‹ L'empire des Tsars au point actuel de la science J. H. Schnitzler Le territoire, tableau naturelChapitre 29 sur 359 · Voir p · texte numérisé non relu

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navires pouvaient arriver jusqu’à la ville même : maintenant elle se trouve au fond d’une presqu’île placée en avant du fleuve de même nom. De différentes observations de ce genre, le grand Linné s’est trop pressé de conclure que la mer Baltique finirait par disparaître entièrement , prédiction qu’il n’est nullement besoin de prendre à la lettre.

Mer Voire et mer d'Aawf.

Ces deux mers, au fait, n’en font qu’une : la seconde est

simplement un golfe de la première ; comme ce golfe toutefois est presque complètement séparé du bassin principal , nous traiterons de chacun d’eux en particulier.

La mer Noire qui, par rapport au commerce , n’a pas moins d’importance pour la Russie que la Baltique et qui a été le principal instrument de sa prépondérance en Orient , baigne ses côtes dans une étendue d’environ 2400 kilom. 1 2 , cliiffre dans lequel la mer d’Asof n’est pas comprise, et dont près de 1000 kilom. se rapportent à la circonférence de la Crimée , de 7 à 800 à la côte occidentale de l'isthme, du Caucase , et le reste à la plage qui s’étend depuis l’isthme de Pérékop jusqu’au Danube.

Sa superficie , de 432,000 kilom. carr. * , égale presque celle de l’Espagne. Son étendue de l’ouest à l’est est d’environ 1000 kilom. ; sa largeur varie : elle n’est que d’environ 250 kilom. 3 entre la Crimée et la côte opposée de l’Asie-

1. On a même porté ce périmètre jusqu'à 2000 milles anglais. Le mille anglais est de 1809 mètres.

2. D'après M. Engelliardt; d'autres la portent jusqu'à 480,000, cl même au delà. Les variantes proviennent de ce que les uns comprennent aussi dans leur calcul la mer d'Asof , que d’autres, comme nous, envisagent séparément.

3. Les marins comptent 42 lieues marines.! 233 kilomètres) de Sévastopol à Sinope. Voir aussi p. 51 , note I .

Mineure ; mais la distance entre Odessa et Eregri est du double ou peut même atteindre jusqu’à 530 kilomètres.

Ce bassin si vaste et cependant proportionnellement resserré, contient une mer profonde et presque sans écueils', peu salée à cause du grand nombre de fleuves qu’elle reçoit, sans flux et reflux , mais non sans ouragans , quoique à cet égard le Pont-Euxin , nom qui ne lui a été donné que par une espèce d’eupliémisine, sinon par ironie, soit beaucoup moins mauvais que sa réputation \ Dans son centre, une sonde de 150 brasses n’atteint pas le fond; plus près des côtes, on ne trouve, sur différents points, que 60 brasses; partout la profondeur est de plus de 25 brasses , par conséquent suffisante pour les plus grands navires.

Quoique située entre le 41e et le 46e degré de latitude , la mer Noire a souvent des hivers rigoureux : alors le port

t. Le principal est à une quarantaine de kilomètres à l'est du Bosphore. — Voir Tailbout de Marignv, Portulan de la mer Noire et de la mer d'Asof, Odessa, 1830 , avec un allas de 35 feuilles. Dans ce Portulan se trouve aussi une réduction de l'eiccllente carte de Gauthier. Un atlas russe de la mer Noire est celui du capitaine de vaisseau Manganari, Nikolaïef, 1841, en 43 feuilles, contenant 48 cartes et plans et 115 vues différentes. Voir aussi Catteau, t. î, p. 133 et suiv.

2. On avait généralement reconnu l’exagération des dénominations sinistres attachées à la « mer au ciel noir > , lorsque l'affreux ouragan du 14 novembre 1854 a paru de nouveau les légitimer. D’autres grandes tourmentes de même nature avaient été déjà dans ce siècle, celle du 17 novembre 1801 , celle du 17 novembre 1818 , et celle de l’année 1839. — Très-anciennement, la mer Noire n’était pas appelée rtovro ; évijeivo;, mer Hospitalière , mais bien rcovro; SÇcivo; ou ô?evoî, mer Inhospitalière. Voir sur les dimensions que les anciens lui attribuaient, Hérodote, IV, 85. 86 ; Pline, //. IV., VI, 1, et Strabon, XII, p. 125; et sur l’historique relatif aux côtes de la mer Noire, voir Honvnaire de llcll. Les steppes de la mer Caspienne, le Caucase, la Crimée et la Russie méridionale , l. III, p. 67 et suiv. Dans le même volume, on trouve les chapitres suivants : ch. VIII, Recherches historiques et hydrographiques sur les principaux fleuves qui alimentent la mer Noire et le bassin aralo-caspien ; ch. IX, Coup d’œil sur l’histoire de la cartographie du bassin de la mer Noire et de celui de la mer Caspienne. — L’ouvrage anglais tout récènt de II Danby-Scymour, The Sea uf Atof and the Blatte Sea, wilh travels in the Crimea, in-8", ne nous est pas encore parvenu.

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d’Odessa est gelé, ainsi que l’embouchure des fleuves. Dans cette saison, la navigation, très-facile en été, devient quelquefois dangereuse, à cause des vagues courtes et heurtées, et à cause des vents qui s’engouffrent et forment des tourbillons. De terribles tempêtes donnent lieu alors à des désastres de toute espèce. Ce sont sans doute ces tempêtes, plutôt que la couleur de son eau, moins claire il est vrai que celle de la Méditerranée , qui ont fait donner son nom moderne au Pont-Euxin; peut-être aussi est-ce l’aspect d’une partie de ses côtes hérissées de falaises et surmontées de forêts. Au printemps , on y remarque des courants trèsforts du nord au sud : ils proviennent en partie de la crue extraordinaire des eaux du Danube au moment de la fonte des neiges; feu Hommaire de Holl * les attribue en outre à la grande masse d’eau que le Dniepr, le Dnièstr et le Danube versent vers le sud ; mais ils suivent aussi en partie la direction d’une ligne allant de la mer d’Asof au détroit de Constantinople.

Si les grands et vastes ports , dans la mer Noire , se réduisent aux six suivants: Sévastopol, Théodosie, Eupatoria, Odessa, Kherson, Nikolaïef, les anses et les rades abritées, en d’autres termes les bons mouillages, y sont pourtant assez nombreux pour diminuer les dangers de la navigation, d’ailleurs, comme il a été dit, presque nuis en été.

Par une singularité digne d’être notée , la mer Noire

1. Ouvrage cité, I. III , p. 77. — Le même auteur donne, à la plus grande longueur de la mer Noire, du golfe de Bourgas à Pottti, 029 milles marins ou 1165 kilom.; il donne à sa plus grande largeur, depuis le petit golfe de Pendéraklia, en Anatolie, jusqu'il l'embouchure du Dniepr, 339 milles marins ou 61 1 kilomètres. Quant A la profondeur, il dit qu'au midi, h l'orient et dans le voisinage des parties méridionales de la Crimée, les soudes n’ont pas encore pu en indiquer les limites ; mais qu’au nord et au nord-ouest , le long du littoral d’Odessa et de la Bessarabie, elle est peu considérable. — L'Atlas de Hommaire de Hell contient une très-belle carte de la mer Noire avec la mer d'Asof.

n’offre, dans toute son étendue, que trois ou quatre petites îles sans importance'; mais, dans sa partie septentrionale, outre plusieurs langues de tare, comme celle de Kinbourn et celle de Tendra, à l’embouchure du Dniepr, elle forme deux presqu’îles, celle fie Crimée et celle de Tamân. Cette dernière, séparée de l’isthme caucasien par les bouches du Kouban , pourrait, à quelques égards, être appelée une île. La première, gi ande comme la Sicile ou la Morée (sa superficie est de 23,000 verstes carrées), ne tient au continent que par un isthme, celui de Pérékop, large de 7 verstes sur 30 de long. Dans sa partie orientale, elle-même forme une presqu’île trcs-allongée , celle de Kertch ; la langue de terre appelée (lèche d’Arabath', en est, si l'on veut, une troisième. Depuis le Danube, la côte, assez élevée au delà du cap Kaliakri (Kelograh Bouroun) près de Baltchik, au nord de Varna , devient basse ; plus loin , et surtout entre l’embouchure du Dnièstr et celle du Dnièpr, elle se relève en falaises calcaires qui ont souvent plus de 35 mètres de hauteur, et qui, à Odessa, ont donné lieu à la construction du magnifique escalier Vorontsof , composé de deux cents marches. De là vers la Crimée, la côte est aussi beaucoup plus découpée qu’elle ne l’est au sud du Dnièstr. Elle forme, comme nous l’avons dit , des langues de terre , et , en Crimée , où elle est tantôt basse , tantôt , et plus souvent , élevée, elle présente des caps qui, du nord-ouest au sud-est, sont les suivants: Karamroun, Tarkhân, Baba, Loukoul, Chersonèse, Monastyr ou Fiolenle, Aia, Ai-Todor, Aïou- Dagh, Méganom, Karadagh, Takil, etc. La plupart des der-

1. Il a été question plus haut, p. 33, de l'Ile des Serpents. Voir aussi Taitbout de Marigny, et Hoinmaire de Hell, l. III, p. 86.

2. Voir sur tout cela notre ouvrage , Description de la Crimée, p. 82 et suiv. La presqu'île de Kertch a une longueur de 70 kilomètres; la flèche d'Arahath en a une de 1 1 3 verstes.

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niers appartiennent à ce pittoresque littoral du sud que nous avons appelé la corniche, et qui, vu de la mer, forme le plus curieux amphithéâtre. Du côté de l’est, d’Anapa à Batoum , le Caucase forme un arc de cercle le long de la côte, qui est presque partout très -élevée, ainsi qu’on le verra plus loin. Les principaux caps sont ceux d’Issou-soup, Sengi , Ardler et Soukhoum.

Le seul golfe russe important de la mer Noire est celui de Pérékop, nommé par les anciens golfe de Cercinite. Les Russes en appellent le fond Mertvoié More ou mer Morte. 1 Cependant on peut encore donner le nom de golfe au liman du Dniepr, à celui du Boug‘, qui se réunit au premier liman, à celui du Dnièstr, et à la baie formée à l’ouest de Pérékop , par la longue langue de terre Koça Éjérilgalch ou Djaril-Agatch, dont celle de Tendra est le prolongement. Au sud-est d’Eupatoria en Crimée , la mer Noire forme le golfe de Kalamita ; à l’est de Théodosie , la baie de Kaffa.

Les terrains qui ont leur pente vers la mer Noire et en

1. Il v a passablement de confusion dans le passage suivant du Dictionnaire de l'Empire de Russie de Vsévolojski, t. I, p. 150 : « Le golfe de Bycès ou Bougés , qui resserre l'isthme, a été fowié par l’écoulement des eaux du Corètc (?) et par le détroit de Choungar (?) ; il n’est pas éloigné de six verstes du golfe de Nécropol, Tamirache ou Carcinite , qui forme l’isthme à l’ouest.» Voir aussi la suite.

2. C'est au fond du liman du Kong, à l'endroit où l'Ingoul se réunit à ce fleuve, qu’est situé Nikolaïof, célèbre par ses chantiers et comme siège de l'amirauté de la flotte de la mer Noire. Comme il y a dans cette ville un observatoire bien connu, bien dirigé et pourvu de tous les instruments nécessaires, nous en donnerons la position d'après M. Knorre, son astronome (voir Struve, Table des positions géographiques principales de la Russie, p. 15): lal. N., -iG°58'2 1" ; long. or. de Paris, 29° 38 21". Vis-à-vis de la ville, le liman du Hong a 7 à 8 brasses de profondeur; mais à l’endroit où il se réunit à celui du Dnièpr, il n’en a que 1 ou 5. Les grands vaissequx ne peuvent donc pas remonter jusqu'à Nikolaïef. La distance entre celte ville et le liman du Dnièpr est d'environ 55 kilomètres, et les bords du liman du Boilg sont défendus par des ouvrages en terre et des batteries mobiles. Le chenal de l’entrée du liman du Dnièpr, entre les forts d'Otchakof et de Kinbouru, a partout plus de 5 mètres de profondeur.

forment les bassins, ont, dit-on, une superficie de 1,760,000 kilom. carrés , ce qui est plus de trois fois l’étendue de la France. Les fleuves russes dont une partie de ces terrains forment les bassins, sont: le bas Danube, le Dnièstr, le Boug et le Dniepr, les petits fleuves de la Crimée occidentale (Boulganak, Alma, Katcha, Belbek), leKouban en partie et le Rioni.

La mer Noire est très-poissonneuse, mais on n’y pêche guère que de petits poissons comme le maquereau ; toutefois il s’y trouve aussi différentes espèces d’esturgeons qui donnent du caviar et de la colle de poisson , et Clarke affirme y avoir vu des milliers de marsouins. *

Ce bassin est séparé du bassin secondaire, qui n’en est, à vrai dire, que la continuation, par le détroit de Kerlch , lequel, dans sa partie la plus étroite, du côté du nord, prend le nom de détroit d’Jéni-Kalé (en russe Iénikol). C’est le Bosphore cimmérien des anciens*, le passage qui sépare de la presqu’île de Crimée celle deTamân, ou la Tchernomorie (pays des Kosaks de la mer Noire) dont elle dépend. Du côté de la mer Noire, ce détroit a d’abord 15 à 16 kilom. de largeur ; mais ensuite la Ioujenaïa Ko fa (Banc du Midi), qui en sépare le golfe de Tamân , le rétrécit au point de ne guère laisser qu’une largeur de 6 à 7 kilom. Plus loin, près du cap qui termine le rocher élevé d’Ak-Bouroun, la largeur devient très-grande (plus de 40 kilom,) , parce que le golfe de Tainân s’ajoute au détroit de Kertch. De la ville de Kertch à la ville de Tamân, du nord-ouest au sud-est, il y a environ 23 kilom., et de cette dernière ville à Iéni-Kalé, il y en a 18 à 19. Près d’Iéni-Kalé, petite ville située sur le

1. Voyages en Russie, en Tarlarie et en Turquie, t. III, |>. 306. Voir encore sur la mer Noire , p. 248 cl suiv.

2. On l'appelle encore quelquefois détroit de Vospor, par corruption du nom de Bosphore.

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versant d’une montagne qui s’abaisse vers la plage et dont le détroit prend alors le nom, le passage devient beaucoup plus étroit : il conserve à peine 6 kilom. de largeur, et cet espace est tellement encombré , d’une part par le bas-fond qui longe la côte de Kerlch à Iéni-Kalé, d’autre part, par le banc de sable de Cheska qui s’avance de la Srvet'nata Koça (langue de terre du Nord), qu’il reste pour le passage seulement 1 à 2 kilomètres*. Le chenal, large de 7 à 9 mètres, passe sous le canon de la batterie Pavlofskoï ou de Saint- Paul, qui, avec la batterie Alexandrofskoï , forme les clefs de la mer d’Asof. De part et d’autre, la côte est élevée; car la presqu’île de Tamàn , comme celle de Kerlch , est très-accidentée.

A la hauteur de Kerlch , le Bosphore a jusqu’à 30 mètres de profondeur; mais sur plusieurs autres points, la navigation y est entravée par des bancs de sable. Dès l’entrée au cap Takil (côté gauche), où s’élève un phare au milieu des collines, la côte est entourée, à plusieurs centaines de pas vers le large , d'écueils cachés ; il faut se tenir à peu près à égale distance des deux côtes. Le danger pour des navires d’un tirant d’eau un peu considérable, devient encore plus grand quand on a dépassé le banc du Midi qui s’avance de Tamàn. Le détroit d’Iéni-Kalé a des fonds de 17 à 22 pieds; cependant, suivant Hagemeister*, il n’a, vis-à-vis la ville du même nom , que 13 pieds de profondeur ; près du banc de sable qui s’étend vers elle depuis le cap Ak-Bouroun , la sonde ne donne même pas beaucoup plus d’une brasse , 2 mètres au plus. Les navires un peu considérables sont

1 . Nous trouvons ailleurs que la passe est large rie 8 encablures. L'encablure étant de 120 brasses, cela fait 960 brasses ou environ 1,600 mètres.

2. Mémoire sur le commerce des porls de la Nouvelle-Russie, etc., Odessa et Simphéropol , 1835, p. 29. — Voir aussi notre Description de Ut Crimée, p. 143—145.

obligés de rester à distance d’Iéni-Kalé et de se servir d’alléges pour le chargement ou le déchargement. A Kertçh, ils peuvent arriver jusqu’au lazareth de la Quarantaine, quand leur tirant d’eau est modéré. La haie qui porte le nom de cette ville, mouillage semi- circulaire très- vaste, serait , dit-on , une des plus belles du monde , si la profondeur de l’eau était en rapport avec son étendue. Même à quelque distance de la ville , il n’y a pas trois brasses de fond. Le paysage d’alentour est charmant.

Au cap Fanar, ainsi nommé du phare qui s’y trouve sur une haute falaise, à 3 verstes au nord du fort d’Iéni-Kalé , et dont (si celte assertion n’est pas un peu exagérée) on voit le feu jusqu’à la distance de 160 kilom., on entre dans la mer d’Asof, le Palus Mæotis, c’est-à-dire le Marais Mæotis des anciens. «Le passage dans la mer d’Asof, dit Clarke1, offre beaucoup de périls par des vents violents ; mais si le temps est modéré il ne présente aucun danger. L’entrée de la barre est extrêmement étroite : on a enfoncé quantité de barils ou bouées pour la faciliter; à peine trouve-t-on audessus de la barre une profondeur de plus de treize pieds d’eau*; le fond est d’ailleurs si doux que, dans un temps ordinaire , on n’a rien à craindre, même en y touchant. . . » A peine sorti du canal d’Iéni-Kalé , on rencontre un banc de sable long de 7 verstes. *

« En voyageant dans la mer d’Asof, continue le même auteur, on découvrirait facilement le rivage de l’un et de l’autre côté, si la terre s’élevait davantage; mais les bords sont très-plats* Cette mer contient très-peu d’eau; mais

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