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MANQUE D'HOMOGÉNÉITÉ DES DIVERSES CLASSES

de favoris du souverain et d'aventuriers de toute sorte, s'était, après une courte résistance, ouverte au souffle de l'Europe; seule en Hussie, elle avait pris l'habit, la fac^on de vivre et les idées de l'Occident. Entre cette noblesse do propriétaires de serfs ou de fonctionnaires de l'État et la bourgeoisie priviléf,'iée des villes, il n'y avait point davantage d'alfinilés d'intérêt ou de sentiment, car le commerce et la bourgeoisie russes se sont, moins que partout ailleurs, détachés du peuple par les goûts et l'éducation.

Ces classes, matériellement et moralement isolées les unes des autres, n'ont dans leur propre sein guère plus d'unité et de cohésion qu'elles n'ont de connexité et de sympathie entre elles. Les individus, ainsi groupés ensemble par la lui, n'ont entre eux qu'un lien extérieur sans esprit de solidarité. A cet égard, on a pu dire qu'en Hussie il y avait des nobles et des bourgeois, mais qu'il n'y avait jamais eu ni noblesse ni bourgeoisie. De là un autre molil d'impuissance vis-à-vis du souverain.

Une des singularités de la constitution sociale de la Russie, c'est que chacune des quatre classes de la population y est divisée en catégories, en sous -classes souvent fort étrangères, parfois même hostiles les unes aux autres. Le dualisme qui se rencontre dans le ^ein du clergé entre le prêtre et le moine, enire le clergé blanc et le clergé noir, se retrouve à un certain degré dans toutes les classes de la société. Dans la noblesse, il y a les nobles héréditaires et les nobles personnels; parmi les habitants des villes, il y a les marchands et les bourgeois notables d'un côté, les artisans et les petits bourgeois de l'autre; dans les campagnes môme, il y a les paysans des particuliers et les paysans de la couronne. Toutes ces catégories, toutes ces subdivisions multiples avaient leurs obligations et leurs droits particuliers, et, dans les premières classes au moins, elles conservent encore un esprit et des intérêts différents.

La complication de la constitution sociale ne s'arrête pas là. En dehors de ces quatre grands cadres, déjà coupés de

cloisons intérieures, il y a des compartiments plus petits, des cases accessoires ou secondaires, les unes, débris d'une organisation antérieure, les autres, destinées aux habitants des pays plus ou moins récemment annexés qui rentraient difficilement dans les anciens cadres nationaux. Jusqu'aux réformes d'Alexandre II, l'armée, de même que le clergé, pouvait être regardée comme une classe particulière. Dans la statistique russe, les soldats, leurs femmes et leurs enfants, figuraient au milieu de la nomenclature sociale sous une rubrique spéciale*. C'était là une conséquence du long service militaire : quand on restait au régiment vingt ou vingt-cinq ans, on entrait dans l'armée à peu près comme dans le clergé, pour la vie*. Le paysan enrôlé cessait d'appartenir à sa commune natale ; une fois rasé, il ne revêtait plus le costume de sa jeunesse. Le plus souvent, lorsque l'âge le faisait sortir du service, il continuait, dans les petits emplois qui lui étaient accordés, ou dans les lieux où il sollicitait la chanté publique, à porter la capote militaire. C'est seulement depuis 1872 et 1874, depuis la réduction de la durée du service, que l'appel sous les drapeaux a cessé d'enlever le conscrit à la classe et à la commune où il est né.

Dans la première rpoitié du siècle, sous le règne d'Alexandre I", il y eut un moment où, grâce aux colonies militaires d'Araktcheief, le métier des armes sembla devenir une profession viagère et héréditaire. Dans certains districts, dont les habitants portaient le nom de soldats cultivateurs, les filles, comme les garçons, étaient, de par la loi, vouées à l'armée, destinées en naissant â épouser et

1. Co8 KtntistiqnoR, mal comprises de l'Orcident, ont souvonl é[& la cause de Kingulières erreurs. On tlonnail lo cliilTrc do la classe comme celui de l'armée Fan» s'apercevoir que ce cliifTre, h l'égard dos Co8a(|ues on particulier, porliiit pour plus de la moitié sur des Tommes et des enfants.

2. I.c long «ervice était en partie uno consoipioncc do l'organisulioa sociale; de rréquonlei levécii et de grui contingents eussent ruiné les propriétaires en leur enlevant iouri acrfi, qui, une foia entrés dans l'armée, étaient do droit cniancipés.

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