‹ L'empire des Tsars au point actuel de la science J. H. Schnitzler Le territoire, tableau naturelChapitre 2 sur 359 · VI,J · texte numérisé non relu

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pour elle; mais que pour attirer ce Ilot, elle devra condescendre «à des concessions ; que son sol, partiellement * si fertile, est un grenier d'abondance 1 dont ce même Occident, peuplé déjà outre mesuie, a besoin, et qui deviendra de plus en plus pour la Russie une source intarissable de richesses, en môme temps qu'un moyen de puissance, plus infaillible peut-être que les plus innombrables armées; mais qu’il en faut dégager les abords, qu’il faut en faire trouver le chemin par une assimilation progressive, compatible, on peut le croire, avec le cachet national et avec des besoins religieux particuliers qu’il est juste de protéger et d’entretenir avec sollicitude. Les capitaux français et anglais, dirigés par les effets d'une civilisation évidemment supérieure en plusieurs points, créent dans ce moment même un réseau de chemins de fer et de gigantesques instruments de crédit dans la monarchie Autrichienne, une des plus anciennes de la chrétienté : n’ont-ils rien à faire en Russie? ne peuvent -ils être d’aucun secours à cet empire plus récemment civilisé et qui est l’image de l'immensité? Nous ajouterions volontiers des réflexions analogues sur les intérêts moraux, si cette matière, objet de nos constantes méditations, était moins délicate à traiter, et si nous étions sûr d'èlre bien compris, en tous lieux, sans défiance et sans prévention.

En résumé, c’est des intérêts de la paix que nous

1. Un savant voyageur, M. le professeur Blasius, dit que la région du terreau noir, dans la Russie méridionale, est le pays d’agriculture le plus fertile de l’Europe. Voir, dans le présent volume, p. 129.

PRÉFACE

voulons nous occuper. La destruction est un fléau auquel le patriote ne peut pas toujours refuser ses sympathies; mais ce qui conserve, ce qui féconde, ce qui améliore, ce qui prépare l’avenir, c’est lé ce qui préoccupe sans relâche l'ami de l'humanité. Le progrès bien entendu, et non ce qu’appelle ainsi la foule de ceux qui, malgré leurs cris, sont toujours à sa queue, le progrès est une condition de nôtre existence : il faut s’y résigner et réfléchir, saus perle de temps, aux moyens de lui donner une direction salutaire.

Le lecteur connaît ainsi notre point de vue. Si, dans ce sens, notre ouvrage rend quelques services, notre but sera atteint, et notre persistance justifiée.

Bien que nous puissions le donner comme le fruit de nos loisirs, il n’est pourtant pas le nôtre seulement, il est à la fois celui de tous nos devanciers, parmi lesquels nous nommerons les Pallas, les Schlœzer, les G. -F. Millier, les Humboldt, les Ritter, les Klaproth, les Hassel, les Malte-Brun, les Murchison, les Kœppen, les Arsénief, les Erman, sans épuiser la liste de tous ceux à qui nous sommes redevables de beaucoup de lumières. Fidèle è une habitude depuis longtemps prise, nous avons soin de toujours citer nos autorités, disons mieux, nos collaborateurs. Car il n’est pas juste, comme il arrive trop souvent, il est mal séant même, qu’un seul écrivain, eût-il réellement beaucoup vu, beaucoup trouvé par lui -même, s’approprie le fruit du travail de tous ses prédécesseurs. Il faut qu'il reste trace de tant de hardis explorateurs, de tant de laborieux et judicieux écrivains, qui ont frayé la route à ceux qui sont venus

PRÉFACE

après eux, et c'est une grande satisfaction pour nous d'avoir ici l’occasion d’en tirer quelques uns d’un injuste oubli.

Les notes dont nous avons souvent chargé nos pages ne seront sans doute pas du goût de tous les lecteurs; mais chacun est libre de les passer. Plusieurs en profileront, nous aimons à le penser. Ils y verront les fondations d’un édifice, sans doute dénué d’ornements et peu propre à faire valoir l’architecte, mais au moins solide et inspirant confiance sous ce rapport. Car des notions accumulées, sans que je sache où on les a prises, au lieu d’apaiser ma curiosité, jettent l’incertitude et par conséquent le trouble dans mon esprit.

A la fin du Tableau naturel, de même que de toutes les autres grandes sections de cet ouvrage, destinées à être vendues séparément comme formant un tout complet, nous plaçons deux Tables alphabétiques des matières, l’une pour les noms géographiques, l'autre pour les noms des auteurs cités. Nous avons la confiance, en nous donnant cette peine ingrate, surtout la première, qui aura pour effet tout un dictionnaire de géographie russe, d’ajouter notablement à futilité de notre travail, qui doit encore plus seconder toutes les recherches que servir à la simple lecture. Comme, assez souvent, les moyens manquent de mettre la main sur la notion exacte, positive, dont on a besoin, on se contente de l'à-peu-près, et il n'est pas rare que du vague on tombe dans la confusion. Autant qu'il dépendra de nous, nous ne laisserons rien, dans ce livre, à l'état d à-peu-près. Or, les notions, les faits élucidés par un consciencieux

PRÉFACE

labeur, ne doivent pas se cacher, se perdre dans la multiplicité des feuillets d’un volume : il faut pouvoir les retrouver à point nommé, et pour cela un index ou répertoire alphabétique est indispensable. Nous avions négligé d’en placer un au bout de La Russie, la Pologne et la Finlande ( sur laquelle nous nous sommes d’ailleurs expliqué dans la préface de notre Description de la Crimée ), et cette lacune, nous le savons, s’est fait vivement sentir.

Les mesures itinéraires et de superficie sont toutes exprimées en kilomètres ou eu verstes russes, unités qui, comme on le verra dans une note ci-après, diffèrent peu entre elles. Avec Jes lieues et les milles, ainsi que nous l’avons déjà dit ailleurs, on donne des indications, sinon trompeuses, au moins incertaines, à moins qu’on ne précise nettement, ce qui est rare, de quelles lieues, de quels milles on entend parler. Aussi les chiffres d’un grand nombre d’ouvrages de géographie ne sont - ils d’aucun usage; nous avons souvent eu l’occasion, dans les notes, de constater ce fait si regrettable.

Enfin, ici comme à propos de nos précédentes publications, nous aurions à dire un mot au sujet de l’orthographe que nous suivons invariablement. Nous ne changeons rien à celle des noms polonais et finlandais, parce que ces noms s’expriment par les mêmes caractères que ceux des langues romanes et germaniques, et qu’ils sont d’ailleurs connus, sous cette forme, depuis de longues années. La langue russe a son propre alphabet, qu'il s’agit de traduire dans l'alphabet latin, et la plupart de ses noms sont encore peu familiers aux

PRÉFACE

savants de nos pays. Nous ne voyons, quant à nous, aucune raison de suivre à cet égard, en français, la méthode allemande, d’écrire Schuwalow, au lieu de Chouvalof, Gallilzin au lieu de Galitsyne, Derschawin au lieu de Dcrjavine, Murawietv au lieu de Mouravief, puisque c’est de la seconde manière que l’on prononce. Et si nous n’écrivons pas ainsi à l’allemande , nous n’écrivons pas non plus, à la polonaise, czar au lieu de tsar, Czemiechow au lieu de TchernigoP, Kiiow au lieu de Kief, etc. Le Clerc et môme Voltaire avaient déjà commencé cette réforme, et nous trouvons l’orthographe conforme à la prononciation dans des livres français beaucoup plus anciens. Ce n’est donc pas une invention nouvelle que nous palronons ou introduisons en écrivant les mots et les noms propres véritablement russes de la manière dont il faut les articuler en français, sans surcharge de lettres inutiles. Nous le faisons pour simplifier et afin de faciliter la tâche aux lecteurs dans ce pays -ci.

Qu’on nous pardonne ces explications de nomenclature réitérées et un peu longues. L’exactitude n’est pas un défaut, que nous sachions, dans un ouvrage d’érudition. Puissions - nous y avoir atteint dans les grandes choses comme dans les petites, et puisse cette exactitude, si on nous l’accorde, exclure néanmoins la pesanteur et la minutie !

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