellement. Le 1er janvier 184-2, dit le baron de Haxthausen1, 4,718,142 serfs étaient engagés dans les deux lombards ou maisons de prêts. Les prêts de la Banque impériale s'élevaient à 52,603,000 roubles. A une autre époque (1 828) , les institutions de crédit avaient prêté, sur les propriétés territoriales, une somme totale de 259,771,000 roubles ou 1,039,084,000 fr. En 1859, étaient hypothéquées aux Banques, 44,166 propriétés avec 7,107,184 âmes, et pour une somme de 425,503,061 roubles ou plus de 1 !/a milliard de francs. C'étaient les deux cinquièmes des propriétés et les deux tiers des serfs appartenant à la noblesse. Dans les seules années de 1856 à
1. On assure qu'il y en avait parmi eux quelques-uns qui eux-mêmes possédaient, mais sous le nom du maître commun , jusqu'à 6 ou 700 serfs.