Voir Erman, Archiv, t. VIII, 1818, p. pii
murs de calcaire ; sur d’autres , elle montre des rochers en forme de colonnes ou accidentés par des déchirures et des dentelures bizarres. On cite surtout comme une curiosité les stolbi ou rochers côlonniformes des environs de Iakoutsk. «Cette chaîne de montagnes, dit Le Clerc1 2, est sur la rive gauche du fleuve. Elle forme des espèces de colonnes élevées dans des directions différentes. Elle attire l’attention de tous les voyageurs ; ces montagnes colonniformes font un spectacle aussi singulier que curieux. Depuis leur pied jusqu’à leur sommet, de grandes pièces de rochers s’élèvent, les unesenforrne de colonnes rondes , d’autres comme des cheminées carrées , d’autres encore comme de grands murs de pierre de la hauteur de 10 à 15 brasses. On s’imagine voir les ruines d’une grande ville. Plus on est éloigné, plus le coup d’œil est beau, parce que les pièces de rochers, placées les unes derrière les autres, prennent toutes sortes de formes, selon le point de vue d’où on les regarde Les arbres qui se trouvent entre leurs intervalles, augmentent encore la beauté de ce spectacle pittoresque. Ces montagnes occupent une étendue de plus de 35 vei-sles on 7 lieues (sic); elles diminuent par gradation, et se perdent enfin tout à fait.» Enfin l’allas de M. Erman nous montre aveè évidence , dans le Kamtchatka , dont nous décrirons plus loin les chaînes de montagnes et les majestueux volcans, une contrée dont les sites peuvent rivaliser avec, les plus curieux de la Norvège et de l’Ecosse. Le voyageur que nous avons nommé parle, dans son intéressante et instructive relation*, du «magnifique panorama» qu’il avait là sous les yeux; et, ‘arrivé dans le voisinage du volcan de Kliutchefsk, cône gigantesque, il exprime encore une admiration sans réserve. «Il est douteux, dit-il, qu’il se trouve
1. Histoire de la Russie, t. VI, p. 397; voir aussi Erman, Reise, t. H, p. 210, 213, 216, 221.
2. Reise um die. Erde Ersle Abtheilung , llistorischer Bericht , t. III, p. 238. *
ASPECT GÉNÉRAL
sur toute la terre un second endroit où l’on trouve un paysage aussi gracieux que celui de Kliutchi , qui donne en même temps des révélations aussi importantes sur les forces volcaniques.'» Le site du port de Pétropavlofsk , à en juger par un des plus jolis dessins de l’atlas de M. Erman, ne le cède pas à quelquesunes des localités maritimes les plus célèbres.
Mais , après avoir dit cela , après avoir fait la part de la poésie, il faut bien convenir que, pour tout le reste, on ne s’élève plus guère au-dessus de la prose. En général , ce sont des plaines à perte de vue , sans variété et sans caractère , où , tout au plus , de légers mouvements de terrain , presque inappréciables aux regards , se font encore deviner par la direction imprimée aux cours d’eau, dont ils déterminent les points de partage.
Ru«*le d'Europe.
La partie européenne, siège d’une nombreuse population, est celle qui doit fixer le plus notre intérêt. Nous n’examinerons pas encore , guidés par les observations de Murchison , d’Erman , d’Eichwald, deBlasius et de plusieurs autres savants, sa nature géologique, remarquable par ses stratifications régulières et toujours horizontales , où l’on trouve peu de traces de phénomènes volcaniques et où rien ne trahit ces commotions profondes qui, dans l’Europe occidentale, ont partout dérangé, bouleversé, l’état primitif du sol intérieur1. Ici la -terre, sauf les effets de la culture, paraît être encore telle que l’avait laissée l’écoulement des eaux , alors que ces contrées sortaient du sein de l’Océan.
Dans cette partie européenne même, il y a bien des distinctions à faire.
Parlons d’abord de la région centrale. «Elle présente, dit