‹ L'empire des Tsars au point actuel de la science J. H. Schnitzler Le territoire, tableau naturelChapitre 187 sur 359 · Voir plus haut, p. 94 et · texte numérisé non relu

Voir plus haut, p. 94 et

2. P. 34. — Nous donnons encore ici le détail du cliiffre général :

Gouvernement d'Iikoutsk •

Millet carré* d*AII.

Eiloroètrc*

carré*.

- — de Iénicéïsk

Province de Iakoutsk. »

District maritime d'Okhotsk ....

District de Kamtchatka

Pays des Tchouktches

Pour la description de la Sibérie orientale, voir plus haut, p. 158-165.

3. A la p. 36 , faisant trois divisions au lieu de deux el prenant la dénomination de Sibérie méridionale dans un sens plus restreint , nous y avons compris,

HYDROGRAPHIE ; LACS

cité, en dehors du Baïkal, dont nous avons à donner ici la description, après en avoir fait connaître, dans le chapitre précédent, les contours et le voisinage.

Le Baïkal, comme nous l’avons dit, est le plus grand lac d’eau douce de l’Ancien-Monde. Le lac Aral a 75,000 kilom. carrés de superficie; mais il est salé et reçoit le nom de mer. Le Baïkal n’a guère que la moitié de celte étendue, 38,000 kilom, carr. suivant M. Ch. Ilittcr, 30 à 31,000, selon d’autres; mais elle égale néanmoins encore celle de la Belgique tout entière, ou même celle de la Suisse. Placée dans la direction du sud-ouest au nord-est, cette vaste nappe d’eau a presque la forme d’un croissant raccourci aux extrémités, et tournant son ouverture du côté du nord. On lui donne une longueur de 550 à 000 verstes ; sa largeur varie de 30 à 80, et sa circonférence, d’après un article russe publié par Klaproth, serait de 1,865'. 11 s’étale, en suivant la direction diagonale entre les méridiens et les parallèles, du 101e au 108e degré de long, or., et du 51e au 56e degré de lat. N.

De telles proportions justifient l’usage des Russes, comme des Chinois, déqualifier le Baïkal également de mer; les

dans la Sibérie occidentale, le gouvernement de Tomsk avec une grande partie de la province d'Omsk de celui de Tobolsk, puis dans la Sibérie orientale, seulement le gouvernement d'irkoutsk. Aussi le chiffre total ne dépasse-t-il presque pas celui qu'ici, d'après d'autres bases, nous assignons & la seule région de l’est de la Sibérie méridionale. Dans cette matière , il est bon , dans l'intérêt des discussions et des rapprochements divers, de varier les points de vue. La Sibérie méridionale , telle qu'elle a été présentée à la page 11 G , est cette partie seulement de la colossale étendue asiatique soumise à la domination russe qui semble appelée au bien-être et à la richesse, en dépit de son nom.

1. Description du lac Baïkal, traduite du russe dans les Nouvelles Annales des Voyages, t. XXVII, p. 289. M. Rilter n’a pas consacré moins d’une centaine de pages à ce même sujet, t. III, p. 5-11 A. Voir Aussi l'article Eine Dampf - Schifffahrt über den Baikal, dans Erman, Archiv , t. VI, 184G, p. 191-199.

peuplades qui l’avoisinent regardent même comme une profanation de l’appeler un lac; pour plusieurs d’entre elles, il est la mer Sacrée, résidence habituelle de leurs dieux. Dans le pays, les Russes mêmes l’appellent généralement moré, la mer tout court*.

Le niveau du lac est plus élevé que plusieurs points des contrées d’alentour. D’après les observations de MM. Erman et Hansleen, la ville d’irkoutsk est à une altitude de 450 mètres : celle du Baikal est, d’après M. Ritler, de 1,655 pieds de Paris ou environ 550 mètres’. Aussi l'Angara inférieure, magnifique émissaire du lac au nord-ouest, a-t-elle une forte pente dans la direction d’irkoutsk.

Cet écoulement, qui devient plus loin laToungouska supérieure, et dont nous reparlerons, a, par un effort puissant, rompu la bordure rocheuse du lac, et formé de ce côté une large ouverture. La nature a de cette manière ménagé au voyageur un beau spectacle ; car lorsqu’il arrive à cette espèce de porte, il voit tout à coup, à travers de formidables rochers, l’immense nappe d’eau dont le nom, dans ces contrées qu’elle vivifie, est dans toutes les bouches, en môme temps que la chaîne qui l’environne, surmontée de ses sommets neigeux.

Enfermé entre ces masses de granité et de gneiss, le Baikal, quoique clair, limpide et d’un bleu d’azur quand le temps est beau, est comme un gouffre qu’aurait formé une grande commotion de la nature en rompant violemment la masse des montagnes. Sa profondeur est très-considérable, si ce n’est dans quelques anses où il laisse voir le fond , .et sur

1. Il parait que c'est des lakoutes qu'est venu le nom de Baikal, proprement BdiaJi/ial , Eau abondante. Les Chinois l'appellent Pé-hai , mer du Nord; les Bouriates et les Mongols, Dalai-Xuor , lac suprême, lac des lacs, ou Lam-Soor, lac sacré. ,

S. T. III, p. 17. D'après M. de liumboldt, seulement de 222 toises, 440 mètres.

HYDROGRAPHIE ; LACS

quelques points où il est embarrassé d’écueils ; généralement, elle varie de 40 à 140 et même à 200 mètres, et dans le milieu, ainsi que du côté du nord, la sonde ne trouve même pas de fond en plusieurs endroits. Vis-à-vis du milieu de la rive septentrionale est l’ile d’Olkhôn, la seule un peu considérable du lac, qui en renferme toutefois encore quelques autres1. Cette île allongée, montagneuse et entourée de plusieurs îlots formant le Sund d’Olkhôn, est à 7 vcrstes du rivage, là où le passage est le plus court. Sa longueur peut être de 50 verstes. En face, sur la côte méridionale, mais un peu plus au nord, est le Sviatoî Noss, cap Saint, forte saillie en forme de triangle, qu’on appelle aussi la presqu’île de Bargousine, du nom de la rivière qui, du côté du sud-est, vient ici déboucher dans le lac et former le golfe de Bargousine. La ville du même nom est un peu plus loin, en remontant la rivière. La presqu’île limite, en commun avec l’île d’Olkhôn, la partie septentrionale du Baïkal, puis vient la partie moyenne, et la partie méridionale ou du sud - est , forme le golfe très - fréquenté des pêcheurs, appelé KouUouk. 11 se trouve là un village dit même nom , et la contrée est très-pittoresque. D’après le docteur Hess*, des montagnes très-sauvages s’élèvent ici au-dessus du lac, dont les eaux mugissent au pied de rochers abrupts, et en détachent une multitude de galets. Les rochers se composent en partie de basalte et de lave. Us surplombent des vallées étroites où les rayons du soleil ne pénètrent jamais. Vers la sortie de l’Angara est le Citamanskoi Myss ou cap des Chamanes, près duquel trois écueils, semblables à des colonnes perpendiculaires, se

1. Voir atlas russe de 1823, n° 55. Ritler, p. 27. Nous avons déjà cité la carte des environs du Baikal de Ititter et O’Ktzel.

2. Geognoflitche Beobachlungm auf einer Heise , etc., dans le Journal minéralogique de M. le professeur de Leonliard, t. Il, 1827 , p. 324.

dressent à la hauteur de 60 mètres au-dessus de l’eau. Un peu plus au sud est le Tchemoi Mgss ou cap Noir.

On compte jusqu’à 177 rivières ou ruisseaux apportant leur tribut au Baïkal : les plus importants sont, au sud, la Sélenga, qui, d’origine mongole, vient de la frontière chinoise; et plus loin le Bargousine, qui, descendu des montagnes voisines, arrive du nord-est; à l’extrémité nord, l’Angara supérieure, à laquelle M. Ritter donne un cours de 750 verstes, et qui, comme l’Angara inférieure, est embarrassée de rapides et de cascades, se prolongeant l’espace de quatre journées de marche. Elle se divise en plusieurs bras, formant un delta sur la côte du lac , qui ici est basse et sableuse , et présente même quelques petits lacs accessoires. Non loin de là, au nord, commencent les forêts primitives, qu’on appelle ici lafghy.

L’eau du Baïkal est parfaitement potable et de bon goût. Il abonde en poissons ; M. Ritter en décrit les riches pêcheries '. Ce sont les esturgeons et les saumons ou omouls qui sont principalement l’objet de celle-ci ; mais on prend aussi beaucoup de phoques. De plus, on fait la cliasse aux oiseaux à duvet, ainsi qu’aux bêtes à fourrure qui hantent les bords du lac, renards, lynx, onces, gloutons ( ursus gulo ), etc. Le castor n’y apparaît plus.

Le lac est très-agité, très-orageux, ce qui est cause qu’en hiver il gèle tard, rarement avant le milieu de décembre. Alors il reste solidement pris jusqu’en avril, et couvert de glace jusqu’au commencement de mai ; souvent il présente de ces montagnes de glace ou torosses qu’on voit dans la mer Glaciale. La route de poste y descend à Goloustaïa , qui

I. P. 106 cl suiv. Le grand géographe ne néglige aucun détail. Il fait connaître le climat , les saisons, les tremblements de terre assez fréquents dans ce bassin, sa flore, sa faune, la navigation du lac, la glace qui le captive en hiver, etc. — Sur les phoques, voir p. 111.

hydrographie; lacs.

est à 48 verstes au nord-est de l’excellent port de Listvinischnàia, près de l’Angara inférieure, où l’on s’embarque quand les eaux sont libres. Le trajet se fait en grands bâteaux ( doschtcheniks ). Il est de HO verstes1 et aboutit à Possolskoï, où toutefois le fond trop peu profond ne permet pas aux grands bateaux de s’approcher de la rive. Au couvent de Possolskoï, les religieux exercent dignement l’hospitalité.

C’est en 1643 que les Européens naviguèrent pour la première fois sur cette mer méditerranée, alors nouvellement découverte; depuis 1845, la navigation à la vapeur y est installée : aussi le trajet dont nous venons de parler se fait-il en 7 ou 8 heures.

Le Baïkal est inappréciable pour le commerce de la Sibérie : c’est par lui et par l’Angara inférieure, son émissaire, que le plateau de la Sélenga et toute la Daourie , si riche en mines et d’ailleurs limitrophe de la Cliine , est mise en contact avec la Sibérie occidentale et la mère-patrie. La route , longue de 1 70 verstes, qui tourne le Koultouk ( Krougomors kaïa doroga), quoique remarquablement construite, est difficile et pénible; des abîmes effrayants se montreut à ses bords. Le traînage sur le lac, de même que la navigation, abrège le voyage en le rendant aussi plus commode. Ainsi que nous l’avons dit plus haut (p. 291), la contrée transbaïkalique est la clef de l’empire Chinois, et il est impossible de conjecturer d’avance à quelles richesses nouvelles, à quels trésors de civilisation, notre race peut encore arriver par la porte que cette clef permettra et permet déjà en partie d’ouvrir.

Du lac à Irkoutsk, chef-lieu du gouvernement et de toute la Sibérie orientale, il y a environ 63 verstes’; d’Ir-

1. D'après l'article tout local dans Ermaa, Arctuv , l. VI, p. 197; mais peutêtre , en droite ligne , n'est il que de 52 verstes , comme le veut M. Ritler.

2. Chiffre plus exact que celui de 50 verstes que nous avons donné plus haut.

koutsk à Kiakhta, sur la frontière chinoise, il y en a 568; d’Irkoutsk à Saint-Pétersbourg, 6017.

Région septentrionale. — 11 reste pour elle 6,400,000 kilom. caiT. , plus de dix fois la grandeur de l’Allemagne. Mais quels déserts glacés, quelles affreuses solitudes que ces bassins de l’Olének, de la majestueuse Léna, de la Iana, de l’Indighirka et de la Kovyma! C’est d’un tel pays que M. Arsénief a grandement raison de demander qu’on ne le fasse pas figurer à côté des autres dans les états statistiques pour établir des moyennes et des proportions. La même observation s’applique du reste à toute la Sibérie. En Europe déjà , le gouvernement d’Arkhangel, et même ceux de Vologda et d’Olonelz, font apparaître la situation sous un faux jour, si on les comprend dans le calcul des moyennes. Aussi sauronsnous faire, dans les nôtres, quand il en sera temps, les distinctions et les réserves nécessaires. Toutefois, au milieu du tableau si sombre de la triste Sibérie, cette région, comme les autres, a des parties claires et sereines, témoins la côte d’Okhotsk et la presqu’île de Kamtchatka , dont nous avons fait ressortir déjà les beautés naturelles.

Quant aux lacs , ils sont peu nombreux dans toute cette immense région, et les plus considérables sont renfermés dans le gouvernement de léniceisk , en particulier dans le district du même nom qui est le plus grand de tous dans tout l’empire, car il doit avoir à lui seul près de 2 millions de kilom. carrés1. Ce sont, à commencer tout au nord, près du golfe de Taimour , et par la presqu’île des Samoïèdes , le lac Taimour, qui reçoit une rivière de ce nom et la renvoie

1. L’anricn district de Touroukhansk , décrit par Hassel, p. 572 , comme le plus septentrional , y est aujourd'hui compris ; car le gouvernement n'a plus que cinq districts , dont quatre appartiennent à la portion méridionale , comparativement très-petite neanmoins, puisqu'elle n'a guère que 6 à 700,000 kilomètres carrés.

HYDROGRAPHIE ; LACS

ensuite au golfe; le lac Piacino , au sud de la presqu’île, non loin du liman ou des bouches du léniceï , du côté de l’est, et qui a une étendue de plus de 5,700 kilom. carr. ; le Davydovo, un peu plus au sud; le Iefsiétefskoï , à l’est de celui - ci et de la chaîne de hauteurs qui le horde : on lui donne 2,200 kilom. carr. ; le Toumouldy, de forme allongée, encore plus vers le sud ; le Ptchalskoïé, de l’autre côté du léniceï, versIaTasofskaïa Gouba; enfin, en remontant le grand fleuve, se présente d’abord, à sa gauche, le Kopydak, et ensuite, au delà du confluent de la Podkamennaïa Toungouska, sous Cri0 301 de lat. N., un lac qu’il forme ou traverse et auquel nous n’avons pas de nom à donner.

La province de Iakoutsk, qui s’étend depuis le Stanovoï jusqu’à la mer Glaciale, a quelques lacs dans sa partie centrale, autour de son chef-lieu, la ville de Iakoutsk. Le principal est YOuniajili, au sud du Viloui, affluent de gauche de la Léna. Tout près du Stanovoï /un des affluents de l’Aldàn découle aussi d’un lac assez considérable.

Le pays des Tchouktches renferme pareillement quelques grands lacs , dans l’espace entre l’Anadyr et la mer Glaciale. Le principal est à peu de distance du golfe d’Onémek ; le second, près du golfe de Tchaounsk, et le troisième, plus petit , est celui qui donne naissance à l’Anadyr.

Enfin , dans la presqu’île de Kamtchatka , nous avons déjà noté le lac dcKronotek , voisin du volcan Klioutchefsk ; et l’on peut ajouter le Kourilskoïé , à l’extrémité sud, vers le cap de Lopatka.

Cette énumération , aussi complète qu’il était possible de la donner avec les matériaux dont nous disposons, à la distance où nous sommes de la source la plus abondante des renseignements, paraîtra minutieuse à bien des personnes ; mais nous avons voulu nous servir de cette multitude de lacs , grands et petits , comme de jalons placés d’intervalle à

iutervaUe dans un espace incommensurable, afin d’y mieux orienter le lecteur , ou comme de base pour la division naturelle qu’il nous importait de rappeler et de préciser encore plus que nous n’avions pu faire dans le chapitre précédent

Page 1