HIÉRARCHIE SOCIALE: CLASSIFICATION OFFICIELLE
l'ancienne Russie; on pourrait dire qu'elle sort de l'élat social de tous les peuples priniilifs. De l'Inde à la Scandinavie, presque partout, à un certain &f:c de la civilisation, se retrouvent ces quatre ordres fondamentaux, les deux derniers tantôt séparés comme en Suède, tantôt réunis sous un môme nom comme en France, sans être réellement confondus : en haut, les guerriers ou la noblesse, les prôlres ou le clergé, au-dessous, les marchands ou la bourgeoisie, en bas enfin, le paysan ou vilain, cultivateur de la terre. Celte analogie de classification et de hiérarchie ne suppose [)oint partout une identité parfaite des choses. Pour porter en français ou en allemand les mêmes noms que les classes de l'Europe féodale, dans l'ancienne constitution suédoise par exemple, les groupes sociaux de la Russie n'en ditfèrent pas moins profondément de leurs homonymes étrangers; ce serait s'exposer à de graves méprises que de juger des uns par les autres.
Dans rEuroj)c occidentale, quel que soil l'étal social actuel des dilTérents peuples, en Espagne ou en Allemagne, en Italie ou en Belgique, les mots de noblesse, de bourgeoisie, de paysans eut au fond le môme sens, ils ont le droit de transmettre à l'esprit des idées analogues, parce (juo les classes, que ces termes désignent, sont nées au même dgc, sous linlluence des mêmes circonstances, à une époque où toute l'Europe latine ou germanique avait des institutions à peu près identiques. La Russie, comme la plupart des peuples slaves, ne faisant point alors partie de celte communauté européenne, les mêmes noms n'y sauraient avoir la même signification. Ces mots de nobles ou de bourgeois, nous ne les employons en parlant d'elle que faute de termes meilleurs, pour ne pas toujours nous servir de sons peu familiers aux oreilles françaises. En Russie également, toute cette hiérarchie, toutes ces dénominations ide classes sont nées au moyen Age, mais dans un moyen làge isole et différent du nôtre. Par l'origine, par l'esprit et [le rôle historique, le c/i-oj-m/imeelle mechtchaniney le noble-
et le bourgeois russes s'éloignent peut-être encore plus du bourgeois ou du gentilhomme européens que le clergé grec ne s'éloigne du clergé latin, le pope orthodoxe marié du prêtre catholique voué au célibat. Entre les uns et les autres, à peine y a-t-il un air de famille.
Comme toutes choses en Russie, c'est de Pierre le Grand, et après lui de la grande Catherine, que date la constitution des quatre principales classes de la société dans leur forme moderne. C'est Pierre qui, en établissant la hiérarchie officielle des rangs selon le grade ou l'emploi, a définitivement donné, à ce que les Russes appellent noblesse {dvorianstvo) , son caractère national; c'est Catherine qui, sous l'influence des exemples de l'Occident, a érigé cette noblesse, ainsi que la bourgeoisie des villes, en corporations pourvues de certains privilèges. Dans la société réglementée par Pierre I", chaque citoyen semblait avoir sa place marquée par la loi, chaque classe, sa sphère d'activité définie et, pour ainsi dire, sa spécialité*. Au paysan le travail de la terre comme au bourgeois des villes le commerce ou l'industrie, au noble le service public comme au prêtre le service de l'autel. Chaque rouage, chaque engrenage avait son rôle indiqué dans la machine de l'État, et aucun ne s'en pouvait écarter. Ces classes, si nettement délimitées, entic lesquelles aujourd'hui môme les mœurs et l'éducation tracent souvent une démarcation plus nette que la loi, n'étaient cependant point des castes fermées. La nature môme du pouvoir, dont elles étaient l'œuvre, ne leur pouvait permettre de s'enclore et de se murer en ellesmêmes. Les classes supérieures, comme les classes inférieures, n'existaient que dans l'intérêt du trône et de l'État, non pur elles-mêmes ou pour elles-mêmes, et, selon ses
I. Au fond toiilo» li'H claHMOs, toutes Ich calôgorios Hocinics en Russie, la noIiluMHc cuiiiuiu lu» aiilnïs, correHiioiitiaiciil h une uccupuliun (lélertiiJnée i^t ■léfisnaicnl (Ich oMiguliuni» ou ilo« charges coinuiunos^ nou des exoui|)lioiis cl il'-^ l'i ivilùge».