‹ L'Empire des Tsars et le RussesChapitre 12 sur 283 · LA RÉGION DES FORÊTS · texte numérisé non relu

LA RÉGION DES FORÊTS

région est riche en eaux et en sources; c'est le point de départ de lous les grands fleuves de la Russie, des principaux Iribulaircs de ses quatre mers. Le peu de relief du sol y prive souvent les cours d'eau d'une ligne de parlagc neltement indiquée. Aucune créle ne sépare les bassins, cl, à la fonle des neiges, les affluents des diverses mers se confondent parfois en énormes marais. Sur un sol à peine incliné, les fleuves ont un cours lent, indécis; les eaux, incertaines de la pente, se perdent en marécages sans fin, ou se rassemblent en lacs sans nondjre, les uns immenses nappes comme le Ladoga, vraie petite mer intérieure, les autres chétifs élangs comme les onze cents lacs du gouvernement d'Arkbangel.

Dans toute celle zone, l'hiver, qui remplit une moilié de l'année, laisse peu de temps à la végétation et à la culture. Le sol reste souvent plus de deux cents jours sous la neige; les rivières ne dégèlent qu'en mai ou à la lin d'avril. Sans l'impétueux printemps du Nord, qui fait pour ainsi dire éclater la végélation en une explosion soudaine, tout travail de la terre serait inutile. L'orge, puis le seigle, sont les seules céréales de ces ingrates contrées. La culture du froment est rare et peu productive; le lin est l'unique planle {pii prospère sous ce ciel rigoureux. Ici, la terre ne pourvoit point à la nourriture de ses habitants. La population a beau être disséminée sur de vastes espaces, elle a beau ne guère dépasser dix habilanls par kilomètre carré et tomber souvent fort aunlessous de ce faible chiffre, elle n'obtient point du sol qu'elle cultive un pain suffisant. Elle est obligée de demander à de petites industries la vie que lui refuse l'agricullure. Si peu dense qu'elle soit, la population de ces pauvres contrées ne croit que d'une manière insensible; elle est pour ainsi dire arrivée au point de saturation. De toute cette moitié septentrionale de son territoire européen, la Russie ne peut espérer quelque augmentation du nombre de ses habitants, quelque accroissement de sa richesse, que grâce à l'industrie, comme

dans la région de Moscou, comme dans la région de l'Oural.

Autrement féconde en promesses d'avenir est la zone déboisée, la plus originale, la moins européenne des deux. Moins vaste que la zone forestière, elle est sans cesse agrandie par d'imprudents déboisements qui, en privant la terre d'abri et d'humidité, empirent le climat. Occupant tout le Sud de la Russie, elle va en s'élargissant de l'Ouest à l'Est, à partir des anciennes provinces polonaises, se relevant fortement vers le Nord sur les méridiens du Volga et de l'Oural, pour se prolonger, au delà, dans les solitudes de l'Asie. Cette zone est plus plate encore que celle des forêts; sur une surface plusieurs fois grande comme la France, elle n'offre pas une colline de 100 mètres de haut. A l'Ouest, les Karpathes projettent un chaînon de roches granitiques qui infléchit le cours des fleuves, et, comme le Dniepr, les embarrasse de cataractes, sans pres(jue accidenter le pays. Tantôt la terre s'étend en plaines ondulées; tantôt elle présente l'horizonlalitc parfaite de la mer au repos. Parfois elle s'abaisse lentement vers la mer Noire ou la Caspienne; parfois elle s'alTaissc brusquement, formant, connue des plateaux superposés de différents niveaux, des étages de hauteur inégale, mais également plats. Rien ne limite ces surfaces à perte de vue que l'horizon qui se confond avec elles. Aucune proéminence, si ce n'est dans certaines contrées, de petites buttes artificielles appelées kourganes^ innombrables tertres arrondis, de 6 i\ 12 ou 15 mètres de haut, qui parfois semblent disposés sur une ligne régulière, comme pour mar(|uer un chemin t\ travers ces solitudes, — lombes de peuples éteints ou phares de routes perdues, du Hommel desquels le berger des steppes surveille au loin son troupeau*.

1. \.vt koiirKtin*-H «m mogUili bo roncnnlrciil ausM iluiis li- Nord, cl on SiiWjri»' roiimir m llii^xif. lU: notiilirrtisfs feuilles, <>|irri;i's dan» ces deruièrea arinL-cM, ne UinMi-ni ain un doiilc Miir la dcstinalinii ruiiéraii'e de ces ininuli.

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