‹ L'empire des Tsars au point actuel de la science J. H. Schnitzler Le territoire, tableau naturelChapitre 50 sur 359 · Voir plus haut, p. 3, la note · texte numérisé non relu

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vemcment d’Iaroslavl et plusieurs autres. De véritables chaînes de montagnes se montrent seulement aux extrêmes limites de ce territoire.

Mais ces montagnes, bien que reléguées aux frontières, existent après tout : aussi ne faut-il pas croire que le pittoresque, avec scs contrastes, son grandiose, son intarissable intérêt, soit refusé à l’empire des tsai’s. C’est un géant aux longs bras qui sait atteindre à tout, et les ornements qui manquent à son corps, il a réussi au moins à en parer ses extrémités. Au nordouest , où la vieille lutte entre la terre et l’onde ne semble pas encore terminée, il se hérisse d’une chaîue granitique couverte de forêts; au sud et vers l’est, ses plaines incommensurables aboutissent à des montagnes plus liantes, où se rencontrent toutes les beautés de la nature, en même temps que ses richesses les plus rares; et sur l’isthme caucasien, aussi bien que vers les frontières de la Chine, la nature alpestre se montre dans v toute sa grandeur. On trouve là, et en partie même dans la Crimée méridionale', une seconde Suisse, moins seulement les belles nappes d’eau des lacs. Le site d’Aloupka, celui du monastère de Saint-George, celui même de Baktchi-Saraï, l’ancienne résidence des descendants de Tchenghiz-khar. , sont charmants, et l’on visite avec le plus grand intérêt le berceau mystérieux du Kara-sou et les cavernes d’inkermân. Le panorama dont on jouit à Tillis, dans le Caucase, est un des plus beaux qu’il y ait au monde. On vante aussi, au nord de cette chaîne de montagnes , les alentours des sources minérales du

l.'L’n écrivain russe l’a dit hautement , dans res ternies, où il faut faire la part des exagérations du patriotisme : « On peut pendant presque lotitc l'année (l'hiver ne dure que trois mois en Crimée) parcourir avec délices les charmants paysages de la Tauridc. Si l'habile artiste Ivanof, que le piince Potemkine y avait envoyé, fait graver les deux cents vues qu'il a dessinées, l'amateur impartial n'hésitera pas à leur donner la préférence sur les glaciers et les sites fameux de la Suisse , qui doivent une partie de leur célébrité au burin des Mccheln, des Alberti, des Haller et des Luc. >

ASPECT GÉNÉRAL

district de Piatigorsk (gouvernement de Stavropol), Konstantinogorsk, Kislovodsk, etc.1 Peut-être le jour viendra où les amateurs de la belle nature, les voyageurs intrépides, avides de nouveauté, iront aussi se repaître dans cette région orientale de l’admirable spectacle des riantes vallées entourées de hauteurs imposantes, qu’ils sont habitués depuis des siècles à chercher de préférence dans les Alpes, les Apennins ét les Pyrénées.

Au tait, les curiosités de la nature ne manquent pas plus à la Russie qu’à d’autres pays, seulement elles sont disséminées sur un espace immense où il est difficile de les aller observer.

Le Caucase, ainsi qu’on le verra bientôt, a de magnifiques glaciers, des ruisseaux écornants, des fleuves rapides , et dans ses environs sont des phénomènes curieux, comme le feu éternel des .sources de naphte et les volcans boueux. De belles cascades , ignorées dans la solitude où elles se cachent encore , animent du fracas de leur chute des paysages sauvages ; celle de la Malka, non loin de l’Elbrouz, rappelle, au jugement de Besse , Schaffhouse et Martigny , et nous aurons à en signaler de plus remarquables encore. On connaît les cascatelles du' Dniepr; mais ce qu’on connaît moins, ce sont les rapides dê l’Araxc qui nous ont été décrits par Dubois de Monlpéreux. Il faut les chercher, il est vrai, à l’extrême frontière de l’empire en Asie, dans l’Arménie russe, entre l’Alaghæz et l’Ararath. Le lecteur nous saura gré de lui en donner une idée.

Jusqu’à Ourdabad, où le fleuve est encore à plus de 800 mètres au-dessus de la mer Caspienne, son cours est tranquille; mais dès

1. Voir Br«c, Voyages en Crimée, au Caucase, etc., p. 53-56 et 99; et surtout Iloinraaire de Hell, t. Il, p. 190-212 et suiv. — Sur la source d'Alexandre, non loin des bords de la Podkouuia, voir Pallas, Voyage dans les gouvernements méridionaux de la Russie, t. I, p. 372 et suiv. et Atlas pl. 16, ainsi que Klaproth, Voyage au muni Caucase, p. 251-257. Depuis Klaprolh il y a eu, ainsi que l'atteste Besse, de grands changements et améliorations dans l'établissement des bains.

que , plus bas , il atteint les monts volcaniques dont l’Alagliæz est la plus haute cime , dès qu’il est encaissé dans les rochers, son eau jaune bouillonne sur les blocs qui remplissent son lit. Dans l’espace de quinze verstes, l’Araxe est resserré entre deux parois de calcaire siliceux noir , brûlées , dont les cimes déchirées se crénèlent sous les formes les plus bizarres. «Mais le spectacle des rapides, dit le voyageur que nous avons cité', n’atteint toute son effrayante sublimité que lorsque le fleuve arrive au cœur de la chaîne, à la 15® verste. Un groupe d’aiguilles , d’obélisques , de pyramides de toutes formes et absolument nues, dont l’Alaghæz, recouvert de sa coupole de neige , est le centre , au nord de l’Araxe , sort du fond ténébreux des entrailles de la terre pour monter à une hauteur imposante à travers tout le système de ce calcaire siliceux noir.

Dès que l’Araxe rencontre cette barre, sa force redouble

Son lit rétréci est encombré de blocs, gros comme des maisons , sur lesquels il écume et rebondit : c’est un de ces blocs que Chah-Abbas montrait à ses courtisans qui l’entouraient, en leur disant : «Voilà comment il faut résister à l’ennemi.» — «C’est facile répondit l’un d’entre eux , quand on est si bien soutenu,» et il indiquait du doigt ces imposantes masses qui encaissent la cataracte.... Rien de plus sévère, déplus sauvage, que le paysage encadré dans cet enfer d’eau. Sur le fond éclairé de la rive gauche , des ombres fortes et droites dessinent les formes angulaires et les longues fissures des roches tachées de gris et de rouille , dont à peine quelque végétation voile la nudité. Des blocs écroulés et entassés élèvent sur la rive une muraille terrible. Du milieu de ce chaos percent quelques arbustes sans cesse humectés par les tourbillons de poussière humide que le courant de la rivière emporte bien haut et qui remplit l’atmosphère. L’autre rive , plus triste , plus es-

1. Diihnis de Montpéreux, Voyage autour du Caueate, t. tV, p. 42-4 1.

ASPECT GÉNÉRAL

carpée , est ombragée par d’énormes contre-forts noirs qui semblent vouloir soutenir ses masses prêtes à tomber. J’estime que d’Ourdabad à la grande cliutc d’Arasbar (nom que connaît

déjà Moïse de Chorène) , l’Araxe a une pente de 50 pieds par verstc, ce qui, pour seize verstes, donne 800 pieds. La grande chute d’Arasbar est au moins de 100; la grande chute de Migri , de 400 pieds; total 1300 Ces cataractes sont infini-

ment plus belles , quoique moins considérables que celles du Dniepr, dont les rives ne sont pas encaissées par des murs de rochers gigantesques.»

Après ces grands spectacles de la nature, nous ne pouvons plus guère nommer la chute de la Narova, près de Narva , très- large pourtant et d’un fort bel aspect; mais ceux que nous offre la Finlande sont encore loin d’en être éclipsés.

En effet, cet ancien appendice de la Suède et de la Norvège est, comme elles, tout plein de beautés naturelles, comme moucheté de lacs, semé de blocs erratiques1, arrosé de ruisseaux qui mugissent dans leur lit de granité, étourdi du fracas plus grand des rapides et des cascades, telles que celles d’Ulea, d’Imatra, d’Igoroïs, du Verkaus, etc.

Le célèbre géologue anglais Murchison nous a fait connaître par un joli dessin la curieuse gorge de la Tchoussovaïa, affluent de la Kama, dans l’Oural, non loin de Kinofsk, terre du comte Stroganof; et dans la rédaction allemande de son voyage on Russie, on lit le jugement suivant que bien des lecteurs n’auraient peut-être pas cru applicable à ce pays. «Nulle description de géologue, dit-il, et bien moins un simple profil, ne saurait donner une idée des puissantes convolutions , des beautés pittoresques, dans ces gorges sauvages et roman-

1. Voir Finlande par le prinre Em. Gaütsvne, t. Il, p. 180. On peut consulter le même ouvrage, un peu vide pourtant, sur les rapides de l’Ulea (t. Il, p. 115), sur les cascades d'Imatra (t. Il, p. 292), d'Igoroîs (t. I, p. 213), du Verkilus (t. I, p. 211). Il sera parlé plus loin avec, détail des blocs erratiques.

tiques. On pourrait, jusqu’à un certain point, les comparer aux contrées arrosées par la Meuse ; mais le lit de la Tchoussovaïa est encore beaucoup plus étroit , et dans ses ravins , semblables à des labyrinthes, s’élèvent des masses de rochers dentelés couvertes de feuillage de toute espèce , en un mot , nous ne pûmes que douner la préférence à la contrée russe.’» Un autre auteur parle avec non moins- d’éloges des riants vallons ombragés du plus beau feuillage, d’une partie plus méridionale de l’Oural , do celle qui est renfermée entre les rivières de l’Oufa et de la BiélaiV. On peut citer ensuite le fameux labyrinthe souterrain des environs de Koungour (gouvernement de Perm), au bord de l’Iren , affluent de la Sylva, qui elle-mcme se jette dans la Tchoussovaïa, dans la Montagne de glace ( Ledianaïa Gara). Ce sont d’immenses cavernes que la nature a creusées dans l’albâtre, cavernes d’un niveau inégal, d’une hauteur tantôt de 10 et de 16 mètres, tantôt tellement affaiblie qu’on n’v passe qu’en rampant sur les mains, et dans lesquelles on rencontre tantôt de petits glaciers, tantôt des colonnes d’une espèce de

1. Murchison, Géologie de* europiütchen Huxstand* , clc., p. 150. — Le nom tin sir Roderick-lmphcy Murchison , .membre de la Société royale de Londres, ne présentera souient sous notre plume, car ce savant à visité, çt disait sous le rapport géologique , toutes les parties de la Russie d'Euro|>e. A défaut de l'original anglais de son ouvrage , nous nous sommes servi de l'édition allemande , un peu abrégée et modifiée du professeur Lconhard à Heidelberg, fils du célèbre géologue de ce nom et savant géologue lui-mème : Géologie de* europâixchen lln**land * und de* L'ral* , von II. Murclii*on , E. von Verneitil und A. von Keijterling, (Stuttgart, 1818, in-8"). En citant Murchison, ce sera toujours A ce livre eu langue allemande que nous renvoyons. Voici le litre de l'original anglais : Hu**ia in Europe and lhe irai Mountain*, London, 1815, 2 vol. On a encore du même savant : On lhe geulogical tlruclure of lhe norlhern and central région* of Hu**ia in Europe by Miss Murchison and Verneuil, London, 1811. — Voir sur ces travaux et plusieurs autres, A. Ermau, Ueber den dermaligen Zuetand und die allnuilige Entwicklung lier geognoalischen Kennlni**e rom Europâixchen llu**land, dans Archiv, t. I, 1811, p. 59-108 cl 254-313.

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