‹ L'Empire des tsars au point actuel de la scienceChapitre 96 sur 367 · Âudea, t. III, p · texte numérisé non relu

Âudea, t. III, p

1859, environ 600,000 âmes ont été engagées par hypothèques.

D'après l'auteur bien connu que nous venons de citer, la valeur de toutes les propriétés particulières et cultivées était estimée à 1,932,184,810 roubles, ce qui approche de 8 milliards de francs. Pour être à même de contrôler cette estimation, il faut savoir que les Banques prêtaient en moyenne 60 roubles ou 240 fr. par tête de serf mâle; mais elles prenaient leurs sûretés : en réalité , Y âme était à un prix bien plus élevé. En moyenne, on peut dire qu'elle valait de 175 à 200 roubles, ou de 700 à 800 fr.; exceptionnellement jusqu'à 1,000 et 1,500 fr. Prenons 800 fr. pour moyenne. Si le nombre des serfs mâles des particuliers s'élevait à environ 10,700,000, ils étaient en effet l'équivalent d'un capital de 8 milliards de francs (même de 8,560,000,000 fr.). Si un des publicistes russes qui ont marqué dans le débat relatif à l'affranchissement, le pseudonyme Schédo-Féroti , a porté cette somme jusqu'à 3 milliards de roubles ou 12 milliards de francs, c'est qu'il comptait par erreur jusqu'à 15 millions de serfs.

Uobrok, c'est-à-dire la redevance annuelle du paysan due comme loyer de sa personne, variait suivant la nature des terres1. Au moment où l'on prit en main la grande affaire de l'affranchissement, et pour les deux ans qui devaient s'écouler encore jusqu'à la mise en vigueur de cet acte, le maximum de l'obrok a été fixé à 30 roubles ou 120 fr. pour les hommes, et à 10 roubles ou 40 fr. pour les femmes. En thèse générale, il a rarement dépassé ce taux, quoique souvent des maîtres avides aient extorqué à leurs paysans des redevances annuelles bien plus considérables. En moyenne, il était d'environ 40 fr. Sur les terres de la Couronne,

1. Au reste, 44,700 nobles seulement, dit-on, avaient des serfs à obrok; tous les antres se faisaient payer en jours de corvée et en nature.

l'obrok ne dépassait même pas 25 fr.; le plus souvent il était de 12 ou même de 6 fr. seulement. 1

Là où la terre ne suffisait pas pour assigner une dotation aux paysans et conserver au seigneur une exploitation agricole en grand, ce dernier concédait à ses serfs, collectivement, toute la terre attenant au village, à condition de lui payer une redevance en argent, mais en renonçant à toutes corvées à son profit. C'était là le régime pratiqué dans environ un tiers des domaines seigneuriaux.

Car le paysan russe est habitué à un régime d'association (d'artelh) ou de communauté, à un certain communisme par rapport à la propriété1. M. Wolowski en fait un grief contre la civilisation russe; d'autres ont essayé de glorifier cet état de choses, parce qu'en effet il exclut le paupérisme. Un agronome du gouvernement de Riaisân qui a dépose le résultat de son expérience dans un mémoire que l'on trouve dans le recueil de M. Bodenstedt, nous aidera à donner une idée de cette institution, si différente de tout ce qui se pratique dans nos pays d'Occident. Partout chez nous, dit- il (et il ne veut sans doute parler que de sa province), partout chez nous, les paysans possèdent en commun le sol qu'ils exploitent, » c'est-à-dire qu'ils en ont en commun l'usufruit. Autrefois la commune faisait annuellement la répartition des terres entre ses membres; mais cette coutume paraît s'être modifiée de nos jours, ou du moins être en voie de modification. Le même auteur continue ensuite* : « La répartition

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